«Tutti fratelli!» – humanité et neutralité

Les origines, les tâches et l’histoire du Comité international de la croix rouge

par Eliane Perret

«J’arrive, j’arrive, ne bouge pas!» s’exclame Simon en sortant un petit sachet de son sac à dos en tissu blanc sur lequel une croix rouge est cousue. Depuis que nous avons vécu un mini-cours de Premier secours avec une monitrice samaritaine en classe, Simon ne se déplace plus sans ses sparadraps, du désinfectant, des gants et une bande élastique. Cela tombe au pic puisque Dario s’est coupé avec une feuille de papier, une épaisse goutte de sang a sali sa copie de travail. Simon passe à l’action et fait attention à tout, dans les règles de l’art. Sina et Amira regardent la scène d’un air intéressé. Notre cours fait partie du thème actuel de l’histoire sur la fondation et les activités du Comité international de la Croix Rouge, CICR. Pour ce thème nous avons consulté un très bon livre d’images traitant la vie de Henri Dunant.1 Apparemment, le sujet est encore d’actualité dans ma classe, je dois avouer que je le constate avec plaisir.

Retour en arrière – Juin 1859

L’homme d’affaires genevois Henri Dunant fait un voyage en Algérie. Il est en route pour acheter des terres dans un but économique qu’il aimerait réaliser avec des partenaires. C’est pour cette raison qu’il s’est collé aux pas de l’Empereur français Napoléon III, il souhaite avoir un contact personnel avec lui et une approbation pour ses affaires algériennes. Mais l’Empereur est déjà reparti en Italie du Nord. Une grande bataille s’annonce: La France en alliance avec le Piémont contre l’Autriche qui dispose, à cette époque, de grandes parties de l’Italie du Nord. Quand Dunant arrive sur place, fin du mois de juin, une cruelle bataille est en cours, elle fait un carnage des deux côtés. Le soir, le champ de bataille est parsemé des milliers de blessés et de morts. En voyage dans la région, Dunant assiste à cette vision d’horreur. Bien qu’il n’ait pas beaucoup de connaissances en médecine, il n’a pas d’autre choix que de s’occuper des blessés. Il essaie d’obtenir du matériel de pansements dans les hôpitaux de région et d’organiser des transports. Des femmes des environs accourent pour l’aider, ce qui fait que les blessés reçoivent de l’aide – indépendamment de leur appartenance à telle armée ou à telle autre. C’est une nouveauté dans les annales de guerres – jusqu’alors, une fois la bataille terminée (ou arrêtée), il était habituel d’abandonner les blessés à leur sort ou de s’occuper uniquement de ses propres soldats.
    De retour à Genève, Dunant ne peut pas oublier la misère dont il a été témoin, et il reste accroché à l’idée de trouver moyen d’aider toutes les victimes d’une guerre, indépendamment de leur origine ou rang. D’abord, il note ses expériences. En 1862, il termine son récit «Souvenirs de Solférino»2, livret qu’il fait parvenir à beaucoup de gens influents. Le livret déclenche une grande consternation, suivie de l’é lan pour y remédier. Dunant s’adresse alors à la Société d’utilité publique de Genève. Un groupe de travail, le «Comité des cinq», se crée autour de lui, il est uni dans la volonté de réaliser ses idées. Un an plus tard, en 1863, il organise une conférence internationale à laquelle participent 15 gouvernements. Ainsi la première brique est posée pour la création du «Comité International de la Croix Rouge» (CICR), pour le bien de toute l’humanité, avec Genève comme siège. Il s’agit d’un pas important de plus pour l’ouverture de notre pays vers le monde.

La Suisse, un Etat dépositaire

Depuis la création du CICR, 160 ans ont passés. Aujourd’hui, le CICR est une institution suisse privée et indépendante qui siège à Genève. Le comité agit comme médiateur neutre dans des situations de conflits armée, apporte de la protection et de l’aide sans distinction à toutes les victimes et organise des programmes d’aide à la population civile. Son travail repose sur les sept principes de la Croix Rouge (voir encadré) qui sont au centre de son activité et qu’il fait connaître dans le monde entier. Il est soutenu par les sociétés nationales de la Croix Rouge ainsi que celles associées au Croissant rouge. Il a également pour tâches de divulguer le Droit humanitaire et ses règles auprès des populations et des membres des forces armées.
    Le CICR est financé par les moyens des Etats contrat de la Convention de Genève, les sociétés nationales de la Croix Rouge et du Croissant rouge, des organisations supra-nationales (par exemple de la Commission Européenne) ainsi que des sources publiques et privées. Quant au rôle de la Suisse, en tant qu’Etat dépositaire, elle offre son l’hospitalité à cet organisme humanitaire aux dimensions mondiales.

