En Allemagne les Verts visent le pouvoir à tout prix

Un influenceur de l’opposition extraparlementaire et ses millions de followers à la rescousse des intérêts des Verts allemands (Bündnis 90/Die Grünen)

par Karl-Jürgen Müller, Allemagne

Qui s’en souvient encore? Le 18 mai 2019, peu avant les élections législatives européennes, la plateforme YouTube a diffusé sur internet une vidéo de l’influenceur allemand Rezo. Cette vidéo, d’une durée d’environ 55 minutes, intitulée «La destruction du CDU» s’attaquait vigoureusement aux partis actuellement au pouvoir en Allemagne (CDU, CSU et SPD) ainsi qu’à l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) et au FDP (libéraux). Rezo s’en prenait tout particulièrement à la CDU et la CSU en les accablant de toutes sortes de reproches et surtout de leur échec en matière de politique climatique. La vidéo s’achevait sur un appel détourné à voter pour les Verts allemands, Bündnis 90/Die Grünen. 
  En Allemagne, la vidéo a été le film YouTube le plus visualisé en 2019. En date du 26 mai, jour des élections européennes en Allemagne, il avait enregistré plus de 10 millions de vues. A l’époque, au vu des pertes enregistrées par le SPD et la CDU et du succès remporté par les Verts lors de ces élections du Parlement européen, la deuxième chaîne de télévision allemande (ZDF) a pu parler d’un «effet Rezo», lequel «effet»se concrétisant grâce au concours des autres médias, qui ont largement fait de Rezo le centre de débats tout en sa faveur. 

Le «phénomène Rezo» – Tout pour les Verts, mais plus rien pour la démocratie

Rezo est un jeune homme qui se définit lui-même en tant qu’observateur et commentateur indépendant et alternatif des événements politiques. Il apparaît déterminé et résolument agressif, persuadé que la vérité est de son côté; ni son vocabulaire ni son discours n’ont plus rien à voir avec un débat démocratique, préférant donner en spectacle «la fureur et l’indignation». Dans ce scénario, chaque mot, chaque geste et chaque expression du visage semblent avoir été soigneusement répétés. Ce cher Rezo est miraculeusement bien préparé. 
    Avec ce fameux «effet Rezo», on voit d’ailleurs qu’il est tout à fait possible de pénétrer dans l’inconscient collectif au travers du pouvoir potentiel offert par l’internet, surtout si l’on agit avec suffisamment de grossièreté et de détermination. C’est un phénomène bien connu dans d’autres contextes, comme on a pu le voir par exemple au travers des «révolutions de couleur» dans le monde entier. Ce nouveau potentiel du pouvoir politique, qui échappe au débat public, n’a plus rien à voir avec la culture du débat démocratique et n’a non plus aucune légitimité alors même tandis que ses possibilités de manipulation dépassent de loin celles des médias imprimés. Bien au contraire, la dimension émotionnelle qu’on y exploite provoque des affects agressifs et certainement pas l’empathie. 
    A l’évidence, Rezo est l’un des tenants de l’opposition extra-parlementaire (APO) des Verts allemands d’aujourd’hui qui font cependant parade, en public, d’un comportement civique modéré et libéral, voire centriste. Rezo n’est pas un phénomène isolé et tout cela repose sur un système. On voit de plus en plus de mises en scène publiques semblables à celles de Rezo. Et le cœur de cible, ce sont principalement les jeunes. Là-dedans, rien à voir avec un surcroît de démocratie; tout au plus peut-on parler d’un usage abusif et d’un détournement des droits démocratiques.

