Le Forum économique mondial et «l’élite» du monde entier

Le fin fond du WEF: fusion «d’un cabinet-conseil capitaliste avec un gigantesque lobby»?

par Wolfgang Bittner*

Du 15 au 19 janvier, Davos a été le théâtre d’une nouvelle session du très influent World Economic Forum (WEF), réu-nissant quelque 2800 participants, dont plus de 60 chefs d’Etat et de gouvernement. Le thème de cette année était «Rebuilding Trust» (rétablir la confiance). L’auteur Wolfgang Bittner pose un regard critique sur cette structure et ses efforts pour créer un ordre mondial globalisé, de droit privé et dépassant tout contrôle démocratique.

Le grand public ignore pratiquement tout de l’inquiétant programme de ce forum visant à réorganiser fondamentalement la société. Ces plans sont occultés par le flot d’informations contradictoires, ainsi que par la psychose climatique et les guerres en Ukraine et au Proche-Orient. Le WEF, fondation en même temps qu’organisation de lobbying aux réseaux mondiaux, a son siège près de Genève en Suisse et organise des rencontres annuelles, la plupart du temps à Davos, auxquelles participe «l’élite» de la planète. Il a des bureaux à New York, Tokyo et Pékin. On sous-estime trop souvent sa puissance, tout comme celle du «Groupe Bilderberg»1. Car il ne s’agit pas seulement d’une inoffensive assemblée de personnalités qui se retrouvent dans les montagnes suisses pour bavarder gentiment.

Le but des «élites» et «l’esprit de Davos»:
diriger et contrôler le monde

Organisé parallèlement à la réunion annuelle officielle, l’Open Forum a pour objectif de «permettre au public de participer aux discussions entre les décideurs politiques, économiques, scientifiques et de la société civile». En outre: «Parmi nos intervenants, nous comptons régulièrement des hauts responsables gouvernementaux, des dirigeants d’entreprise, des scientifiques, des artistes et des activistes qui viennent témoigner et partager leurs expériences et leurs points de vue avec le public. Dans la droite ligne du «Spirit of Davos», l’Open Forum vise à favoriser le dialogue entre les décideurs issus de domaines et d’horizons variés en vue d’apporter des solutions aux défis mondiaux les plus urgents de notre époque»2.
    Voilà qui n’a rien d’une conspiration. Cependant, la finalité ressort un peu plus clairement, et donc de manière problématique, lorsque le WEF affirme dans son rapport «Global Redesign» de 2010 «que la meilleure gouvernance d’un monde globalisé passe par une coalition de multinationales, de gouvernements et également par le biais du système des Nations unies (ONU) et d’organisations de la société civile (OSC) sélectionnées». Les gouvernements cessent ainsi d’être «des acteurs dominants prépondérants sur la scène mondiale», de sorte que «le temps semble venu d’un nouveau paradigme des parties prenantes dans la gouvernance internationale».3

Une dictature ploutocratique?

En d’autres termes, le WEF prévoit de substituer aux formes d’organisation démocratiques – selon lesquelles le pouvoir au sein de l’Etat est censé émaner du peuple au travers de représentants élus – un système de gouvernance dans lequel un groupe de «parties prenantes», c’est-à-dire de «personnalités dirigeantes», constituerait un corps décisionnaire au niveau global. Vu sous un angle positif, ce serait un genre de Conseil des sages, peu importe qui ils sont. D’un point de vue critique, cela impliquerait une dictature ploutocratique dans un monde supranational sans frontières. Une «élite» autoproclamée prendrait donc le pouvoir en formant une sorte de gouvernement mondial. Dans ce contexte, le WEF se présente comme une organisation quasi-mafieuse extraordinairement influente, capable de préparer la prise de pouvoir de «leaders» non légitimés démocratiquement à l’échelle mondiale. Des phases d’instabilité mondiale pourraient alors servir à la mise en œuvre de ce programme, par exemple la pandémie du Covid, les famines ou les répercussions de la guerre en Ukraine. Nick Buxton, chercheur en communication et écrivain, qui a étudié en détail les intentions du WEF, en conclut que «nous entrons de plus en plus dans un monde où des rencontres comme celle de Davos ne sont plus de ridicules terrains de jeu pour milliardaires, mais représentent l’avenir de la gouvernance mondiale». Il ne s’agit «rien de moins que d’un coup d’Etat silencieux».4

Les «partenaires stratégiques»