Tutti Fratelli

L’aide, dans le sens décrit, doit donc être apportée à tous les êtres humains en détresse, indépendamment de leur nationalité, de leur religion, de leur sexe ou de leur race. C’est d’ailleurs ce que Simon a murmuré, pas très distinctement, mais audible, «tutti fratelli (nous sommes tous frères)» lorsqu’il a appliqué son sparadrap à Dario. Les deux ne sont pas du tout des amis et se querellent souvent. Mais au cas d’urgence, Simon est formel: on s’aide mutuellement, malgré des conflits non résolus. Pourquoi au fait?
    La capacité d’aider est un besoin profondément humain, d’ê tre là les uns pour les autres, de se lier à son prochain et d’avoir ainsi de l’importance pour eux. Cela correspond tout simplement à la nature sociale humaine. C’est par la coopération et l’aide mutuelle que l’humanité a pu survivre. Dès sa naissance déjà, l’enfant est doué d’une prédisposition sociale, c’est la tâche primordiale de ses proches, dans le foyer familial, à l’é cole et dans la société, de faire éclore ses compétences socio-émotionnelles, comme on les appelle dans le domaine de la psychologie sociale, pour que l’enfant puisse développer sa capacité générale à créer et à maintenir les liens avec autrui, bref avec le monde. Aujourd’hui, les briques solides promouvant positivement une évolution satisfaisante de l’organisme psychique de l’enfant sont bien connus. Elles appartiennent à la psychologie moderne, notamment celle «du développement» et aux recherches plutôt récentes en psychologie de l’attachement humain. Celles-ci sont étayées par une multitude de recherches soigneusement effectuées et validées. Ses résultats vont de pair avec la conception personnelle de l’individu ainsi que l’anthropologie culturelle: toutes ses disciplines se concentrent sur le point décisif. Pour comprendre l’ê tre humain, il faut concevoir son comportement dans ses relations sociales. Ces bases, décrites ici dans des termes psychologiques et anthropologiques générales, constituent également le fondement du CICR et son travail précieux qui consiste à donner ses secours à toutes les victimes de guerre et de misère, sans exception.

La croix – un emblème
de reconnaissance internationale

Simon rempoche son petit paquet et feuillette le livre consacré à Globi et ses aventures face aux premiers secours.3 «Dario n’y a pas fait attention», constate Simon. «Le papier, cela peut couper comme un couteau. Mais heureusement ce n’est pas grave, ce n’est pas comme dans le cas de David pendant la leçon de gym, c’é tait vraiment de la malchance.» Simon a bien mémorisé la marche à suivre lors des entorses, des blessures musculaires et d’articulations: position correcte, de la glace, des compressions, surélever. Il me regarde avec son sourire facétieux, on devine ce qui lui passe par la tête. «Est-ce qu’elle se rend compte de tout ce que je sais encore? Apprendre se fait dans l’interaction humaine.» Je lui fais donc un petit geste d’admiration. Finalement il ajoute: «La Croix Rouge sur le tissu blanc me plaît, on la voit bien, c’est comme la croix du drapeau suisse, simplement dans l’autre sens. Dans le monde entier, on sait qu’il s’agit d’un signe pour la protection des êtres humains. Nous en avons parlé.» Apparemment, Simon a saisi le contexte et le sens de ce signe internationalement reconnu, même s’il ne connaît pas encore son histoire. Pendant la récréation, Amira vient vers moi. Sa famille a pu se réfugier en Suisse après avoir fui l’Afghanistan. Ses grands-parents sont toujours au pays. Elle me demande: «Vous avez dit qu’on devait protéger les maisons avec la croix rouge sur le toit, alors pourquoi ont-ils tout de même bombardé le dépôt du CICR à Kaboul?» Que lui répondre? A ça ou au fait que son cousin est en train d’apprendre à marcher avec une prothèse. Je n’oublierai jamais ce qu’elle a ajouté: «Ils ont joué. Il a marché sur une mine».

