Enseigner l’histoire dans un monde multipolaire exige l’approche diversifiée

L’enseignement dans les matières des sciences humaine au lycée vise toujours les capacités primordiales: savoir aborder les questions controversées de manière objective, les analyser sous divers angles afin de parvenir à une conclusion approfondie

par Tobias Salander

La loi en matière de scolarité dans les différents cantons suisses insiste sur ce que les écoles publiques soient tenues à la plus stricte neutralité en matière politique aussi bien que confessionnelle. Parallèlement, selon les règlements, l’un des objectifs de formation du lycée/gymnase en Suisse est de promouvoir l’ouverture d’esprit et la capacité de jugement autonome des gymnasiens, comme l’a par exemple rappelé récemment le Conseil d’Etat du canton d’Argovie à l’attention de ses enseignants: «Ce concept inclut sans aucun doute la confrontation avec des thèmes actuels, y compris politiques. L’objectif est que les élèves se penchent sur ces questions souvent controversées, qu’ils les examinent selon des angles divers et qu’ils apprennent à étayer leurs points de vue par des arguments et à les défendre de manière convaincante.»1

De nos jours les enseignants, et particulièrement ceux qui enseignent l’histoire ou l’instruction civique, doivent affronter un véritable défi: respecter les exigences légales précises conçues pour favoriser la paix civile. De nos jours, nous recevons en permanence des informations souvent menaçantes et effrayantes, que ce soit (pour n’en citer que quelques-unes) la détresse des 24 millions d’Afghans qui sont au bord de la famine, les conditions déplorables dans lesquelles doivent survivre les habitants du Yémen, du Congo de l’Est, de la Syrie, de la Libye. Tout cela est actuellement éclipsé par les informations sur la guerre en Ukraine, sur les réfugiés arrivant dans les villes et villages d’Europe et qui ont besoin de toute l’attention, la protection et les soins, au même titre que tout réfugié accédant, au terme de ses épreuves, aux riches nations d’Europe.
    Raison de plus pour que dans nos écoles, on utilise plus que jamais le poly-perspectivisme – soit la toute dernière expression en vogue, désignant simplement l’approche diversifiée des faits. Fini, le regard euro-centriste réducteur: à présent, un enseignant se doit de respecter les dispositions légales et de considérer ses élèves, gymnasiennes et gymnasiens, en tant qu’adolescents. Il commencera donc par collecter dans son cours, surtout en histoire, les connaissances préalables des jeunes qui lui sont confiés et rappellera qu’il faut s’écouter calmement et respecter l’opinion des camarades de classe, même si on n’approuve pas toujours leurs avis ou leurs orientations. Plus la classe est multiculturelle, plus ce sondage devient passionnant et plus il réussit à recueillir «divers éclairages sur un problème donné», et ceci dès le début.
    Vladimir, l’élève russe, rapportera probablement le point de vue de ses proches en Russie, ce en quoi il pourrait différer de celui de son collègue ukrainien ou de sa collègue française. Ou bien Vladimir n’ose apparemment plus s’exprimer dans l’ambiance actuelle de rejet de tout ce qui est russe? Même s’il sait que l’enseignant laisse à chacun la possibilité de s’exprimer? Qu’en dira Pradeep, l’Indien, qui vient d’un pays qui, contrairement à la Suisse, ne suit pas les sanctions à l’encontre de la Russie? Et Ren, Chinois et nationaliste, qui ne fait que parler de son pays et de son système en termes élogieux, ce qui lui attire souvent des remarques déplaisantes? Qu’en pensent les jeunes gens issus des milieux exilés tamouls? L’avis diffère-t’il chez les bouddhistes et chez les chrétiens? Qu’en dit Murat, Kurde d’Irak, qui ne cesse de répéter que son peuple attend depuis des décennies son propre Etat national, mais que les Turcs et les Américains le font attendre? Et Amrit, la jeune fille sikh qui a tout récemment traité Gandhi de second Hitler, au grand étonnement de son professeur? Et Özil, qui évite anxieusement toute mention de son pays d’origine, la Turquie? Sans doute d’ailleurs à cause du traitement médiatique réservé à Erdogan. Ensuite il y a encore Lisa et Rosa, respectivement d’origine allemande et suisse. Les deux jeunes filles, proches du SPD et du SPS s’identifient aux jeunes grévistes pour le climat. Et enfin Christoph, membre de la jeune UDC, attaché à la neutralité armée perpétuelle suisse, capable d’argumenter avec beaucoup d’aisance mais que personne n’écoute plus parce que ce qu’il raconte, c’est «du Blocher tout pur».

