Entretien de Karin Leukefeld avec Dr. Ghassan Abu Sitta*
Pendant plus de trente ans, Ghassan Abu Sitta a vécu des expériences lors des interventions de guerres et de crises qui lʼont amené à développé une «médecine aux conflits» telle quʼelle nʼest enseignée, discipline unique au monde, quʼà Beyrouth. Les attaques ciblées contre le système de santé à Gaza et également au Liban, Israël les avait effectuées, pour ainsi dire, de «manière spectaculaire» et, particulièrement révoltant comme dit le médecin, lors de son lʼentretien avec Karin Leukefeld publié ci-dessus, en est sorti absolument impuni. Le droit humanitaire et international a été massivement ignoré. Le génocide contre les Palestiniens en Gaza se dirige actuellement contre la population du Liban, dit Abu Sitta. Ce nʼest guère la première épreuve réservée à cette population ravagée. Abu Sitta rappelle les «attaques pager» du 17 septembre 2024 pendant lesquelles plus de 3000 personnes au Liban ont subi des blessures les plus graves qui les marqueront pendant toute leur vie.
Israël avait délibérément dépassé toutes les lignes rouges, établies après la seconde guerre mondiale, affirme-t-il, et ce encouragé et soutenu par les Etats-unis et certains pays européens. «Cette manière de procéder fait preuve quʼIsraël nʼagit que dans son propre intérêt à lui», ajoute-t-il. On devra clairement dénoncer cette complicité. Pour Abu Sitta, ces brutalités illustrent quʼelles font pleine campagne de détruire dans ses fonds le Droit international. Pour le montrer, il met le doigt sur le fait que le représentant de longue date dʼAl-Kaida, Abu Mohamed Al Jolani, ait été déclaré non coupable des sanctions US et UN et quʼen même temps des juges de la Cour de Sanctions Internationales à Den Haag ainsi que la courageuse Mandataire spéciale de lʼONU des Droits de lʼhomme dans les Territoires Palestiniens Occupés, Francesca Albanese, avaient été puni par de graves sanctions pour avoir nommé les activités dʼIsraël contre les Palestinien un génocide. Les organisations humanitaires et internationales sont souvent en mission dans les régions de guerre et de crise, se trouvant dans des guerres qui sont aussi financés par des gouvernements de leur pays. En vue du génocide au Gaza une distinction à usage strict sʼimpose, dit Abu Sitta. Ce quʼil faudra, cʼest t le renouveau de lʼ«Accord social» dit le médecin. Dans les organisations humanitaires et dʼaide on en parlerait intensément.
Lʼinterview a été mené le 1 mai 2026 en anglais, et traduit en allemand par lʼauteure.
Karin Leukefeld: Dr. Ghassan, vous êtes Palestinien, votre pays est occupé. Nous nous rencontrons ici à Beyrouth, vous êtes un ressortissant britannique et recteur de lʼUniversité de Glasgow. Où vivez-vous?
Dr. Ghassan Abu Sitta: Je fais la navette entre les deux pays. Lorsque je suis revenu de Gaza jʼai essayé plusieurs fois dʼy retourner, les Israéliens mʼont interdit lʼentrée dans le pays. Comme, entre 2011 et 2019 jʼai dirigé ici à lʼhôpital de lʼUniversité Américaine (AUB) le service de chirurgie plastique jʼavais encore des contacts. Pour nous il était tout de suite évident que la guerre israélienne contre le Gaza nʼétait quʼune partie dʼun projet régional à dimension beaucoup plus ample, pour dominer et changer la carte géographique de la région. Et tout a été fait pour suivre cette stratégie.
Très vite, la guerre sʼest donc dirigée contre le Liban. Jʼai démenagé et je suis arrivé ici le 17 septembre 2024. (Cʼétait le jour des «agressions Pager»). Je devais reprendre comme professeur enseignant la chaire de la médecine de conflits. Cette chaire reflète le fait que nous vivons dans une région où le blessures de guerre se trouvent au sommet des entraves à la santé humaine. Cʼest le Liban tout entier et ici, lʼhôpital AUB, qui ont été marquées intensément, dans leur histoire, par cette sorte de blessures.
Vous avez fondé un fonds dʼaide pour les enfants palestiniens de Gaza.
