Le Conseil de la neutralité vient de se présenter en public

Acte constitutif: «Conseil de la neutralité – la voix suisse du droit international»

hd. Le 20 août, le Conseil de la neutralité nouvellement créé (cf. Horizons et débats  n° 14 du 14 juillet 2026) s’est présenté pour la première fois au public. Le Conseil regroupe 12 personnalités suisses issues des milieux de la diplomatie, de l’armée, des sciences, du droit et du journalisme. Lors de la conférence de presse à Berne, certains membres ont présenté les travaux du Conseil. La séance s’est poursuivie par une séance de questions-réponses et d’entretiens. Le même jour, le Conseil nouvellement créé a présenté sa deuxième publication de grande envergure. Elle s’intitule «Occasions manquées» (https://neutralitaetsrat.ch/wp-content/uploads/2026/08/NR2-Sicherheitsstrategie-verpasste-chancen_de-8-26.pdf) et porte un regard critique sur la «Stratégie de politique de sécurité de la Suisse 2026» ainsi que sur le dernier «rapport de situation» du Service de renseignement de la Confédération (SRC).
    L’écho médiatique suscité par la présentation du nouveau Conseil et de sa publication a été très maigre; la «Neue Zürcher Zeitung» s’est même livrée à une polémique haineuse (voir encadrés). Nous avons donc décidé de publier l’acte constitutif du Conseil de la neutralité daté du 25 juin 2026. Chacun pourra ainsi se faire une idée des véritables préoccupations du Conseil.

La neutralité et le droit international sont entreliés directement et infailliblement.

Compte tenu des innombrables violations du droit international, les soussignés ont décidé de constituer le Conseil de la Neutralité la voix Suisse du droit international public chargé de défendre, promouvoir et appliquer le principe, le droit et la politique de neutralité dans l’intérêt général des peuples, nations et Etats membres de la communauté internationale dans son ensemble.

Ce en considérant que

  • Le concept et le principe de la neutralité sont profondément ancrés dans l’histoire, le droit et la pratique de la Suisse depuis plusieurs siècles – des premiers arbitrages de Nicolas de Flue à la fin du XVe siècle aux Conventions de Genève de 1949, en passant par le Traité de Vienne en 1815;
  • qu’ils se sont révélés précieux pour préserver à la fois l’unité du peuple suisse et l’indépendance du pays;
  • qu’ils ont donné lieu à une politique de neutralité active et respectée dans le monde, notamment depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale; qu’ils ont permis à la Suisse de devenir le berceau du droit international humanitaire avec la fondation de la Croix-Rouge par Henry Dunant, puis l’Etat dépositaire des Conventions de Genève ainsi qu’une «Puissance de paix», d’arbitrage, de médiation et de ses Bons offices reconnue partout dans le monde.

        Nous faisons nôtre la devise de l’Organisation internationale du Travail, fondée en 1919 sous l’égide de la Société des Nations à Genève: si vis pacem, cole iustitiam («si tu veux la paix, cultive la justice»). De même, nous considérons que l’exercice de la neutralité signifie le respect du principe audiatur et altera pars («il faut entendre également l’autre partie»);
        Nous adhérons à la nécessité du désarmement mondial et croyons à la vision d’un monde exempt d’armes nucléaires et promouvons le concept du désarmement au service d’un développement équitable pour l’ensemble de l’humanité;
        Nous nous donnons pour mission de travailler activement en faveur de la paix et de la justice, de dire la vérité aux détenteurs du pouvoir et de rejeter les politiques à court terme qui finissent par éroder les droits humains et la solidarité internationale;
        Nous sommes convaincus que, sur le plan concret, la neutralité exige le refus de participer indirectement à des conflits étrangers et qu’elle implique non seulement de ne pas fournir d’armes ni de renseignements militaires aux parties belligérantes mais aussi de ne pas se rendre complice de la guerre de l’information, de ne pas diffuser de fausses informations, une histoire falsifiée, un droit dénaturé ou toute autre forme de propagande émanant des parties en conflit. Elle implique également de ne pas appliquer des mesures extraterritoriales adoptées par des Etats étrangers, telles que les mesures coercitives unilatérales (i.e. les sanctions économiques), qui sont condamnées chaque année par l’Assemblée générale des Nations Unies et par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Seules les mesures coercitives adoptées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies ont force de loi internationale et doivent être considérées comme légitimes et applicables.
        Nous estimons que la neutralité ne signifie ni l’isolationnisme ni le silence face à l’injustice lorsque de graves violations des Conventions de Genève et de leurs protocoles sont commises, ou lorsque de grandes puissances se rendent coupables de tromperie et de perfidie. Nous rejetons le «crime du silence», dans la mesure où celui qui se tait peut être considéré comme consentant ou complice de l’injustice.
        Sur le plan national enfin, nous nous proposons de défendre la neutralité suisse contre toute atteinte provenant de groupes de pression internes ou de gouvernements et institutions étrangers. Nous estimons que tout rapprochement ou adhésion tacite à une alliance militaire, même défensive, est contraire à l’esprit même de la neutralité et que tout citoyen suisse qui serait victime de mesures punitives ou coercitives de la part d’un Etat étranger sans raisons valables et sans bases légales clairement explicitées doit être défendu et réintégré dans ses droits.