Différentes positions
en matière de politique étrangère

L’auteur se remémore parfaitement le large éventail d’opinions exprimées en classe, du temps de ses longues années comme enseignant d’histoire au gymnase, par exemple lors de la guerre du Kosovo en 1999 ou de la guerre en Irak en 2003, qui souvent pouvaient se heurter les unes aux autres. En tant qu’enseignant dans un établissement scolaire public, dans le petit Etat neutre qu’est la Suisse (qui à l’époque s’abstenait de toute sanction au niveau international mais dont les citoyens n’étaient pas pour autant tenus à la neutralité d’opinion), il était conscient du fait à quel point on tenait en respect son pays, en tant que médiateur dans des conflits armés dont on estimait hautement les bons offices et la diplomatie silencieuse, mais aussi l’action du CICR qui ne pouvait agir que sur cette base. Il se rappelle aussi Sahit et Blerim, dont les parents s’étaient combattus avec acharnement dans leur propre pays en 1999, mais qui, bien que respectivement Serbe et Kosovar, entretenaient des liens d’amitié à l’école, essentiellement par le biais du basket-ball.

Après une telle collecte de ce qui constitue «le savoir de base», l’enseignant doit réfléchir aux étapes suivantes. Un bref coup d’œil sur le paysage médiatique et il lui saute aux yeux l’abondance des références aux politiques géo-stratégiques russes étiquetées en tant que fake news, de mégalomanie, de puissance impériale, de guerre pour les ressources, etc. Il constatera également l’absence presque totale, au paysage médiatique européen, du regard sur les différentes approches et les controverses concernant la politique étrangère américaine qui sont vivement débattues publiquement aux Etats-Unis. Selon l’âge de l’enseignant, il se souviendra peut-être des débats de 1999 (guerre de Yougoslavie) tout comme de ceux qui ont suivi le 11 septembre 2001. On parlait, alors déjà, de «pre-emptive strike», de l’article 51 de la Charte de l’ONU avec le droit à la légitime défense, des articles 1.2 et 2.1 de la Charte de l’ONU, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’égalité souveraine de tous leurs membres, de la contradiction systémique innée à la Charte de l’ONU, de l’article 5 du traité de l’OTAN, du cas d’alliance, de la «guerre d’agression contraire au droit international». Les débats d’alors étaient ciblés, comme les actuels, sur les «fake news» et les mensonges de guerre, dont certains ont été reconnus par la suite: par exemple par Gerhard Schröder, qui a lui-même qualifié la guerre aérienne contre la Serbie en 1999 de «contraire au droit international», et par Colin Powell qui a plus tard qualifié le mensonge, diffusé au monde par lui-même, que Saddam Hussein disposait des armes de destruction massive, de «la pire aberration de sa vie». Plus tôt, par rapport à la guerre du Vietnam, le monde avait déjà pris connaissance de la confession de McNamara, alors ministre américain de la Défense qui, à ses 85 ans, peu avant sa mort, s’était lui-même qualifié de «criminel de guerre» en public. Apparemment, la conscience de ce catholique d’origine irlandaise s’était tout de même manifestée.
    Depuis le débat sur George W. Bush et la «Bush-doctrine» et sur ses conseillers et les membres de son cabinet (qui se qualifiaient eux-mêmes de néoconservateurs et se regroupaient autour de journaux tels que Commentary, depuis la critique virulente de la guerre d’agression des Etats-unis contre l’Irak en 2003, en enfreinte du droit international (plus tard confirmée par l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan) les medias, du moins en Europe, avaient un peu oublié ou jugé politiquement inopportun de thématiser les différentes écoles de politique étrangère des Etats-Unis. Pourtant, il suffit de s’intéresser à la politique étrangère des Etats-Unis pour se faire une idée de l’essentiel du débat émanant de ces divergences, débat qui influence l’avenir de notre monde au point qu’aucun enseignant volontaire de faire déboucher l’histoire sur notre actualité ne peut s’en passer: au moins depuis 2003, tout autour des deux grands partis américains, démocrate et républicain, coexiste une lutte d’influence en matière de politique étrangère de différents courants ou positions qui se battent pour imposer leur propre ligne sur l’orientation de la politique internationale états-uninenne. Dans ce contexte, les médias américains citent, du côté néo-conservateur (en plus des noms déjà mentionnés), Norman Podhoretz, Paul Wolfowitz, Dick Cheney, Robert Kagan et son épouse Viktoria Nuland, du côté des internationalistes d’orientation libérale, entre autres Francis Fukujima et les Clinton et des réalistes et néoréalistes Henry Kissinger, John Mearsheimer, Robert McNamara, Paul Nitze et George F. Kennan. Ces trois courants ont tenté d’influencer les présidences de George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump avec leurs points de vue différents, qui se sont pourtant parfois recoupés. Et qu’en est-il de Joe Biden? Qui sont ses conseillers à lui? A quelles écoles appartiennent ses ministres et les membres de son cabinet? Où essaient-ils de mener le grand paquebot USA et son capitaine?