«Rezodémolit 
la politique du Coronavirus»

Tout récemment, en date du 5 avril 2021, Rezo a posté une nouvelle vidéo sur YouTube:«Rezodémolit la politique du Coronavirus». Le 9 avril à midi, la vidéo avait, selon YouTube, déjà comptabilisé plus d’un million de vues avec plus de 90 000 likes, pouce levé. La réalisation de la vidéo ressemble à celle d’avril 2019, mais elle est beaucoup plus courte ne durant que 13 minutes. Voilà les messages-clés de cette nouvelle vidéo: Le gouvernement allemand (ici Rezo se limite pourtant uniquement aux hommes et femmes politiques de la CDU et de la CSU) a depuis le début totalement échoué dans sa politique de traitement de la pandémie du coronavirus, les politiciens de la CDU s’étant avérés corrompus, ignorant des résultats scientifiques et méconnaissant leurs auteurs, la CDU et la CSU faisant à l’unisson preuve d’une attitude déraisonnable face à de nouvelles «crises» (là, Rezo soulève une fois de plus la question du climat). Cette nouvelle vidéo a été, elle aussi, l’objet de commentaires favorables de la part de nombreux médias. 

Baerbock et Habeck 
veulent tous les deux devenir chancelier 

Le 19 avril 2021, le Bureau fédéral de Bündnis 90/Die Grünen devrait désigner le candidat que le parti souhaite présenter au poste de Bundeskanzler, lors des prochaines élections fédérales du 26 septembre. Les deux options sont soit Annalena Baerbock, soit Robert Habeck. Les Verts allemands se considèrent en pleine ascension depuis les dernières élections fédérales. Les résultats obtenus aux élections des Länder depuis 2017 et aux élections parlementaires européennes ont renforcé la conviction qu’a le parti de pouvoir également conquérir le pouvoir au niveau fédéral. Leurs seuls obstacles sur la voie qui mène à la chancellerie ne seront donc plus que la CDU et la CSU. Pour les Verts, il faut donc à présent affaiblir ces deux partis par tous les moyens.
    Dans l’état actuel des choses, on peut supposer que la gestion de la crise sanitaire du Coronavirus par le gouvernement fédéral se retrouvera au centre de la campagne électorale. Dans l’intervalle, les voix divergentes et la confusion qui règne autour de la politique de gestion du Coronavirus ont atteint un tel volume que de nombreux citoyens ont perdu leurs repères et ne savent plus où ils en sont. Les chiffres des sondages pour les partis au pouvoir, mais surtout pour la CDU et la CSU, sont franchement mauvais. Quand on pose la question classique des sondages qui est de savoir pour qui «les Allemands» voteraient si les élections fédéralesse déroulaient actuellement, l’institut de sondages d’opinion Forsa est arrivé, le 7 avril 2021, à un total de seulement 27 pour cent en faveur de la coalition CDU/CSU et de déjà 23 pour cent en faveur de l’Alliance 90/Les Verts. Pour rappel: lors des élections fédérales de 2017, la CDU et la CSU avaient obtenu ensemble près de 33 % tandis que l’Alliance 90/Les Verts n’atteignaient péniblement que 9 %.

Personne ne 
s’interroge sur la réalité des succès politiques des Verts 

On n’a cependant toujours pas de réponse à la question de savoir quelles ont été les réalisations politiques des Verts allemands depuis 2017. Mieux encore: cette question, on ne la pose tout simplement pas. Etre «vert», c’est juste être en phase avec l’esprit du temps et cela imprègne presque tous les partis politiques. 
    Autrement dit: Tous ces partis ont prêté allégeance à un «Great Reset» durable et au «Green New Deal» et veulent désormais tous être «verts». Facile dans ce cas pour les Verts allemands de se faire passer pour le «modèle d’origine».
    Tout cela ne va pas sans la création d’écrans de fumée. Mais qu’est-ce que l’électeur allemand peut bien s’imaginer lorsque le programme du parti pour les élections du Bundestag en septembre prochain s’intitule fièrement «Deutschland. Alles ist drin» (L’Allemagne. Tout y est)? Voilà bien des jeux de mots pleins d’ambiguïtés, propres aux techniques de manipulation psychologique et consorts. Ces jeux de mots ne tendent-ils pas à détourner l’attention de la question, beaucoup plus sérieuse, de savoir ce que signifierait réellement pour l’Allemagne d’être dirigée par une «Chancellerie verte»? 

