«Comme le rappelle Boniface Musavuli, du groupe ‹Friends of Congo/USA›: ‹En février 2013, Johnnie Carson, le sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, déclare que ‹les USA vont aider la RD Congo comme ils l’ont fait en ex-Yougoslavie et au Soudan›. Sous-entendu, pour les Etats-Unis, le Congo doit être morcelé au profit du Rwanda et de l’Ouganda comme le Soudan et l’ancienne Yougoslavie›.11»

La République démocratique du Congo dans le tourbillon est-africain

par Stanislas Bucyalimwe Mararo, professeur et chercheur à l’Université d’Anvers, Belgique

pk. L’analyse publiée ci-dessous, portant sur la crise permanente ayant lieu au Congo oriental, est bouleversante et surprenante à la fois. Bouleversante suite à l’objectivité dont fait preuve l’auteur, historien dans la bonne tradition africaine, tout en relatant des faits inouïs: des chefs d’Etat actuellement en fonction, respectés et soutenus par l’Occident, se sont souillés les mains avec le sang d’innocents, avant même de conquérir le pouvoir. Ce sont des hommes d’Etat à qui nous Occidentaux déroulons le tapis rouge à leur arrivée, comme cela vient de se passer tout récemment avec un des pires génocidaires de notre temps, le dictateur rwandais Paul Kagamé. A travers les grands médias, on a pu assisté à l’accueil célébré avec éclat dans une Haute Ecole d’économie où il a obtenu, lors de son intervention, l’occasion de transmettre ses messages remplis d’euphémismes, sans aucune remarque critique.
Pour lutter contre cette tentative de nous faire gober l’inacceptable, Stanislas Bucyalimwe, ne fait, depuis de nombreuses années, usage que d’une seule et unique méthode: s’en tenir à tout moment soigneusement et assidûment à la vérité historique. Il la dégage, couche par couche, en véritable archéologue et historien, jusqu’au moment où il trouve, au sein de la communauté internationale, à nouveau un juge suffisamment courageux pour convoquer ces acteurs qui excellent en propagande d’Etat, devant un tribunal traitant les crimes contre l’humanité.
Dans son analyse impartiale et rigoureuse du passé récent de l’immense région des Grands Lacs africains, l’auteur se tient uniquement aux faits et aux documents cités, dont les nombreuses sources et annotations se trouvent à la fin de cet article rédigé exclusivement à l’intention des lectrices et lecteurs d’«Horizons et débats».
Cette contribution a été rédigée quelques mois en arrière. Et voilà l’aspect surprenant de cette analyse: les événements récents survenus au Congo oriental qui est et a été au cours de ces 20 dernières années, le théâtre des atrocités les plus abjectes, confirment son analyse: le destin de cet immense pays au cœur de l’Afrique, qu’est la République démocratique du Congo, se joue dans sa partie orientale.
Deux circonstances l’expliquent. D’une part, les «nouveaux dirigeants africains» du genre Museveni, Joseph Kabila et Paul Kagamé ont réussi à développer des organismes mafieux, créés pour exploiter les matières premières et les brader à vil prix, ce qui correspond au vol permanent de la richesse nationale congolaise. D’autre part, l’analyse de Stanislas Bucyalimwe montre l’importance de l’aspect géopolitique, le Congo oriental se situant dans l’espace stratégique dénommé par l’auteur «La Grande Corne de l’Afrique» composé par les pays noyaux que sont la Somalie, Djibouti, l’Erythrée et l’Ethiopie, mais également des parties du Kenya, d’Ouganda, du Congo oriental ainsi que les Etats nains Rwanda et Burundi qui furent reconstruits par les Américains, après les carnages du génocide des années 1990. C’est précisément là que la stratégie rwandaise du dépeçage du Congo – son voisin à la fois puissant et impuissant –, pratiquée depuis une vingtaine d’années, trouve son explication. De même les troubles se sont à nouveau éveillés au Burundi, frère jumeau du Rwanda, où ils ont mené le pays au seuil d’une nouvelle guerre civile.
L’analyse de l’auteur désigne sans ambages les véritables instigateurs et démontre d’où ils viennent et quel passé politique les relie dans une seule et unique logique – celle de préserver, à n’importe quel prix, leur prédominance dans la région des Grands Lacs.