Une croix rouge sur fond blanc

En 1863 déjà, lors des réunions pour la fondation de la Croix Rouge, on a proposé que les aidants des services sanitaires des armées, des hôpitaux militaires et des hôpitaux de campagne portent tous le même emblème. Une année plus tard, en 1864, le Conseil Fédéral Suisse a appelé à une conférence diplomatique à Genève. C’est là que, dans leur convention à portée internationale, les délégués ont convenus que les troupes à destination purement sanitaire sont à considérer comme neutres et être ainsi protégés pour pouvoir agir sans encombre pour que les blessés puissent recevoir des soins de premier secours. La proposition d’une enseigne commune – la croix rouge sur fond blanc – a ensuite été accepté par tous les Etats. Dorénavant, l’emblème de la croix rouge est inscrite à l’article 7 de la Première Convention de Genève. Tous les Etats participants, ci-inclus la Turquie, avaient donné leur accord. En 1876 cependant, lors de la guerre entre la Russie tsariste et la Turquie, le gouvernement de l’Empire Ottomane a informé le Conseil Fédéral Suisse (en tant que gouvernement de l’Etat dépositaire) qu’à  l’avenir, il utiliseraient le Croissant Rouge à la place de la Croix Rouge, parce que cet emblème était trop proche de la croix de l’é glise russe-orthodoxe, symbolisme susceptible de blesser les sentiments des soldats musulmans.
    A ce moment, l’heure n’é tait pas au débat et personne n’a insisté sur la nécessité d’un emblème unique. Cette irrégularité de procédé contraignant a provoqué des échos critiques. Mais l’aide à l’armée turque en détresse était considérée primordiale, le soutien dû aux êtres humains souffrants ne permet aucune entrave. C’est plus tard, en 1906, lors d’une conférence organisée par le Conseil fédéral, que d’é ventuels changements de la Convention figuraient à l’ordre du jour. Il était également question de l’emblème de protection, valable pour tous. Le débat a montré de manière évidente que personne n’attribuait à la Croix Rouge sur fond blanc une signification religieuse, il était considéré généralement comme un symbole de neutralité et d’humanité. C’est ce qui a été retenu dans le rapport général de la commission préparatoire pour l’Assemblée plénière: «La croix rouge est le renversement de la croix suisse, signalisant notre neutralité et symbole de l’honneur que nous devons au pays hôte, l’Etat dépositaire fondateur qui, dans sa solide neutralité, se trouve ancré dans des contrats de droit international.» Il faut insister sur ces conditions historiques et étayés par des faits la situation actuelle ou la perte de la signification originale de la neutralité de la Suisse relative au travail du CICR.
    Ainsi le débat autour du symbole était clos. Il a conduit à la confirmation de la reconnaissance générale de l’emblème de la Croix Rouge dans sa forme traditionnelle, reconnue par tous les pays faisant partie du contrat. Le règlement d’exception pour le Croissant Rouge ainsi que du Lion rouge (pour la Perse, emblème qui n’é tait plus utilisé depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale) ne valait que pour les pays nommés individuellement dans leurs contrats. On était prêts à ces concessions pour éviter des exclusions qui auraient jeté de l’ombre sur la grande œuvre à dimension mondiale. La décision s’est avérée juste, également plus tard, et elle a confirmé la cohésion du CICR en tant que seule association internationale dont le but était et est d’atténuer les souffrances des individus victimes de guerres.

« Je ne comprends pas cela»

Les controverses sur le signe de protection n’é taient pas un sujet d’enseignement pour les enfants de la 4e à la 6e classe de l’é cole primaire de Sina, Simon, Amira et Dario. Outre les connaissances de base en matière de premiers secours, l’accent a été mis sur le développement de la compassion humaine et de l’entraide. Lorsque la classe a fabriqué son sac de premiers secours et l’a imprimé avec la croix rouge, il était clair pour les élèves qu’il fallait se rendre bien identifiable grâce à un signe universel.
    Mais la poursuite de la réalisation du CICR et l’adoption d’un emblème universel ont tout de même dû surmonter quelques obstacles. Les clauses strictes de neutralité et l’é galité de traitement de toutes les personnes concernées étaient un obstacle qui ne convenait pas à tous les intérêts. Ainsi, par exemple, dans le cadre du Traité de Versailles,  les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale ont fondé la «Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge», une organisation faîtière qui ne devait accueillir que les membres à part entière de la Société des Nations. Cette organisation concurrente à la Convention de Genève était non nécessaire et existait déjà sous la forme de Sociétés nationales de la Croix-Rouge coordonnées par celle-ci.
    «Je ne comprends pas ça», aurait dit Sina, qui a un grand cœur et toujours une idée claire du bien et du mal, «ce n’est pas parce qu’ils ont gagné la guerre qu’ils peuvent tout chambouler et décider qui reçoit de l’aide et qui n’en reçoit pas. Et d’ailleurs, pourquoi aurait-on besoin d’une autre organisation?»  Sina n’aurait certainement pas non plus compris pourquoi, lors de la conférence de 1929, une discussion s’est engagée sur la reconnaissance de plusieurs signes de protection; ni temps qui a ensuite manqué pour élaborer un accord sur l’application de la Convention de Genève pour la protection de la population civile, qui n’é tait donc pas suffisamment assurée lors de la Seconde Guerre mondiale bientôt déclenchée. Cette tâche aurait dû être assumée par la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge, mais elle n’avait et n’a toujours pas la capacité d’agir et a finalement dû se contenter du rôle de fournisseur de biens. Au moins, il en a résulté une collaboration fructueuse avec le CICR pendant la Seconde Guerre mondiale et les premiers temps qui ont suivi.

