La visite du Président brésilien Lula da Silva en Chine a contribué à l’avènement d’un partenariat étroit, porteuse d’une impulsion importante aux relations bilatérales. Cela intensifiera également l’engagement et le soutien mutuel en vue d’une plus grande influence sur l’ordre mondial. Les dirigeants des deux pays estiment qu’il n’y a plus de temps à perdre pour approfondir la transformation stratégique de l’ordre mondial et prendre des mesures décisives en faveur de la multipolarité. […]
Relance des relations bilatérales
La relation entre la Chine et le Brésil s’est rapidement développée au cours du 21e siècle. Même si elle a été affaiblie pendant le mandat de Jair Bolsonaro, les relations commerciales stables servent de protection vis-à-vis des controverses politiques.
Le Brésil est l’une des rares économies de la région et du monde entier à afficher une balance commerciale positive avec la Chine, principalement grâce à ses importantes exportations de soja et de minéraux.
Le Brésil, a été le premier pays en développement à avoir conclu un partenariat stratégique avec la Chine en 1993. Il a été aussi le premier Etat d’Amérique latine à conclure un partenariat global avec celle-ci en 2012. Il est aujourd’hui également le premier pays d’Amérique latine dont les échanges commerciaux avec la Chine ont atteint les 150 milliards de dollars (par rapport aux 9 milliards de dollars en 2004). En 2022, 26,8 % du total des exportations brésiliennes étaient destinées à la Chine. Pour la Chine, le Brésil est le plus grand partenaire commercial et la principale destination des investissements en Amérique latine. Pékin est son premier partenaire depuis 14 ans, sans interruption.
De 2005 à 2021, le Brésil était le quatrième bénéficiaire mondial des investissements chinois. Cependant, de 2007 à 2021, 76,4 % de ces investissements se sont concentrés sur le secteur de l’é nergie (électricité et extraction de pétrole et de gaz), contre seulement 5,5 % pour l’industrie manufacturière et 4,5 % pour les infrastructures. Les deux parties coopèrent activement dans un grand nombre de secteurs tels que le pétrole et le gaz, l’é lectricité, l’agriculture, les infrastructures, les communications et les technologies, tout en promouvant de nouveaux moteurs de croissance, notamment dans l’é conomie numérique, le développement vert et l’innovation technologique.
Le défi pour les deux parties est de faire le saut vers une relation économique qualitativement plus riche et plus pertinente. Elle doit s’é loigner de la stratégie de croissance axée uniquement sur les matières premières et miser sur l’amélioration de la qualité dans la transformation des biens, avec un accent particulier sur les nouvelles technologies (Lula a rendu visite à Huawei à Shanghai) mais également dans des domaines clés comme l’industrie verte ou la protection de l’environnement. Le réseau 5G, soutenu par les technologies Huawei, couvre déjà la majeure partie du Brésil.
Quant à cette visite d’Etat, trois aspects méritent d’ê tre soulignés. Le premier est la participation de la Chine à la ré-industrialisation de l’é conomie brésilienne par le biais de transferts de technologies, tout en tenant compte de la crise environnementale et climatique. Au Palais du Planalto, on appelle cela la «néo-industrialisation». Aucun autre pays ne remplit autant que la Chine les conditions financières, industrielles et technologiques pour une coopération avec le Brésil dans ces domaines. Il existe de nombreux domaines prometteurs tels que les véhicules électriques, les technologies de l’information, la 5G, les énergies renouvelables, l’aérospatiale, la biomédecine et les semi-conducteurs.
Le deuxième aspect est une perspective sociale vouée à la lutte brésilienne contre la pauvreté. Après avoir été rayé, en 2014, de la Carte de la faim mondiale des Nations unies grâce à la politique du PT (Parti des travailleurs), pendant le mandat de Bolsonaro 33 millions de Brésiliens se sont vus retomber dans la pauvreté. Aujourd’hui, près de 120 millions de personnes souffrent d’une des diverses formes d’insécurité alimentaire. C’est un domaine dans lequel la Chine a accumulé d’é normes connaissances politiques dont le Brésil peut tirer de précieux enseignements, notamment en vue de son programme.
Le troisième point est l’accord visant à réduire la dépendance mutuelle vis-à-vis du dollar en privilégiant sa propre monnaie dans le commerce et les investissements bilatéraux. Cette décision politique représente pourtant un grand défi pour sa mise en œuvre effective. Selon des données récentes du «Financial Times» britannique, 84,3 % du commerce mondial se déroule en dollars. Cependant, la part du yuan a plus que doublé depuis deux ans, passant de moins de 2 à 4,5 %, en raison de l’utilisation croissante de la monnaie chinoise lors des échanges avec la Russie.
Pour l’instant, l’adhésion du Brésil à l’initiative de la Nouvelle route de la soie, qui pourrait intervenir dans un avenir plutôt récent que tardif, est encore en suspens. Actuellement, 21 pays de la région y participent, l’Argentine les a rejoints en 2022.