«La région des Grands Lacs renferme de vastes ressources naturelles et présente un fort potentiel, largement occultés par un passé historique tragique qui continue à influencer sa situation présente … La deuxième guerre du Congo a été l’un des conflits les plus sanglants de la deuxième moitié du XXe siècle et a posé les bases de l’insécurité qui règne aujourd’hui. Ayant entraîné la mort de plus de 5 millions de personnes, la guerre a également contribué à déplacer des communautés, à anéantir l’économie, à mettre à disposition nombre d’armes et de munitions et à traumatiser des populations entières. La plus grande opération de maintien de la paix des Nations Unies est actuellement déployée en République démocratique du Congo (RDC), afin de protéger les civils et de consolider la paix. Bien que les conflits se soient considérablement atténués dans la région des Grands Lacs, l’instabilité continue de menacer des institutions étatiques encore faibles. Les activités déployées par le crime organisé transnational et l’argent qu’elles génèrent semblent entretenir de façon prononcée l’instabilité, l’impunité et la violence, particulièrement dans l’est de la RDC. On recenserait encore dans l’est de la RDC entre 6500 et 13?000 membres actifs de groupes armés tirant profit d’activités criminelles.» (Rapport de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), 2011, p. 7.)1

Politique américaine en Afrique centrale

Il ne fait aucun doute que le destin de la RDC, dont la constitution en tant qu’Etat est partie de l’Ouest vers l’Est (1885–1910/1911) et qui est aujourd’hui déstabilisée sur toutes ses frontières,2 est en train de se jouer à l’Est.
A l’Est où les prétentions territoriales du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda au Sud-Kivu, au Nord-Kivu et en Province orientale s’affrontent respectivement. Non seulement le Rwanda et l’Ouganda occupent une vaste partie de cet espace (devenu le terrain de la lutte anti-terroriste et, partant, le terrain d’opération de l’AFRICOM et de l’ECI [Eastern Congo Initiative], dont la femme de John McCain – Cindy Hensley McCain – est un membre fondateur),3 mais aussi et surtout le Burundi qui, à l’issue de la conclusion d’un accord militaire Burundi–USA du 25 janvier 2014, a été transformé en zone franche:

Accord militaire

entre les Etats-Unis et le Burundi
«Les parties burundaise et américaine ont convenu que les membres des Forces armées américaines, le personnel civil du Département de la Défense américaine et les sous-traitant des USA mèneraient des activités d’entrainement, d’exercice ou d’action humanitaire au Burundi (art. 2), et jouiraient des privilèges, exemptions et immunités au même titre que les diplomates (art. 3). Ils entreraient et sortiraient librement du Burundi avec des documents délivrés par les seules autorités américaines. La validité de leurs licences et permis de conduire seraient reconnus de cette manière. Ils pourraient porter des uniformes et des armes (art. 3, 4, 5 et 6) et qu’en matière pénale, c’est le droit américain qui s’appliquerait au Burundi (art. 7)».4

Ce qui se passe à l’Est de la RDC fait partie d’un agenda anglo-américain.5 Depuis l’écroulement du mur de Berlin en 1989, Washington utilise le fameux «nouveau leadership africain» dans la réalisation de cet agenda. La «destruction programmée» des vies humaines et des infrastructures est la marque de cette réalisation.
Autrement dit, il est impossible de faire comprendre ce qui se passe dans la région des Grands Lacs d’Afrique en général et en RDC en particulier sans expliquer au préalable les enjeux géostratégiques qui ont suivi cet événement ou les enjeux du Nouvel ordre mondial annoncé par le président américain George Bush père lors de la première invasion de l’Irak «Desert Storm» en 1991. C’est ici que le rôle des Etats-Unis entre en jeu et l’année 1991 marque aussi un grand tournant dans la Corne de l’Afrique ou, mieux, en Afrique orientale. Car, la Corne de l’Afrique ou la Grande Corne de l’Afrique, fut érigée en zone-pivot dans la consolidation de leur hégémonie en Afrique et la région du golfe Persique. Sami Makki dit qu’«elle est sous haute surveillance internationale».6 Ce qui ne l’a pas empêchée de sombrer dans le chaos.

