L’attitude de reprocher des atrocités à l’ennemi appartient à la propagande de guerre – Elle ne sert pas la paix

par Karl-Jürgen Müller

Commençons par deux définitions tirées de Wikipedia:

«La guerre de l’information, (en anglais infowar ou information warfare), est un terme qui désigne l’emploi et la manipulation d’informations dans le but d’obtenir des avantages, par rapport aux concurrents et aux adversaires, dans le domaine de l’économie ou de la politique. Cela comprend également l’influence des médias par de fausses informations (fake news), des informations partielles ou de la propagande dans le but de manipuler les médias dans son propre intérêt.»
    «La propagande d’atrocités dans un conflit armé est une forme de propagande politique qui tente de diffamer le camp adversaire en lui attribuant des méfaits ou des atrocités inventés ou qu’il n’a pas commis, ou en déformant délibérément des actions qu’il a entreprises afin de scandaliser l’adversaire. Elle est un moyen fréquent de guerre psychologique pour redoubler les efforts de ses propres forces armées et de la population ou pour influencer l’opinion publique mondiale.»
    La propagande d’atrocités est une forme particulière de la guerre de l’information. Elle fait partie de la «cognitive warfare», de la «communication stratégique».1 La propagande d’atrocités existe depuis toujours et est inextricablement soudée à la guerre elle-même, comme c’est le cas avec la guerre de l’information, tout le monde le sait. Pourtant, la propagande d’horreur est pratiquée dans chaque guerre. Elle est possible parce que généralement, pendant une guerre, aucune vérification indépendante et objective n’est possible et parce que le terrain des émotions se prépare d’avance. La propagande d’atrocités se base généralement sur d’autres genres de la guerre mentale qui l’avancent, de sorte qu’une bonne dose d’insécurité et de peur (aboutissant à la haine) est déjà ancrée dans la conscience publique. C’est sur cette «ambiance» haineuse que la propagande d’atrocités se déroule, surenchère qui ne fait qu’inciter davantage les deux émotions sœurs que sont la peur et la haine.

Perfidie

La propagande de l’horreur n’aboutit pas à la paix. Au contraire, elle sert à l’escalade belliciste. Elle est d’autant plus perfide que des atrocités réelles surviennent en guerre. Dans de telles périodes, la perfidie est d’autant plus grande si de prétendus «experts» qui se veulent indépendants et objectifs, mais qui servent en réalité une des parties s’expriment en public.
    Depuis le 24 février 2022, nous avons affaire à tout cela. Concrètement, le travail de longue haleine entamé dans nos Etats sur l’image ennemie de la Russie, notamment la diabolisation du président russe Vladimir Poutine, a préparé le terrain pour que l’on prenne les rapports sur les atrocités imputées aux forces armées russes en Ukraine pour véridiques – en dépit du fait que jusqu’à présent, rien de ce qu’ils affirment ait été étayé par des enquêtes indépendantes et objectives.
    Les allégations d’atrocités prétendument commises par les forces armée russes sont devenues monnaie courante. Un exemple parmi tant d’autres l’illustre. Dans les colonnes du quotidien suisse «Tages-Anzeiger» on lisait, le 23 avril 2022, le commentaire incendiaire qui suit, basé sur de pures prétentions dénuées de toute preuve: «Il est incompréhensible que l’on réclame de la compréhension pour un dictateur qui massacre la population civile en Ukraine et fait bombarder, de manière ciblée, des objets civils afin d’atteindre le nombre maximal de victimes et de réfugiés.» (Soulignements km.)