«Foreign Affairs»: sérieuse référence,
impossible à passer sous silence

Une fois que l’enseignant ait opté pour une présentation succincte de ces diverses écoles, notamment en raison de leurs points de vue différents sur la guerre en Ukraine, ou pour les faire analyser par les élèves, la première question qui se pose à lui est celle de comment entrer en matière. Comment présenter ces écoles de pensée politique de la manière la plus impartiale possible, comment faire en sorte que les futurs étudiants universitaires puissent les distinguer et les mettre en relation avec le déroulement actuel des événements? Il faudra que l’enseignant y mette du sien, car il ne trouvera guère d’articles sur ce thème dans les quotidiens. Il devra donc consulter des sites web américains et pour ce faire, la connaissance de l’anglais est indispensable. La recherche sera pourtant fructueuse. Toutes les grandes écoles de la pensée en politique internationale américaine ont leur site web, sur lequel leurs représentants, professeurs d’universités, publient continuellement sur YouTube et ailleurs, on y trouve des enregistrements de conférences, complétés par des diapositives PowerPoint ainsi que des transcriptions.
    Notre enseignant suivant, par intérêt personnel et pour préparer son cours, les rapports des représentants de ces écoles sur YouTube, il choisira un exposé qui donne une vue d’ensemble de toutes les écoles.
    Le choix pourrait par exemple se porter sur un représentant des néoréalistes, dont les articles sont publiés dans une des revues de politique étrangère les plus réputées des Etats-Unis, Foreign Affairs, la publication bimestrielle du Council on Foreign Relations. Les élèves découvriront ainsi «la» revue de politique étrangère par excellence.
    En l’occurrence, la conférence sélectionnée, qui donne un aperçu des divers courants de la politique étrangère américaine, s’intitule «The great delusion» dont l’auteur est le théoricien néoréaliste John Mearsheimer.2
    Mearsheimer, ancien collaborateur du Council on Foreign Relations à New York, est Distinguished Service Professor en sciences politiques à l’Université de Chicago – R. Wendell Harrison et a été primé à plusieurs reprises. Il est notamment titulaire du James Madison Award 2020 de l’American Political Science Association, lequel est décerné tous les trois ans au politologue américain dont la contribution scientifique a été la plus remarquable. En 2003, Mearsheimer a été élu à l’American Academy of Arts and Sciences, se signalant toutefois en 2003 par son opposition véhémente à la guerre en Irak. Selon Wikipedia, une source convenable pour un premier aperçu, il est «le principal représentant d’un courant de la théorie néoréaliste en relations internationales, qualifiée de néoréalisme offensif. Selon cette théorie, aucun état ne saurait se contenter du niveau de pouvoir qu’il a déjà acquis, raison pour laquelle Mearsheimer prévoit inévitablement l’affrontement sino-américain, un point qui ne manquera pas d’attirer l’attention de l’élève chinois Ren.
    Ce qui relie Mearsheimer à l’actualité politique réside dans les propos qu’il a tenus, le 1er mars 2022, au sujet de la guerre en Ukraine, dans une interview publiée dans le «New Yorker»3, déclaration qui reprend ses publications de 2014 dans Foreign Affairs4.
    Le titre, qui a dû dérouter certains, était: «Why the Ukraine Crisis Is the West’s Fault. The Liberal Delusions That Provoked Putin» (Pourquoi la crise ukrainienne est-elle la faute de l’Occident. Les illusions libérales qui ont provoqué Poutine).5

