Conférence médiatique du Conseil fédéral: impossible de déformer davantage le vrai débat

Référendum fédéral sur l’initiative relative à la neutralité, le 27 septembre 2026:

mw. Une Suisse crédible neutre ne prend pas parti dans les guerres, elle n’impose pas de sanctions, contraires aux droits de l’homme et qui ravagent avant tout la population civile mais, sur cette base visible à tous, offre plutôt ses Bons offices à toutes les parties se trouvant en conflit. Jusque dans les années 1990, cela allait de soi pour chaque Suisse et pour la plupart de nos «serviteurs du peuple». Depuis lors, le Conseil fédéral s’écarte de plus en plus du droit et de la politique de neutralité. Au point qu’il importe donc de sceller les principes de la neutralité suisse dans la Constitution fédérale. C’est cela, l’objectif primordial de l’initiative sur la neutralité qui, comme chacun sait qui suive les faits, bénéficie d’un soutien dépassant largement le cadre d’un seul parti politique.
    Les propos tenus par le conseiller fédéral Ignazio Cassis devant les médias, le 11 août, au sujet de cette initiative confirment l’urgence qui consiste à mettre fin à ce genre d’intuition. La question soumise au vote n’est guère si «la Suisse doit rester neutre». Selon M. Cassis, il ne fait aucun doute que la Suisse est et restera neutre. La question pour ce magistrat est de savoir si le pays «aura besoin d’une neutralité de principe et ainsi rigide». Pour le nier, contrariant toute évidence – ou par ignorance totale de l’histoire suisse, le chef du département des affaires extérieures (DFAE,) continue de déclamer que la pratique de la «neutralité flexible» aurait fait ses preuves depuis plus de 180 ans. Une manipulation grossière, fondée sur sa combine d’abuser de la notion de neutralité pour la mieux abolir, sagement dans le sillon de la logique de l’UE et celle de l’OTAN. Face à une telle déformation de l’Histoire, les fondateurs de l’Etat fédéral de 1848, et ses défenseurs, armes à la main, se retourneraient dans leur tombe.
    Mais si, Monsieur le Conseiller fédéral, la question soumise au vote est précisément la suivante: «La Suisse est-elle autant souverain, face aux pressions extérieures, de rester neutre?» A savoir qu’il s’agit là d’une neutralité perpétuelle, armée et intégrale, telle qu’elle correspond depuis toujours à la conception suisse de l’Etat. La neutralité «flexible» est une invention de l’administration fédérale, destinée à intégrer notre pays dans les appareils militaires de l’OTAN et de l’UE. C’est elle qui doit être abandonnée, au plus vite.
    Lors de la conférence de presse, Cassis a été secondé par Markus Mäder, secrétaire d’Etat chargé de la politique de sécurité au Département fédéral de la défense, DDPS (voir encadré). Mäder a aussitôt corrigé son supérieur lorsque celui-ci avait extériorisé, par malveillance évidente: «Plus le monde devient instable, plus il est important que la Suisse puisse défendre ses intérêts de manière autonome», en précisant «sans que le rythme ne soit dicté par Moscou, Bruxelles ou Washington». Ce qui a suffi que Mäder ajoute, pour adoucir la gaffe de son chef: «Bien sûr, mais il importe à notre sécurité que les exercices conjoints avec des Etats partenaires font partie de la pratique depuis des décennies déjà. Si de telles coopérations ne devaient avoir lieu qu’en cas de guerre, notre pays se retrouverait rapidement en difficulté».
    Comme nous le montre l’Histoire suisse, c’est en réalité exactement le contraire qui s’en découle: c’est précisément en période de risque accru de guerre que la meilleure protection pour notre pays n’a pas été l’adhésion à une alliance militaire, mais le retour à une neutralité crédible, digne de ce nom. Logiquement, en tant que petit pays situé au cœur de l’Europe, nous sommes «tributaires de la coopération»; la question est simplement de savoir préserver notre autonomie d’action. A cela, Berne n’a indiqué aucun signal sérieux.
    Il n’y a rien à redire à l’achat de matériel militaire à l’étranger (ce qui ne veut pas dire qu’il y aurait eu contrainte d’acheter des bombardiers furtifs américains hors de prix, chacun avec le Pentagone dans le cockpit), ni aux exercices de nos pilotes dans des pays disposant d’un espace aérien plus vaste. Par contre, tout ce dresse à refuser toute participation de notre armée aux exercices de l’OTAN en cas d’alerte. La même attitude sera judicieuse pour la Suisse concernant le passage et le survol du territoire suisse par des troupes étrangères. Le critère de référence doit toujours être la neutralité intégrale de la Suisse, c’est elle qui a fait ses preuves depuis des siècles et non pas les combines pour prétendument assouvir le plus fort.
    Pour l’instant, c’est nous encore, les citoyens, qui avons notre mot à dire. Ne laissons pas quelques politiciens avides de pouvoir accru et des officiers admirant une OTAN agressive tenter de faire dérailler davantage notre Suisse unique, neutre, démocratique fédéraliste et offrant ses Bons services aux parties honnêtement aspirant à la paix. C’est à nous de dire «oui» le 27 septembre à la neutralité suisse: perpétuelle, armée et intégrale. Pas de guerre. Oui à la neutralité suisse, par principe.