Les objectifs et le poids du WEF deviennent particulièrement évidents lorsque l’on considère qui y participe et de quelle manière. Voici donc quelque 1000 sociétés membres, réalisant chacune un chiffre d’affaires de plus de cinq milliards de dollars américains5 et dont les plus importantes dans chaque secteur d’activité jouent également un rôle politique. Les cotisations de base s’élèvent à 42000 francs suisses, auxquels s’ajoutent 18000 francs suisses pour la participation de chaque président à la réunion annuelle. Ceux des membres appartenant au monde industriel et les partenaires stratégiques paient respectivement 250000 francs suisses et 500000 francs suisses pour pouvoir exercer un impact déterminant sur les initiatives du Forum.6 Parmi les partenaires stratégiques on trouve par exemple BlackRock, la Fondation Bill Gates, Goldman Sachs, Google, The Coca Cola Company, Allianz, Bank of America, BP Amoco, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Deutsche Post DHL, Facebook, la multinationale pharmaceutique Johnson & Johnson, Mastercard, Mitsubishi Corporation, PayPal, SAP, Saudi Aramco, Siemens ou encore l’empire des médias Thomson Reuters.7

… et les «jeunes dirigeants mondiaux»

En 1992, le WEF a lancé un programme en faveur des «Global Leaders of Tomorrow» (Leaders mondiaux de demain) rebaptisé depuis 2004 «Young Global Leaders» (Jeunes dirigeants mondiaux), afin de stimuler les futurs dirigeants en puissance. Il en a résulté un réseau mondial de dirigeants importants issus de la politique, de l’économie, des médias, de l’art et de la culture, de l’aristocratie et ainsi de suite, qui s’engagent en faveur des projets du WEF. Leur fondateur, Klaus Schwab a souligné dans une interview que ce dont lui et son équipe étaient «très fiers […], c’est que par le biais de nos Young Global Leaders, nous avons nos entrées dans les cabinets ministériels.»8 C’est ainsi que le WEF a un impact sur la vie quotidienne dans le monde entier. Dès l’ouverture du premier programme en 1992, des personnalités devenues par la suite très célèbres y ont participé, comme Angela Merkel, Tony Blair, Nicolas Sarkozy, Manuel Barroso ou Bill Gates. Dans les années qui ont suivi, des centaines d’autres s’y sont ajoutés, accédant peu à peu à des postes importants: Emmanuel Macron, David Cameron, Sebastian Kurz, Annalena Baerbock, Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook), Jacinda Ardern (Première Ministre de Nouvelle-Zélande), Sanna Marin (Première Ministre finlandaise), Ida Auken (ex-Ministre de l’Environnement du Danemark), le prince héritier Haakon de Norvège, Larry Page (cofondateur de Google), Leonardo DiCaprio (acteur), Niklas Zennström (codéveloppeur de Skype) et Jimmy Wales (cofondateur de Wikipédia).
    En 2019, plus de 400 organisations de la société civile et 40 réseaux internationaux se sont élevés contre un accord de partenariat entre le WEF et les Nations unies. Ils ont appelé le Secrétaire général de l’ONU à dénoncer cet accord car il constituait une «appropriation entrepreneuriale préoccupante» de la part de l’ONU, qui «entraînait le monde vers une redoutable gouvernance mondiale privatisée et ntidémocratique».9
    La journaliste américaine Diana Johnstone considère le WEF comme une «combinaison de cabinet-conseil capitaliste et de lobby géant», concentrée sur «l’innovation numérique, l’automatisation massive via l’«intelligence artificielle» et même, en fin de compte, sur l’«amélioration» de l’homme en le dotant artificiellement de certaines caractéristiques des robots: par exemple, la résolution de problèmes sans aucune préoccupation éthique». Elle met en garde contre la «voix de ce qui voudrait devenir une gouvernance mondiale» en y ajoutant: «De là-haut, des experts décident de ce que les masses devraient souhaiter et déforment les soi-disant aspirations populaires pour qu’elles entrent dans les schémas de profit qu’ils sont en train de colporter.»10

Le «Great Reset» – La Grande
Réinitialisation et le transhumanisme

En 2021, l’ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Gerhard Ludwig Müller, est intervenu pour critiquer le fait que des personnes comme Klaus Schwab étaient «juchées sur le trône de leur fortune» ne se sentant aucunement concernées par les difficultés et les souffrances quotidiennes endurées par les gens suite à la pandémie du Covid. Bien au contraire, ils voient dans de telles crises une occasion d’imposer leur programme de «grande réinitialisation» globale méritocratique assortie d’un contrôle de plus en plus étroit sur la société.11 Le Cardinal Müller a dénoncé des soutiens émanant, notamment, des milieux du Transhumanisme.12 Il a aussitôt été taxé d’antisémitisme
    Dans leur best-seller publié conjointement en 2020, «Der grosse Umbruch/La grande réinitialisation (en anglais «The Great Reset»), Klaus Schwab et Thierry Malleret, économiste et «stratège global» français ont écrit au sujet des ambitions du WEF: «Il s’agit de rendre le monde moins clivé, moins polluant, moins destructeur, plus inclusif, plus juste et plus équitable que celui que nous avons laissé derrière nous dans la période précédant la pandémie.» Des mutations «qui semblaient inimaginables avant l’apparition de la pandémie» pourraient se produire, et on assisterait à l’émergence d’une «nouvelle normalité».13
    Dans un entretien du 19 novembre 2020, invité à préciser sa vision du «redémarrage global» tel qu’il l’envisageait, Schwab a affirmé: «Je trouve le terme ’reset’ tout à fait approprié […]. En effet, il est clair que nous ne pouvons plus revenir à l’ancienne normalité.» En ce qui concerne la lutte contre la pandémie du Covid, il a estimé que «ce dont notre monde a justement besoin, c’est d’une approche systémique intensifiée, […] d’une réforme du système international».14