Reconnaitre les contradictions entre
les versions américaine et européenne

Les élèves seront chargés de noter les différents courants de pensée mentionnés, de résumer la position de l’intervenant, de la comparer avec les informations des médias qu’ils consultent, toute en vérifiant les termes nouveaux. Les différents points seront ensuite présentés en exposé devant la classe, ce qui donnera inévitablement lieu à une discussion passionnante et à des questions plus approfondies. Mearsheimer, en effet, tout comme Kennan et les autres réalistes ou néoréalistes, et même Henry Kissinger dans ses débuts, considèrent que la faute en incombe pleinement à l’Occident, en raison des antécédents, de l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, rejeté par la Russie, (non seulement depuis Poutine!). Il souligne qu’à l’inverse, les États-Unis, s’appuyant sur la doctrine Monroe, ne toléreraient pas non plus que les Russes installent des bases sur le double continent américain. Et il en conclut que, justement, il aurait fallu rallier la Russie à la cause occidentale en vue du grand affrontement avec la Chine, qui ne manquera pas de se produire.
    Etant donné que la plupart des jeunes gens en classe relèveront les contradictions qui existent, d’une part, entre les médias qu’ils viennent de consulter ainsi que les déclarations de Lutz Güllner, chef de l’European External Action Service, (par exemple sur l’origine de la guerre et le rôle de l’OTAN, «Neue Zürcher Zeitung» du 11 mars 2022, voir encadré) – et les positions défendues par Mearsheimer de l’autre, le processus de réflexion en sera stimulé et l’enseignement pourrait donc être développé sous divers aspects.
    Bien sûr, cela représente un grand investissement en temps. Mais l’approche proposée présente l’avantage, pour l’enseignant, de maintenir en éveil également sa curiosité à lui, son esprit de recherche et son vaste réseau de relations, chez lui et à l’étranger.
    L’approche proposée encourage donc à choisir une nouvelle piste pour la poursuite du cours: Les représentants des autres courants de pensée cités par Mearsheimer pourraient également faire l’objet de recherches par le biais d’articles et de conférences sur YouTube, toujours de leur point de vue interne. Il faudrait par exemple expliciter ce que l’on entend par «doctrine Bush», ce qui se trouve au centre de la pensée des néoconservateurs et de celle des internationalistes libéraux. Un tel procédé peut conduire à d’autres, y liés thématiquement, comme par exemple des questions du genre «qu’est ce que les Soviétiques étaient allés faire en Afghanistan, avant que les Etats-Unis n’y arrivent eux aussi? ou «comment interpréter la déclaration du général américain Wesley Clark selon laquelle plusieurs guerres avaient été planifiées dès 2003 au Pentagone, contre par exemple la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Iran, etc.?» On effleurera certainement aussi la notion de «théories conspirationnistes» en recherchant par qui et quand cette notion a été introduite dans le discours politique et ce qui la distingue des conspirations réelles historiques.

