par le Professeur Eberhard Hamer, Mittelstandsinstitut Niedersachsen e. V.
Si la coalition allemande actuelle rouge-noir a réussi d’accéder au pouvoir, c’est grâce à la désastreuse politique dite «en feu tricolore» de son antécédant, axée sur la «transformation», la «désindustrialisation» et le principe selon lequel «l’écologie prime sur l’économie». C’est ainsi que les fondements mêmes des petites et moyennes entreprises (PME) ont été délibérément remis en cause en Allemagne, leur situation financière étant rendue de plus en plus difficile par une hausse sans précédent des coûts de production, par des contraintes «écologiques» et administratives, ainsi que par les impôts et les cotisations sociales les plus élevés au monde. Avec Merz, les PME avait espére d’avoir enfin trouvé un gouvernement favorable à leurs intérêts, notamment grâce à Linnemann, longtemps président de l’Union des PME de la CDU, et à Merz lui-même, jadis défenseurs d’une gestion budgétaire rigoureuse et d’une politique visant à mettre un terme à l’immigration incontrôlée, à la gestion écologique de l’économie et à la hausse des coûts de production.
Une perte totale de crédibilité
Mais, avant même son arrivée au pouvoir, Merz avait déjà perdu toute crédibilité en imposant à l’Allemagne, à coups de manœuvres et d’amendements constitutionnels, le plus gros plan d’endettement de l’histoire du pays – plus d’un billion d’euros. Et ce, non pas pour restructurer les PME, mais pour financer l’Ukraine et acheter du matériel militaire auprès de grands groupes industriels. Et il a fallu lever des fonds supplémentaires pour subventionner les entreprises du bâtiment et des infrastructures.
Dans l’accord de coalition, rien n’a été fait pour l’adoption de mesures significatives de soutien aux PME. Pour marquer sa désapprobation, le représentant des PME au sein de la CDU, Linnemann, a démissionné du gouvernement. Le SPD, sortant affaibli des élections, a réussi à s’imposer quand même sur les questions décisives, notamment en matière de politique sociale. Pour les années à venir, cet accord de coalition n’augure donc rien de bon pour les PME allemandes.
Dans la période de l’après-guerre, ce sont les mesures accordées par Ludwig Erhard qui ont créé un climat propice à la reprise au travers de l’exonération fiscale des bénéfices réinvestis dans l’entreprise, ce qui a dès lors généré pour les PME une croissance exponentielle et s’est trouvé à l’origine du «miracle économique» et de la prospérité de l’Allemagne. En revanche, les derniers sondages réalisés par l’Institut des PME auprès des PME n’ont dégagé aucun signe d’optimisme, ni de redressement. Pour 96 % d’entreprises génératrices d’emplois, le mécontentement est durable, quand ce n’est pas un certain désespoir ou de l’appréhension face aux mesures également adoptées par le nouveau gouvernement. En contractant une nouvelle dette de plus d’un billion d’euros, le gouvernement Merz n’a pas cherché à stimuler la consommation, ni la demande de biens et de services destinés aux PME, mais a privilégié de manière unilatérale la demande dans les secteurs militaires et celui des infrastructures. La majeure partie de cet argent ira donc à des entreprises étrangères. Plus des deux tiers des équipements militaires sont commandés aux Etats-Unis, tandis que des dizaines de milliards d’euros sont engloutis pour soutenir une Ukraine corrompue, son armée en pleine déliquescence ainsi que pour la poursuite de la guerre.
Et tout cela pour
le plus grand plaisir de BlackRock?
Cette guerre en Ukraine n’apporte rien aux PME, bien au contraire, elle les a pénalisées en raison de la hausse des coûts, notamment celle, spectaculaire, des dépenses énergétiques, les sanctions et le sabotage du gazoduc Nord-Stream ayant mis fin à l’approvisionnement en gaz russe bon marché, obligeant à importer à la place du gaz de schiste américain, trois fois plus cher.