    La neutralité est aussi un principe juridique qui fait partie intégrante du droit international, aussi bien écrit que coutumier.Ce droit garantit la neutralité des pays qui s’en réclament et en particulier de la Suisse, grâce notamment  à l’Acte portant reconnaissance et garantie de la neutralitéperpétuelle de la suisse et l’inviolabilité de son territoire du 20 novembre 1815, aux Conventions de la Haye de 1907, au Traité de Versailles de 1919 et à la Déclaration de Londres du Conseil de la Societé des Nations de 1920.
    Le droit et le respect du principe de la neutralité est en érosion constante depuis la fin de la guerre froide en 1991, avec la mondialisation croissante des échanges économiques et la multiplication des plates-formes, organes et institutions multilatérales qui s’en est suivie. En plus, en matière de sécurité collective, la disparition de la rivalité entre les blocs a engendré – dans un premier temps – un sentiment trompeur de sécurité et une baisse de l’intérêt pour la préservation d’une neutralité efficace et au service des autres nations.
    Le monde assiste depuis une quinzaine d’années à l’émergence de nouveaux blocs et groupements de pays, lesquels entraînent un regain de tensions internationales, une rivalité croissante entre les grandes puissances, une multiplication des agressions armées dans de différentes parties du monde, une généralisation des guerres commerciales et une tendance à renforcer les alliances militaires exerçant un effet dévastateur sur le multilatéralisme, la coopération internationale et la sécurité individuelle des différentes nations de la planète.
    Dans un tel contexte, le principe juridique et politique de la neutralité retrouve tout son sens et toute son utilité, non seulement pour la Suisse mais aussi pour les autres nations.
    Nous sommes convaincus que la sécurité, l’indépendance et la survie d’un Etat neutre dépendent, de manière existentielle, d’un ordre juridique international fonctionnel.
    La neutralité n’est pas un privilège accordé par les puissants mais un statut protégé par la loi. Lorsque cette loi est affaiblie, ignorée ou appliquée de manière sélective, la protection qu’elle offre aux nations neutres est diminuée. Un pays neutre fait donc soin non seulement d’un intérêt moral mais aussi vital à l’intégrité à l’universalité et à l’application impartiale du droit international.
    C’est pourquoi nous nous sommes fixés comme premier objectif la tâche d’observer et d’identifier les violations du droit international partout où elles se produisent, quels qu’en soient les auteurs, de nommer ces derniers avec une impartialité entre toutes les parties et de formuler des recommandations claires sur la manière dont la Suisse, en tant que pays neutre, devrait se comporter face à de telles violations afin de préserver à la fois sa crédibilité et son respect de l’ordre juridique sur lequel repose sa neutralité.Nous sommes en particulier déterminés à collaborer avec la communauté internationale afin de promouvoir la paix et la dignité humaine.
    Nous réaffirmons notre engagement à faire avancer les buts et principes des Nations Unies, à travailler pour la paix et la sécurité internationales, nécessaires pour permettre la jouissance de tous les droits humains, en Suisse et ailleurs dans le monde, y compris le droit au développement.
    Nous nous engageons à veiller sur le respect de l’Etat de droit et à renforcer les différents systèmes démocratiques, en promouvant notamment le droit d’initiative populaire et en encourageant la tenue régulière de consultations populaires et de référendums.
    Nous réaffirmons l’importance de n’appartenir à aucun bloc, à observer une stricte impartialité et à ne servir d’autre intérêt que celui de faciliter des solutions pacifiques et positives pour toutes les parties en conflit.
    Nous adhérons aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, notamment la promotion de la paix, des droits humains et du développement, dans le respect de la souveraineté des autres Etats et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
    Nous rejetons le concept du «choc des civilisations» et souhaitons contribuer à une coopération fructueuse entre toutes les cultures et civilisations, conformément à l’esprit de l’UNESCO et à la conviction que l’éducation à la paix et à la médiation est essentielle. Comme l’affirme le préambule de l’UNESCO: «Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix».
    Nous rejetons les politiques de confrontation, les provocations ainsi que la menace ou l’emploi de la force, interdits par l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies. Nous exigeons au contraire l’application quotidienne de l’obligation de régler les différends par des moyens pacifiques, conformément à l’article 2, paragraphe 3, de la Charte;