Plus de guerre, moins de liberté

Ce journal1 a fait valoir, il y a quelques semaines, qu’une politique étrangère menée par les Verts entraînerait l’Allemagne, encore plus qu’auparavant, vers une confrontation accrue avec la Russie et la Chine, orientée vers les Etats-Unis et profondément teintée d’idéologies.
    N’est-il pas grand temps de regarder de plus près ce que fontréellement les Verts allemands? La «Neue Zürcher Zeitung» du 31 mars 2021 a – de son point de vue – ouvert le débat. Sous le titre: «Die Grünen sind alles mögliche – aber nicht liberal» (Les Verts sont tout sauf libéraux) l’article commente le programme électoral des Verts allemands, tel que mentionné ci-dessus. L’article avance des affirmations qui mériteraient que les électeurs allemands y réfléchissent, eux aussi, par exemple en soulevant la question de savoir à quoi ressemblerait «une Allemagne façonnée selon la volonté des Verts. La réponse dans le programme du parti nous informe que ce serait une république fondée sur des quotas, avec un Etat qui prélève et redistribue, investissant pratiquement tous les domaines». «L’Etat vert est un Etat redistributif […] subventionnant généreusement la diversité.» Et le commentateur d’en conclure que Les Verts allemands aspirent à une «transformation socio-écologique globale qui ne connaisse de frontières que planétaires.» Il y a, conclut le journal, «un déséquilibre abyssal inhérent à la préoccupation centrale des Verts de nous libérer en tant qu’individus dans la vie de tous les jours» mais de le faire «au travers de règlementations, de lois et d’interdictions qu’ils imposent eux-mêmes». «Les Verts ouvrent la porte à la mise sous tutelle de l’individu par l’Etat. Ils se méfient de l’homme et craignent sa liberté.»
   L’article se conclut par une question qu’il faut se poser et faire circuler: «Dans leur ensemble, les Verts ne sont ni libéraux ni bourgeois, mais ils sont élus par un nombre toujours croissant de bourgeois libéraux. Je me demande si ces derniers ont déjà jeté un coup d’œil aux barrières que les Verts veulent instaurer pour réguler l’Allemagne, transformer son économie et reconstruire sa société.»  



Qu’est-ce qui se passerait si l’Allemagne devenait «verte»? Dans: Horizons et débat, n° 1, du 19/01/21

Les influenceurs en politique

ep. De nos jours les influenceurs jouent non seulement un rôle crucial dans la communication personnalisée, mais ils exercent également une influence croissante sur la formation de l’opinion publique et l’équilibre des pouvoirs dans la sphère politique. Lorsqu’on a recours à des influenceurs, on part du principe que leur impact sur l’opinion est plus important que celui produit par la publicité ordinaire, comme par exemple celle qui met en scène des célébrités. Les influenceurs sont effectivement des personnes comme vous et moi, qui n’ont rien de spécial et à qui on peut aisément se comparer sans se sentir envahi par un sentiment d’infériorité. Cela, alors qu’en réalité ils sont «méticuleusement inventés de toutes pièces» et le plus souvent escortés par des cameramen et d’autres professionnels.
    Lors de la campagne électorale américaine de 2012, l’équipe de campagne de Barack Obamas est concentrée sur une publicité individualisée en recourant à des influenceurs. Chaque électeur a été répertorié et quantifié grâce à l’analyse des données récoltées. 
    Dès le début, M.Obamaa mobilisé une dynamique équipe de volontaires chargés d’entrer personnellement en contact avec le plus grand nombre d’électeurs possibles. Grâce à des algorithmes développés numériquement, l’équipe était en mesure de déterminer avec exactitude quels étaient les interlocuteurs intéressants. 21 000 bénévoles sont donc allés frapper à 890 000 portes et ont ainsi engagé 350 000 entretiens dans le seul Etat très convoité de l’Ohio au cours des quatre derniers jours précédant l’élection. 
    Les volontaires étaient équipés de smartphones dotés d’applications à partir desquelles ils étaient en mesure de récupérer la formulation exacte de chaque début ou fin de conversation en fonction de la personne contactée. La publicité en ligne de cette campagne a également été adaptée à chaque électeur, ce qui a eu davantage d’impact que les publicités télévisées aux heures de grande écoute. De plus, les appels téléphoniques et les médias sociaux ont permis de cibler les électeurs de façon individuelle. 
    Les influenceurs endossent en quelque sorte le rôle des militants électoraux. Eux ne frappent pas aux portes, mais appellent et vous contactent directement sur votre smartphone. Si l’on part du principe que les followers s’identifient fortement à leurs «stars», il est donc possible de définir formellement quels influenceurs doivent être mis en position d’« ambassadeurs publicitaires». 

