par Jean-Guy Rens*, Montréal, Canada
Une étude qui change tout
En juillet 2025, The Lancet Global Health publiait une étude qui mérite d’être qualifiée d’historique. Ses auteurs — les économistes Francisco Rodríguez (Université de Denver), Silvio Rendón (Banque interaméricaine de développement) et Mark Weisbrot (Centre de recherche économique et politique, CEPR) — ont pour la première fois procédé à une évaluation systématique et causale de l’impact des sanctions économiques sur la mortalité dans le monde. En analysant un ensemble de données portant sur 152 pays et couvrant cinq décennies (1971–2021), ils sont parvenus à une conclusion aussi précise que dérangeante: les sanctions unilatérales imposées par les Etats-Unis et l’Union européenne ont causé, chaque année sur cette période, environ 564 258 morts (avec un intervalle de confiance à 95 % entre 367 838 et 760 677). Cumulés sur cinquante ans, ces décès représentent quelque 38 millions de vies perdues.
Ce chiffre n’est pas une estimation approximative ni une extrapolation spéculative. Les chercheurs ont utilisé quatre méthodes économétriques distinctes conçues pour établir des relations causales à partir de données observationnelles — l’entropy balancing, la causalité de Granger, les représentations par études d’événements, et les variables instrumentales. La robustesse des résultats, cohérents à travers ces quatre approches, renforce considérablement la validité des conclusions. Le taux de mortalité lié aux sanctions représente un accroissement de 3,6 % de la mortalité totale observée dans les pays sanctionnés.
La guerre par d’autres moyens
Le titre de l’article du Lancet résonne comme une provocation scientifique: ses auteurs citent WoodrowWilson, qui décrivait dès 1919 les sanctions économiques comme «something more tremendous than war» (quelque chose de plus terrible que la guerre), pour conclure: «Notre étude suggère qu’il avait raison». Cette formule, prononcée lors de la fondation de la Société des Nations, révèle que l’idée de recourir à l’asphyxie économique plutôt qu’aux armes n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est que la science confirme aujourd’hui, avec une rigueur inédite, l’intuition du président américain.
Le mécanisme par lequel les sanctions tuent est indirect mais implacable. En bloquant l’accès aux marchés financiers, au commerce international, aux devises étrangères et aux technologies, les sanctions érodent les capacités d’un Etat à financer son système de santé, à importer des médicaments, à maintenir des infrastructures d’eau potable et d’assainissement, ainsi qu’à assurer la sécurité alimentaire de sa population. Ces effets ne se font pas sentir immédiatement: ils sont cumulatifs, ils s’aggravent avec le temps. L’étude du Lancet est particulièrement éloquente sur ce point: pour des sanctions d’une durée inférieure à trois ans, la mortalité infantile augmente de 6 %; si elles se prolongent entre quatre et six ans, la hausse atteint 8,6 %; au-delà d’une durée de sept ans, elle grimpe à 10,5 %. La durée des sanctions est une sentence de mort progressive.
La comparaison avec les conflits armés est saisissante. La moyenne de 564 000 morts annuels dû aux sanctions unilatérales «se situe dans la fourchette que les chercheurs ont calculée pour les décès annuels liés aux conflits armés». A l’échelle de la seule année 2021, plus de 800 000 personnes sont mortes des suites directes des sanctions imposées par Washington et Bruxelles — soit environ huit fois le nombre de morts de combats enregistré la même année dans tous les conflits armés du monde. L’organisation Progressive International le formulait de manière plus précise: ce bilan équivaut au rythme de 1 500 morts par jour, comparable au siège de Leningrad par l’Allemagne nazie. Selon certaines estimations, pendant la période de 20 ans couverte par l’étude, les sanctions occidentales ont causé au moins autant de morts que l’ensemble des conflits armés et des génocides de la planète combinés.