Soupçons

Il y a de bonnes raisons de soupçonner qu’ avec ces rapports, on a affaire à l’endoctrinement mental. Pour se faire une idée et compléter ce que nous apprenons par le biais de «nos» médias et prises de position officielles, il suffit de consulter ce que communiquent les médias russes ainsi que les informations de sources officielles russes. Ce faisant – ces sources additionnelles sont accessibles en langue allemande et française aussi – on constate que les rapports sur les prétendues atrocités russes diffusées chez nous diffèrent considérablement avec les arguments avancés par le côté russe, de manière objective, factuelle et intelligible.
    Une telle pratique ne peut pas aboutir à la certitude, mais elle permet au moins à nos professionnels de la communication – à condition que nous poursuivions sérieusement notre quête de ce qui est réel – de citer les répliques avec autant de sérieux et de détails que les allégations sur les prétendues atrocités de guerre. Ainsi, le public occidental qui ne dispose normalement pas du temps ni des possibilités de repérer les prises de position russes pourraient se faire une meilleure idée de la réalité.
    Il est compréhensible que le gouvernement ukrainien, en tant que partie prenante à la guerre, ne veille guère à ce que ses vues soient objectives. Mais dans nos pays occidentaux, les dérives d’un grand nombre de nos responsables politiques et professionnels de la communication publique face à ce sujet ne s’expliquent que si l’on part de l’idée que nos pays sont également partie prenante à la guerre.
    Les représentants d’institutions telles que l’OSCE ou la Cour pénale internationale (CPI) se donnent généralement l’image d’être indépendants et objectifs, ne répondant à personne et à rien sauf au droit. Ainsi leurs affirmations trouvent d’autant plus de poids que celles de n’importe qui. Cependant une question s’impose. Ces deux institutions sont-elles vraiment aussi indépendantes et objectives que cela? La CPI a entaché sa réputation depuis un certain temps déjà, car jusqu’à présent, elle n’a jamais enquêté de manière conséquente sur les crimes de guerre commis par des ressortissants des pays de l’OTAN. Pourquoi le procureur en chef (britannique) auprès de la CPI a-t-il immédiatement après que les rapports sur les prétendues atrocités commises à Boutcha a été diffusées dans le monde entier, avec des images horribles – comment le procureur de la CPI peut-il donc accuser la Russie aussi rapidement sans avoir ouvert d’enquête solide et surveillé sur place? Et pourquoi l’OSCE, sous sa présidence actuelle polonaise, s’intéresse-t-elle davantage aux accusations ukrainiennes contre la Russie qu’aux accusations russes contre l’Ukraine? La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères l’a expliqué, de manière crédible, dans son briefing du 13 avril 2022, en détaillant l’exemple du bombardement de la gare de Kramatorsk.2

Qui en profite?

Même en regardant les rapports d’atrocités provoquant la nausée, une question est incontournable, celle du «Cui bono?» – A qui cela profite-t-il?
    En d’autres termes: pourquoi et dans quel but les forces armées russes seraient-elles hantées au point de commettre des atrocités en Ukraine? En quoi cela pourrait-il leur «profiter»? Cette même question paraît tout autrement pertinente, si on la reformule: et à qui profitent réellement les rapports diffusés sur les prétendues atrocités russes?
    Rappelons la définition de Wikipédia qui dit que la propagande du genre expliqué ci-dessus est «un moyen fréquent de guerre psychologique pour redoubler les efforts de ses propres forces armées et de la population ou pour influencer l’opinion publique mondiale.» (Soulignements km.) De telles intentions s’adaptent peu aux objectifs de la Russie, mais ont davantage de pertinence pour l’autre partie.
    Même ceux qui accusent les forces armées russes d’avoir commis des atrocités sont conscients de ce problème et ont donc recours à des constructions auxiliaires. Dans une interview du «Tages-Anzeiger» de ce même 22 avril, l’historien allemand Bernd Greiner, interrogé sur «l’utilité» des massacres et des atrocités, s’exprime de la sorte: «Les crimes de guerre font partie d’une guerre psychologique. Ils poussent à l’extrême le but de toute guerre: semer les angoisses et les paniques. Il s’agit de menacer les vivants par le biais des morts.»
    Or, il se trouve que toutes les déclarations russes sur les buts de l’action militaire en Ukraine vont entièrement dans le sens contraire: pour eux, l’Ukraine doit certes être «démilitarisée» et «dé-nazifiée» et les deux républiques autonomes de Donetsk et de Louhansk reconnues par la Russie, seront à protéger contre de nouvelles attaques ukrainiennes, mais il n’est jamais question de «semer de l’angoisse et de la panique»3 parmi la population civile. Au contraire, la population civile doit être protégée – pour autant qu’il soit possible dans une guerre. Même si l’on considère toutes les déclarations russes comme de la propagande, quelle logique y aura-t-il à expliquer que l’on fait tout pour protéger les civils tout en répandant «de l’angoisse et de la panique» et en «menaçant les vivants avec les morts»?
    Pour les Russes, les Ukrainiens sont un «peuple frère», aussi slaves qu’eux. Pourquoi et dans quel but les forces armées russes chercheraient-elles à atteindre le «nombre maximal de victimes» parmi la population civile ukrainienne? En ce qui concerne la Russie, de tels buts manqueraient totalement de sens.

