«A l’avenir ne seront prospères que les régions formant assez de travailleurs qualifiés»

Un entretien avec Karl-Heinz Schmidt, mathématicien diplômé, à Ilmenau

par Dieter Sprock

Le mathématicien diplômé Karl-Heinz Schmidt s’est engagé jusqu’à sa retraite en faveur du développement économique de l’arrondissement d’Ilm au sein du Centre de technologie d’Ilmenau. Dans cet arrondissement de Thuringe (Allemagne), se trouvent les villes Arnstadt et Ilmenau ainsi que le «Erfurter Kreuz» – la plus grande zone industrielle de la Thuringe – et l’Université polytechnique d’Ilmenau. La tâche principale dans son travail était le soutien de personnel qualifié dans la région. Karl-Heinz Schmidt est convaincu, que l’orientation professionnelle est un long processus, qui commence déjà à l’école enfantine et à l’école primaire. Il se voyait et se voit encore comme étant un intermédiaire entre l’économie, l’université et les écoles. De nombreux projets réalisés en coopération avec le groupe de travail Ecole et Economie du cercle Ilmenau et le groupe de travail Ecole et Economie de l’initiative «Erfurter Kreuz e.V» en témoignent. (cf. Horizons et débats no 50 du 19/12/11). Ces deux groupes de travail, l’un établi dans l’arrondissement, l’autre au sein des entreprises de la région «Erfurter Kreuz», s’engagent sans cesse pour l’amélioration de la préparation du choix professionnel.

L’initiative «Erfurter Kreuz e.?V.»

L’initiative «Erfurter Kreuz e.V.» comprend environ quatre-vingt entreprises – de grandes entreprises ayant politiquement du poids. Etant donné qu’il est actuellement difficile pour les entreprises de trouver des jeunes ayant les qualités requises pour les places de formation – soit parce que le nombre de jeunes terminant l’école régresse, soit parce qu’ils n’ont pas les aptitudes nécessaires –, le groupe de travail Ecole et Economie cherche le contact avec les écoles et les élèves de la région. Il met à disposition des écoles des partenaires de coordination, capables d’arranger les stages nécessaires ciblés au sein des entreprises, pour les aider dans le recrutement de jeunes talents qualifiés. Le groupe de travail analyse et structure les offres et invite les parents à y contribuer par leurs idées. Il a montré aux parents et aux enfants ce qui ce passe dans les entreprises spécifiques et quelle formation y est nécessaire. M. Schmidt est convaincu qu’à l’avenir ce ne seront que les régions formant assez de travailleurs qualifiés qui seront prospères.

Aborder la question de l’enseignement

C’est pour la même raison que le chaos au sein de la formation scolaire préoccupe fortement Karl-Heinz Schmidt. En ce moment, il suit cette question de près, car sa petite-fille est en sixième classe du gymnase. Souvent il manque toute structure systématique dans les matières à apprendre, ce qui exige qu’on doive faire les mêmes efforts à la maison qu’à l’école. Mais cela n’est pas concevable, trouve-t-il, car ce n’est qu’une minorité de parents qui ont le temps et les compétences de le faire. Assez souvent, de jeunes candidats arrivent dans les entreprises sans aucune préparation pour la vie professionnelle. «Prenons en comparaison les étudiants chinois arrivant chez nous, ils apportent tous les qualités nécessaires, ils sont structurés, ils sont travailleurs.» C’est vraiment l’avantage qu’on a quand ont peut comparer plusieurs pays. Selon M. Schmidt, la question de l’enseignement est un des problèmes cruciaux dont il faut s’occuper, car autrement, nous nous retrouverons sous peu dans un trou profond et il faudra beaucoup de temps et de travail pour que ce vide soit à nouveau rempli.

Une offensive en faveur des étudiants décrocheurs

Un tiers des étudiants abandonnent leurs études universitaires après deux ou au maximum quatre semestres. Alors, il faut se demander ce que deviennent ces jeunes gens? M. Schmidt a proposé aux entreprises, d’une commun accord avec les centres de formation professionnelle, de lancer une offensive pour installer un domaine de formation, dans lequel les décrocheurs puissent par exemple faire une formation de travailleur qualifié dans une certaine branche par exemple en deux au lieu de trois ans. Pour lui se sont des travailleurs hautement spécialisés. «Avec deux ou quatre semestres d’études, ils ont une excellente formation de base, et ce serait dommage, si cela devait disparaître mine de rien. Nous devons au moins leur offrir une possibilité pour qu’ils puissent travailler.»
Le problème n’est pas encore résolu, mais M. Schmidt s’est déjà adressé au vice-recteur pour lui proposer de mettre les noms des étudiants décrocheurs sur une liste qu’on pourrait synchroniser avec les besoins de l’industrie, au lieu de simplement les radier de l’ordinateur. Cela est faisable avec peu d’effort. Il connaît plusieurs jeunes ayant pris cette voie de travailleur qualifié et qui en sont très heureux. «Ils avaient une toute autre base, étaient disposés intérieurement et voulaient se qualifier. Vu le manque de travailleurs spécialisés, on ne peut certainement pas laisser ces jeunes traîner dans la rue.» Ce domaine, dit-il, peut encore être développé et il est heureux que sa collègue continue actuellement cet engagement dans le même sens. Elle participe aux groupes de travail et fait le lien vers l’Université et les activités entreprises dans le cadre de «La Science appelle les jeunes».

Le lien entre la théorie et la pratique

Dans la RDA, il était très répandu d’unir le baccalauréat avec une formation professionnelle, et cela n’était certainement pas faux. Outre la seule formation scolaire il y avait toujours aussi une formation pratique afin d’apprendre à connaître la vie réelle. C’est là une chose très importante. «Moi, par exemple, j’ai appris mécanicien outilleur pendant mon temps normal de préparation du bac.» Cette profession lui a fourni un grand nombre de facultés pratiques l’ayant accompagné toute sa vie. «J’ai toujours pu m’aider moi-même, et en outre ces facultés m’ont permis de faire de nouvelles découvertes. J’ai appris à penser en trois dimensions, à construire des outils ou à comprendre comment quelque chose est produit.» C’est pourquoi cela lui a facilité les études. Le lien entre la théorie et la pratique n’est pas remplaçable par autre chose, cela l’a toujours motivé à travailler dans ce sens.
L’Université polytechnique d’Ilmenau a une bonne réputation. On vient véritablement chercher les étudiants dès qu’ils ont terminés leurs études. Lors d’une foire organisée par les étudiants, des entreprises se présentent avec leurs possibilités. Les étudiants amènent directement leurs dossiers de candidature sur place et les entreprises leur proposent les branches à disposition pour y conclure directement des contrats. «Il faut absolument préserver ce savoir-faire», déclare M. Schmidt.
Pendant cet entretien, j’ai remarqué que Karl-Heinz Schmidt ne se limite jamais à émettre des critiques, il va toujours de l’avant et cherche des solutions. Cette approche personnelle a-t-elle éventuellement à faire avec son passé sportif comme spécialiste du saut à skis? Il m’a en effet révélé que ce sport lui avait donné énormément plaisir.    •
(Traduction Horizons et débats)