Plus de trois quarts des victimes:
des enfants et des personnes âgées
L’une des conclusions les plus troublantes de l’étude du Lancet concerne l’identité des victimes. La publicité officielle présent les sanctions comme des outils ciblés, visant les élites dirigeantes, les régimes autoritaires, les réseaux criminels. La réalité statistique est tout autre. Les enfants de moins de cinq ans représentent 51% des décès imputables aux sanctions. Plus largement, si on additionne les victimes appartenant à la tranche des 0-15 ans à celles de la tranche des 60-80 ans, on obtient un taux de 77 % des décès dus aux sanctions. Ce sont les plus vulnérables — ceux qui n’ont aucune part dans les décisions politiques de leurs gouvernements — qui payent le prix le plus élevé.
Les effets sur la mortalité infantile sont précisément mesurés: les sanctions américaines sont associées à une hausse de 9,3 % de la mortalité néonatale, de 9,1 % chez les enfants de moins d’un an, et de 8,5 % chez les moins de cinq ans. Ces pourcentages abstraits recouvrent des réalités concrètes et tragiques: des nourrissons qui ne reçoivent pas les vaccins nécessaires, des enfants qui meurent de maladies infectieuses faute d’antibiotiques devenus inaccessibles, des mères qui accouchent sans soins médicaux appropriés. Une autre étude, publiée par l’Université de Stanford dans The Lancet Global Health en mars 2025, portant spécifiquement sur les sanctions à l’aide étrangère, estime que ces mesures peuvent annuler jusqu’à 64% des progrès réalisés contre la mortalité maternelle et jusqu’à 29% des progrès contre la mortalité infantile dans les pays à faibles revenus, pour des sanctions d’une durée supérieure à cinq ans.
La réponse la plus célèbre à cette réalité reste celle de Madeleine Albright, alors ambassadrice américaine à l’ONU, interrogée en 1996 sur CBS lors de l’émission 60 Minutes: l’interviewer Lesley Stahl rappelait que les sanctions contre l’Irak avaient entraîné la mort d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans — soit plus qu’à Hiroshima — et demandait si ce bilan en valait la peine. La réponse d’Albright:«Je pense que c’est un choix très difficile, mais oui, ça en vaut le prix». Des décennies plus tard, en 2020, elle reconnaîtra avoir fait une «déclaration stupide», tout en ajoutant qu’elle avait appris que «les sanctions globales nuisent souvent aux populations du pays sans vraiment accomplir ce qui est recherché pour changer le comportement du pays sanctionné».
L’Afrique, cible privilégiée
L’étude du Lancet ne désagrège pas les résultats par continent, mais les données géographiques disponibles dressent un tableau sans ambiguïté. L’Afrique est le continent le plus sanctionné au monde, proportionnellement à sa population et à son niveau de développement. Dix pays africains font l’objet de programmes de sanctions actifs impliquant simultanément les Etats-Unis, l’Union européenne et parfois les Nations Unies. Ce n’est pas un hasard si cette liste recoupe presque parfaitement les «points chauds» de la faim selon le Programme alimentaire mondial.
Le cas du Zimbabwe est emblématique. Depuis 2001, les sanctions américaines et européennes ont coûté au pays, selon ses propres estimations, plus de 150 milliards USD en actifs gelés, en aide au développement supprimée et en opportunités commerciales bloquées. L’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine en 2013 a, quant à lui, privé un Etat en guerre civile des moyens de se défendre contre des groupes terroristes extérieurs — un exemple de la perversité que peuvent prendre des mesures présentées comme protectrices des droits humains.
Plusieurs analystes africains et juristes ont désigné ce phénomène comme un néo-colonialisme économique: les sanctions unilatérales sont un outil utilisé quasi-exclusivement par les pays les plus riches du monde contre les pays les plus pauvres, exacerbant les déséquilibres de pouvoir hérités de la période coloniale. Une note juridique du barreau africain le formule sans détour: «En portant atteinte au droit des Etats africains à l’égalité et à la souveraineté, les mesures coercitives unilatérales aggravent le déséquilibre de pouvoir entre les pays du Sud et les puissances occidentales, devenant ainsi un instrument de néo-colonialisme».