Distinguer les causes et les raisons
d’une guerre – un exercice de débutant

Accomplir tout cela avec seulement deux leçons d’histoire par semaine? Comment l’enseignant peut-il sélectionner les points forts? Ce sera à lui de le développer avec les élèves, en tenant compte des exigences légales dictées par le principe de neutralité politique, de l’approche diversifiée des sujets et bien entendu, du programme scolaire. A tous les niveaux du lycée, les élèves ont déjà appris, au cours supérieur de l’école primaire, que toute guerre a une cause et un prétexte. Exemple de prétexte immédiat: le coup de feu de Sarajevo, mais qui reste pourtant incompréhensible si ses causes plus profondes ne sont pas étudiées, dans ce cas la politique impérialiste des grandes puissances de l’époque et leurs réseaux d’alliances. En fonction de l’enseignant, certains des aspects sociaux, économiques, financiers et de politique d’armement ont éventuellement déjà été intégrés. Et aussi des réflexions sur les réactions que la propagande en temps de guerre est capable de déclencher chez les gens.6
    Comme les médias regorgent d’articles sur le fait que la première victime de la guerre est toujours la vérité, comme les experts de la CIA sont régulièrement interviewés sur l’importance de la guerre médiatique (voir par exemple le «Tages Anzeiger» du 14 mars), il y aurait déjà là matière à élaborer d’autres cours, idéalement en collaboration avec les professeurs d’éducation aux médias et de littérature dans la langue maternelle. Mais on pourrait également impliquer les professeurs de langues étrangères, y compris aujourd’hui les professeurs d’arabe, de russe et de chinois, des langues que tous les lycées qui se respectent proposent depuis peu dans leur programme de cours facultatifs.
    Il faudrait également prévoir des projections de films, comme par exemple le triple-oscarisé d’Oliver Stone, «Ukraine on fire». Dans ce cas une question s’impose, à débattre aux classes supérieures: S’agit-il de pure «propagande lèche-bottes» au commanditaire (commentaire du magazine Daily Beast) ou d’un travail sérieux d’information impliquant des témoins réels? Les élèves seront invités à rassembler des arguments pour et contre. Et tant mieux si, en le faisant, ils apprennent davantage sur Robert Parry, le grand journaliste d’investigation américain qui a révélé le scandale Iran-Contra.

S’il s’agit de la question des néonazis en Ukraine, en référence au régiment Azov (cf. «Tages- Anzeiger» du 12 mars), il serait certainement passionnant de recueillir là-dessus des voix israéliennes. Peut-être que le professeur d’histoire aura accès à un journal israélien, «Haaretz» ou «Jerusalem Post» par exemple, lesquels disposent également d’éditions en anglais. Les élèves auront ainsi un aperçu des relations passionnantes d’Israël avec les Etats-Unis et la Russie, et des questions sur l’histoire du Proche-Orient surgiront inévitablement – les prochaines séries de cours se désignent donc déjà. Ceux qui se disent que les douze semaines de congés des enseignants sont certainement justifiées, notamment pour les professeurs d’histoire, compte tenu de l’immense volume de lectures qu’on attend d’eux, n’ont certainement pas tort.

… tout aussi sage que d’avant?

