«Stratégie de sécurité 2026» – en contradiction avec la neutralité et la liberté d’expression

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

Le 12 décembre 2025, le Conseil fédéral a soumis à consultation sa «Stratégie de politique de sécurité de la Suisse 2026» (jusqu’au 31 mars 2026), sans que cela ne soit remarqué par la plupart des citoyens. Le projet compte 60 pages faciles à comprendre – une lecture obligatoire pour chaque citoyen.1
    Conformément à l’article 185, alinéas 1 et 2, de la Constitution fédérale, il appartient au Conseil fédéral de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité extérieure et intérieure de la Suisse. Certains objectifs de la stratégie actuelle sont donc nécessaires et judicieux. Il s’agit par exemple de renforcer l’approvisionnement du pays, de développer l’approvisionnement énergétique national, d’améliorer la cyber-sécurité, de mettre en place une protection civile efficace et, bien sûr, de rétablir une armée capable de défendre le pays.

La diabolisation de la Russie
comme ticket d’entrée dans l’OTAN

Ce qui ne doit toutefois pas laisser les Suisses tranquilles, c’est le projet du Conseil fédéral d’intégrer étroitement notre pays dans les alliances militaires que sont l’UE et l’OTAN. Le concept d’une prétendue menace russe plane sur l’ensemble du document – il est martelé au lecteur au moins une douzaine de fois – alors que, fait intéressant, le DDPS admet explicitement qu’une attaque russe contre la Suisse est «improbable» (voir Stratégie, p. 10). Mais cela sert de prétexte au Conseil fédéral pour justifier l’adhésion à l’OTAN2 qu’il poursuit depuis la fin de la guerre froide.
    Il manque une base historique au Conseil fédéral. Les enseignements tirés des deux guerres mondiales, durant lesquelles la Suisse, encerclée par les puissances de l’Axe, a pu survivre en tant qu’Etat souverain précisément parce qu’elle a maintenu autant que possible sa neutralité et ne s’est ralliée à aucune des puissances belligérantes, sont purement et simplement ignorés. Devons-nous renoncer à ce fondement de la neutralité et de la souveraineté de la Suisse simplement parce que quelques personnes à Berne veulent s’attirer les faveurs des puissances mondiales?
    Dans une interview avec M. Lukas Reimann, conseiller national, les violations les plus flagrantes de la neutralité dans la stratégie du Conseil fédéral sont apparentes.

Atteinte à la Constitution suisse
de la liberté d’expression

La Constitution fédérale de la Confédération suisse dit,

Art. 16, Libertés d’opinion et d’information:
1 La liberté d’opinion et la liberté d’information sont garanties.
2 Toute personne a le droit de former, d’exprimer et de répandre librement son opinion.
3 Toute personne a le droit de recevoir librement des informations, de se les procurer aux sources généralement accessibles et de les diffuser.

Sous l’étiquette «Lutte contre les activités d’influence et la désinformation», le Conseil fédéral souhaite «renforcer» la «résilience» de la population face à l’influence. (Remarque: l’utilisation abusive du terme «résilience», bien fondé et défini de la psychologie sérieuse, déforme son sens originel, à savoir la capacité d’une personne à résister psychologiquement malgré des expériences de vie difficiles.) A cette fin, le Conseil fédéral souhaite mettre en place un «groupe de travail interdépartemental» chargé d’orienter l’opinion publique et de surveiller les opinions exprimées par les citoyens à l’aide de «mesures préventives et réactives». Cela inclut une ingérence dans la liberté d’enseignement et la souveraineté cantonale en matière scolaire: «La Confédération examine les programmes scolaires existants afin d’y identifier les contenus et les initiatives pertinents pour relever les défis de la désinformation dans le domaine de l’éducation civique.» (Stratégie, p. 37/38)
    Suppression du droit fondamental à la liberté d’expression – sur le modèle de l’UE? Les méthodes brutales et contraires à l’Etat de droit octroyées contre Jacques Baud et Nathalie Yamb, mais aussi le rapport de la rapporteuse spéciale des Nations unies pour la liberté d’opinion et d’expression, Irene Khan, sur l’état déplorable de la liberté d’expression dans notre pays voisin, l’Allemagne, sont des exemples alarmants de ce qui se prépare à Berne.

1Stratégie de la Suisse en matière de politique de sécurité 2026. Projet de consultation du 12/12/2025
2 Voir la liste des Rapports du Conseil fédéral sur la politique de sécurité depuis le rapport dit «sur la neutralité» de 1993, pages 13/14 de la stratégie.

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