Des «exemptions dʼaction humanitaire»
vouées à l’échec
Face aux critiques récurrentes, les gouvernements américain et européen répondent invariablement que leurs sanctions prévoient des «exemptions dʼaction humanitaire» pour la nourriture, les médicaments et l’aide d’urgence. En novembre 2022, un groupe d’experts indépendants des Nations Unies a publié une déclaration cinglante à ce sujet, qualifiant ces exemptions d’inefficaces et inefficientes». Les problèmes sont systémiques: les exemptions ne couvrent pas tous les régimes de sanctions, les organisations humanitaires et les banques n’ont ni l’expertise ni les ressources pour naviguer dans des régimes juridiques d’une complexité labyrinthique, la peur de violer accidentellement les sanctions pousse les établissements financiers à une «surconformité» paralysante, et les délais de délivrance des licences spéciales dépassent souvent les fenêtres d’urgence humanitaire.
La pandémie de COVID-19 a fourni une illustration spectaculaire de ces défaillances. En 2020, le Conseil norvégien pour les réfugiés alertait: «Les régimes de sanctions actuels étouffent notre capacité à aider les personnes dans le besoin dans de nombreux endroits». Lorsque l’économie afghane s’est effondrée après le retour des Talibans au pouvoir en 2021, les agences humanitaires se sont retrouvées dans l’impossibilité de transférer des fonds vers le pays par crainte de violer les sanctions — des dispenses ayant été accordées tardivement et partiellement, en omettant initialement les activités éducatives. Les exemptions existent sur le papier; dans la pratique, elles constituent un labyrinthe bureaucratique que seules les grandes organisations peuvent parfois, mais pas toujours, traverser.
Une arme inefficace à 69%
La justification principale des sanctions est leur présumée efficacité diplomatique: elles changeraient le comportement des gouvernements ciblés à moindre coût que la guerre. Cette prémisse est sérieusement mise à mal par les données. La référence académique en la matière reste l’étude fondatrice de Gary Hufbauer et ses coauteurs pour le Peterson Institute for International Economics, qui conclut que les sanctions «réussissent» dans environ 34 % des cas — ce qui signifie qu’elles échouent dans les deux tiers restants. Le CEPR retient un taux comparable de 31 %. Et encore faut-il préciser que cette définition du «succès» est très approximative: elle inclut tout résultat dans lequel les sanctions ont «contribué de manière significative à la réalisation partielle ou totale de l’objectif de politique étrangère».
Dans les cas les plus médiatisés, la corrélation entre coût humain et résultat politique est particulièrement défavorable. La Corée du Nord reste nucléarisée malgré des décennies de sanctions. Cuba demeure sous régime communiste malgré soixante ans d’embargo américain. La Russie, malgré un régime de sanctions sans précédent historique depuis 2022, continue la guerre en Ukraine. Il existe même des cas où les sanctions renforcent les gouvernements cibles: confrontées à une menace extérieure, les populations se rallient souvent derrière leurs dirigeants, qui peuvent instrumentaliser les sanctions pour légitimer leur cause et attribuer leurs difficultés économiques à un ennemi extérieur. Cette dynamique de «rally-round-the-flag» a été documentée en Russie, en Iran, à Cuba et dans de nombreux pays africains.
Une politique sans mandat légitime
Forcément, à un moment donné, la question de confiance doit être posée: les citoyens américains et européens ont-ils jamais été consultés sur la politique de sanctions? Dans un sens, on peut dire que ce problème de gouvernance est aussi crucial que le bilan humanitaire lui-même. Or, la réponse est sans ambiguïté: NON.
Aux Etats-Unis, la quasi-totalité des sanctions sont imposées par décret présidentiel (executive order), sans vote du Congrès et sans aucune consultation populaire. La base légale est généralement l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) de 1977, qui autorise le président à déclarer une «urgence nationale extraordinaire» dès lors qu’il identifie une menace «inhabituelle et extraordinaire» ayant sa source, en tout ou en partie, à l’étranger. Cette définition est si vague qu’elle peut s’appliquer à presque n’importe quelle situation de crise. Dans les faits, « le pouvoir de sanction a glissé de plus en plus entre les mains du pouvoir exécutif au cours des cent dernières années, laissant l’OFAC sanctionner des milliers d’entités par an avec un contrôle parlementaire incroyablement limité».
