Une inflation latente?

par Eberhard Hamer, «Mittelstandsinstitut Niedersachsen», Allemagne

Le Mittelstandsinstitut (Institut pour les petites et moyennes entreprises), basé en Basse-Saxe, reçoit un nombre croissant de demandes de conseils de la part d’entrepreneurs indépendants et de salariées de classe moyenne au sujet de leurs économies. Il est évident que pendant le confinement, les liquidités de nombreux ménages ont augmenté de telle sorte qu’une pression d’investissement s’est développée.
    C’est ce qu’indiquent également les sommets atteints par les marchés boursiers. En effet, les paquets d’argent accumulés à cause du (ou grâce au) Covid-19 doivent bien se déverser quelque part: cet argent va d’abord sur les marchés boursiers, mais aussi sur les marchés obligataires qui n’offrent pas de rente, mais restent des options d’investissement traditionnelles. 
    Et le prix de l’or montre également que les gens sont prêts à investir dans la sécurité (l’or) plutôt que dans le rendement.
    La pression la plus forte semble se situer sur le marché de l’immobilier, ou l’on fait déjà face à une bulle immobilière. Celle-ci est néanmoins considérée par beaucoup de gens comme une échappatoire à l’inflation et aux réformes monétaires. La plupart des gens ne croient toujours pas qu’après une réforme monétaire, les valeurs réelles de l’immobilier seraient également affectées – malgré les expériences passées. 
    La pression sur les liquidités des ménages privés est une conséquence naturelle de la fermeture de nos magasins, restaurants et établissements de divertissement. Les gens n’ont rien pu dépenser au cours des six derniers mois et ont donc accumulé des revenus inutilisés. Cela signifie qu’une fois les restrictions levées, une demande excédentaire entrera sur le marché en parallèle avec des pénuries d’offre, ce qui entraînera des hausses de prix. Nous assisterons donc à un «boom post-corona» temporaire jusqu’à ce que les liquidités refoulées des ménages soient dépensées. 
    Les producteurs de matières premières ont déjà annoncé des hausses de prix allant jusqu’à 30 % (métal, bois de construction) en prévision de cette augmentation de prix attendue pour l’été 2020, et l’industrie du tourisme commence également à utiliser des majorations pour compenser les pertes dues au corona. 
    Aux Etats-Unis, Joe Biden a lancé le paquet de consommation de 1 900 billions, déjà initié par Donald Trump, de sorte qu’un nouvel essor soit obtenu en inondant les marchés d’argent.
    L’UE tente d’atteindre le même objectif avec 750 milliards de cadeaux et de prêts aux Etats très endettés sous la forme d’un «subside corona» et en même temps d’un «Green Deal». 
    Ainsi, des milliers de milliards d’argent nouvellement créé sont injectés sur le marché pour absorber les conséquences de la récession liée à la période en question et pour créer un nouveau boom artificiel. Cependant, une augmentation de la masse monétaire en cas de stagnation des biens signifie généralement une demande excédentaire et une augmentation des prix, c’est-à-dire l’inflation. La FED et la BCE se sont désormais fixées un objectif d’inflation maximale de 2 %, car les pays surendettés comme les Etats-Unis, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et la France deviendraient insolvables si les intérêts sur leurs obligations étaient plus élevés – ils feraient faillite. Pour éviter cela, l’inflation (surtout celle des obligations d’Etat) est stoppée. La politique du taux d’intérêt zéro prévaut. La pression inflationniste, issue de la multiplication de la monnaie, est continuellement stoppée par les interventions des gouvernements et des banques centrales. 
    En fait, ce comportement est typique des administrations socialistes qui créent et dépensent de la monnaie de manière excessive, mais doivent ensuite faire marche arrière pour ne pas laisser le niveau des prix augmenter de trop, et afin d’éviter l’inflation. Sous Adolf Hitler,on appelait cela une «inflation bloquée». Cela fonctionne bien tant que le pouvoir central peut encore diriger et neutraliser l’argent excédentaire. Dans les économies socialistes, cela se fait par le gel des prix sur les marchés, et dans notre système socialiste financier, cela se fait par le financement et la redistribution de la dette publique. 
    Ainsi, tant que les banques centrales conditionnent l’argent nouvellement créé en nouvelles dettes publiques et que les Etats peuvent convertir cet argent en prestations sociales, cela n’aura pas d’effet sur le marché et ne pourra pas conduire à l’inflation. C’est la seule façon d’expliquer pourquoi, malgré l’afflux d’argent de ces dernières années, les banques centrales ont pu imposer avec succès un taux d’intérêt nul. 
    Mais avec de plus en plus d’argent en circulation, la pression de l’excès de liquidités dans le système financier augmente, malgré le blocage des prix ou le taux d’intérêt nul. 
    Cela peut – s’il augmente lentement – se traduire par une lente augmentation des taux d’intérêt (souhaitée par les banques centrales), tant que la planche à billets est sous contrôle. Mais elle ne l’est plus depuis longtemps, surtout à la suite des plans de sauvetage Covid-19. L’autre solution consiste donc pour l’Etat et les banques centrales à exercer une contre-pression sur cette vague de liquidités jusqu’à ce que le flot de liquidités déborde et inonde le système financier et le fasse exploser. Ce fut le cas dans l’Allemagne d’après-guerre en 1947 et en République démocratique allemande (RDA) en 1989, et ce sera probablement bientôt le cas à nouveau. 
    La bulle de liquidité, qui a entre-temps été doublement augmentée par les renflouements Covid-19 et les confinements successifs, sera donc maintenue artificiellement jusqu’à l’automne au plus tard, et n’éclatera qu’après le lockdown avec des hausses de prix, une inflation naissante et un faux boom à court terme, jusqu’à ce que la surabondance artificielle mondiale de monnaie menace de conduire à une inflation galopante. Cependant, une inflation galopante ne serait pas seulement une expropriation du capital d’épargne et des soldes de crédit, mais signifierait également des faillites d’Etats surendettés. Afin d’éviter cela, une réforme monétaire est déjà en préparation par les banques centrales, qui devrait aboutir à une monnaie numérique. Une telle monnaie aurait l’avantage de permettre à la banque centrale de procéder à des réformes monétaires en supprimant des zéros à volonté, de ne plus permettre aux gens de dépenser de l’argent sans le consentement du système bancaire et d’être soumis au contrôle financier total du système bancaire central. La liberté financière disparaîtrait alors, mais un nouveau système central de domination financière serait établi. 
    En tout cas, il ne faut pas croire que la multiplication effrénée de l’argent de nos politiciens et des banques centrales («Euro bailouts», «Green Deal») resterait sans conséquences. Nous en percevons les conséquences à court terme pour l’instant, car la conséquence inflationniste réellement nécessaire est pour l’instant artificiellement stoppée. Mais l’inflation latente éclatera à un moment ou à un autre. 
    Ainsi, l’inflation refoulée n’est pas permanente, mais simplement un artifice temporaire qui ne peut être maintenu, et qui finira par se traduire en une inflation naturelle ou une réforme monétaire. 
    En tout état de cause, un boom post-corona serait favorable à notre gouvernement pour les prochaines élections. Même la prospérité factice et l’inflation refoulée apparaissent aux électeurs ordinaires comme quelque chose de positif; ils sont mêmes prêts à en remercier le gouvernement.

(Traduction Horizons et débats)

 

 

 

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