par Scott Ritter*
Jamais le contrôle des armements n’a revêtu autant d’importance qu’aujourd’hui. Or, jamais le gouvernement américain n’a été aussi mal préparé que maintenant à relever ce défi. C’est là que le Projet 381 entre en jeu. Le Projet 38 est une initiative en faveur d’une politique efficace de contrôle des armements mais aussi de désarmement et ainsi éviter les dangers d’une nouvelle course aux armements nucléaires, en promouvant une approche politique alternative pour le contrôle des armements et le désarmement entre les Etats-Unis et la Russie. Ce projet se focalise sur l’impérieuse nécessité du maintien des restrictions imposées par le Traité «New Start» concernant le volume des stocks d’armes nucléaires stratégiques des Etats-Unis et de la Russie. Le président russe Vladimir Poutine a aujourd’hui [22 septembre; voir page 1] laissé le champ libre à cette éventualité. Le Projet 38 a pour mission d’aider le président américain Donald Trump à franchir ce cap.
Le contrôle en matière d’armement, tel que nous le connaissons actuellement, est sous perfusion. Sans un engagement diplomatique majeur de la part des Etats-Unis et de la Russie, le principe consistant à limiter les stocks d’armes nucléaires stratégiques de ces deux pays est voué à disparaître. En matière de contrôle des armements stratégiques, le dernier traité encore en vigueur, le new start, expire le 5février 2026, et aucune négociation n’est actuellement en cours pour son extension ou son remplacement par un nouveau traité. Si le new start disparaît, ce sont aussi des décennies de travail acharné et de jurisprudence qui disparaîtront et qui auront permis aux Etats-Unis et à la Russie de passer des stocks d’armes nucléaires stratégiques de l’époque de la guerre froide, qui portaient sur des dizaines de milliers d’armes de chaque côté, à la situation actuelle, où le nombre d’armements susceptibles d’être déployées est plafonné à 1550 pour chaque pays.
Russie: une possible extension
La réalité actuelle est que «New Start», en tant qu’accord de contrôle fonctionnel et vérifiable des armements, est proche de sa fin, sa mission étant compromise par les politiques adoptées par les Etats-Unis, davantage définies par des concepts tels que la limitation, la confrontation et la défaite stratégique que par des questions de paix, de désescalade et de mutuelle prospérité. Cependant, les contraintes structurelles imposées par «New Start» continuent de peser sur les relations stratégiques entre les Etats-Unis et la Russie et, si elles restent en vigueur même après lexpiration du traité, elles pourraient considérablement simplifier un éventuel traité ultérieur susceptible d’être négocié ultérieurement.
Voilà ce qui semble constituer le point de départ des commentaires formulés par le président russe Vladimir Poutine lors d’une allocution devant le Conseil de sécurité russe. «La Russie, a déclaré M. Poutine, est prête à continuer à observer les principales limitations du new start en termes quantitatifs pour une durée d’un an à compter du 5 février 2026. Par la suite, nous déciderons, sur la base de notre propre évaluation de la situation, si nous maintenons ou non les limitations volontaires que nous nous sommes imposées.»
Cette décision était loin d’être automatique, a souligné Poutine. «Nous pensons, a-t-il déclaré, que cette mesure ne sera viable que si les Etats-Unis adoptent une attitude similaire, en s’abstenant de toute action susceptible de compromettre ou de perturber l’équilibre actuel des capacités de dissuasion.»
La Russie est particulièrement préoccupée par les projets annoncés par l’Administration Trump concernant le déploiement du système de défense antimissile «Golden Dome». Poutine a chargé les organismes russes appropriés de la surveillance de ces projets, ajoutant que le déploiement d’armes spatiales telles que celles envisagées dans le cadre du concept «Golden Dome» compromettrait les efforts déployés par la Russie pour maintenir la stabilité stratégique et, par extension, entraverait les efforts de la Russie pour se conformer aux limitations prévues par le traité new start.
Nécessité d’une participation citoyenne
Le mois dernier, suite à l’annonce du Projet 38, les principaux objectifs étaient les suivants:
Les déclarations du président Poutine devant son Conseil de sécurité soulignent l’urgence absolue de ces objectifs et de ces exigences. En bref, le Projet 38 est aujourd’hui encore plus pertinent qu’au moment où il a été annoncé, le 20 août.
Pour Poutine une ligne rouge
L’un des facteurs qui aggravent encore la situation est le fait que le président Poutine ait retiré la question de l’extension du new start de la table des négociations. Il semble que la principale raison sous-jacente à cette décision soit la réticence, jusqu’à présent, de l’Administration Trump à entamer des négociations avec la Russie sur les mesures pratiques nécessaires à la mise en œuvre d’une telle extension.