Un CICR sans croix rouge sur fond blanc?

Même après la Seconde Guerre mondiale, le débat sur les signes distinctifs n’a pas cessé, on a même proposé de remplacer tous les signes existants – y compris la croix rouge – par un nouveau signe universel, à savoir par un cube, une proposition qui a étonnamment été réintroduite cinquante ans plus tard, au tournant du millénaire, par les Etats-Unis et Israël. Si Simon avait entendu cela, il aurait certainement explosé: «C’est incroyable! La création de la Croix-Rouge n’avait-elle pas pour but d’aider toutes les personnes en détresse? Ces discussions ne faisaient que détourner l’attention de cela.» En effet, des forces précieuses ont été absorbées par une voie secondaire au lieu de s’attaquer aux tâches urgentes qui se présentaient à l’humanité après la guerre. Avec la Seconde Guerre mondiale, la croix rouge sur fond blanc est devenue célèbre aux quatre coins du monde et était associée à la neutralité et à l’espoir de protection et d’aide en cas de grande détresse. Mais comme nous l’avons dit, ces conflits n’ont pas été abordés dans la classe de Simon. Se pencher sur le sujet (et éventuellement sur les procès-verbaux de ces réunions) pourrait toutefois intéresser des élèves du secondaire. Le programme scolaire 21 en offrirait la possibilité, car sous la description un peu maigre «Les élèves sont capables d’analyser des phénomènes choisis de l’histoire des 20e et 21e siècles et d’expliquer leur pertinence aujourd’hui», la Croix-Rouge est également citée. Un projet de dessin sur les multiples affiches du monde entier serait également possible (voir illustration p. 8). Les élèves seraient aussi certainement intéressés par le domaine d’activité suivant du CICR: la recherche de personnes disparues.

« Où est mon fils? Est-il encore en vie?»

Malheureusement, les témoins qui pourraient nous raconter les grandes tâches que le CICR a assumées pendant les guerres mondiales sont décédés. On parle, par exemple, de la recherche de personnes disparues. « Mon fils, notre père, mon mari – où sont-ils? Sont-ils encore en vie?»  Dès le début de la Première Guerre mondiale, le CICR a reçu ce genre de questions pressantes. Alors qu’avant la guerre, seules dix personnes s’acquittaient bénévolement de leurs tâches, la situation a brusquement changé au cours des années de guerre. De plus en plus de lettres arrivaient, dans lesquelles des proches cherchaient des connaissances. Fin 1914, 1 200 personnes s’occupaient de cela. Au plus fort de la guerre, 30 000 lettres arrivaient chaque jour à l’organisation d’aide. Au cours des quatre années de guerre, de 1914 à 1918, sept millions de fiches ont été accumulées. Il s’agissait d’informations écrites à la main sur des fiches concernant des prisonniers de guerre, des soldats déportés, blessés ou disparus. Ce sont les traces du destin de 2,5 millions de prisonniers de guerre au total. Les chercher était exigeant, car il fallait vérifier les fiches écrites à la main et les comparer avec les listes de prisonniers, pour espérer pouvoir donner une réponse sur le sort des disparus aux familles. Ce travail s’est poursuivi pendant les guerres suivantes, le nombre de fiches a atteint 39 millions, on utilisait alors un système de cartes perforées. En 1940, 40 000 soldats français étaient portés disparus. Les demandes de renseignements en Allemagne et en France sont restées vaines dans un premier temps. Grâce à une recherche bien conçue, 30 000 d’entre eux ont pu être retrouvés.5 Depuis 1988, cet impressionnant fichier est exposé au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève et, depuis 2014, il peut également être consulté en ligne.
    Aujourd’hui encore, le CICR travaille dans plus de 60 pays, pour venir en aide aux personnes disparues et à leurs familles. Des chiffres impressionnants le prouvent: en 2015, 1 000 enfants ont été réunis avec leur famille; dans 21 pays, 3 650 familles qui ont perdu des proches ont reçu un soutien psychologique et psychosocial; 479 000 personnes ont pu reprendre contact avec leur famille grâce à des appels téléphoniques gratuits; 25 700 détenus ont reçu une visite et une assistance individuelle; des services médico-légaux humanitaires ont été fournis dans 53 pays; on a aidé 19 Etats à élaborer des lois et des mesures nationales concernant les personnes disparues et leurs familles.6