La multiplication des programmes de sanctions illustre cette dérive. L’administration Biden a imposé davantage de sanctions que n’importe quel autre président américain, doublant même le nombre de celles imposées par Trump. En 2022, pas moins de 11 097 nouvelles désignations ont été ajoutées aux listes américaines en une seule année, soit un record historique. En 2024, la liste SDN (Specially Designated Nationals) de l’OFAC s’est enrichie de 3 135 nouvelles entrées supplémentaires, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2023. A l’échelle mondiale, il existe aujourd’hui plus de 70 000 personnes et entités sanctionnées, soit une augmentation de 370 % depuis 2017.
Dans ce contexte, la question de la légitimité démocratique de ces décisions n’est pas théorique. Elle renvoie à une tension fondamentale entre deux conceptions de la démocratie. D’un côté, les élus confèrent au gouvernement un mandat général pour conduire la politique étrangère selon leur jugement. De l’autre, une politique qui cause chaque année la mort de plus d’un demi-million de personnes dans des pays tiers – dont des centaines de milliers d’enfants – comporte une gravité comparable à la déclaration d’une guerre. Or aucun mandat électoral, ni aux Etats-Unis, ni en Europe, n’a jamais porté explicitement sur la nécessité de sanctionner tel ou tel pays. Aucun programme de campagne présidentielle n’a proposé aux électeurs de choisir entre sanction et dialogue sur l’Iran, Cuba ou le Zimbabwe. Aucun référendum populaire n’a validé une politique dont l’impact humanitaire, on le sait désormais, rivalise avec celui des guerres.
Le Brennan Center for Justice, institution juridique américaine respectée, a relevé que lorsque le Congrès a adopté l’IEEPA en 1977, il envisageait un recours «rare et bref» à ces pouvoirs d’urgence – «pas l’équivalent de problèmes normaux et permanents». Aujourd’hui, les «urgences nationales» justifiant des programmes de sanctions sont déclarées et reconduites indéfiniment, souvent pendant des décennies, sans que la population des pays sanctionnés ni celle des pays qui imposent les sanctions ne soient jamais consultées.
Du côté européen, le mécanisme est légèrement différent mais aboutit au même résultat. Les sanctions de l’UE sont adoptées à l’unanimité du Conseil, organe non élu composé de représentants des gouvernements membres. Le Parlement européen, seule institution directement élue, n’a pas de pouvoir de codécision formel en matière de politique étrangère et de sécurité commune. Le citoyen européen n’a donc pas plus voix au chapitre que son homologue américain.
Une arme qui doit être repensée sinon abolie
L’étude du Lancet ne prône pas l’abolition de toute forme de pression internationale. Elle fait observer, de manière significative, que les sanctions des Nations Unies — les seules soumises à un processus délibératif multilatéral incluant les pays cibles — n’ont pas d’effet statistiquement mesurable sur la mortalité. Cette observation suggère une piste: la légitimité du processus par lequel les sanctions sont adoptées n’est pas étrangère à leur impact humanitaire. Les sanctions unilatérales, imposées sans discussion ni accord avec les pays concernés, génèrent un ressentiment qui pousse les populations à résister plutôt qu’à se retourner contre leurs dirigeants. Elles n’atteignent pas leurs cibles; elles frappent les plus vulnérables.
Les auteurs de l’étude concluent sans ambages: «Il est difficile de penser à d’autres interventions de politique publique ayant des effets aussi néfastes sur la vie humaine qui continuent d’être aussi largement utilisées». Mark Weisbrot, l’un des coauteurs, va plus loin: «Il est immoral et indéfendable qu’une forme aussi létale de punition collective continue d’être utilisée, et même régulièrement étendue au fil des années».