Berne, le 25 juin 2026

Signé par:

Baud, Jacques, colonel d’état-major, à la retraiteBosshard, Ralph, lic. phil., lieutenant-colonel d’état-major, à la retraite
de Zayas, Alfred, Prof. Dr. iur. et phil.
Hanke Güttinger, Henriette, Dr.phil.
Koenig, Peter, économiste
Kruse, Philipp, avocat, LL.M., MLaw
Linder, Wolf, Prof. em. Dr. Dr.
Lottaz, Pascal, Dr. professeur associé
Martin, Georges, ancien ambassadeur de la Suisse
Mettan, Guy, journaliste et homme politique
Roca, René, Dr. phil.
Ruch, Jean-Daniel, ancien ambassadeur de la Suisse

Source: https://neutralitaetsrat.ch/wp-content/uploads/2026/07/NR-Gruendungsdokument-1.pdf 

 

Deux poids, deux mesures

mw. Depuis des semaines, les grands médias suisses ne tarissent pas de massives reproches: le Kremlin s’immiscerait dans la campagne référendaire sur l’initiative pour la neutralité. A titre d’exemple parmi tant d’autres, le journal «20 Minutes» écrivit, il y a quelques semaines: «Le ministère russe des Affaires étrangères, par la voix de sa porte-parole Maria Zakharova, s’est publiquement immiscé dans la campagne référendaire suisse sur l’initiative sur la neutralité et fait campagne en faveur du «oui». Zakharova a reproché à la Suisse d’avoir perdu sa crédibilité en reprenant les sanctions de l’UE et de ne plus être, dans ses faits, neutre.»1 (souligné par mw)
    Qu’y a-t-il de mal à cela? Le «New York Times», le «Wall Street Journal», le «Financial Times» et d’autres ont constaté ce fait indéniable en mars 2022 déjà. Mais alors que Mme Zakharova invite la Suisse à revenir à sa neutralité traditionnelle, les grands médias anglo-américains se sont montrés, à l’époque, très satisfaits que l’«Etat profond» ait réussi à amadouer le Conseil fédéral pour qu’il reprenne ses sanctions contraires au droit international, ce que le monde entier a constaté se trouvant en rupture flagrante de sa neutralité jadis respectée.
    Une manipulation externe massive dans le goût de nos médias courant normal – celle du ministre des Affaires étrangères allemand
    «La désinformation étrangère et les tentatives d’influence étatiques, qui visent spécifiquement la Suisse, sont en augmentation.» (Secrétariat d’Etat à la politique de sécurité, SEPOS). Des voix s’élèvent même au Parlement pour demander «que les réseaux sociaux soient surveillés et que les acteurs étrangers soient identifiés».2 Cela ne vaut toutefois que pour les présumées «tentatives d’influence» en provenance de Russie, tandis que l’ingérence manifestement excessive du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, lors de sa récente visite à Berne, reste sans la moindre remarque critique de la part des médias grand public ni de nos autorités.
    Wadephul n’a pas mâché ses mots en exhortant directement la Berne fédérale à continuer avec sa neutralité «de souplesse et de sincérité». Elle devait se demander «comment, malgré la retenue qui s’impose», elle pouvait «assumer la responsabilité nécessaire face aux interdépendances économiques et politiques dont dépend sa survie».3 (Souligné par mw) Comment? La survie de la Suisse dépendrait de notre capacité à nous laisser entraîner dans les jeux de guerre de l’OTAN et de l’UE? Des propos carrément menaçants de l’autre côté du Rhin – ils font nous rappeler la gaffe diplomatique où l’un des prédécesseurs de Wadephul a eu le front de nous menacer par un petit «raid  de cavalerie» – pour nous rajuster la tête…
    Wadephul a ensuite félicité Ignazio Cassis d’avoir repris les sanctions de l’UE contre la Russie, pour ensuite répondre à la question quel résultat il souhaitait voir sortir du référendum suisse sur la neutralité, par un sec: «que tout reste tel quel». C’est ainsi que Wadephul informait les Suisses, encourageant le Conseil fédéral de continuer à faire usage, dans le bon sens, la «marge de manœuvre» qui lui est irremplaçable pour bafouer la neutralité suisse. Les explications de son «cher Ignazio», concernant le rejet de l’initiative, l’auraient «totalement convaincu», a déclaré Wadephul face aux caméras et micros suisses serviables.
    Le Conseil fédéral s’oppose-t-il à cette désinformation étrangère massive et aux tentatives d’ingérence étatique en provenance de Berlin? Entend-on la moindre protestation de nos médias contre cette manipulation ostentative des électeurs suisses? Tu penses! C’est le silence qui règne dans les médias univoques et à Berne – deux poids, deux mesures.