Merz a tenté de faire échouer tout espoir de réparation du gazoduc Nord-Stream – pour le plus grand plaisir de l’industrie américaine de fracturation hydraulique et de son ancien employeur BlackRock, mais au détriment de l’Allemagne. Une fois de plus, le grand capital bénéficie d’un soutien politique, voire de subventions, au détriment de la classe moyenne tandis que l’ensemble des électeurs – et en particulier la classe moyenne – doivent supporter des dépenses énergétiques exorbitantes. Merz, défenseur chevronné des intérêts du grand capital atlantique, a non seulement perdu en crédibilité en agissant à l’encontre de ses promesses (réduire l’endettement), mais il a également montré aux PME, dès les premiers mois, qu’il allait trahir leurs espoirs d’un renouveau politique en leur faveur. Merz raisonne en termes de sociétés anonymes, de capital et de pouvoir du capital – il est sans doute incapable d’imaginer la mentalité des entrepreneurs qui prennent des risques, investissent à leurs propres risques et gèrent eux-mêmes leur entreprise.
Les entreprises privées créatrices
d’emplois ne sont pas des sociétés anonymes
Une entreprise privée créatrice d’emplois est tout autre chose qu’une société anonyme: c’est une entreprise créée, par des individus et pour des individus, reposant sur la confiance mutuelle entre ses membres, et non sur la simple maximisation des profits comme c’est le cas pour les sociétés anonymes.
Ludwig Erhard savait que la politique en faveur des PME relève en grande partie de la psychologie. Pour gagner leur confiance, il faut toutefois, au sein de la direction politique, un représentant des PME crédible, ce dont Merz ne dispose plus depuis la démission de Linnemann.
Les PME ne peuvent donc guère s’attendre à une stratégie crédible en leur faveur de la part de Merz, ancien défenseur des intérêts du capital et désormais belliciste.
Cela dit, il n’y a pas non plus d’espoir à nourrir en ce sens de la part de son partenaire de coalition, le SPD, ni de son président Klingbeil.
Une méconnaissance profonde
du monde des PME
Le SPD s’est assuré le contrôle du Ministère du Travail et des Affaires sociales, déterminant pour ce qui est des coûts de production, et qui, depuis déjà des décennies, poursuit la lutte des classes initiée par Marx au nom des travailleurs contre le capital. Or, Marx lui-même avait déjà, à l’appui de sa théorie de l’exploitation, pris pour cible les sociétés anonymes, c’est-à-dire les détenteurs de capitaux et les dirigeants des grandes sociétés financières. Il avait cependant négligé le fait que plus de 96 % de nos entreprises ne sont en rien des sociétés anonymes, mais que les entrepreneurs font partie avec leurs salariés d’une seule et même équipe de travail; l’«exploitation des travailleurs» qu’il invoquait ne se trouve donc pas au sein des entreprises du secteur privé. Cette harmonisation au sein des PME contraste avec la théorie de la lutte des classes prônée par les socialistes à l’égard des sociétés anonymes. La politique en faveur des PME doit donc mettre en œuvre une économie de confiance fondée sur ses propres collaborateurs, comme le prône sans succès depuis des décennies l’Institut des PME de Hanovre.
La politique consistant à augmenter les coûts de production, à relever les salaires minimums, à réduire le temps de travail et à mettre en place des mesures bureaucratiques et des prestations sociales coûteuses touche à plus de 90 % les PME à forte densité de main-d’œuvre, et moins les sociétés anonymes; elle porte donc davantage préjudice aux PME qu’aux grandes entreprises. Même lorsque cela ne résulte pas de la malveillance, mais d’une méconnaissance de la structure des équipes très différente dans les PME, cela ne permet ni d’instaurer la confiance ni de créer un état d’esprit favorable à la reprise, et encore moins de générer de la croissance économique dans le secteur des PME.
Le SPD, devenu synonyme de bureaucratisation
et d’énormes charges fiscales
A titre d’exemple, nos entreprises de taille moyenne sont non seulement soumises aux taxes et aux charges sociales les plus élevées au monde, mais elles doivent également supporter la charge administrative la plus considérable. En Allemagne, chaque chef d’entreprise doit consacrer plus de 1 000 heures par an à des obligations administratives: déclarations, contrôles, statistiques, réglementations, etc. Cette charge a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, sous l’influence du mouvement écologiste et de l’UE. Il n’est donc pas étonnant qu’en Allemagne, l’économie productive soit en pleine crise et en déclin, tandis que la bureaucratie non productive constitue notre principal secteur de croissance.