A cet égard, la notion de «punition collective» mérite d’être relevée. Le droit international humanitaire — notamment l’article 33 de la IV° Convention de Genève — interdit explicitement les punitions collectives infligées à des «populations protégées» pour des actes qu’elles n’ont pas commis. Or, cette interdiction s’applique formellement aux situations d’occupation militaire et non à la politique économique internationale, ce qui crée un vide juridique considérable. La distinction entre bombarder un hôpital et couper l’approvisionnement en médicaments d’un pays entier est moralement ténue, même si elle reste juridiquement distincte.
On peut légitimement se demander si, dans 50 ans, les historiens du droit international ne traiteront pas les sanctions économiques de masse comme nous traitons aujourd’hui la torture ou la peine de mort — une pratique longtemps admise par la justice officielle, progressivement codifiée par la recherche empirique comme inefficace et moralement inacceptable, et finalement prohibée. La différence, c’est que 50 ans de sanctions supplémentaires signifieraient, aux rythmes actuels, 28 millions de morts de plus. •
Sources principales:
Rodríguez, Francisco; Rendón, Silvio; Weisbrot, Mark. «Effects of International Sanctions on Age-Specific Mortality: A Cross-National Panel Data Analysis», in: The Lancet Global Health, Band 13, Juli 2025, S. 1358–1366; Hufbauer et al. «Economic Sanctions Reconsidered», Peterson Institute for International Economics; Brennan Center for Justice. Reining in the President’s Sanctions Powers, 2021; Gibson et al. «Foreign Aid Sanctions and Maternal and Child Mortality», in: The Lancet Global Health, März 2025
1 Rodríguez, Francisco; Rendón, Silvio; Weisbrot, Mark. «Effects of International Sanctions on Age-Specific Mortality: A Cross-National Panel Data Analysis», in: The Lancet Global Health, vol. 13, juillet 2025, p. 1358–1366
2 «Sanctions, on rise, are as deadly as armed conflict: Study», Ds: The Straits Times du 23.7.2025
3 «Punishment of ’innocent civilians’ through government sanctions must end: UN experts», Ds: UN News du 11.8.2021
4 L’organisation Progressive International est un «mouvement des mouvements» mondial. Elle rassemble des partis politiques, des syndicats, des mouvements paysans, des ONG et des collectifs militants – plus de 70 organisations membres – autour d’un programme explicitement anticapitaliste, anti-impérialiste et écologique. Fondée en 2020, notamment à l’initiative du Sanders Institute (Etats-Unis) et du mouvement européen DiEM25(Yanis Varoufakis), elle coordonne les campagnes et réalise des analyses...
5 Fonseca, Nathallia. «U.S. sanctions raise mortality to war-like levels, says study». Ds: Brasil de Fato (BdF)du 25.7.2025. Duff-Brown, Beth; Hansen, Jamie. «Study finds foreign aid sanctions set back decades of progress on maternal and child mortality», Stanford University du 19.3.2025
6 «Madeleine Albright Dies at 84; Once Defended U.S. Sanctions Despite Deaths of 500K+Iraqi Children», ds: Democracy Now! du 24.3.2022; Rodríguez, Francisco; Rendón, Silvio; Weisbrot, Mark. «Effects of International Sanctions on Age-Specific Mortality: A Cross-National Panel Data Analysis», ds: The Lancet Global Health, vol 13, juillet 2025, p. 1358–1366
7 Kwaku Afesorgbor, Sylvanus. «Economic sanctions need a rethink: evidence shows they raise food prices and hurt the poor most», ds: Democracy in Africa du 26.9.2025; Ekanem, Solomon. «10 African countries with the most international sanctions», ds: Africa Business Insider du 26.6.2025
8 «The impact of international sanctions in Africa: a look at the impact of restrictive measures», ds: Fatshimetrie du 30.11.2024
9 Gordon, Joy. «The Brutal Impact of Sanctions on the Global South», ds: Yale Journal of International Law du 28.6.2023; Douhan, Alena. «Mesures coercitives unilatérales: notion, types et qualification», ds: Nations Unies du 8.7.2021
10 «Humanitarian exemptions in unilateral sanctions regimes ineffective and inefficient: UN experts», Office of the High Commissioner for Human Rights du 23.11.2022; «Review sanction regimes to facilitate Covid-19 response», Norwegian Refugee Council du 22.4.2020
11 Arcuri, Hope. «IRC calls for global humanitarian sanctions exemption», International Rescue Committee (IRC) du 8.12.2022