L’initiative américaine «Grande Corne de l’Afrique» et ses conséquences

L’un des signes de cette offensive impérialiste est la GHAI (Great Horn of Africa Initiative) mis en place par l’Administration de Bill Clinton en décembre 1994 et ce, au lendemain de la prise du pouvoir au Rwanda par le FPR (Front patriotique rwandais). C’est pourquoi, sa mise en chantier a correspondu avec des bouleversements sanglants en Afrique orientale et centrale.
Le GHAI est donc un projet qui, en plus des quatre pays de la Corne (Somalie, Djibouti, Ethiopie et Erythrée), regroupe la Tanzanie, le Kenya, le Soudan, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi (cf. carte des pays GHAI).
L’objectif avoué est humanitaire: lutter contre les désastres créés par l’homme dans cette vaste zone. Mais les auteurs précisent qu’il ne s’agit pas d’une panacée, mais bel et bien d’un laboratoire. L’objectif inavoué est d’ordre politique et stratégique;7 il se profile derrière la lutte contre l’islamisme et le terrorisme. L’appui américain à l’indépendance du Soudan du Sud (juillet 2011), aux mouvements séparatistes à l’ouest (Darfour) et à l’est du Soudan, en est une belle illustration.
Les pays suivant servent d’Etats-pivot: Tanzanie, Afrique du Sud, Ouganda, Burundi, Ethiopie, Erythrée et Rwanda. Par Etat-pivot, il faut entendre, selon Brzezinski, «ceux qui bénéficient de l’aide militaire massive des Etats-Unis pour leur permettre de faire avancer leurs intérêts» (protection des entreprises américaines ou celles du complexe militaro-industriel). Pour reprendre la formule de Pierre Hillard,8 la doctrine Brzezinski se réduit à ce bout de phrase: «L’arme islamiste est l’instrument géostratégique américain».
La transformation de la partie orientale de la RDC en nid de la guerre contre le terrorisme international et du point d’atterrissage de plusieurs organisations et entreprises américaines (notamment ECI, USAID, CARPE, Wildlife Direct, Africa Conservation Fund etc.) est à inscrire dans ce cadre. Vont dans le même sens, la pléthore des multinationales (américaines, anglaises, canadiennes, israéliennes, françaises, chinoises etc.) qui s’y bousculent depuis 1999: AMFI, AFRIMEX, Soco International, Barrick Gold, Banro Resource Corporation, Heritage Oil, Tullow Oil, Total, CNOOC, SOMIGL, Anglo Gold Ashanti Kilo/AGK etc. Car leur présence s’accompagne par «la militarisation du secteur minier». Le livre de Pierre Barcyetse «L’enjeu géopolitique des sociétés minières internationales en République démocratique du Congo/ex-Zaïre» (Dossier de SOS Rwanda-Burundi, Buzet/Belgique, décembre 1999, cf. carte), celui de Delphine Abadié, Alain Deneault et William Sacher «Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique» (Montréal, Editions Ecosociété, 2008) et celui de Patrick Mbeko «Le Canada dans les guerres en Afrique centrale: génocides et pillages des ressources minières du Congo par le Rwanda interposé» (Le Nègre Editeur, janvier 2012) sont quelques-unes des études de référence dont la lecture est recommandée.
L’influence des néoconservateurs9 et du groupe de pression protestant-anglican américain («Breakfeast Prayer»)10 est aussi capitale. Pour le dire autrement, la RDC est frappée de plein fouet par le «virus néoconservateur». C’est parmi ces Messieurs qu’on trouve les producteurs des discours du genre «le Kivu fait partie du Rwanda» (Herman Cohen), «le Congo doit partager son espace et ses richesses avec le Rwanda (Nicolas Sarkozy). Comme le rappelle Boniface Musavuli, du groupe «Friends of Congo/USA»:
«En février 2013, Johnnie Carson, le sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, déclare que ‹les USA vont aider la RD Congo comme ils l’ont fait en ex-Yougoslavie et au Soudan›. Sous-entendu, pour les Etats-Unis, le Congo doit être morcelé au profit du Rwanda et de l’Ouganda comme le Soudan et l’ancienne Yougoslavie».11

Washington, la politique du «gros bâton», et les dictatures des minorités ethniques