Le DDPS ne tolère pas qu’un partisan de la neutralité suisse dirige le secrétariat de la sécurité suisse

mw. Markus Mäder a été nommé, le 1er janvier 2024, à la tête du Secrétariat d’Etat à la politique de sécurité (SEPOS) intégré au Département fédéral de la défense (DDPS). Une nomination quelque peu précipitée – car ce n’est que quelques mois auparavant que le Conseil fédéral avait nommé Jean-Daniel Ruch au poste de secrétaire d’Etat au SEPOS, avec prise de ces activités ce même 1er janvier 2024. Dans le communiqué de presse du Conseil fédéral, datant du 15 septembre 2023, M. Ruch avait été salué comme nouveau chef du SEPOS, en ces termes: «Jean-Daniel Ruch est un fin connaisseur du système de politique de sécurité de la Suisse et de l’étranger. Ses états de service dans le contexte national et international, sa longue expérience dans l’administration et le service diplomatique ainsi que sa formation initiale et continue correspondent en tous points au profil attendu pour le poste de secrétaire d’Etat. Il dispose en particulier d’une expérience de direction opérationnelle et stratégique et connaît parfaitement les rouages de la politique et de l’administration publique au niveau fédéral.» Un mois et dix jours plus tard, le Conseil fédéral annonce, dans un communiqué on ne peut plus sobre, que, selon la cheffe du DDPS d’alors, MmeViola Amherd, Jean-Daniel Ruch aurait «décidé, après mûre réflexion, de ne pas prendre la tête du Secrétariat d’Etat SEPOS». Nous ne souhaitons pas spéculer sur ce qui s’est passé entre-temps. Tout ce que l’on sait, c’est que ce diplomate chevronné, porteur de mérites objectives, se désigne par son oui marquant et en public à la neutralité suisse cohérente et de principe, tout en soutenant activement l’initiative sur la neutralité. A la différence de Markus Mäder, qui s’est présenté aussitôt comme le candidat manifestement plus idéal encore pour le SEPOS. Avec Markus Mäder, la Suisse a affaire à un fervent partisan de l’adhésion de la Suisse à l’OTAN.
   Le fait qu’au Secrétariat promouvant la sécurité de la Suisse, il n’y a plus de place pour un diplomate éprouvé se prononçant décidément en faveur de la neutralité suisse cause des frissons.

Sources: «Jean-Daniel Ruch devient secrétaire d’Etat à la politique de sécurité», communiqué de presse du Conseil fédéral du 15 septembre 2023; «Jean-Daniel Ruch ne prendra pas ses fonctions de secrétaire d’Etat», communiqué de presse du Conseil fédéral du 25 octobre 2023.

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