1Vuille, Christof, «20 Minuten» du 5 août 2026
2SRF News, 21 août 2026
3Schäfer, Fabian. «La Suisse doit être neutre, mais pas trop – le ministre allemand des Affaires étrangères sur un terrain glissant». «Neue Zürcher Zeitung», 19 août 2026

La «Neue Zürcher Zeitung» en pleine action

Son journalisme «de service» tente de suffoquer le vrai débat

km. Certains se demandent: que deviendra réellement la Suisse lorsqu’elle aura abandonné définitivement sa neutralité en se rapprochant de plus en plus de l’OTAN et de l’UE? Cette attitude n’affectera pas la politique étrangère seulement mais autant la situation intérieure du pays. Pour l’illustrer il ne faut que jeter un œil à la situation interne des Etats membres de l’OTAN et de l’UE: polarisations acerbes, bouleversements sociaux, des «démocraties» de farce, l’érosion de l’Etat de droit et une agressivité croissante envers les prétendus «ennemis». Pour en avoir un avant-goût de ce scénario, il suffirait de régulièrement lire la «Neue Zürcher Zeitung». Ceci est notamment le cas actuellement dans la manière dont elle traite les concitoyennes et concitoyens suisses qui se désignent en public en disant oui à l’initiative pour la neutralité. Leur champ est vaste et ne se réduit guère aux forces proches de l’UDC. On semble croire, à la Falkenstrasse, que la partie sera gagnée, après des décennies de journalisme agressif et partisan dirigé notamment contre le parti et la personne de Christoph Blocher. Depuis son succès lors du référendum sur l’EEE en 1992 et le premier coup d’arrêt donné au rapprochement avec l’UE, il figure sur la liste noire. Face au fait que le champ du Oui dépasse de loin un parti, on y sort désormais l’artillerie lourde contre les partisans, réellement indépendants, de la neutralité suisse cohérente. Ceux-ci s’étendent jusqu’au spectre politique de la Gauche dont une partie considérable ne se laisse pourtant pas dicter son opinion par la direction d’un parti politique. Et qui, en plus de leur droiture civique, sont des spécialistes dans leur domaine. Quelle bassesse que la «NZZ» répande, dans son édition du 22 août, son poison dirigé contre eux sous le titre: «Nouer, à Moscou, leurs réseaux interconnectés douteux et les ensuite propager sur Russia-today. Comment les partisans de Poutine influencent la lutte pour l’initiative sur la neutralité». Jusqu’à présent, ce genre de «hate-speech» était réservée à nos pays voisins, membres de l’UE. Le voilà donc arrivé chez nous, propagé par un quotidien qui se réclamait jadis des normes du débat public, et ce dans un article qui déborde d’ailleurs de fausses allégations. Une telle élaboration faite de toutes pièces rappelle les anciennes listes de proscription de l’Empire romain: si les arguments te font cruellement défaut, eh bien, attaque la personne!

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