La guerre contre la Russie
«jusqu’au dernier Ukrainien»?

Certaines voix, pas uniquement en Russie, affirment que le gouvernement américain et l’OTAN sont prêts à mener la guerre contre la Russie «jusqu’au dernier Ukrainien». Une propagande abominable à ce point correspondrait à une stratégie inhumaine. Malheureusement, d’autres mises en scène de ce genre, («opérations sous fausse bannière») sont prévues, se basant sur des prétendues atrocités encore plus grave.4
    Cela correspond aux indices, de plus en plus préoccupants, selon lesquels des états-membres de l’OTAN sont déjà directement impliqués dans cette guerre, non seulement au travers de leurs livraisons d’armes, mais également par des interventions militaires sur place.5
    Le «conseil de guerre» international que les Etats-Unis ont tenu le 26 avril sur leur base militaire de Ramstein en Allemagne va également dans le sens d’une nouvelle escalade et – en pratique – d’une participation directe de l’OTAN à la guerre.
    La Russie s’opposera non seulement à une nouvelle propagande à fausse bannière basée sur d’autres atrocités russes présumées, mais également aux tentatives des Etats de l’OTAN de prolonger la guerre en Ukraine par des livraisons d’armes et d’autres moyens. Le 25 avril 2022, le ministre russe des Affaires étrangères a, une nouvelle fois, souligné la volonté de la Russie de parvenir à une solution négociée avec le gouvernement ukrainien. Il a toutefois également évoqué le fait que le risque de la Troisième guerre mondiale était réel si les pays de l’OTAN ne cessaient pas d’escalader et de prolonger activement la guerre.


1voir Horizons et débats, éd. du 01/03/2022. Karl-Jürgen Müller. Refuser le mensonge en politique ; https://www.zeit-fragen.ch/F/archives/2022.- 
2https://mid.ru/de/foreign_policy/news/1809211/ 
3Il en était tout autrement des troupes américaines lors de leur guerre contre l’Irak en 2003, qui ont nommé ouvertement leur propre intervention «Shock and Awe» (angoisses et paniques).
4Ainsi, depuis le 23/02/2022, les autorités russes n’ont cessé de rendre publiques des communications sur d’autres mises en scène planifiées, parmi elles, le Ministère de la Défense, le 24/04/2022. Il disposerait «d’informations sur la préparation de provocations par les Etats-Unis d’Amérique dans le but d’incriminer les forces armées russes d’utiliser des armes chimiques, biologiques et nucléaires tactiques».
5cf. «Sind britische Sondereinheiten in der Ukraine aktiv?» Ds.: «Tages-Anzeiger» du 25/04/2022. L‘article fait référence à des journaux britanniques qui rapportent ouvertement l’intervention de commandos spéciaux britanniques du SAS.