Cela engendre une nouvelle réalité très complexe. En l’absence d’un traité contraignant, il n’existe aucune contrainte juridique concernant le volume des stocks d’armes nucléaires stratégiques respectifs des Etats-Unis et de la Russie. Il n’existe pas non plus de traité contraignant permettant de contrebalancer les effets déstabilisateurs des initiatives stratégiques ne relevant pas du new start, telles que la défense antimissile (c’est-à-dire le «Golden Dome»).
L’administration Trump est sur le point de prendre plusieurs décisions qui auront un impact sur le dispositif nucléaire stratégique des Etats-Unis. Il s’agit notamment de programmes visant à moderniser la triade nucléaire qui constitue le fondement de l’entreprise nucléaire stratégique américaine, et à mettre en place le bouclier antimissile «Golden Dome». La moindre initiative aléatoire relative à l’une ou l’autre de ces questions serait susceptible de compromettre ou de perturber l’équilibre actuel des capacités de dissuasion, la ligne rouge fixée par le président Poutine quant au maintien volontaire des limitations du nombre d’armes nucléaires stratégiques déployées définies dans «New Start».
La bonne nouvelle, c’est que le Président Trump a pris conscience des dangers liés à la fin des restrictions sur le volume des stocks d’armes nucléaires des Etats-Unis et de la Russie. Lors d’une conférence de presse le 25juillet dernier, le Président Trump a déclaré: «[New Start] n’est pas un accord que l’on souhaite voir disparaître. Nous avons commencé à travailler là-dessus», ajoutant: «C’est un problème pour le monde entier. Quand on lève les restrictions nucléaires, cela pose un gros problème.»
La mauvaise nouvelle, c’est que l’Administration Trump a démantelé les institutions diplomatiques indispensables à la négociation d’un nouvel accord de contrôle des armements avec la Russie. Dans le cadre d’un plan de réorganisation annoncé le 19juillet par le secrétaire d’Etat Marco Rubio, le Bureau de la Sécurité internationale et de la Non-prolifération nucléaire a été fusionné avec le Bureau du Contrôle des armements, de la Vérification et de la Conformité sous l’autorité d’un seul Sous-secrétaire, ce qui a littéralement doublé la charge de travail tout en réduisant considérablement les effectifs.
Le nouveau Sous-secrétaire à la Sécurité internationale et au Contrôle des armements de l’Administration Trump, Thomas DiNanno (dont la nomination doit encore être confirmée par le Sénat), verra également son portefeuille élargi pour y inclure la Lutte internationale contre les stupéfiants et l’application de la loi, la Lutte contre le terrorisme et les Menaces émergentes. Le Secrétaire d’état Rubio a en outre encore restreint l’équipe chargée du Contrôle des armements en y supprimant des postes essentiels, dont l’ensemble de l’équipe chargée des Affaires nucléaires multilatérales qui pilotait les efforts du Département d’Etat visant à élaborer et à mettre en œuvre la politique américaine et la participation aux accords, engagements et organismes multilatéraux en matière de contrôle des armements nucléaires et de désarmement.
Elaborer des solutions
L’un des objectifs essentiels du Projet 38 était la constitution d’un groupe de travail chargé de créer une équipe d’experts capables de formuler des solutions aux problèmes actuels en matière de contrôle des armements, y compris les questions liées à l’expiration du new start, et la création d’une équipe d’experts capables de conseiller le président Trump et ses principaux collaborateurs sur la manière de maintenir les restrictions actuellement en vigueur concernant le volume respectif des stocks d’armes nucléaires stratégiques des Etats-Unis et de la Russie.
Cette équipe de participation citoyenne souhaiterait également discuter du lien crucial entre le maintien des restrictions du new start et les systèmes de défense antimissile proposés, en soulignant les effets intrinsèquement déstabilisateurs que tout effort de développement du système de défense antimissile «Golden Dome» aurait sur le contrôle des armements en général, en particulier en ce qui concerne le maintien des restrictions du «New Start».
La nécessité d’une telle équipe de participation citoyenne n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui. Le manque de temps et le fait qu’actuellement l’Administration Trump ne soit pas disposée ni à faire progresser, ni à résoudre cette question importante du contrôle des armements rendent évidente la nécessité d’une telle équipe.