Les Etats-Unis et leurs alliés se sont servis de Mobutu durant la guerre froide (1960–1990) et l’ont abandonné depuis au profit de Museveni. C’est celui-ci qui, au départ, fut présenté comme le chef de ce nouveau leadership dans la région. Ainsi, depuis son accession au pouvoir en janvier 1986, les Etats-Unis soutiennent militairement, financièrement, politiquement et diplomatiquement les guerres de ce dictateur ougandais dans la région (Rwanda, Soudan et RDC).12
Le modèle ougandais – prise du pouvoir à travers la rébellion – s’est étendu au Rwanda, au Burundi et en RDC. C’est pourquoi, ceux qui dirigent les quatre pays ont deux dénominateurs communs: ils sont tous des chefs rebelles et ils appartiennent à une même ethnie. Corollairement, le Rwanda agit en tant que protectorat américain et instrument de la lutte contre la présence française dans la région.13
Dans cette trajectoire, les Etats-Unis ont – pour confier le pouvoir à Paul Kagamé au Rwanda et à Joseph Kabila en RDC – fait liquider quatre chefs d’Etat, deux au Burundi (président-élu Melchior Ndadaye, Hutu, tué le 21 octobre 1993 par les Tutsi de son armée, 3 mois après son investiture, et son successeurs-désigné Cyprien Ntaryamira, Hutu, tué le 6 avril 1994 au-dessus de l’aéroport de Kanombe/Rwanda, contrôlé alors par le contingent belge de la MINUAR [Mission des Nations-Unies au Rwanda], avec le président rwandais Juvénal Habyarimana, le chef d’Etat-major des Forces armées rwandaises et leurs suites), un au Rwanda (Président Juvénal Habyarimana, Hutu, tué le 6 avril 1994 avec le chef d’Etat-major de son armée, le général Déogratias Nsabimana au-dessus de l’aéroport de Kanombe),14 et un en RDC (Président Laurent-Désiré Kabila, Luba Katanga, tué le 16 janvier 2001).15 C’est ce qui explique l’embargo observé sur l’enquête de ces actes terroristes.
S’agissant de la République démocratique du Congo, les aspirations du peuple zaïrois furent étouffées comme en 1960. Car le schéma démocratique balisé à la CNS (Conférence nationale souveraine) dont les travaux furent supervisés par la Troïka (Belgique, France, Etats-Unis) fut abandonné au profit d’un schéma militaire piloté par des pays tiers, notamment la constellation des dits Etats-pivot précités. Cette alliance s’est concrétisée dans l’invasion de la RDC en septembre/octobre 1996.
Non seulement, les Etats-Unis et ses alliés ont donné le fer à l’invasion de la RDC,16 mais ils ont aussi imposé Joseph Kabila à l’issue d’un bain de sang (l’assassinat du Président Laurent-Désiré Kabila), conçu et imposé les accords de paix subordonnant le pays à la tutelle internationale. Rien ne montre que, depuis la signature des Accords de Lusaka le 10 juillet 1999 jusqu’aux déclarations de Nairobi du 12 octobre 2013,17
ce schéma pourrait être en voie de disparaître.
Paul Kagame était membre de l’armée ougandaise et Joseph Kabila membre de l’armée rwandaise. De nombreux citoyens ougandais pullulent dans les institutions du «nouveau» Rwanda (Jack Nziza, général Patrick Karegeya etc.) et de nombreux citoyens rwandais se trouvent en RDC (le cas de Jean-Bosco Ntaganda étant un exemple parmi beaucoup d’autres). Dire que le sort de la RDC est placé entre les mains des hommes du régime de Paul Kagame – tous anciens membres du FPR, de l’AFDL et du RCD, vivier des dernières rébellions (CNDP, M23, M27)18 – est devenu un secret de Polichinelle. Paul Kagame l’avoue lui-même chaque fois qu’il rappelle que «personne à Kinshasa, à commencer par le sommet de l’Etat, ne peut lever le doigt pour dire qu’elle n’est pas associée au Rwanda». Il y a donc lieu de conclure que la politique déstabilisatrice de Kigali en RDC a ses partisans, ses protagonistes, au cœur même du pouvoir à Kinshasa.19
Yoweri Museveni et Paul Kagame sponsorisent la plupart des rébellions et des groupes armés qui secouent la Province orientale et le Kivu depuis 1996. D’ailleurs, dans un discours prononcé à Kigali lors de la commémoration du 20e anniversaire du génocide le 7 avril 2014, Museveni a placé la région des Grands Lacs au centre de leur stratégie; c’est elle qui, en sous entendu, devrait constituer leur empire:20 Rwanda, Burundi, Ouganda, Ouest du Kenya, Nord-Ouest de la Tanzanie et partie orientale de la RDC.21 C’est dire que l’hégémonisme hima-tutsi est, en plus de la ruée sur les richesses de la RDC, la cause de l’instabilité dans cette région.22
La prolifération des entreprises transfrontalières – organisées en réseaux mafieux par les élites militaires et politiques de l’Ouganda et du Rwanda ainsi que par leurs parrains occidentaux et alliés africains – procure d’énormes dividendes et alimente un train de vie dont les bénéficiaires tiennent à protéger et à préserver à tout prix. L’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime le dit bien dans la citation mise en évidence au début:
«Les activités déployées par le crime organisé transnational et l’argent qu’elles génèrent semblent entretenir de façon prononcée l’instabilité, l’impunité et la violence, particulièrement dans l’est de la RDC. On recenserait encore, dans l’est de la RDC, entre 6500 et 13?000 membres actifs de groupes armés tirant profit d’activités criminelles.»
Les opérations contre les LRA,23 ADF/NALU et FDLR sont sans doute importantes. Mais, elles se sont révélées être jusqu’ici des gestes en trompe-l’œil. Comment des groupes armés affaiblis, selon différents rapports circonstanciés, peuvent-ils défier les armées multinationales (troupes américaines/AFRICOM, ougandaises, rwandaises, onusiennes/MONUSCO, congolaises, sud-soudanaises, centra-africaines) qui écument la partie orientale de la République démocratique du Congo?
Avec la bonne volonté des leaders de Washington, les velléités expansionnistes d’un Yoweri Kaguta Museveni ou d’un Paul Kagame – ou de toute autre satrape de
la région qui se prend pour Dieu sur terre – pourraient cesser et permettre que la
paix et la stabilité s’installent en RDC. Au vu de la realpolitik mondiale, il faudra cependant attendre longtemps pour que cela puisse arriver ou que ce souhait se concrétise.    •