Lorsque nous avons établi le Fonds Ghassan Abu Sitta pour les enfants il sʼagissait de faire venir ici des enfants palestiniens de Gaza et de les soigner. Notre motif état quʼon avait ici des connaissances professionnelles en grande mesure et de lʼexpérience pour le traitement de telles blessures, surtout dans lʼhôpital intégré à lʼUniversité américaine comme on ne les trouve nul part au monde, sauf dans des hôpitaux militaires. Vous trouveriez nul part une installation académique civile où on trouve autant de savoir professionnel sur les blessures de guerre. Elles datent des guerres au Liban, des invasions israéliennes au Liban, mais aussi des guerre de lʼIrak et en Syrie. De toutes ces guerres, des blessés ont trouvé moyen de se faire soigner ici. Beaucoup dʼentre eux étaient des patients repérés des MSF, Médecins sans Frontière.
La complexité de beaucoup de blessures de guerre auxquelles je me trouvais confronté à Gaza ont exigé le savoir professionnel de médecins qui ont soigné pendant toute leur vie des enfants blessés. Nous pouvions amener des enfants de Gaza au travers dʼEgypte. Mais lorsque la guerre de 2024 a aussi embrasé le Liban nous avons soigné, à part les enfants palestiniens, des enfants libanais aussi. Et cʼest ce quʼon fait jusquʼà aujourdʼhui. Pendant la dernière guerre en 2024 nous avons soigné plus de 1 400 enfants qui avaient été blessés dans des guerres. Nous les avons traités en chirurgie reconstructive – avec réhabilitation – et soignés médicalement. Et parallèlement à cela nous avons également hospitalisé chez nous, au Liban, davantage dʼenfants en provenance de la bande de Gaza, en vu de la chirurgie reconstructive.
Cʼest un très grand nombre dʼenfants, Combien de médecins travaillent dans votre unité?
On nous met à disposition tous les services de lʼAUB, ici à Beyrouth. Cela dépend donc de la nature de la blessure. Quelques enfants ont besoin dʼune opération orthopédique, dʼautres doivent être traités par des médecins oculistes, dʼautres ont besoin dʼopérations plastiques. Ici, à lʼhôpital AUB, nous avons donc accès à beaucoup dʼunités spécialisés où les enfants sont traités selon leurs blessures. Depuis que cette guerre actuelle a commencée, nous collaborons avec un projet commun avec lʼœuvre «Aide aux Enfants» de lʼUnicef et avec le Ministère libanais de la Santé. Nous sommes lʼorganisation dans laquelle on envoie la totalité des victimes enfantins du Liban tout entier, nous avons donc affaire à toutes les blessures survenant en pédiatrie de guerre.
Quel âge ont-ils, vos patients?
Hier jʼai opéré un enfant de sept mois, et les plus âgés ont 17, 18 ans. Nous définissons comme enfant un patient à moins de 18 ans.
Le seul nombre des meurtres indique les transformations infligées aux familles palestiniennes. Jʼentends que pour les enfants palestiniens on prévoit, après lʼopération et le temps du traitement, un séjour de rétablissement dans une famille hôte. Comment procédez-vous?
Nous nous efforçons quʼau moins une partie de la famille accompagne les enfants. Selon les attitudes des autorités israéliennes et vu le nombre restreint de ceux auxquels en permet de quitter le Gaza cʼest le plus souvent un des parents autorisés à accompagner lʼenfant. Les rails à Gaza se produisent de sorte que dans beaucoup de cas les parents de nos patients sont tués. Nous avons donc chez nous des enfants dont sʼoccupent une tante ou un oncle ou bien un des parents ayant survécu. Souvent ce sont des grands-parents, les seules survivants. Ces dimensions des meurtres ont complètement détruit les familles palestiniennes. Il suffit de regarder les personnes adultes arrivant avec les enfants.
Concernant les enfants blessés dans les guerres de Syrie ou de lʼIrak, y en avait-t-il des soutenus de cette manière, eux aussi?
