Courrier aux lecteurs
Peter Küpfer a le mérite d’avoir attiré l’attention sur une exposition très importante au château de Morges (Horizons et débats, n° 3, du 10 février 2026). L’exposition met en lumière l’action des services secrets internationaux en Suisse, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale. La Suisse a été gravement menacée dans son existence, surtout après 1940, avec l’occupation de la France par les troupes allemandes. Dès le début de la guerre en 1939, le Conseil fédéral avait déclaré la neutralité intégrale de la Suisse en même temps que la mobilisation générale de son armée.
En matière de neutralité, plus encore que pendant la Première Guerre mondiale, la Suisse a dû trouver un équilibre entre son attitude stricte et celle casuellement concédente. La Suisse s’est vue contraindre de faire des concessions à la limite du supportable, aux deux camps, c’est-à-dire aux Alliés (principalement la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et à l’Union soviétique) et aux puissances de l’Axe (l’Italie et l’Allemagne). Du côté des Alliés, comme le montre clairement l’exposition de Morges, il s’agissait de tolérer les activités des services secrets alliés depuis la Suisse. A l’époque, certains individus bien informés désignaient la Suisse, non sans cause, de «plaque tournante» des services secrets. Mais la Suisse a elle-même largement profité de ces contacts secrets, disposant ainsi des informations détaillées sur les plans d’attaque, notamment ceux allemands, et capable d’adapter sa défense de manière précise. De l’autre côté, la Suisse devait accepter des concessions particulièrement repoussantes, notamment vis-à-vis de l’Allemagne hitlérienne. Là encore, la Suisse a enfreint les principes fondamentaux de la neutralité en accordant des crédits d’Etat à l’Allemagne et à l’Italie, en échange de livraisons de matériel de guerre, et en contrôlant de manière insuffisante le trafic de transit entre l’Allemagne et l’Italie. Tout cela ne relève pourtant en rien de la «gestion flexible de la neutralité» exigée aujourd’hui par le Conseil fédéral, mais était dû à la situation historique spécifique extrêmement difficile par le fait de se voir encerclé entièrement par une partie se trouvant en guerre (l’Axe). Pour survivre, la Suisse s’est donc vue exposer à la contrainte existentielle de faire des concessions aux deux parties!
Contrairement à l’hésitation qui atteignit partiellement le Conseil fédéral de l’époque (notamment Pilet-Golaz), cet exercice d’équilibre diplomatique, associé à la stratégie du Réduit national incorporée par le général Guisan, a été amplement approuvé par la population. Forte de la «défense spirituelle du pays», cette volonté de résistance a en effet acquis une dimension inattendue, capable de dissuader efficacement les plans d’agression très concrets. C’est précisément ce type de consensus anti-totalitaire dont notre Confédération a besoin aujourd’hui. Le large soutien à l’initiative sur la neutralité en forme un pas décisif dans la bonne direction!
Dr phil. René Roca, Institut de recherche sur la démocratie directe
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