«L’être humain ne doit jamais cesser d’être humain»

Qu’aurait à nous dire Albert Schweitzer dans le monde actuel?

par Sigrid Schiller

Grâce à l’attribution du prix Nobel de médecine 2015 à la Chinoise Tu, à l’Irlandais Campbell et au Japonais Onura, la souffrance de millions d’êtres humains en Afrique, en Asie du Sud-ouest et en Amérique du Sud est de nouveau au centre de l’attention publique.
Les trois lauréats ont fait des recherches et ont développé des médicaments efficaces contre les maladies de la malaria, de l’onchocercose et de l’éléphantiasis. Grâce à leur engagement, la vie d’environ 100'000 patients atteints de malaria peut chaque année être sauvée et dans un avenir proche l’onchocercose et l’éléphantiasis (filariose lymphatique), causant des défigurations épouvantables, pourront être irradiés. Les deux maladies sont déclenchées par des vers.
Albert Schweitzer, dont on a fêté les cinquante ans de sa mort le 4 septembre, se serait réjoui ces succès qui atténuant la souffrance des pauvres en Afrique, en Asie du Sud-ouest et en Amérique du Sud. Jeune médecin, Schweitzer est allé au Gabon en 1913 pour aider les êtres humains.
Toute personne ayant été sérieusement malade dans sa vie peut mesurer l’importance d’un médecin pour un malade. La guérison ne dépend pas seulement des connaissances médicales, mais le médecin doit se consacrer à la guérison du malade comme son semblable avec la compassion et toute la force de son âme.
Albert Schweitzer (1875–1965) était un médecin qui s’est consacré corps et âme à son devoir hippocratique. Il n’a pas seulement travaillé comme médecin pratiquant mais il a aussi développé des réflexions éthiques profondes. Son postulat «Respect de la vie» exprime le fondement indispensable à une vie commune en dignité.
Ses paroles sont un baume pour les âmes meurtries si l’on prend en considération tous ces conflits armés et ces millions de réfugiés dans le monde. Prendre connaissance, non seulement de son parcours tout comme se remémorer ses réflexions éthiques et les rendre concrètes, est nécessaire pour le monde d’aujourd’hui.
C’est cette quête que poursuit l’Akademie für ethische Bildung [Académie pour la formation éthique] à Brunsbüttel qui a été fondée en 2002 par l’engagement personnel de Hans Stellmacher dans le cadre du Kultur und Tagungszentrum Elbeforum. De graves problèmes de santé l’ont amené à vouloir faire du bien. L’objectif de cette institution de formation sera de familiariser des jeunes avec l’œuvre d’Albert Schweitzer, d’encourager et de maintenir ainsi des perceptions humanistes. Dans une pièce séparée de l’Elbeforum, de grands tableaux muraux informent sur les importantes étapes de la vie d’Albert Schweitzer, sa position sur les questions morales et ses exigences envers la politique. Cette institution de formation est aussi soutenue par la Goethe-Gesellschaft et le Schillerverein à Weimar.
En plus on trouve dans le Elbeforum une grande collection de différents médias, avant tout sur Albert Schweitzer. D’abord d’excellents livres illustrés donnant un aperçu de son activité. Il en va également des enregistrements originaux, des conférences que Schweitzer a tenues devant des publics différents jusqu’aux documents filmés de son travail à Lambaréné. Ses activités religieuses et musicales sont également présentes dans différents médias.
On trouve aussi des informations spécifiques au travail des pédagogues. On ne peut que recommander à tout enseignant de se rendre sur la page d’accueil de www.elbeforum.de et d’y chercher des matériaux adaptés aux diverses classes d’âge. Le groupe de Frank Dehning, directeur suppléant du centre de culture et de conférences vous envoie les matériaux désirés en prêt.
J’utilise moi-même cette offre avec succès dans plusieurs classes de quatrième. Dans le cadre de l’éducation religieuse le thème d’Albert Schweitzer est très apprécié. Albert Schweitzer décrit dans différents documents de manière très détaillée qu’il n’était pas né avec cette position humaniste mais que sa conscience s’est formée dans les premières décennies de sa vie. Le parcours d’Albert Schweitzer est tellement parlant que même des enfants de l’école primaire peuvent comprendre ses sentiments et ses pensées et peuvent le suivre sur le plan émotionnel. «Je suis la vie qui veut vivre, au milieu de la vie qui veut vivre.»
Dans un entretien serein, en pleine confiance avec les élèves, on peut en tant qu’enseignant leur ouvrir l’esprit sur leurs proches. «Mon camarade de classe a des besoins semblables aux miens, il éprouve les mêmes sentiments que moi.» Avec l’aide de la collection de matériaux à Brunsbüttel, l’enseignant, le pédagogue peuvent apprendre aux enfants la compassion de façon ciblée par exemple avec une conférence qu’Albert Schweitzer a tenue devant des élèves d’école primaire. Il évoque de façon impressionnante la situation d’une mère avec son enfant. L’enfant avait des brûlures très graves causées par un feu ouvert. La mère a mis deux jours pour se rendre à l’hôpital avec un petit bateau pendant que l’enfant ne pouvait même plus pleurer tant les douleurs étaient grandes.
Les élèves réfléchissent sérieusement à propos de la facilité d’accès des soins médicaux pour eux et apprennent qu’il n’en est pas de même pour beaucoup de gens dans le monde. Lors de discussions menées par l’enseignant, dans une ambiance bienveillante envers les élèves, on développe en eux l’empathie et le souhait d’apporter un bon traitement à tous les enfants.
Des adolescents cherchent également des solutions capables de changer la situation mondiale actuelle. Ils peuvent discuter les écrits et les conférences de Schweitzer, ses appels à l’humanité, par exemple du 23 avril 1957 émis dans le monde entier par Radio Oslo. Devant la toile de fond du conflit Est-Ouest qui s’aggrave, Schweitzer s’est prononcé sans équivoque pour une solution pacifique des conflits. Des questions qui divisent les peuples ne peuvent plus être résolues avec des guerres. Un changement de mentalité ne peut pas être amené qu’avec des réformes institutionnelles.
Seule une éducation éthique intensive de tous les groupes d’âges et toutes les couches de la société ainsi que des exemples adaptés peuvent mettre en valeur une éthique de la responsabilité et de l’humanisme. Tout être humain doit commencer par lui-même et agir publiquement avec des gens du même bord.
Avec cela Schweitzer se trouve dans la tradition européenne des Lumières qui considère l’homme comme un être doté de raison. L’être humain est capable de faire la différence entre un comportement préjudiciable et un comportement favorisant la vie et de se décider grâce à sa raison en faveur de l’humanisme.    •
(Traduction Horizons et débats)