Entre 2012 et 2019, jʼai participé à un projet semblable, en faveur des enfants blessés par la guerre. A lʼépoque jʼétais le dirigent dʼun service de chirurgie plastique à lʼhôpital AUB. Nous poursuivions un projet dans le cadre duquel on sʼest aussi occupé dʼenfants blessés en provenance de Syrie. En même temps je me suis aussi occupé dʼenfants blessés irakiens ayant atteint lʼhôpital AUB suite à une convention entre lʼhôpital AUB et le ministère de santé irakien.
Le monde quʼils connaissaient nʼest plus
Y a-t-il des similarités entre les blessures de guerre dans les différents pays? Ou bien sont-elles différentes?
La nature des blessures de guerre varie. Les enfants palestiniens de Gaza et les enfants libanais sont blessés chez eux, de la même manière. Ou bien ils sont blessés dans une voiture alors quʼils tentent de fuir leur domicile. Cela signifie quʼils ont perdu sans distinction des frères et sœurs ou des parents, voire les deux. La blessure nʼest pas seulement physique: ces enfants sont également blessés sur le plan émotionnel, social et existentiel. Le monde de ces enfants a disparu. Le monde quʼils connaissaient nʼexiste plus. Leur maison, leur famille, leur quartier, leurs frères et sœurs, leur école, tout cela nʼexiste plus. Et maintenant, dans cette guerre actuelle, nous constatons ces blessures aussi chez les enfants libanais. Tous ont été blessés chez eux. Presque tous ont perdu soit leurs parents, soit leurs frères et sœurs.
Entre-temps, nous sommes passés à réunir toute lʼéquipe qui sʼoccupe des enfants. Il sʼagit notamment de la question de savoir comment parler avec ces enfants lorsquʼils se réveillent en soins intensifs. Comment leur dire que leurs frères et sœurs ont été tués, que leurs parents ont été tués? Nous avons donc renforcé notre équipe avec un psychologue. Lʼun de nos collègues travaille au service de soins palliatifs pédiatriques de lʼhôpital AUB; il va désormais collaborer avec nous. Cela nous aide dʼannoncer ces mauvaises nouvelles aux enfants. Nous devons le faire en collaboration avec le membre de la famille qui a survécu. Et nous devons le faire correctement.
Lʼhôpital AUB est un hôpital universitaire. Est-ce que des étudiants en médecine sʼoccupent également des enfants blessés?
Oui. Notre chaire de «médecine en situation de conflits» est une chaire pédagogique. Elle reconnaît que tout médecin formé dans cette région doit également être formé au traitement des conséquences sanitaires de la guerre. En effet, les blessures de guerre constituent un facteur important dans les soins de santé locaux. Si demain, un médecin diplômé est en mission en Palestine, au Liban, en Syrie, en Irak ou en Libye, il sera confronté à des blessures de guerre massives et à leurs conséquences. Cʼest pourquoi nous sommes convaincus que la formation médicale dans notre région doit inclure le traitement des blessures de guerre.
Quelles sont les réactions des étudiants face à leur travail avec les enfants blessés?
Vous serez surprise: beaucoup dʼétudiants souhaitent faire ce travail. Nous leur montrons également que la compréhension des aspects sociaux et psychologiques est tout aussi importante que, lorsquʼil sʼagit de sʼoccuper de ces petits patients les soins cliniques. Chez nous, ils doivent apprendre à voir et à traiter les blessures de guerre dʼune manière différente, sous un angle nouveau.
Les étudiants nʼont probablement pas encore été confrontés à ce genre de blessures. Existe-t-il un réseau de soutien?
Il y a un soutien, oui. Cela a été convenu avec les centres de formation médicale. Cʼest également indispensable, car le traitement des blessures de guerre chez les enfants est beaucoup plus complexe.
Vous avez dit que, dans dʼautres pays, ces blessures sont traitées dans des hôpitaux militaires. Mais ici, à Beyrouth, cʼest une in-stitution existentielle?
Oui, et cʼest aussi une question dʼexpérience. Pour moi, il est clair quʼon ne peut pas croire que cette guerre sera la dernière. La guerre qui mettra fin à toutes les guerres, pour ainsi dire …
… comme on disait à propos de la Première Guerre mondiale, et le résultat était alors une paix qui mettait fin à toute paix …
Oui, cʼest exactement ainsi que les choses se passent …
Lorsque vous avez parlé de vos expériences à Gaza à votre retour, fin 2023, vous avez également dit que cette guerre allait sʼétendre au Liban.