1    Criminalité organisée et instabilité en Afrique centrale. Une évaluation des menaces. Vienne, Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), 2011, p. 7.
2    Tous ces événements surviennent alors que la situation intérieure est très mauvaise au regard des faits suivants: (1) contentieux électoral et conflit de pouvoir; (2) partisans de la centralisation versus partisans de la décentralisation; (3) répression croissante contre les opposants et les activistes des droits de l’homme; élimination systématique des officiers des FARDC qui sont acquis à la cause du pays comme le colonel Mamadou Ndala, le général Alphonse Bikweto, le général Jean-Julien Bahuma, etc.; (4) aggravation de la misère et frustrations croissantes qu’elle entraîne; (5) montée du tribalisme accompagnée des tensions tribales ici et là (Ndoole, P., «Masisi/Nord-Kivu: La milice Raia Mutomboki dévaste des villages entiers», in: Syfia Grands Lacs/RD Congo du 27 octobre 2013; Kungu, K., «Insécurité à Mutarule/Sud-Kivu: Massacre de six membres d’une famille», in: L’Observateur du 16 août 2014); (6) démission ou irresponsabilité et inconscience de la classe dirigeante et des élites congolaises (Mutinga, M., La République des Inconscients. Editions «Le Potentiel», 2010); (7) rivalités confessionnelles entre les églises classiques (église catholique et diverses dénominations du protestantisme), entre celles-ci et les églises de réveil – très nombreuses («cheval de Troie des Etats-Unis» en RDC comme ailleurs dans le monde) –, entre celles-ci et les églises nationales (église kimbanguiste et autres).
3    www.easterncongo.org/about
4    «Un projet d’Accord avec les USA menace la
souveraineté nationale du Burundi», Arib-Info
du 23 janvier 2014; «Le Burundi signe un accord militaire avec les Etats-Unis», Xinhua du 25 janvier 2014.
5    Les évènements à l’Est sont l’ogive dans le processus du dépeçage du pays. Il y a de nombreuses études sérieuses traitant de cette question, p. ex.: Kankwenda, M. J. et Mukoka, N. F. (sous la direction de), La RDC face au complot de la balkanisation et de l’implosion. Kinshasa/Washington/Montréal, ICREDES, 29 janvier 2014.
6     Sami Makki, «La Corne de l’Afrique, un espace régional sous haute surveillance internationale», in: Revue humanitaire (en ligne), 22 juillet 2009, mis en ligne le 13 octobre 2009, consulté le 23 juin 2014. URL: http://humanitaire.revues.org/399.
7    La sponsorisation des mouvements séparatistes dans l’un des pays membres, le Soudan qui a été amputé de sa partie sud en juillet 2011 avec l’appui des Etats-Unis est un cas d’espèces («U.S. Played Key Role in: Southern Sudan’s Long Journey to Independence. Twenty years of U.S. involvement contributed to today’s secession of Southern Sudan – but peace is yet to come» (The Atlantic, July 2011; Jacobs, J., «South Sudan and the US National Interest. History suggests that US support for
South Sudanese independence has less to do with democracy and justice than oil reserves», in:
Think Africa Press, 13 March 2012).
8    Il est l’auteur de «La montée irrésistible du nouvel ordre mondial» (Editions François-Xavier de Guibert, 2010.)
9    William Perry, Richard Perle, Robert Kagan,
William Kristol, John Bolton, Harry Johnson, Paul Wolfowitz, Roger Winter, Madeleine Albright, George Moose, Dick Cheney, Donald Henry Rumsfeld, Prudence Bushnell, John Bolton,
