hd. A l’approche du prochain référendum sur l’initiative populaire fédérale «Préserver la neutralité suisse», un «Comité pacifiste et internationaliste pour la neutralité» s’est constitué, il y a deux ans, au Tessin. Selon les initiateurs eux-mêmes, ce comité «se compose d’organisations politiques, d’associations, de collectifs et de militants qui s’engagent contre un rapprochement de la Suisse avec l’OTAN ainsi que pour la paix et la solidarité internationale».
Le texte fondateur ci-dessous donne un aperçu des préoccupations de cette association et montre une fois de plus que la question de la neutralité n’est en aucun cas une question partisane, comme elle ne relève pas uniquement d’une préoccupation politique de tendance centriste-conservatrice. Dans toutes les régions du pays, des personnalités et des cercles politiques réputés plutôt «de gauche» commencent eux aussi à se positionner très clairement en faveur de la neutralité et en soulignant l’importance non seulement pour la politique de paix menée par la Suisse, mais également sur un plan général. En même temps, l’association tessinoise souligne que la cause initialement défendue par la politique dite de gauche, à savoir la défense des intérêts de la population socialement la plus défavorisée, présuppose une prise de distance tant par rapport au diktat de l’UE que vis-à-vis de l’OTAN. Ses revendications plaident également en faveur de la démocratie directe, c’est-à-dire du principe selon lequel les citoyens d’une communauté doivent – en principe – pouvoir décider eux-mêmes de ce qui les concerne directement, au lieu de s’en remettre à une bureaucratie et à une machine étatique qui n’ont jamais été légitimées démocratiquement. L’association réfute également catégoriquement la thèse selon laquelle le fait de ne pas adhérer aux exigences et aux revendications de l’UE et de l’OTAN conduirait à un repli sur soi. Bien au contraire, s’il est un facteur restreindrant réellement et de manière bien plus importante la marge de manœuvre dans la conduite des relations étrangères, c’est bien l’adhésion à un système de pouvoir.
L’association se présente elle-même dans le texte reproduit ci-dessous.
Qui sommes-nous?
Le contexte international devient de plus en plus tendu et dangereux, et la politique menée par la Suisse est malheureusement de moins en moins favorable à la paix et au dialogue. Au lieu de renforcer et de redynamiser sa neutralité, se présentant ainsi aux yeux du monde entier comme un partenaire digne de confiance, notre pays se plie de plus en plus aux directives de l’OTAN et de l’Union européenne. Cela nuit à sa crédibilité en tant que pays médiateur, met en péril sa propre sécurité nationale et va à l’encontre des intérêts de ses travailleurs.
Nous souhaitons créer une association ouverte à tous ceux qui, quelle que soit leur appartenance politique, considèrent la défense de la neutralité suisse et celle de l’emploi, mais aussi le refus de toute intégration dans l’UE et l’OTAN, comme les priorités absolues de l’agenda politique.
Nous avons défini nos objectifs et nos principes dans un manifeste fondateur.
Non à l’Union européenne –
oui à la souveraineté
La souveraineté est un concept de bon sens dont l’objectif est de disposer démocratiquement du destin de sa communauté. Pour y parvenir, il ne faut pas se replier dans un isolement illusoire, mais diversifier ses partenaires commerciaux et se libérer de la dépendance actuelle envers le bloc euro-atlantique. L’Union européenne est une institution impossible à réformer qui interfère dans les affaires intérieures des Etats nationaux en leur imposant des mesures d’austérité, la privatisation des services publics et la déréglementation du marché du travail. Par ailleurs, en attisant le foyer des conflits au service de l’OTAN et en adoptant des sanctions unilatérales et autodestructrices, l’UE contribue aujourd’hui à appauvrir les travailleurs de tout le continent.
En conséquence, nous estimons non seulement que la Confédération ne devra plus délivrer à Bruxelles son «milliard de cohésion», mais nous revendiquons également la renégociation des accords bilatéraux et refusons catégoriquement l’adhésion de la Suisse à l’UE (qu’elle soit directe ou rampante, actuelle ou future).
Cette adhésion impliquerait en effet de renoncer à notre souveraineté nationale, ce qui nuirait à la défense des droits sociaux, au statut central des institutions publiques nationales et à l’indépendance de notre pays sur la scène internationale. Il faut donc également s’opposer à la signature d’un accord-cadre avec Bruxelles, car cela nous obligerait à nous conformer de manière passive à ses lois. La libre circulation des personnes a jusqu’à présent entraîné non seulement la déréglementation du monde du travail, intensifiant une «guerre entre pauvres» qui a accru l’exploitation des salariés, mais elle a également alimenté – par le biais du phénomène des «petits patrons» et des travailleurs délocalisés – une concurrence néfaste pour les PME locales elles-mêmes.