Le travail se poursuit

Ces derniers temps, le CICR a de nouveau annoncé une opération de rapatriement réussie. Entre le 14 et le 16 avril 2023, 900 prisonniers, détenus dans le cadre du conflit au Yémen, ont été libérés. C’est le résultat de négociations menées conjointement par le CICR et le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, qui se sont achevées le 20 mars 2023 à Berne en Suisse. En écoutant Mohammad, l’un des heureux rapatriés, nous pouvons deviner la signification de ce moment pour les gens: «Je suis détenu depuis six ans. Je suis impatient de retourner au Yémen, mon pays natal, et de revoir ma famille dès que possible. Ce qui me manque le plus, c’est ma mère, et j’ai hâte de revoir mon père et mes frères et sœurs.»7
    Je suis sûre que nos enfants et nos jeunes se sentent très touchés par ces thèmes. Il est dans la nature humaine de se laisser émouvoir par le destin d’autres personnes. Simon, Amira, Dario et Sina ont déjà fait un premier pas.

Une stratégie politique plutôt qu’une aide?

En lisant le journal, je me suis mise à réfléchir. « Il pourrait manquer 500 à 700 millions de francs suisses au Comité international de la Croix-Rouge jusqu’à  la fin de l’année. Cela correspond à environ un quart du budget annuel», a déclaré Robert Mardini, directeur général du CICR, dans un entretien avec le journal «Le Temps».8 Si cette tendance se confirmait, le CICR devrait faire des coupures. Des sites devraient être supprimés, des collaborateurs licenciés et l’aide devrait être suspendue, en particulier dans les endroits difficilement accessibles. Or, c’est justement là que l’aide du CICR est particulièrement importante. La raison? La majeure partie des fonds provient des gouvernements des pays signataires. Au cours des cinq dernières années, ils ont financé en moyenne environ 82 % du budget, a déclaré Mardini. Le CICR accepte des financements uniquement de la part de donateurs qui respectent l’indépendance et l’impartialité du CICR. Les contributions des Etats signataires sont toutefois volontaires. En d‘autres termes, la volonté ou le refus de continuer à soutenir financièrement le CICR peut être influencé par des stratégies politiques visant à faire pression sur le travail du CICR ou à affaiblir l’organisation et aussi la Suisse en tant qu’Etat dépositaire.

L’ê tre humain comme point de référence de l’Etat
et de la communauté internationale

Quel commentaire pourrait-on attendre de Sina et d‘Amira si elles avaient entendu Peter Maurer, le président du CICR qui a récemment démissionné, déclarer ce qui suit à propos de la guerre en Ukraine:
    «Même après les accords de Minsk, il y avait chaque mois des dizaines de morts sur la ligne de conflit. Tout le monde s’en fichait. Notre opération dans l’est de l’Ukraine était l’une des moins bien financées. Aujourd’hui, il s’agit de la plus grande intervention du CICR de l’histoire.»9 Un soutien financier en fonction de la stratégie politique? C’est diamétralement opposé au principe fondamental de neutralité de l’organisation humanitaire. J’entends l’indignation des deux jeunes filles: «Pourquoi n’aide-t-on pas tout le monde de la même manière, certains ont-ils plus de valeur que d’autres?»
    Ne serait-il pas temps de réfléchir à ce que Cornelio Sommaruga, ancien président du CICR, avait dit à l’occasion de la guerre du Kosovo: «Nous devons replacer l’ê tre humain et le respect de sa dignité au centre du débat politique et au cœur de la décision politique, car le point de référence et la finalité de l’É tat et de la communauté internationale sont toujours l’ê tre humain […].»10 L’humanité et la neutralité sont à cet effet une condition indispensable tant pour l’action du CICR que pour la Suisse en tant qu’É tat dépositaire de cette organisation indispensable.

