Hd. Fin juillet, le maire de Hiddensee, une petite île pittoresque en mer Baltique, faisant politiquement partie du Land allemand de Mecklembourg-Poméranie occidentale, s’est adressé au Chancelier allemand ainsi qu’aux membres du Bundestag par une déclaration ouverte. Toute personne pour qui l’Allemagne lui tient à cœur est convoqué de signer cette lettre en forme de pétition, ouverte aux signataires depuis le 26 juillet 2025. La pétition est déchargeable sous l’adresse suivante: https://www.openpetition.de/petition/online/offener-brief-gemeinsam-fuer-frieden-und-unsere-heimat
Monsieur le Chancelier
Madame la députée, Monsieur le député
Alors que vous et de nombreux autres dans nos «élites» misent sur le nombre de chars et de missiles dont l’Allemagne dispose, nous autres, habitant nos villes et nos communes, comptons plutôt les euros qui nous restent, chaque mois. Pendant que vous injectez des milliards et des milliards dans l’armement, le réarmement et les missions armées à l’étranger que vous faites passer régulièrement, nous luttons, là ou nous vivons, pour la survie de nos infrastructures sociales et municipales.
A Hiddensee, nous voulons continuer à construire nos demeures, rénover et numériser nos écoles – et enfin construire notre propre salle de gymnastique pour nos écoliers. Nos ports ont besoin de nouveaux quais, et nous connaissons tous l’urgence de nos investissements pour nous protéger mieux contre les inondations. Il en va de même pour nos pompiers et nos infrastructures, au profit de nous autres insulaires et de nos visiteurs. Mais nous entendons trop souvent, ces derniers temps, que l’argent manque pour pouvoir agir. Où sont-ils donc, les «fonds spéciaux» pour nous, les «tournants d’ère» qui nous respectent, les «alliances pour notre patrie» s’occupant de nos besoins? Au lieu de cela on nous confronte chaque jour aux gels budgétaires, à votre bureaucratie, aux coupes budgétaires et aux mandats d’audit.
Actuellement nous assistons au «Sommet d’investissement» qui se célèbre en grande pompe en Mecklembourg Poméranie occidentale, fort de 1,92 milliard d’euros provenant d’un fonds spécial et destinés à l’ensemble du Land. Cela peut paraître considérable, mais en réalité, la somme est répartie sur dix ans, soit environ 192 millions d’euros par an, pour l’ensemble du Land. Mais quelle en sera ce qui parviendra réellement aux communes? Qui décide des projets réalisés? Qui en sera exclu? Et comment plus de 700 villes et communes constituant notre Land sont-elles censées en bénéficier sérieusement – alors que les investissements sont urgents, chacun causant des coûts allant dans des millions, et ce pour les besoins publics réels, pour le maintien de nos écoles, nos logements et la protection du littoral. De telles obligations, n’existeraient-elles chez nous seulement, exclusivement à Hiddensee?
Ce qui nous manque, ce ne sont pas les gros titres à coups de milliards de dollars, mais des allocations financières fiables, une planification solide et une participation équitable, également en faveur de nos petites communes.
La situation devient particulièrement absurde lorsqu’on la compare aux autres dépenses:
Alors que 1,92 milliard d’euros seront disponibles ensemble à la totalité des communes du Mecklembourg Poméranie occidentale, projetés sur 10ans, le gouvernement fédéral vient de consacrer environ 7 milliards d’euros aux livraisons d’armes et au soutien militaire à l’Ukraine, un montant donc pour la seule année 2025, qui ira croissant – et ce sans aucun débat public sur ces priorités.
A cela s’ajoutent encore environ 100 milliards d’euros en plus, issus de fonds spéciaux destinés à la Bundeswehr, ainsi que nouvellement plus de 70 milliards d’euros en charge du budget annuel de la défense, qui va s’accroître aussi. Tandis que la marge fixé de l’OTAN de 2% du PIB représentant, dans un avenir proche, régulièrement plus de 100 milliards d’euros par an – et ce de manière permanente.
Dans quelques années, l’Allemagne dépensera donc pour l’armée seule une somme qui équivaut celle dépensée pour l’éducation, la santé et le logement, prises d’ensemble.
Et pour regarder une fois le côté créancier de tout cela: il ne s’agit guère ni de Rheinmetall, ni de Lockheed Martin. Ni des General Dynamics. Ni les Etats-Unis, qui ont récemment promis de nous livrer des missiles Patriot, soigneusement facturés. Non, les donateurs de ces fonds, c’est donc nous, les citoyens allemands.
C’est nous aussi qui constatons avec amertume comment l’Etat-providence de jadis – et avec lui notre patrie – est progressivement saigné à blanc. Alors que des milliards sont débloqués pour les avions de chasse, les chars Leopard et les missiles à longue distance, nous manquons cruellement d’argent pour nos écoles, nos enseignants, nos pompiers, notre santé, nos retraites, nos logements et nos moyens liés à nos secours en cas de catastrophe.
Le gouvernement fédéral a manifestement pris une décision en faveur du réarmement, en faveur des dettes, en faveur de l’aptitude allemande pour la guerre – et à l’encontre de la justice sociale, à l’encontre de la capacité d’agir pour les besoins vitaux de nos municipalités – à l’encontre du bon sens.
On a du mal à comprendre pourquoi on justifie tout cela par la «responsabilité envers les générations futures». Ces générations paieront nos dettes lorsque – espérons-le bien – ils ne devront plus consacrer leurs énergies sur l’autel du financement de chars. Ce qu’il faut d’urgence, c’est un changement d’orientation cohérent, au bénéfice des communautés locales et de notre patrie:
Notre pays n’a pas besoin du sponsoring de chars; il a besoin d’un dividende social, d’une offensive éducative et d’un programme d’infrastructures digne de ce nom. Et il lui faut le courage politique de s’opposer à la folie de la course aux armements.
Car la paix ne se gagne plus sur le champ de bataille, mais dans nos écoles, dans nos logements abordables, dans la coexistence paisible au sein et avec nos communautés et sur nos terrains de jeux tenus libres d’agressions.
J’espère vivement que de nombreux collègues en politique – mais tous aussi qui se sentent chez eux vivant parmi nous – partagent ces réflexions et aident à les répandre.
Avec mes meilleurs veux, pour vous et nous tous
Thomas Gens, maire de l’île de Hiddensee
(Traduction Horizons et débats)
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