Exactement. Il est évident quʼIsraël veut transformer tout ce qui se trouve au sud du fleuve Litani en une zone semblable au nord de Gaza. La terre brûlée, y compris les entreprises quʼIsraël engage pour déblayer lui-même les ruines des villages. Il ne doit même plus y avoir de ruines là-bas, seulement un terrain plat. Israël paie aux entreprises 5 000 shekels par bâtiment détruit déblayé, soit la même somme quʼà Gaza. Ce sont les mêmes entreprises quʼils ont engagées pour Beit Hanoun et Jabalia quʼils font «ranger» maintenant Khiam et Bint Jbeil.
Cette chaire de «Médecine en situation de conflits» est tout à fait exceptionnelle; on ne trouve rien de tel dans les universités européennes. Comment avez-vous réussi à le fonder?
Dès 2011, lorsque jʼai travaillé ici pour la première fois, jʼavais remarqué que les collègues de lʼhôpital AUB qui traitaient les blessés de guerre avaient suivi leur formation pendant la guerre civile (1975–1990). Par contre, les jeunes collègues qui arrivaient des Etats-Unis ou dʼEurope, manquaient de toute expérience. Elle se réduisait lorsque les collègues plus âgés prenaient leur retraite. Compte tenu de la situation instable de cette région, il fallait que quelque chose change. Lʼexpérience du traitement des blessés de guerre devait être institutionnalisée afin quʼelle reste au sein de lʼétablissement et puisse se retransmettre aux générations montantes. Cʼest ainsi quʼest né ici le département «médecine en situation de conflits».
Le programme couvrait la recherche, la formation et la pratique clinique. Nous nous sommes concentrés sur le traitement des enfants victimes des guerres en Syrie et en Irak, notamment avec le soutien du Ministère irakien de la Santé, comme je lʼai déjà mentionné. Ce travail a pu se poursuivre jusquʼen 2019, date à laquelle lʼeffondrement du système bancaire libanais a tout interrompu. Cʼétait lors de mon retour au Royaume-Uni.
Les guerres se poursuivaient dans la région – en Syrie, en Irak, au Yémen. Et vous avez continué à participer à des missions sur différents fronts?
En effet, en tant que médecin, jʼai souvent été envoyé sur le terrain, et lorsque la guerre de Gaza a éclaté en 2023, lʼAUB à Beyrouth a décidé de créer une chaire de «médecine en situation de conflits». A mon retour de Gaza, on mʼa demandé si je souhaitais en prendre la direction en tant que professeur, dʼautant plus que jʼavais participé à lʼélaboration du programme de «médecine en situation de conflits». Cʼest ainsi que lʼon a créé ici la «médecine en situation de conflits».
Tout est en constante évolution. En réalité, nous devrions aujourdʼhui remplacer le terme «médecine en situation de conflits» par «chirurgie dʼaprès-guerre». Jusquʼà présent, on parlait de «chirurgie de guerre», et le médecin était celui qui enlevait les balles et recousait les os. Mais nous constatons que chaque aspect de la médecine est influencé par les blessures. Nous avons besoin dʼophtalmologues, de microbiologistes, de médecins spécialisés en soins intensifs, de chirurgiens orthopédistes et vasculaires, et bien plus encore. Tout comme la révolution industrielle a influencé la médecine moderne, les guerres entraînent des bouleversements dʼune ampleur similaire qui façonnent la médecine dans tous les domaines.
Pour ceux qui ne sont pas du métier – serait-il possible de nous donner lʼun ou lʼautre aspect concret?
Il ne sʼagit pas de créer une nouvelle discipline, mais de comprendre et de prendre en compte, dans chaque domaine, les particularités des blessures de guerre et la manière dont elles se manifestent. Un ophtalmologue doit comprendre comment lʼonde de choc dʼune explosion lacère lʼœil, et comment il peut préserver au mieux ce qui reste lorsque des éclats ont pénétré dans lʼœil. Un chirurgien orthopédiste doit comprendre la différence entre une fracture causée par un accident de la route et une fracture causée par une explosion.