Mais que se passerait-il si, après la fin des cours, les élèves en venaient à se dire, avec «Faust» (de Goethe), philosophe résigné, qu’ils connaîtront du cours de littérature allemande: «Me voilà donc, pauvre fou, tout aussi sage que d’avant»? Et alors, ce serait si grave? Une leçon d’histoire n’a-t-elle pas atteint son but lorsque la classe repart avec encore plus de questions (concrètes) sur l’histoire qu’elle n’en avait avant?
   Ce serait déjà bien si les jeunes pouvaient ensuite suivre plus consciemment les méandres de la jungle médiatique et commencer à se faire leur propre opinion.
    C’est déjà un grand gain si ensuite les jeunes arrivent à naviguer entre les lignes de la jungle médiatique de manière plus consciente. Si les élèves considèrent que les objectifs du programme d’apprentissage du projet présenté, sous les titres «Aperçu du discours actuel en matière de politique étrangère des Etats-Unis/ Nos médias et leurs points de vue/La Task force de l’UE pour la communication stratégique/Les guerres à l’ère nucléaire», ou autres, sont à peu près atteints, ce sera déjà beaucoup. Si, plus tard, ils peuvent contribuer, dans leur cadre professionnel, leur famille et même en tant que citoyens, à rendre le monde un peu plus pacifique, au-delà des idéologies et de la propagande, tout pédagogue soucieux de la paix mondiale ne peut que s’estimer heureux.



cité par https://www.watson.ch/!533754759?utm_medium=social-user&utm_source=social_app 
https://www.youtube.com/watch?v=nZVIaXFN2lU , le livre à ce sujet: John Mearsheimer. The Great Delusion: Liberal Dreams and International Realities (Henry L. Stimson Lectures) Yale University Press 2018.
https://www.newyorker.com/news/q-and-a/why-john-mearsheimer-blames-the-us-for-the-crisis-in-ukraine 
https://www.foreignaffairs.com/articles/russia-fsu/2014-08-18/why-ukraine-crisis-west-s-fault 
La conférence s’y rapportant est accessible sous: Why is Ukraine the West’s Fault? Featuring John Mearsheimer. University of Chicago. https://www.youtube.com/watch?v=JrMiSQAGOS4 

L’UE active sa force opérationnelle de «communication stratégique» et s’oppose à des experts politiques américains comme Mearsheimer et autres

ts. Depuis 2015, l’UE dispose d’une force opérationnelle (task-force) pour la «communication stratégique»1.
  Dans le conflit actuel en Ukraine, son directeur, Lutz Güllner, veille sur d’éventuelles fausses informations et de la propagande de la part de la Russie. Dans une interview accordée à la «Neue Zürcher Zeitung» (édition du 11 mars 2022), il cite l’une des prétendues «fausses informations les plus connues» sur lesquelles son bureau se penche, celle sur les causes et les effets de la guerre, en ces termes: «C’est là où l’Occident et l’OTAN sont présentés comme les véritables agresseurs.» Il aurait été passionnant que l’intervieweur confronte Güllner aux déclarations de politologues américains du statut de John Mearsheimer, lauréat du prix Madison et ancien collaborateur du Council on Foreign Relations à New York, expert de renom mondial qui insiste précisément sur le fait que ce sont l’Occident et l’OTAN les responsables de la guerre en Ukraine parce qu’ils ont forcé l’élargissement de l’OTAN vers l’Est depuis des décennies. Le politologue Mearsheimer de l’université de Chicago appartient à l’école néo-réaliste en matière de politique étrangère aux Etats-Unis. Mearsheimer s’est montré opposé à la guerre contre l’Irak de 2003 déjà, estimant que le véritable danger pour les Etats-Unis était la Chine et que, pour cette raison (qui persiste pour lui), le gouvernement états-unien serait mieux avisé de se mettre d’accord avec la Russie, la traiter en partenaire et accepter l’Ukraine en tant qu’Etat neutre. On serait tout de même curieux d’entendre M. Lutz Güllner classer les prises de position d’un expert politique et patriote américain tel que M. Mearsheimer. S’agirait-il pour lui de pure propagande russe qu’il faudra aussitôt museler?



1 cf. https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-8-2016-0290_FR.html 

 

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