12 Hufbauer, Gary Clyde; Schott, Jeffrey J.; Elliott, Kimberly Ann; Oegg, Barbara. «Economic Sanctions: New Directions for the 21st Century», Peterson Institute for International Economics, du 15.7.2008; Hufbauer, Gary Clyde; Schott, Jeffrey J.; Elliott, Kimberly Ann. Economic Sanctions Reconsidered, Peterson Institute for International Economics, juin 2009, conclusions sous: www.piie.com/publications/chapters_preview/4075/06iie4075.pdf
13 Grauvogel, Julia; von Soest, Christian. «Claims to legitimacy count: Why sanctions fail to instigate democratisation in authoritarian regimes», ds: European Journal of Political Research, novembre 2014
14 Khadduri, Max. «Broad and Expansive Sanction Power: A Case for Curtailing Executive Authority», in: Brooklyn Law Review, 91, édition 1, 2025; Boyle, Andrew. «Reining in the President’s Sanctions Powers», Brennan Center for Justice at New York University School of Law du 4.8.2021
15 Site web de l’Office Foreign Assets Control. «About OFAC»: ofac.treasury.gov/about-ofac
16 Hume, Eleanor; Rutter, Kyle. «Sanctions by the Numbers: 2024 Year in Review», Center for a New American Security (CNAS) du 11.3.2025; «Global sanctions trends: the GSI report», London Stock Exchange Group (LSEG) du 16.5.2024; Vuksic, Spencer. «Year in Review: How Sanctions Changed in 2023 with 17 charts», ds: Castellum.AI du 1.1.2024
17 Beeton, Dan. «New Study Estimates Over Half a Million People Die Each Year Due to Unilateral Economic Sanctions», Center for Economic and Policy Research (CEPR) du 23.7.2025
18«Article 33 – Responsabilité individuelle. Peines collectives. Pillage. Représailles», ds: Bases de données de Droit international humanitaire du 12.8.1949; «Punishment of ’innocent civilians’ through government sanctions must end: UN experts», ibid
«Le recours à des sanctions unilatérales, les moyens de leur application et le respect démesuré ainsi que la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies face à ces sanctions unilatérales suscitent, du point de vue du droit international – y compris les droits de l’homme internationaux et le droit international humanitaire –, de sérieuses préoccupations et soulèvent en outre des questions relatives aux processus décisionnels politiques et économiques.»
Malgré de nombreuses publications consacrées aux sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies et aux sanctions unilatérales, les thèmes suivants semblent avoir été négligés jusqu’à présent: l’empressement de se montrer indulgents envers les pressions extérieures, l’évaluation de la légalité et les effets des différents types de sanctions unilatérales, ainsi que l’accès à la justice et aux voies de recours. La situation actuelle en matière de sanctions unilatérales montre clairement la nécessité d’une analyse et d’une évaluation approfondies, non seulement du point de vue des normes relatives aux droits de l’homme, mais aussi en tenant compte d’autres disciplines […].
De nombreux rapports montrent que l’accès à la justice, aux voies de recours ainsi qu’aux mécanismes de responsabilité et de réparation – qui sont généralement reconnus comme des moyens de promouvoir et de protéger l’ensemble des droits de l’homme ainsi que l’Etat de droit en général – n’est pas garanti dans un contexte de sanctions et ne peut parfois même pas être mis en œuvre. […]
Etant donné que l’évaluation juridique des sanctions unilatérales s’effectue le plus souvent dans la seule perspective du droit international de la responsabilité des Etats et que d’autres domaines du droit international ainsi que les conséquences humanitaires des sanctions unilatérales sont pratiquement ignorés, j’espère que cet ouvrage incitera les Etats, ceux sanctionnant comme ceux sanctionnés, l’Organisation des Nations Unies, ses organes, institutions et agences spécialisées, les entreprises, les juristes, les organisations humanitaires, les chercheurs et les autres acteurs à ré-examiner le recours aux sanctions unilatérales, les moyens de leur application et les mesures d’atténuation des risques sous la perspective du droit international et de l’humanité, tels qu’ils sont ancrés dans la Charte des Nations Unies, dans le plein respect de ses normes et principes fondamentaux, et qu’ils accordent une attention croissante à ce problème en menant davantage d’enquêtes avant l’adoption de mesures politiques.»