Le Bundestag confirme que l’Allemagne se trouve en état de guerre

km. Même s’il est établi, au moins textuellement, que le Bundestag allemand approuve «le soutien du gouvernement fédéral à l’Ukraine attaquée tout en s’assurant que ni l’Allemagne ni l’OTAN ne deviennent partie à la guerre», les réalités démentent les réserves cachées dans la phrase subordonnée. Le 28 avril 2022, le Parlement fédérale allemand a adopté la motion contenant la phrase précitée par 586 voix contre 100 (7 abstentions), choix qui transforme de facto l’Allemagne (qui n’est pourtant militairement agressé par aucun adversaire) en partie belligérante. Malheureusement, seul un des partis et appartenant à l’opposition s’est expliqué clairement, déclarant que la motion est synonyme à la «déclaration allemande d’adhésion à une guerre».
    C’était la veille que le SPD, la CDU/CSU, l’Alliance 90/Les Verts ainsi que le FDP avaient déposé en commun la motion au Bundestag. Sa tonalité, son langage belliciste ainsi que sa manifeste perte de perception réaliste rappellent les périodes les plus sombres de l’histoire allemande. Le tout est avancé avec cette hypocrisie mensongère pleine de mots creux qui accompagne ce procès pernicieux. Aujourd’hui donc, un peu plus de 80 ans après le début de la guerre d’extermination allemande contre l’Union soviétique, des chars allemands se dirigent à nouveau contre des soldats russes. Quelle honte de se passer à ce point de sa propre histoire!
   Quant à l’état d’âme qui semble actuellement régner au sein de la classe politique établie allemande, rien ne laisse percevoir qu’il existe des voix revendiquant le retour immédiat à la raison et à la modération. Cela fait craindre le pire. D’où viendra le revirement urgent? Une chose est garantie: ce n’est définitivement pas la manière d’agir pour rattraper la paix. Et c’est pourtant ce à quoi aspire la majorité des Allemands.

 

 

Lettre ouverte au chancelier allemand: la désescalade est urgente!

km. Les marches de Pâques allemandes n’ont pas été les seules à signaler à quel point de très nombreuses personnes s’inquiètent du fait que la guerre en Ukraine ne prenne pas fin et qu’au contraire elle s’étende notamment en raison des efforts massifs des pays de l’OTAN à la soutenir – en direction d’une grande guerre européenne, voire mondiale. D’autres voix éminentes se sont élevées de concert avec ces sérieux avertissements, notamment celles d’anciens généraux de haut rang de la Bundeswehr comme Erich Vad ou Harald Kujat.1
   Il n’est pas possible d’aborder ici la multitude d’initiatives similaires. On se bornera donc à citer quelques phrases clés tirées de la lettre ouverte adressée au chancelier allemand Olaf Scholz et publiée le 22 avril 2022 dans les colonnes du «Berliner Zeitung». Parmi les nombreux signataires se trouve Hans-Christof von Sponeck, auteur de différentes contributions publiées dans Horizons et débats et ancien secrétaire général adjoint des Nations unies.
    «Ce qui nous unit, c’est que nous prononçons ensemble un sérieux avertissement contre l’extension incontrôlable de la guerre, extension aux conséquences imprévisibles pour le monde entier, et que nous nous engageons contre la prolongation de la guerre et l’effusion de sang, effets néfastes qui sont liées aux livraisons d’armes.
    En livrant ces armes, l’Allemagne et d’autres pays de l’OTAN se sont de facto alliés en partie belligérante. C’est ainsi que l’Ukraine s’est transformée en champ de bataille du conflit entre l’OTAN et la Russie sur l’ordre sécuritaire en Europe, conflit qui s’aggrave perpétuellement depuis des années. […]
    La guerre comporte le risque réel d’une extension et d’une escalade militaire incontrôlable […]. Monsieur le Chancelier, si des personnages comme vous, chargées de haute responsabilité, n’arrêtent pas cette évolution, elle conduira à une nouvelle grande guerre. A la différence près que cette fois-ci, il y aurait un risque imminent de l’emploi d’armes nucléaires, de dévastations à grande échelle et de la fin de la civilisation humaine. La priorité absolue revient donc aux efforts d’arrêter le nombre croissant de victimes, de destructions et de nouvelles escalades dangereuses. […]
    Les livraisons d’armes et le soutien militaire de l’OTAN ne font que prolonger la guerre et éloigner toute solution diplomatique. […]
    Notre monde requiert le courage de se désister de la logique belliciste qui domine et de la remplacer par la logique de la paix. Il faut renouer avec l’architecture de la paix, aussi bien européenne que mondiale, incluant la Russie et la Chine. Notre pays ne doit pas rester en marge de ce processus, il doit y jouer son rôle actif.»

1V. Horizons et débats du 26/04/2022 ainsi que l’interview détaillée d’Erich Vad. dans: Zeitge
schehen im Fokus, éd. du 24/04/2022 [en allemand] (https://zeitgeschehen-im-fokus.ch/de/newspaper-ausgabe/nr-7-8-vom-24-april- 2022.html#article_1351)

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