William Swing, Richard Armitage, Stephen Solarz, Bernard Kouchner, etc. La totalité de ces messieurs a signé le document «Project for the New American Century/PNAC» (Projet pour le Nouveau siècle américain), printemps 1997, un véritable catéchisme pour la domination mondiale. Les données suivantes confirment le fait que l’ombre des néoconservateurs plane sur les brouillards politico-militaro-économiques de la RDC («Un des plus gros trafiquants d’armes dans le monde
(Victor Bout) arrêté en Thaïlande», in: Le Monde du 6 mars 2008; «L’Occident à la reconquête de l’Afrique», in: Echos d’Afrique du 6 mai 2013; Musavuli, B., «RD Congo: il faut mourir pour l’Amérique, sinon on est mort…», in: Agora Vox du 21 septembre 2013; Le Bec, C., «Pétrole: Dan Gertler décroche le gros lot en RD Congo», in: www.jeuneafrique.com du 8 août 2014). En plaçant ce dernier dans les réseaux économiques mafieux, Christophe Le Bec donne les précisions suivantes:
«Acquisitions controversées. Le groupe Fleurette de Dan Gertler détient Oil of DR Congo via Foxhelp et Caprikat, deux sociétés basées dans le paradis fiscal des Iles Vierges britanniques. La manière dont ces sociétés ont obtenu les licences d’exploration reste encore obscure. L’homme d’affaires israélien n’a ni les moyens financiers ni l’expertise technique requise pour développer un projet d’une telle envergure. Et sa réputation pourrait lui compliquer la tâche dans sa quête de partenaires indispensables à la mise en valeur de ces réserves. En effet, proche du président Joseph Kabila, Dan Gertler est soupçonné par des ONG comme Global Witness et par le think-tank Africa Progress Panel de Kofi Annan, d’avoir obtenu à plusieurs reprises des gisements extractifs à prix cassé en raison de sa proximité avec le pouvoir à Kinshasa. Ce qui lui aurait permis de réaliser 1,3 milliard de dollars de plus-values indues. Des accusations fermement démenties par Fleurette qui évoque des ‹investissements de 7 milliards de dollars› dans l’économie congolaise».
10    Indongo I., «Le voyage euro-américain du président J. Kabila, ‹Breakfast Prayer› et la presse» (www.congonline.com/Forum2001/Fevrier/Indongo_Imbanda02.htm). Certains politiciens congolais que l’APARECO qualifie de «politiciens-pharisiens truffés de comédiens» en ont pris goût, Candide Okeke, «Déjeuner de prière au Grand Hôtel de Kinshasa. Ruberwa, Kengo et Matata Mponyo autoproclamés ‹leaders chrétiens intègres›! L’œil du Patriote, Paris, le 13 novembre 2012 (www.apareco-rdc.com/index.php/a-la-une/loeil-du-patriote/968-ruberwa-kengo-et-matata-mponyo-autoproclames-leaders-chretiens-integres.html).
11    Boniface Musavuli, «RD Congo: Il faut mourir pour l’Amérique, sinon on est mort», Agora Vox du 21 septembre 2013.
12    Remigius Kintu, Terror incognito: The U.S. conspiracy behind Museveni’s wars, Baltimore (Maryland), 19 April 1997.
13    Michel Chossudovsky, «The US was behind the Rwandan Genocide: Installing a US Protectorate in Central Africa», in: Global Research, Montreal, 2003.
14    Pour plus de détails, lire Philpot, R., Rwanda and the New Scramble for Africa: From Tragedy to Useful Imperial Fiction. Baraka Books, 20 décembre 2013; Onana, C., La France dans la terreur rwandaise. Paris, Editions Duboiris, 31 mars 2014; Ndanyuzwe, N., La guerre mondiale africaine: la conspiration anglo-américaine pour un génocide au Rwanda. Enquête dans les archives secrètes de l’armée nationale ougandaise. Editions Sources du Nil, 2014.