Non à l’Otan – oui à la neutralité
Hélas, la guerre est bel et bien de retour en Europe: notre mission consiste avant tout à ne pas nous laisser entraîner dans ce conflit et à soutenir la désescalade. Le monde auquel nous aspirons suppose en effet que la Suisse s’engage en faveur d’un monde multipolaire, fondé sur la paix et la coopération mutuelle entre les nations. Nous ne pourrons faire valoir nos bons offices diplomatiques pour mettre fin à la course folle au réarmement à laquelle nous assistons que si nous parvenons à corriger les erreurs commises par l’establishment de Berne: il faut en somme s’en tenir à une politique de «non-alignement» et reconnaître dans la neutralité le fondement de la politique étrangère et de la défense de notre pays.
Nous avons conscience du fait que ces problèmes résultent de l’expansionnisme de l’OTAN et de l’intégration atlantiste progressive des forces armées, et cela concerne aussi celles de la Suisse: c’est la stratégie utilisée par les Etats-Unis pour s’assurer le contrôle du marché européen et l’empêcher de -s’ouvrir à l’espace économique eurasien florissant dirigé par la Russie et la Chine. Dans ce contexte, nous exigeons donc également que les forces armées respectent scrupuleusement le principe de neutralité et d’indépendance: elles ne doivent pas externaliser vers les Etats-Unis les cours de formation des officiers, elles doivent surmonter les contraintes technologiques étrangères en diversifiant les systèmes d’armement dont dispose l’armée suisse et rapatrier immédiatement nos soldats déployés au Kosovo sous les ordres de puissances étrangères.
Les universités suisses devraient, elles aussi, cesser immédiatement toute collaboration avec le centre de cyberdéfense coopérative de l’OTAN et d’autres institutions similaires dont le caractère académique est douteux, sinon inexistant et qui, en revanche, entraînent notre pays et ses chercheurs dans une dynamique belliciste. Restons fidèles à la devise «Libres et Suisses» des premiers antifascistes tessinois: refusons le climat d’hostilité envers les nations émergentes et n’acceptons en aucun cas l’exportation (même indirecte) de matériel de guerre.
Non à la précarité et aux inégalités –
oui à l’emploi et au service public
La défense de notre souveraineté et l’ouverture aux marchés émergents nous permettraient de mettre en œuvre des réformes sociales qui redonneraient une bouffée d’oxygène tant aux travailleurs appauvris qu’aux artisans et aux petits entrepreneurs asphyxiés par la concurrence du grand capital transnational. C’est pourquoi il faut interdire les délocalisations d’entreprises à forte valeur ajoutée, stratégiques pour l’intérêt national, et freiner la fuite des cerveaux en investissant dans le droit à l’éducation et dans le plein emploi.
Le marché suisse, aujourd’hui en partie gangrené par un patronat (souvent d’origine étrangère) dépourvu de sensibilité sociale et par des infiltrations mafieuses contre lesquelles la justice dispose de trop peu de moyens pour intervenir, peut se développer en mettant l’accent sur trois éléments: la recherche publique, de manière à innover dans le secteur productif; le travail, avec pour objectif de parvenir à un développement harmonieux de la société; et le service public, afin de faire barrage à la marchandisation, aux privatisations et aux libéralisations. Nous sommes en effet conscients que la souveraineté de notre pays se mesure à l’unité populaire qui forge une communauté nationale animée d’un fort sens de la solidarité et capable de combler les inégalités.
Il faut donc défendre le pouvoir d’achat des travailleurs et faire valoir leurs droits: ce n’est qu’une planification économique rationnelle qui permettra au pays de prospérer, mais aussi de redistribuer la richesse de manière équitable; tout comme c’est une gestion socio-économique plus démocratique (où ce ne sont pas les profits des multinationales mais les producteurs qui jouent un rôle central) qui permettra de créer un pays solidaire et donc pacifique. En ce sens, il faut enrayer la précarité qui déstructure la société et attise l’individualisme. C’est dans cette optique que nous luttons pour un service public fort qui s’oppose aux funestes plans de privatisation et d’externalisation de nos ressources mises en œuvre au cours des dernières années. Nous revendiquons donc le rétablissement des anciennes régies fédérales: la poste, les télécommunications, les transports publics et la compagnie aérienne nationale doivent se réinstaller sous le contrôle total de la Confédération et être réduits à une véritable prestation de service public. Simultanément, une planification industrielle publique serait nécessaire pour stimuler et améliorer la production nationale d’électricité tout en diversifiant l’approvisionnement, afin d’éviter toute pénurie énergétique susceptible d’être exploitée par le pouvoir en place pour inciter à acheter de l’électricité à l’UE et, ce faisant, libéraliser notre marché de l’énergie. •
(Texte approuvé par l’Assemblée constituante le 25 mai 2024)
Source: https://noue-nonato.ch/wp-content/uploads/2024/09/NoUEnoNATO_manifesto_DEF.pdf
(Traduction Horizons et débats)
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