pk. La conférence médiatique du lancement du mouvement, récemment créé, «Comité OUI à la neutralité intégrale» a connu une forte affluence. Ce malgré l’indifférence des médias courant normal qui, face au scrutin crucial de la Suisse se réduisent, à la «qualité» d’ignorer les arguments favorisant le oui. La conférence de presse à Zurich était présidée par Dr Albert Stähli, initiateur de ce nouveau comité. A ce moment, le comité comptait 1 600 membres déjà, tous des chefs d’entreprise compétents et reconnus, comme l’a souligné M. Stähli. Stähli est le fondateur et ancien recteur de l’institut de formation commerciale GSBA/Oekreal, basé à Zurich, de renom international. Il a consacré sa vie à la promotion des pratiques commerciales éprouvées, notamment en analysant leurs réussites et les échecs dans le passé. Le credo du mouvement du «oui», comme dit Stähli, est aussi simple que convaincant: «La neutralité est trop importante pour que notre pays l’abandonne à la politique politicienne.» Et de poursuivre: «Conformément à l’esprit de notre Constitution, c’est le souverain qui définit l’interprétation de notre neutralité, non pas le Conseil fédéral. Avec sa gestion maladroite et incohérente, y compris ses manœuvres honteuses du passé récent, consistant à «bricoler à l’improviste» (formule de Cassis lui-même), ce dernier a plongé notre pays dans une situation intenable s’arrogeant un rôle qui ne lui revient pas. Cette injustice, aux conséquences catastrophiques, nécessite d’être réparée. »
C’est pourquoi Stähli considère la votation sur la neutralité comme étape cruciale dans ce but. Pour lui, la question centrale se réduit, en substance, au choix suivant: «Sommes-nous sur la voie de la guerre ou de la paix?» Si nous nous alignons, continue-t-il, «sur des blocs de puissance, nous nous désignons automatiquement en tant qu’ennemis du camp adverse. Toutefois, si nous vivons en accord avec notre identité nationale et maintenons une neutralité armée, intégrale et permanente, notre chance de guider notre pays unique en toute sécurité, à travers les périodes de turbulences actuelles, reste intacte. De plus, cela nous permettra de continuer à remplir notre rôle humanitaire de médiateurs entre les parties belligérantes et d’Etat d’hôte sincère du CICR.
La sécurité par l’adhérence
à des blocs de puissance?
Ce point crucial a été mis au centre par Dr René Roca, fondateur et directeur de l’Institut suisse de recherche sur la démocratie directe, qui, sur la demande expresse du mouvement organisateur, en a accepté la présidence – «volontiers et par conviction», comme il dit. Roca, historien universitaire, a rappelé que, ces dernières années, la Suisse s’est considérablement rapprochée de l’OTAN. Aujourd’hui, des membres des Forces armées suisses participent régulièrement à des exercices armés de l’OTAN, loin du pays qu’ils sont tenus de défendre en vertu de notre Constitution – notre pays, et non pas l’OTAN. Par ailleurs, l’OTAN a évolué, comme Roca dit, de manière inquiétante depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Sous la pression des Etats-Unis, elle est devenue fortement dépendante de ces derniers, notamment en matière de doctrine et d’armement. Aujourd’hui, Roca y insiste, l’OTAN est à la tête d’une coalition de forces qui se préparent ouvertement à une nouvelle guerre majeure contre la Russie. De plus, en violation de sa parole donnée, l’OTAN s’est dangereusement rapprochée de la frontière russe, avec des systèmes d’armes principalement dirigés vers la Russie (mot-clé : expansion vers l’Est). Une alliance avec l’OTAN, voilà le point crucial, est en fait une alliance avec les Etats-Unis. Ces Etats-Unis qui mènent, depuis les temps de la Guerre froide, une guerre durable – tantôt ouverte, tantôt secrète – contre leur principal ennemi, comme ils le désignent eux-mêmes: la Russie. Face à cette situation menaçante, quel pays ne se sentirait pas aussi menacé que c’est le cas de la Russie? Et la Suisse ? Si elle cherche refuge au sein de l’OTAN, elle se transformera par contrainte en une force auxiliaire des Etats-Unis. Par ailleurs, le rapprochement de la Suisse avec un bloc politiquement actif l’empêche d’apporter une aide concrète à la résolution des conflits. La Suisse, autrefois d’une neutralité exemplaire, s’était engagée à garantir les contacts diplomatiques nécessaires rompus entre l’Iran et les Etats-Unis. Mais son soutien aux sanctions de l’UE contre l’Iran l’a, aux yeux du monde non occidental, intégrée à une guerre menée sans merci. Elle peut bien faire rebondir dans le monde ses grands gestes au Bürgenstock, l’un des participants les plus importants, la Fédération de Russie, a aussitôt annulé sa participation: pour elle, la Suisse figure désormais sur la liste des Etats hostiles à la Russie, et de cause. Une situation similaire, voire plus catastrophique encore, se produit avec la Croix-Rouge. Le fait que la Suisse abandonne sa conduite internationale au diktat des Etats-Unis affaiblit considérablement l’efficacité de la Croix-Rouge aussi. Dans le document que Roca a publié ensemble avec Hans Bieri, Président de l’Association suisse pour l’agriculture et l’industrie, SVIL) et coprésident de la Table ronde pour la promotion du «oui» à lʼinitiative de neutralité (document joint, comme celui de René Roca précité, au dossier) on lit à ce sujet: «La Suisse doit se libérer de toute obligation d’alliance servile et de tout vassalité. […] La neutralité suisse est un mandat politique de la Suisse, dont le maintenu incombe à tous, et donc à tous les partis. Le besoin de paix du peuple doit primer sur les intérêts du pouvoir politique. […] Ceux qui ont jusqu’à présent répandu l’étiquette mensongère d’une ‘initiative UDC’ ou ‘de Poutine’ même le font pour éviter de se confronter avec les véritables causes de la multiplication des conflits armés dans le monde1.»
Chaque vote compte
Lors du débat animé, Stähli souligne que l’économie suisse, en particulier, a tout intérêt à ce que sa politique de neutralité retrouve une orientation stable, conférant à la Suisse l’ image de crédibilité, de stabilité et de prévisibilité politique d’antan. Se laisser guider par des intérêts divers est préjudiciable, à l’humanité suisse comme à son économie. L›imprévisibilité engendre l›insécurité, l›insécurité alimente les émotions et les réactions impulsives. Ce contexte est loin d›être propice à une économie florissante et ouverte sur le monde. Voter «oui» à la neutralité intégrale est dans l›intérêt de tous, et notamment de la population, ici comme ailleurs.
Compte tenu de l’importance du vote à venir, on ne peut que souhaiter que nombre de ses membres voteront «oui» sans hésitation et continueront de défendre cette position auprès de leurs contacts. Il se pourrait que ceux qui se prononcent tardivement fassent pencher la balance – dans la bonne direction. •
1 Les deux publications de référence sur la votation du 27 septembre 2026 (Roca, René. «Die Schweizer Neutralität – ein Friedensprojekt erster Güte»; Bieri, Hans/Roca, René. «Die Neutralität als Errungenschaft der Aufklärung» sont récupérables auprès de H. Bieri (hans.bieri@svil.ch). Une version abrégée du texte de René Roca a été publiée de la «Neue Zürcher Zeitung», le 30 avril 2026.
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