En plus, nous sommes confrontés à un énorme problème situé au domaine de la microbiologie. Dans toute la région, nous luttons contre des bactéries multirésistantes. Ce phénomène a été décrit pour la première fois après 2003, par les Américains, qui parlaient dʼ«Iraqibacter». Ils ont découvert ces bactéries chez des soldats irakiens revenus de la guerre en Irak, atteint dʼinfections bactériennes. Ces bactéries se montraient être résistantes à la plupart des antibiotiques. Aujourdʼhui, presque tous les blessés de guerre, à Gaza et au Liban, sont infectés par des bactéries multirésistantes. Nous constatons que tout ce qui concerne la santé humaine est transformé, modifié par la guerre. Il est donc nécessaire quʼau sein dʼune institution académique ou dʼune clinique, il y ait toujours des spécialistes qui soignent ces patients et qui soient formés pour en comprendre ces corrélations.
Tout ce qui concerne le bien-être humain est transformé par la guerre.
Vous nʼêtes pas seulement un chirurgien expérimenté et un professeur enseignant à lʼUniversité américaine et à la clinique de Beyrouth, vous vous exprimez également en public sur la guerre et ses conséquences. Vous êtes même allé jusquʼà qualifier certains Etats européens dʼ«axe du génocide», pour quelle raison?
Il ne fait aucun doute quʼIsraël nʼaurait pas pu commettre le génocide à Gaza sans le soutien matériel de divers Etats. Le Royaume-Uni nʼa pas seulement fourni des armes à Israël et apporté un soutien financier au pays: 60 % de la surveillance électronique a été assurée par des avions de la Royal Air Force ayant décollé de Chypre. Lorsque les Israéliens ont bombardé le Yémen, des avions de lʼarmée de lʼair italienne les ont ravitaillés en carburant. Les Américains ont fourni 80 % des armes et des munitions, lʼAllemagne se trouvait en deuxième position. Par ailleurs, je suis convaincu quʼEdward Said avait raison lorsquʼil constatait que «cʼest le chien qui remue la queue». Israël reste une colonie de colons de lʼimpérialisme occidental. Cʼest pourquoi il est soutenu par les Etats occidentaux.
Certaines personnes occupant un poste comparable au vôtre ne sʼy prononcent pas, ou très peu. Vous, en revanche, vous exprimez haut et fort vos vues – est-ce aussi le résultat de ce que vous avez vécu et vu depuis des décennies?
Oui, en effet. Il nʼest pas question de rester les bras croisés après que 22 000 enfants ont été assassinés en toute impunité. 64 000 enfants se sont retrouvés orphelins. Quand jʼétais à Gaza, jʼai commencé à inscrire une formule sur les dossiers des patients, une sorte de code: «WCNSF, Wounded Child no surviving Family – enfant blessé, dépourvu de famille survivante». Cʼétait un avis destinée au personnel du service social de lʼhôpital Al-Shifa, qui devait nourrir lʼenfant. Le lendemain donc, quelquʼun devait donner à manger à lʼenfant, sʼoccuper de lui, changer ses pansements. Cʼest un phénomène que je constate à nouveau ici. Je ne lʼai jamais vu auparavant, dans aucune de mes missions. Il faut que cela cesse. Il faut rompre avec cette nouvelle forme de génocide. Gaza nʼest pas un cas isolé. Ce qui se passe à Gaza se reproduira partout.
Grand merci, Docteur, de cet entretien. •
Première publication https://www.nachdenkseiten.de/?p=150133 du 9/05/2026
(Traduction Horizons et débats)
* Karin Leukefeld est ethnologue, spécialiste de lʼislam et des sciences politiques, ainsi quʼhistorienne. Elle travaille comme correspondante indépendante depuis 2000. Elle sʼintéresse principalement au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Son dernier ouvrage sʼintitule «Guerre au Proche-Orient. Géopolitique, dévastation, résistance et renouveau dʼune région» (Hintergrund-Verlag 2024)
Ghassan Abu Sitta est chirurgien, spécialisé en chirurgie plastique. En tant que volontaire pour Médecins sans frontières (MSF), Abu Sitta a été déployé dans de nombreuses zones de guerre et de crise. Depuis 2024, il dirige la nouvelle chaire de «médecine des conflits» à lʼUniversité américaine de Beyrouth (AUB).
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