Courriers des lecteurs

Restons confiants, mais prudents!

Je suis fascinée par la manière avec laquelle le professeur Alfred de Zayas analyse et résume les problèmes de ce monde: ainsi, dans l’édition du 19 janvier 2021 d’Horizons et débats,où il passe au crible Big Brother, le globalisme, le militarisme, le totalitarisme, pour ne citer que quelques-uns des sujets repris dans son texte.
    J’ai encore présent à l’esprit ce jour de juin 1979 où, assis au milieu d’un groupe d’amis, un professeur d’éducation civique très compétent a attiré notre attention sur le caractère marquant de cette journéeoù l’accord Salt II sur le désarmement venait d’être conclu (ou signé) entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. Cet accord, en instaurant plus de sécurité et de visibilité à long terme entre les différentes parties en présence, avaitrépandu dans le monde entier un fort sentiment de soulagement. 
    Quarante ans plus tard, tous ces accords sur le désarmement et son contrôle – savamment négociés – ont été tout bonnement «annulés»par Donald Trump débordé tout autant par ses fonctions et ses obsessions à l’approche des nouvelles électionsqu’inapte à les assumer face à une pandémie imprévisible et totalement inédite qui aurait nécessité une réaction immédiate et des solutions entièrement nouvelles. Dans la certitude aveugle de sa toute-puissance, il a résilié ces traités avec la Russie, jetant également à la poubelle l’accord nucléaire avec l’Iran, état très éloigné des Etats-Unis et qui ne joue pratiquement aucun rôle dans son existence. 
    Nous devons donc apparemment nous attendre à l’anarchie en matière de politique étrangère, incluant la possibilité constante d’une escalade. On ne peut qu’espérer que le nouveau président Joe Biden tirera les leçons des erreurs de son prédécesseur. Et, surtout, que M. Biden ne préconise pas une réduction des droits de l’homme et des droits civils dans son pays comme il l’a fait en 1995 – lorsqu’il a proposé une loi antiterroriste (avant le 11 septembre!). Espérons aussi qu’il mettra l’accent sur le développement de l’industrie et de l’économie civiles nationales dans l’intérêt de son pays plutôt que sur une augmentation des dépenses militaires. S’il se concentre sur une militarisation accrue, il désavantagera les Etats-Unis par rapport à la Chine, un pays actuellement plus prospère sur le plan économique. Ces préoccupations rejoignent celles de Kishore Mahbubani,qui les a exprimées dans son livre «Has China Won?» (2020).
   Malheureusement, les reportages documentaires sur les Etats-Unis fiables qui nous parviennent en Europe sont plutôt rares, de sorte que nous ne pouvons guère nous faire une idée de la situation réelle qui prédomine dans le quotidien de la population des Etats-Unis. 

Susanne Wiesinger, Fribourg-en-Brisgau

(Traduction Horizons et débats)

 


La chaleur humaine et la curiosité n’ont rien à voir avec les attaques racistes

A cette époque de prospérité sans précédent dans l’histoire mondiale, il était grand temps que des activistes sûrement bien pensantes diffusent, en toutes occasion,  leurs idées politiquement correctes (dont la justesse et les vérités fondamentales inébranlables détermineront désormais notre vie), mais que nous n’avons, semble-t’il, pas encore suffisamment intégré dans notre pensée jusqu’à présent, et cela en raison de notre arrogance masculine et blanche. J’ai donc dû me faire expliquer, en lisant des articles sur ce sujet, que lorsqu’on se trouve aux côtés d’une personne apparemment étrangère, lui demander d’où elle vient relève de la plus exécrable des attaques racistes [voir Horizons et débats n° 5/6 du 29 février 2021]. Je me dois donc de démontrer ici pourquoi et comment ce genre de situation m’a causé, sans que je m’en sois rendu compte sur le coup, de profondes et incurables blessures psychologiques.
    De 1960 à 2004, j’ai voyagé à titre professionnel dans un grand nombre de pays sur tous les continents. Toujours et partout, par exemple à Lagos ou en Tanzanie, dans le centre de Nairobi, dans un ascenseur à Johannesburg, dans un bus à Shanghai, à Calcutta, dans un train pour New Delhi, à Bombay, dans un bar d’hôtel en hauteur à Katmandou et dans un temple à Lhassa, sur le mont du Pain de Sucre à Rio de Janeiro, à Buenos Aires, à Grenade et en Jamaïque, dans un port des Açores, dans une base américaine sur le canal de Panama, à Sydney et Wellington, à Hawaï et même à Fidji: partout on m’a demandé, encore et encore, d’où je venais. C’était généralement suivi d’un commentaire positif lorsque je mentionnais la Suisse. Dans le métro de Pékin, mon voisin de banquette, chinois, m’a abordé et s’est même exclamé à haute voix: «Ah, les Suisses, le peuple le plus pacifique et le plus défendable du monde!» Dans les endroits où j’étais particulièrement visible en raison de ma peau blanche ou de la forme de mes yeux, de mon nez, de mes lèvres, de mon corps ou de mes vêtements, différentes de celles des habitants, par exemple en Afrique, en Inde, en Chine, en Arabie saoudite, etc., des gens m’ont souvent abordé en posant justement cette question. J’ai toujours trouvé qu’il s’agissait de l’expression agréable d’un besoin humain primitif, de contact avec d’autres personnes et de manifestation de l’intérêt envers d’autres cultures, et j’ai été heureux de répondre à mes interlocuteurs. Cela a souvent donné lieu à des conversations intéressantes et instructives, au cours desquelles j’ai appris beaucoup de choses sur le pays que je visitais, et parfois même à des amitiés qui ont duré un certain temps jusqu’à ce que les distances géographiques qui nous séparaient y mettent un terme.
    Grâce au «politiquement correct», qui tient aujourd’hui le haut du pavé en matière d’opinion publique et qui la détermine, il m’a fallu assimiler que poser à un individu manifestement étranger la question de ses origines n’était qu’un exécrable racisme. Cette situation n’offre pourtant aucune différence avec celle qui a été la mienne pendant des décennies dans tous les pays: je n’étais pas autochtone, ou comme on dit «pas d’ici». 
   Je dois malheureusement constater que tous les gens qui, dans le monde entier – les Africains, les Indiens, les Allemands et les Anglais, les Chinois, les Russes, les Indiens d’Amérique du Sud et tous les autres – m’ont posé la question de mes origines sur un ton amical (qui n’était, selon nos modernes prosélytes, qu’une sournoise simulation) n’étaient en réalité que d’insidieux racistes. Tous les souvenirs ensoleillés que j’avais gardés dans le monde entier de ces gens apparemment gentils sont maintenant devenus, face à ma récente lecture de certains articles, des blessures psychologiques profondes et incurables, parce que les prophètes du politiquement correct m’ont appris que j’avais été toute ma vie la victime naïve de «racistes».

Gotthard Frick, Bottmingen

(Traduction Horizons et débats)

 

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