Cette semaine, une équipe de spécialistes du contrôle des armements et de la Russie se réunira à Poughkeepsie, dans l’Etat de New York, sous les auspices de la Poughkeepsie Peace Initiative (PPI). Pendant deux jours, la PPI travaillera à l’élaboration d’un briefing destiné à être présenté au président Trump et à son équipe de Sécurité nationale, qui proposera des solutions pratiques au problème du contrôle des armements soulevé à la suite de la déclaration du président Poutine au Conseil de sécurité russe.
La réunion de Poughkeepsie n’est que la première partie d’une campagne de politique publique dont l’objectif est d’aider l’Administration Trump à tirer parti de l’opportunité offerte par le gambit2 du président Poutine.
Il n’est pas question d’échouer, car la sécurité et la sûreté des Etats-Unis, de la Russie et du monde entier dépendent du maintien intégral des derniers pans du contrôle des armements, alors que les dirigeants américains et russes s’efforcent de trouver le moyen de poursuivre les politiques de non-prolifération nucléaire et de désarmement mises en place depuis des décennies, celles qui ont permis d’éviter une guerre nucléaire entre nos deux nations. •
1 «Le Projet 38 s’inspire des événements qui se sont produits le 13 janvier 2018, quand certains habitants d’Hawaï ont été informés qu’un missile balistique se dirigeait vers leur zone, qu’ils devaient se mettre à l’abri et qu’il ne s’agissait pas d’un exercice. Pendant les 38 minutes qui ont suivi, les habitants d’Hawaï ont cru vivre leurs derniers instants sur Terre [...]. Heureusement, il s’agissait d’une fausse alerte. Mais pendant 38 minutes, ceux qui ont reçu la notification ont cru qu’eux et leurs proches allaient mourir. Pour eux, ces 38 minutes ont été absolument réelles.» Scott Ritter a réalisé le film «Projet 38» afin d’attirer l’attention sur la menace actuelle et sur la nécessité d’agir de toute urgence. (https://scottritter.substack.com/p/project-38 )
2 Au jeu d’échecs, le gambit désigne le sacrifice volontaire d’un pion ou, plus rarement, d’une pièce maîtresse (voire plus) dans la phase d’ouverture, dans le but d’obtenir un avantage stratégique non matériel: attaque, gain d’espace, ouverture de lignes, dislocation de la structure de pions adverse, gain de temps, etc.
Source: https://scottritter.substack.com/p/putins-gambit du 22.9.2025
(Traduction Horizon et débats)
* Scott Ritter est un ancien officier des services secrets du Corps des Marines américains qui, au cours de sa carrière de plus de 20 ans, a entre autres travaillé dans l’ancienne Union soviétique à la mise en place d’accords de contrôle des armements, dans l’état-major du général américain Norman Schwarzkopf pendant la guerre du Golfe en 1991, puis comme inspecteur en chef des armes de l’ONU en Irak de 1991 à 1998. Ritter a vivement critiqué la décision américaine de repartir en guerre contre l’Irak en 2003. Il a publié 12 livres. Le dernier d’entre eux s’intitule «Highway to Hell: The Armageddon Chronicles 2015–2024». (Clarity Press).
Le monde est au bord de l’apocalypse nucléaire, conséquence de la conjonction du déclin des principes fondamentaux de la maîtrise des armements, qui servaient de contrepoids aux deux plus grandes puissances nucléaires mondiales, les Etats-Unis et la Russie, et des conséquences géopolitiques de la collision d’une puissance hégémonique défaillante avec une réalité multipolaire émergente. Les armes nucléaires, autrefois conçues comme des moyens de dissuasion à ne jamais utiliser, sont devenues des armes intégrées aux plans de guerre des puissances nucléaires. La dissuasion n’est plus en vogue; ce sont la guerre et la victoire qui le sont.
Mais il n’y aura pas de vainqueur dans un conflit nucléaire.
Une réflexion critique sur les dangers des armes nucléaires, la nécessité de la maîtrise des armements et les conséquences d’une guerre nucléaire n’a jamais été aussi urgente. «Highway to Hell: The Armageddon Chronicles, 2015–2024» offre aux lecteurs un aperçu complet de ces questions cruciales au fil de leur évolution, libéré des contraintes narratives des récits historiques conventionnels.
Voilà où nous en sommes aujourd’hui: au bord d’un conflit nucléaire avec la Russie. L’humanité n’est plus protégée d’une guerre nucléaire par une série de traités de contrôle des armements entre les États-Unis et la Russie. Ce livre sensibilise les lecteurs à la menace existentielle que représentent, aujourd’hui, les armes nucléaires et vise à les inciter à agir contre elles.
Source: Clarity Press 2025,
ISBN 978-1-963892-20-8
(Traduction Horizons et débats))
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