Prof. Dr habil. Alena F. Douhan, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les conséquences négatives des mesures coercitives unilatérales sur les droits de l’homme
(Extrait de l’introduction du livre,
traduction de Horizons et débats)
L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) est une agence du département du Trésor des Etats‑Unis chargée d’administrer et de faire appliquer les sanctions économiques et financières décidées au nom de la sécurité nationale américaine. Concrètement, c’est elle qui rédige et applique les règlements qui interdisent certaines transactions, ordonnent le gel des avoirs, et interdisent aux «US persons» (personnes et entreprises américaines, mais aussi toute entité utilisant le dollar ou le système financier américain) de commercer avec des pays, entreprises ou individus visés par des sanctions. L’OFAC tient notamment à jour la fameuse SDN (Specially Designated Nationals and Blocked Persons List): quiconque figure sur cette liste voit se trouver de facto exclu d’une grande partie du système financier. Les banques et entreprises du monde entier sont donc contraintes de filtrer leurs clients et partenaires contre cette liste pour éviter des amendes souvent très lourdes.
Historiquement, l’OFAC est l’héritière d’un dispositif mis en place pendant la Seconde Guerre mondiale pour empêcher l’Allemagne nazie et ses alliés d’utiliser des fonds détenus aux Etats‑Unis. Depuis, son mandat s’est considérablement élargi: elle gère aujourd’hui des dizaines de programmes de sanctions visant des Etats (Iran, Cuba, Russie, etc.), mais aussi des organisations (groupes terroristes, cartels de la drogue) et même des individus accusés de crimes du point de vue du droit américain, etc. L’OFAC opère sur la base de décrets présidentiels et de lois-cadres très larges. La majeure partie de la politique de sanctions américaine est, dans les faits, mise en œuvre par ce bureau administratif, sans débat parlementaire détaillé ni, a fortiori, consultation des électeurs.
gl. Contre la volonté explicite, maintes fois déclarée de la quasi-totalité des membres de l’ONU, les Etats-Unis ont réimposé des sanctions unilatérales à Cuba, une autre forme de guerre contre la population, perpétuée depuis 60 ans. A l’exception de quelques Etats comme Israël et l’Ukraine, l’Assemblée générale des Nations unies réclame chaque année, à la quasi-unanimité, la levée de ces sanctions faisant souffrir immensément la population. Depuis l’attaque des Etats-Unis contre le Venezuela, les sanctions ont été renforcées encore – tout comme un embargo total sur le pétrole lui a été imposé. Le Venezuela, jusqu’alors un important fournisseur de pétrole, se voit imposer la rupture des livraisons de pétrole à Cuba. Même le Mexique, qui entretient traditionnellement de très bonnes relations avec Cuba, n’ose plus fournir de pétrole à Cuba en raison des sanctions secondaires dont le menacent les Etats-Unis. A Cuba, l’approvisionnement en électricité s’est entre-temps complètement effondré, avec des conséquences catastrophiques pour la vie quotidienne de la population et sa survie même.
Les sanctions secondaires dans le domaine de la santé sont tout à fait porteuses d’un autre scandale. Cuba disposait d’un excellent système de santé et de médecins bien formés, qu’elle mettait à la disposition de nombreux pays d’Amérique latine et du monde entier, en cas de besoin. En Calabre, en Italie, environ 500 médecins cubains travaillent également à la demande explicite et urgente du gouvernement régional. Le gouvernement américain somme désormais l’Italie d’expulser ces médecins, à l’instar du Guatemala qui a déjà agi ainsi, sous la pression identique des Etats-Unis.
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