Multipolarité et ordre mondial
La visite de Lula en Chine (avec huit ministres et plus de 200 hommes d’affaires) et l’entente affichée avec Xi Jinping ont été renforcées par l’arrivée de l’ancienne présidente Dilma Rousseff à la présidence de la Nouvelle banque de développement (NBD) des BRICS, apportant à l’institution un leadership reconnu. Cela contribuera sans aucun doute à en accroître le potentiel. Dans les pays BRICS et d’autres pays émergents et en développement, la NBD met des fonds à disposition de projets d’infrastructure et de développement durable. Depuis sa création, la NBD a approuvé 98 projets pour un investissement total de 33,2 milliards de dollars-US.
Le groupe BRICS a été créé en 2015 par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Ensemble, ils représentent environ 40 % de la population mondiale et 24 % du PIB mondial. Le poids associé à cet acronyme est l’un des points forts de l’axe Brasilia-Pékin, perçu par les deux parties comme l’expression d’une tentative d’influer sur la gouvernance mondiale et de renforcer les pays émergents.
D’autre part, la Chine a montré son soutien à l’intégration régionale de l’Amérique latine dans laquelle le Brésil peut jouer un rôle de leader important.
En Lula, Xi trouve un interlocuteur partageant ses idées et avec lequel il peut envisager une coopération beaucoup plus intense. Cela peut se traduire par une coopération active dans les forums multilatéraux, de sorte que cette bonne entente lui permet d’ouvrir une fenêtre pour la coopération allant au-delà de l’axe restreint de Moscou-Pékin critiqué par les pays développés occidentaux.
Une solution politique pour l’Ukraine
Dans le domaine de la guerre, trois faits ont été réaffirmés: 1°) ni la Chine ni le Brésil ne sont directement impliqués dans la crise et ne se sentent responsables de son déclenchement, dans lequel ils reconnaissent tous deux le poids des intérêts des Etats-Unis et de l’OTAN; 2°) la voie vers la paix ne peut être ouverte que par une solution politique; 3°) la situation n’est pas encore suffisamment mûre pour des négociations.
Lula a réaffirmé sa neutralité critique à l’é gard de Washington et a exhorté les Etats-Unis à chercher des moyens de parvenir à une solution pacifique plutôt que de jeter de l’huile sur le feu. Un appel qui pourrait également s’appliquer à l’UE. En même temps, il a invité d’autres pays à jouer un rôle constructif dans la promotion d’une solution politique. Les deux parties ont décidé de rester en contact sur cette question. Lors de son voyage à Abu Dhabi, Lula a déclaré qu’il espérait former les «G20 politique» avec la Chine et d’autres Etats en vue de mettre fin à la guerre. Il a également fait savoir qu’il avait discuté de cette initiative avec le Président américain Joe Biden, le Chancelier allemand Olaf Scholz, le Président français Emmanuel Macron et les chefs d’Etat et de gouvernement des pays d’Amérique du Sud.
Conclusion
Au terme des 100 premiers jours du nouveau gouvernement brésilien, la visite de Lula en Chine a contribué à élargir et à rendre plus complète la coopération. Elle a également marqué le début d’une nouvelle phase de la coopération bilatérale dans le domaine de la politique de développement, mais aussi de la stratégie. «Nous voulons promouvoir le niveau de partenariat stratégique entre nos pays, élargir les flux commerciaux et créer, avec la Chine, un équilibre dans la géopolitique mondiale», a déclaré Lula.
La Chine et le Brésil sont les plus grands pays émergents dans les hémisphères orientale et occidentale, rappelle l’ambassade de Pékin. Ils s’engagent à respecter les différents systèmes politiques, les modèles de développement, l’indépendance en matière de politique étrangère, le multilatéralisme et la multipolarité.
La diplomatie très active de la Chine s’é tend sur cinq continents. Il est évident que le Brésil figure en tête de l’agenda de la Chine. De son côté, Lula souhaite réactiver le rôle du Brésil en tant qu’acteur géopolitique. Il y a un engagement commun envers les BRICS, mais aussi un élan vers la Celac, le Mercosur, l’Unasur et la coopération dans le cadre des Etats G20. Il existe un large consensus sur les questions régionales (y compris Taïwan) et internationales.
Le Brésil sera-t-il en mesure de résister à la pression croissante et de permettre à sa diplomatie de prendre des décisions indépendantes? Lula s’est montré assez pertinent dans ses déclarations. Des mises en garde s’é lèvent quant à son éloignement des positions hégémoniques, souvent qualifiées d’occidentales, même si elles reflètent une pluralité de plus en plus appropriée. •
Source: https://ctxt.es/es/20230401/Firmas/42709/china-brasil-hermanamiento-brics-xulio-rios.htm
(Traduction Horizons et débats)
* Xulio Ríos a étudié le droit à l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice. Il est l’auteur de nombreux articles sur la politique internationale, notamment chinoise et, après sa présidence à l’Observatorio de la Política China, essayiste de renom.
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