Le gouvernement de coalition noir-rouge n’a toujours pas compris que la reprise économique et la prospérité proviennent principalement des 96 % d’entreprises du secteur privé de notre économie, et qu’une politique efficace en faveur des PME doit nécessairement être différenciée des subventions accordées aux sociétés anonymes ou des prestations sociales versées à un nombre toujours croissant de catégories de la population.
Après tout, les deux tiers de notre population dépendent des prestations sociales de l’Etat, dont plus de 6,5 millions de personnes sans emploi qui vivent du «revenu de base citoyen» et des prestations sociales, et dont beaucoup sont ainsi même mieux loties financièrement que si elles travaillaient. Ceux qui imposent aux travailleurs la charge d’une fiscalité et de charges sociales parmi les plus élevées au monde ne doivent pas s’étonner que les gens n’aient plus envie d’aller travailler.
Imposer de plus en plus de charges aux classes moyennes et aux PME dépasse les capacités de ces dernières, les détruit et a conduit à la frustration actuelle des chefs d’entreprise de ces secteurs.
Faire de la politique uniquement en faveur de groupes marginaux revient à étrangler la classe moyenne productive. Nous avons déjà perdu plus d’un million de PME (principalement des micro-entreprises). Sur les quelque 4 millions qui restent, nous en perdrons un million supplémentaire au cours des deux prochaines années. Or, la disparition des PME entraîne une hausse du chômage et une augmentation des dépenses sociales, alors que les ressources de l’Etat et les prestations sociales diminuent.
Que diront nos enfants?
La disparition de nos PME n’est toutefois pas uniquement un problème pour les chefs d’entreprise eux-mêmes – qui sombrent dans le gouffre de l’anéantissement de leur existence – mais elle entraîne également une hausse du chômage parmi les salariés, une baisse du PIB, une menace pour la paix sociale et la prolétarisation de notre société. A leur apogée, jusqu’au tournant du millénaire, les PME représentaient la moitié de notre population (47%); leur part a déjà diminué de plus de 4 % et, à la sortie de la récession, elles ne représenteront plus qu’un tiers de notre société. Cela signifie l’effondrement de millions de familles et de leurs moyens de subsistance, qu’il s’agisse de PME, de travailleurs indépendants ou de salariés.
De la part du gouvernement, l’absence de politique en faveur des PME n’est donc pas seulement une erreur conceptuelle, mais un désastre existentiel pour des millions de personnes.
C’est sans doute là que réside la raison pour laquelle l’ensemble du «Brandmauerkartell» (Cartel coupe-feu, sobriquet pour la coalition actuel, réd.) ne tolère aucune critique alternative.
La crainte d’un débat sur leur politique défaillante pousse Merz et ses acolytes à recourir à l’exclusion antidémocratique de leurs détracteurs de la vie politique réelle et à combattre toute alternative, exactement comme toutes les dictatures ont toujours diffamé, combattu et persécuté leurs détracteurs.
Ce genre de politique et de comportement ne peut certes pas susciter l’enthousiasme au sein de la classe moyenne. Un jour, nos enfants regretteront profondément cette Allemagne florissante que nous avons dénaturée, appauvrie et, par conséquent, prolétarisée en votant pour des partis et des politiques hostiles à la classe moyenne. Les coupables auront alors depuis longtemps disparu (pour profiter de leur retraite, bien sûr) et ne pourront plus être tenus pour responsables, car nous ne les aurons pas mis devant leurs responsabilités à temps.•
(Traduction Horizons et débats)
Notre site web utilise des cookies afin de pouvoir améliorer notre page en permanence et vous offrir une expérience optimale en tant que visiteurs. En continuant à consulter ce site web, vous déclarez accepter l’utilisation de cookies. Vous trouverez de plus amples informations concernant les cookies dans notre déclaration de protection des données.
Si vous désirez interdire l’utilisation de cookies, par ex. par le biais de Google Analytics, vous pouvez installer ce dernier au moyen des modules complémentaires du présent navigateur.