1Bors, Lisette. (2010). Qui était Henry Dunant? Deux enfants découvrent l’histoire d’Henry Dunant et de la Croix Rouge. Zurich 2010, éditions Zeit-Fragen. ISBN 978-3-909234-09-7.
Edition originale en français

2Dunant, Henry. Eine Erinnerung an Solferino. Berlin, 2010: Omnium. ISBN 978-3-942378-76-5 (épuisé)
3Alves, Katja. Premier Secours avec Globi. Un manuel pour enfants. Zurich 2005: Globi-Verlag ISBN 978-3857033377
4Wieder IKRK-Warenlager in Kabul bombardiert. Ds. Neue Zürcher Zeitung du 27/10/2001
5V. Rings, Werner. Advokaten des Feindes. Das Abenteuer der politischen Neutralität. Zurich 1966: Ex Libris, p. 28ff.
6 Cons. https://www.icrc.org/de/document/vermisste-personen-und-das-humanitaere-voelkerrecht  (accès du 15/04/23)
7vgl. https://www.icrcnewsroom.org/story/en/2051/yemen-saudi-arabia-scenes-of-overwhelming-joy-as-nearly-900-detainees-return-home-in-three-day-release-operation/0/KQe1rkoaJY  (accès du 15/04/23)
8vgl. https://www.zentralplus.ch/news/ikrk-befuerchtet-zu-wenig-finanzmittel-2525882/ (accès du 15/04/23)
9Maurer, Peter. Der Endloskrieg ist eine historische Tatsache. Ds.: Neue Zürcher Zeitung du 12/04/23
10Cité de la conférence de Cornelio Sommaruga, Président du ICRC de 198 à1999, intitulée Le droit international humanitaire au seuil du troisième millénaire: bilan et perspectives, tenue le 30/10/1999 à Genève, article publié sous le même titre ds. Revue internationale de la Croix-Rouge, 836, du 31/12/1999, accessible en format pdf. sur www.icrc

Les sept principes fondamentaux de la Croix rouge

Ils existent depuis 1965 sous leur forme actuelle. En 1986, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge les a inscrits dans ses statuts. Depuis, tous les membres du Mouvement international doivent les respecter, partout dans le monde. Ils explicitent nos valeurs et sont l’expression de notre engagement en faveur des personnes vulnérables.

Humanité

«Né du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille, le Mouvement, sous son aspect international et national, s’efforce de prévenir et d’alléger en toutes circonstances les souffrances des hommes. Il tend à protéger la vie et la santé ainsi qu’à faire respecter la personne humaine. Il favorise la compréhension mutuelle, l’amitié, la coopération et une paix durable entre tous les peuples.»

Impartialité

«Le Mouvement ne fait aucune distinction de nationalité, de race, de religion, de condition sociale et d’appartenance politique. Il s’applique seulement à secourir les individus à la mesure de leur souffrance et à subvenir par priorité aux détresses les plus urgentes.»

Neutralité

«Afin de garder la confiance de tous, le Mouvement s’abstient de prendre part aux hostilités et, en tout temps, aux controverses d’ordre politique, racial, religieux et idéologique.»

Indépendance

«Le Mouvement est indépendant. Auxiliaires des pouvoirs publics dans leurs activités humanitaires et soumises aux lois qui régissent leurs pays respectifs, les Sociétés nationales doivent pourtant conserver une autonomie qui leur permette d’agir toujours selon les principes du Mouvement.»

Volontariat

«Le Mouvement est un mouvement de secours volontaire et désintéresse, sans but lucratif. Dans le monde, plus de 11 millions de bénévoles mettent leur savoir, leurs compétences et leur expérience à sa disposition. Ils s’engage pour leurs prochains dans la détresse – avec empathie, inspiration et motivation. Toutefois, volontariat ne signifie pas amateurisme. Que l’engagement à la Croix-Rouge soit une activité professionnelle principale ou parallèle ou un engagement à titre honorifique, le professionnalisme et l‘investissement personnel sont toujours au cœur de notre action.»

Unité

«Il ne peut y avoir qu’une seule Société de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge dans un même pays. Elle doit être ouverte à tous et étendre son action humanitaire au territoire entier.»

Universalité

« Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, au sein duquel toutes les Sociétés ont des droits égaux et le devoir de s’entraider, est universel.»

Source: https://www.redcross.ch/fr/notre-engagement/comment-nous-travaillons/les-sept-principes-fondamentaux-de-la-croix-rouge 

 

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