Source: Nymoen, Ole ; Schmitt, Wolfgang M. Die Influencer. Die Ideologie der Werbekörper. 
Berlin, Suhrkamp 2021

Ce que feraient les Verts allemands s’ils accèdaient au gouvernement

Extraits du manifeste électoral de Bündnis 90/Die Grünen, élections fédérales du 26 septembre 2021

«Le partenariat transatlantique reste un pilier de la politique étrangère allemande, mais il doit être remodelé, adapté au modèle européen, et prendre un caractère multilatéral ainsi qu’orienté vers des valeurs communes définies et des objectifs démocratiques. Centre névralgique d’un agenda transatlantique européen renouvelé, nous proposons de donner une forte impulsion commune à la politique climatique mondiale, en nous appuyant sur les objectifs climatiques de Paris. Nous sommes également attachés à une coopération optimale avec les Etats-Unis en matière de numérisation, de renforcement du multilatéralisme, de questions commerciales et de tout ce qui touche à la santé. Nous voulons œuvrer ensemble à la protection mondiale des droits de l’homme et pour un ordre mondial fondé sur des réglementations. Ceci inclut bien entendu un accord portant sur les relations avec les Etats autoritaires tels la Chine et la Russie. Il est clair que même pour la nouvelle administration américaine, l’Europe n’est plus l’objectif principal de la politique de sécurité des Etats-Unis. L’UE et ses Etats membres doivent assumer eux-mêmes une plus grande responsabilité en matière de politique étrangère et de sécurité. Cela vaut en particulier pour la sécurité des voisins orientaux de l’UE ainsi que des Etats baltes et de la Pologne. Nous voulons mener le débat transatlantique à plusieurs niveaux, y compris aux niveaux respectivement fédéral et local et créer ainsi des réseaux sociaux durables et diversifiés. [...]
    La Russie prend de plus en plus l’allure d’un état autoritaire, s’attaquant de façon toujours plus agressive à la démocratie et la stabilité à l’intérieur de l’UE et dans les environs immédiats communs. En même temps, le mouvement démocratique en Russie se renforce. Nous voulons intensifier les échanges multilatéraux et soutenir la courageuse société civile qui s’élève face à la répression de plus en plus dure du Kremlin et lutte pour les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit. 
    L’UE a clairement formulé les conditions d’un assouplissement des sanctions imposées à la Russie en raison de son annexion de la Crimée, laquelle a enfreint le droit international, ainsi que des opérations militaires menées à l’encontre de l’Ukraine. Nous nous y conformerons, et au besoin renforcerons ces sanctions. Nous exigeons que le gouvernement russe respecte ses engagements au titre de l’accord de Minsk. Quant au projet de gazoduc Nord Stream 2, il est non seulement néfaste en termes de politique climatique et énergétique, mais également sur le plan géostratégique – notamment par rapport à la situation en Ukraine. Il faut donc mettre fin à ce projet.»

(Traduction Horizons et débats)

 

 

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