Digitalisation, centralisation
et contrôle généralisé à outrance

De cette façon on nous présente donc cette phase de la pandémie du Covid comme un changement d’époque qui devrait modifier fondamentalement la situation dans le monde, conformément à l’agenda du WEF. Reste à savoir quelle sera l’évolution de la situation une fois la guerre d’Ukraine terminée. Entre-temps, les Etats se sont lourdement endettés, l’économie et les finances se sont effondrées et de nombreuses personnes ne savent plus où donner de la tête, si bien que les concepts des experts du Forum économique mondial ne cessent de gagner en importance, que la «grande guerre» ait lieu ou non.
    Le WEF, qui bénéficie d’un réseau optimal, vise un ordre mondial globalisé, de droit privé, donc sans contrôle démocratique. De l’avis des milieux informés, ses conceptions vont dans le sens d’une digitalisation, d’une centralisation et du contrôle généralisé à outrance.15 Il conviendrait de faire obstacle à ces projets et de se tourner vers des formes de coexistence sociale plus adaptées à l’être humain.

1 Le «Bilderberg» est un autre organisme extrêmement influent qui se réunit de manière informelle, agit à l’échelle mondiale et dont la direction est assurée par le président d’un comité directeur. Le cercle de ses membres est comparable à celui du WEF; cf. Wikipedia, Bilderberg-Konferenz, https://de.wikipedia.org/wiki/Bilderberg-Konferenz#Organisation  (02/10/22)
2 Citation, voir www.weforum.org/de/open-forum/pages/  about  
3 Citation, voir de.wikipedia.org/wiki/Weltwirtschaftsforum (18/08/21); Critique sur ce point: Springer Link, 29/11/19: «The Role of Public and Private Actors and Means in Implementing the SDGs: Reclaiming the Public Policy Space for Sustainable Development and Human Rights»; https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-030-30469-0_12  
4 Citation d’après le Transnational Institute: «Davos and its danger to Democracy», 18/01/16; https://www.tni.org/en/article/davos-end-its-danger-to-democracy/ 
5 cf. https://de.wikipedia.org/wiki/Weltwirtschaftsforum  (26/01/22)
6 cf. Allen, Pigman Geoffrey. The World Economic Forum. A multi-stakeholder approach to global governance. London 2007
7 cf. World Economic Forum: Strategische Partner; www.weforum.org/communities/strategic-partnership-b5337725-fac7-4f8a-9a4f-c89072b96a0d  (20/10/2020) 
8 Citation, d’après BITCHUTE, 25/01/2022; www.bitchute.com/video/Md4l9RsMwxr5/ (26/01/22)
9 Citation, d’après le Transnational Institute: «Hunderte zivilgesellschaftliche Organisationen weltweit verurteilen die Übernahme der UN durch das Weltwirtschaftsforum», 17/01/20; www.tni.org/en/node/24855?content_language=es  (20/09/22)
10 Citation, d‘après apolut: «The Great Pretext – Der grosse Vorwand für eine Dystopie», 05/12/20; https://apolut.net/the-great-pretext-der-grosse-vorwand-fuer-eine-dystopie-von-diana-johnstone/ 
11 Citation, voir Süddeutsche Zeitung, 15/01/21;
www.sueddeutsche.de/politik/antisemitismus-kritik-an-kardinal-mueller-1.5489031 

12 Transhumanisme = idéologie visant à étendre les potentialités physiques, psychiques et intellectuelles de de l’être humain grâce à des procédés technologiques.
13 Citation, voir Schwab, Klaus; Malleret, Thierry. Covid-19. Der grosse Umbruch. Cologny/Genf 2020, p. 293
14 citation, d’après YouTube: Klaus Schwab: «Wir können nicht zur alten Normalität zurückkehren», 19/11/2020; www.youtube.com/watch?v=q3M2CjHn5N8 (21/10/22) 
15 Voir: Bittner, Wolfgang. Deutschland – verraten und verkauft, p. 252, 253 ff., 260 ff.

(Traduction Horizons et débats)


* Wolfgang Bittner a publié en 2014 «Die Eroberung Europas durch die USA», en 2019 «Die Heimat, der Krieg und der Goldene Westen» ainsi que «Der neue West-Ost-Konflikt» et, en 2021, «Deutschland – verraten und verkauft. Hintergründe und Analysen». L’article ci-dessus est en grande partie un extrait du livre «Ausnahmezustand – Geopolitische Einsichten und Analysen unter Berücksichtigung des Ukraine-Konflikts», paru en 2023.

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