15    Nashi, E., Pourquoi ont-ils tué Laurent-Désiré Kabila? Paris, Editions L’Harmattan, janvier 2007. Il faut rappeler que l’ambassadeur américain qui était à Kigali lors de l’assassinat des présidents Habyarimana, Ntaryamira et leurs suites, le néoconservateur William Lacy Swing, était déjà muté à Kinshasa au moment de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. C’est lui qui a propulsé Joseph Kabila à la tête du pays et consolidé son pouvoir entre janvier 2001 et décembre 2007.
16    Péan, P., Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique. Paris, Fayard, 10 décembre 2010.
17    Kibangula, T., «RDC: les pourparlers entre Kinshasa et le M23 s’achèvent par la ‹Déclaration de Nairobi›», in: www.jeuneafrique.com du 12 décembre 2013.
18    «Une nouvelle rébellion, M27, en gestation dans le territoire de Masisi et piétinement de la traque des ADF au Nord-Kivu. Pourquoi la paix traîne-t-elle à venir?» 18 août 2014». (http://paixgrandslacsafricains.blogspot.be/2014/08/une-nouvelle-rebellion-m27-en-gestation.html#!/2014/08/une-nouvelle-rebellion-m27-en-gestation.html).
19    Mienze, M. M., «Le PPRD répond à Ruberwa: les Tutsi plus représentés que toutes les tribus du Kivu réunies», in La Prospérité du 23 octobre 2007. (www.congoplanete.com/article.jsp?id=45261053).
A voir le nombre des Tutsi placés aux postes stratégiques dans les institutions nationales congolaises, on ne peut pas douter qu’il s’agit de la stricte application de la politique rwandaise dont parlait, Emmanuel Ndahiro, patron des services secrets rwandais en 1997: «Lorsque nous nous sommes réunis à Kisoro (Ouganda) du 3 au 5 juin, juste après notre victoire aboutissant à la chute du dictateur Mobutu, nous avons souligné la nécessité de renforcer notre promesse en affectant nos meilleures ressources humaines dans les services s’occupant de la sécurité, de l’économie, des finances et de l’administration, particulièrement dans les provinces du Nord- et Sud-Kivu, parties intégrantes de notre patrie. Cette stratégie est censée faciliter notre contrôle de la République démocratique du Congo et consolider davantage notre influence dans la région des Grands Lacs.»,
Péan, P., Carnages (…), op. cit., p. 386.
20    «Discours de Museveni ou Acte de naissance ‹officiel› de l’Empire Hima-Tutsi?», in: Emmanuel Neretse, «Que cachent les discours de Paul Kagame et Yoweri Museveni le 7 avril 2014 à Kigali? Analyse.», Bruxelles, le 8 avril 2014
(www.musabyimana.net/lire/article/que-cache-les-discours-incendiaires-de-p-kagame-et-y-museveni-le-07042014-a-kigali-analyse/index.html).
21    «Discours de S.E. Yoweri Museveni, président de la République de l’Ouganda, lors de la 20e commémoration du génocide rwandais à Kigali, Rwanda, le 7 avril 2014» (http://unenouvelleafriquevoitjour.blogspot.be/2014/04/discours-de-se-yoweri-museveni.html#!/2014/04/discours-de-se-yoweri-museveni.html).
22    Jean-Charles Murego, Instabilité de la région des Grands Lacs africains. Causes et solutions. Bruxelles, août 2010. (www.musabyimana.net/fileadmin/user_upload/documents/2010/Instabilite_de_la_region_des_grands_lacs.pdf).
23    Selon Nile Bowie et Michel Chossudovsky la lutte contre la LRA est un prétexte américain pour militariser l’Afrique. Cf.: BOWIE, N., «Merchandising and Branding Support for US Military Intervention in Central Africa», in: Global Research, 14 mars 2012; Chossudovsky, M., «Joseph Kony, America’s pretext to invade Africa: US Marines dispatched to five African countries», in: Global Research, 19 mars 2012.

