Actuellement, le débat sur la future cohabitation des êtres humains n’est pas mené entre les Etats ou confédérations d’Etats seulement mais au sein même des Etats. Face à ceux qui bafouent les droits fondamentaux de l’homme ainsi que les normes essentielles constituant le droit international, s’élèvent des voix compétentes qui connaissent la nature et la portée du droit.
L’énormité, l’effronterie et la force de l’ignorance et du mépris envers ce qui est juste ne doivent pourtant pas nous faire entraîner dans une paralysie mentale. Au contraire, nous devons nous souvenir de ce qu’est le droit, pourquoi il est le droit et pourquoi il est indispensable.
Les acquis majeurs de nos Historiens sérieux concernant notre passé récent peu louable doivent faire leur entrée dans nos manuels scolaires. Alfred de Zayas, l’un de ceux qui se désigne constamment appartenir à ce groupe, vient de rédiger dans nos colonnes, de manière laconique et concise, son «Epigramme pour mars 2026» (Horizons et débats n° 6, 31 mars 2026). On y lit:
«L’histoire nous enseigne que les civilisations s’effondrent lorsque les sociétés abandonnent leurs valeurs fondamentales en négligeant le respect envers les règles établies. L’incertitude juridique engendre le chaos, la violence et la guerre. Une culture du mensonge, du discours ambigu, à double sens et ainsi dirigé par la malhonnêteté, trahit la cohésion humaine et compromet à fond le fonctionnement des sociétés humaines.» Et de finir son appel en ces termes: «Or, dans ce contexte large, face aux données inchangeables qui nous font aboutir à l’essor ou au déclin de nos civilisations humaines – prendre sa part de responsabilité pour préserver notre culture et nos valeurs incombe à chacun d’entre nous.»
Tous les êtres humains sont doués d’un grand privilège: nous ne devons pas nous contenter de réflexions philosophiques concernant le droit dans son essence. Nous avons également accès au droit positif. En matière de relations internationales, il s’agit avant tout d’insister sur les principes de paix mondiale figés dans la Charte des Nations Unies – notamment l’équité en droits de tous les Etats membres de l’ONU ainsi que l’interdiction du recours à la force dans les relations interétatiques, ce avec deux exceptions seules: le recours à la force à base d’une décision du Conseil de sécurité et la légitime défense.
Toujours est-il qu’à nombre de nos contemporains il est insu que le droit national des Etats impose, lui aussi, le maintien de la Paix. C’est l’Allemagne qui en présente un exemple instructif. Le préambule de sa Constitution oblige tous les Allemands à «contribuer à la paix dans le monde». L’article 26 stipule, dans son premier paragraphe: «Les actes étant de nature à troubler la coexistence pacifique des peuples, en particulier la préparation d’une guerre d’agression, sont anticonstitutionnels représentant une infraction punissable.» A cela s’ajoute l’article 2 du traité «Deux plus quatre» (appelé aussi «traité de Moscou») de septembre 1990, qui affirme le caractère pacifique de l’Allemagne, déclarant que «du sol allemand n’émanera que la paix».
Les constitutions des Länder – comme l’a rappelé Heribert Prantl, journaliste et chroniqueur de renom – imposent à leurs institutions scolaires pour mission essentielle de faire en sorte que les enfants et les jeunes deviennent aptes à la paix – et non pas à la guerre.
Pour les besoins du livre publié, en 2016, par Eberhard Hamer, intitulé «Visionen 2050. Wohin steuern wir?» (Visions 2050. Où allons-nous?», j’avais rassemblé les dispositions des constitutions des Länder allemands relatives aux plans d’études de leurs écoles (page 99 et suivantes) dont je cite un nombre exemplaire. Selon ces documents, les écoles allemandes ont pour objectifs «d’éduquer la jeunesse à l’amour de la paix» (Bade-Wurtemberg) et «d’éduquer les élèves dans l’esprit de la réconciliation entre les peuples» (Bavière); «de promouvoir la paix et la solidarité dans la coexistence des cultures et des peuple» (Brandebourg), «d’éduquer à la coopération pacifique avec les autres personnes et peuples» et «à la participation à la vie culturelle de son propre peuple et des peuples étrangers» (Brême), «de former les jeunes en tant que personnalités morales» et «de les préparer à prendre leurs responsabilités politiques en vue d’un engagement autonome et responsable au service du peuple et de l’humanité, par le respect et l’amour du prochain, la considération et la tolérance, la loyauté et la sincérité» (Hesse) et à former une «personnalité libre prête à assumer des responsabilités pour la communauté avec d’autres personnes et d’autres peuples» (Mecklembourg-Poméranie occidentale); tout cela «dans un esprit d’humanité, de respect des convictions d’autrui, de communauté des peuples et d’esprit de paix» (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), «dans un esprit de réconciliation des peuples» (Rhénanie-Palatinat), «dans l’esprit de l’amour chrétien du prochain et de la réconciliation entre les peuples» (Sarre), au «respect de tout ce qui vit, à l’amour du prochain, à la paix» (Saxe), à la «responsabilité envers la communauté avec les autres êtres humains et les peuples» (Saxe-Anhalt) et en promouvant «la paix dans la cohabitation des cultures et des peuples» (Thuringue).
Heribert Prantl cite les éléments essentiels de l’éducation à la paix en ces termes: «L’éducation à la paix n’est pas la prévention des conflits, mais l’enseignement de la manière comment reconnaître, nommer, négocier et résoudre les conflits.» Et d’y ajouter: «L’éducation à la paix, c’est l’apprentissage de l’art du compromis. Eduquer à la paix, c’est […] apprendre que même mon vis-à-vis, même celui je ne supporte peut-être que mal, est une personne unique, doté de ses propres qualités et capacités.»
Pour terminer sa chronique, Prantl cite Nelson Mandela: «L’arme la plus puissante pour changer le monde c’est l’éducation.» •
Notre site web utilise des cookies afin de pouvoir améliorer notre page en permanence et vous offrir une expérience optimale en tant que visiteurs. En continuant à consulter ce site web, vous déclarez accepter l’utilisation de cookies. Vous trouverez de plus amples informations concernant les cookies dans notre déclaration de protection des données.
Si vous désirez interdire l’utilisation de cookies, par ex. par le biais de Google Analytics, vous pouvez installer ce dernier au moyen des modules complémentaires du présent navigateur.