Abréviations

Sigles non expliqués dans le texte
AMFI: American Minerals Fields Inc. Fondée en 1995, l’AMFI est un consortium international sous direction américaine pour l’exploitation des matières premières importantes, notamment en Afrique.
ADF/NALU: Allied Democratic Forces. Mouvement ougandais de «résistance». A l’instar de Rwanda, l’Ouganda utilise le fait que ce groupement d’action militaire contre le gouvernement ougandais est basé au Kivu du Nord comme prétexte pour y intervenir militairement.
AFRIMEX: Consortium minier britannique. Selon des affirmations provenant du gouvernement britannique, cette entreprise profite des troubles au Congo oriental pour s’enrichir illicitement.
CNOOC: China National Offshore Oil Corporation. Consortium pétrolier national de Chine.
FDLR: Forces démocratiques de libération du Rwanda. Groupement militaire de résistance (Hutu) opérant, selon les reproches rwandais, contre le gouvernement tutsi de Kagamé à partir du territoire du Congo oriental. Depuis des années, ce groupement constitue l’argument principal de Kagamé pour justifier la présence pérenne de milices téléguidées depuis Kigali sur le territoire du Congo oriental telles le M23 ou, auparavant, le CNPD, milices spécialisées dans l’art de semer la terreur dans la population civile.
LRA: Lord’s Resistance Army. Mouvement de résistance militaire ougandais contre le président Museveni.
SOMIGL: Société minière des Grands Lacs. Source économique principale du RCD, autre mouvement de «rébellion» à inspiration ougandaise/rwandaise contre le gouvernement central de Kinshasa et opérant surtout au Nord-Kivu et en Province oriental. La SOMIGL est l’agence principale pourvoyant les grandes entreprises occidentales, entre autres Bayer, avec le coltan hautement convoité, un minéral sans lequel aucun portable, aucune fusée et aucun drone ne fonctionnerait.    (pk)

Analyse historique exhaustive sur le conflit au Congo oriental

pk. Stanislas Bucyalimwe Mararo vient de publier une étude exhaustive en deux volumes sur le conflit au Congo oriental, travail qui ne tardera pas à compter parmi les œuvres de référence sur l’histoire tragique de la région. Bucyalimwe, chercheur à l’Université d’Anvers (Belgique), relate dans ces deux tomes la genèse du conflit, son aggravation dramatique et la situation actuelle. L’auteur se distingue par son regard aiguisé quant aux dimensions géostratégique de ces «troubles congolais» renouvelés ainsi que de son analyse profonde des faits démontrant les intérêts qui empêchent, jusque à nos jours, les populations martyrisées de retrouver ce à quoi elles aspirent depuis si longtemps: le retour à la paix, à la sécurité, à la normalité. Quantité de sources, listes, infographies, noms et documents désignent clairement les responsabilités politiques et individuelles.

Bucyalimwe Mararo, Stanislas:
Maneuvering for Ethnic Hegemony.
A Thorny Issue in the North Kivu Peace
Process (DR Congo)
Vol. I: The 1959–1997 History of North
Kivu (355 p.)
Vol. II: The 1996/1997 Invasion of the
«Tutsi Without Borders» and the Remote Reconciliation in North Kivu (334 p.)
Editions Scribe, Bruxelles 2014.