«Il n’y a pas de solutions humanitaires pour les problèmes politiques»

Interview de l’ambassadeur Manuel Bessler, délégué de l’Aide humanitaire suisse

Horizons et débats: Comment vous faites-vous une idée de la situation des réfugiés en Syrie et dans les régions limitrophes?

Manuel Bessler: Pour moi en tant que délégué de l’Aide humanitaire suisse, il est primordial de me faire une idée de la situation sur place. L’année dernière, j’ai visité la Jordanie et le Liban et dans trois semaines je retournerai au Liban et j’irai également en Turquie pour évaluer la situation de mes propres yeux. Il s’agit notamment d’analyser l’efficience et l’efficacité de nos programmes, ainsi que de pouvoir décider de ce qu’il faut changer ou améliorer.

Comment peut-on décrire la situation générale des réfugiés dépendant de l’aide humanitaire dans le conflit syrien?

Les besoins humanitaires sont gigantesques. Nous avons 3,8 millions de personnes déplacées (UNHCR, janvier 2015), cela correspond presque à la moitié de la population suisse. Il y a 7,6 millions de réfugiés déplacés dans le pays, par exemple d’Alep, d’Idlib, de Homs, etc. Leur besoin primordial est de trouver protection. Ces gens ont besoin de sécurité. Ce sont des besoins fondamentaux: avoir un toit, un repas chaud, accès à des soins médicaux, en hiver une protection contre le froid. C’est une question de survie.

La DDC s’engage-t-elle aussi à l’intérieur de la Syrie ou avant tout dans les pays qui ont à faire avec des problèmes des réfugiés?

Depuis le début du conflit syrien, il y a bientôt quatre ans, l’Aide humanitaire de la Suisse a dépensé 128 millions de francs pour réduire les souffrances humaines. Environ 50% ont été utilisés pour l’aide à l’intérieur de la Syrie. Les autres 50% sont allés dans des projets dans les pays voisins, c’est-à-dire dans les pays qui ont accueilli la plupart des réfugiés.

Quelle est la situation à l’intérieur de la Syrie?

Plus de la moitié des Syriens dépendent de l’aide humanitaire. Soit ils ont quitté le pays en tant que réfugiés, soit ils sont réfugiés à l’intérieur de la Syrie. Trois quart des Syriens habitant encore chez eux vivent à la limite de la pauvreté. Les besoins sont énormes et augmentent constamment.

Comment pourrait-on faire évoluer la situation?

Sans solution politique pour ce conflit, ces défis se feront de plus en plus pressants. C’est ce qui est très préoccupant pour l’aide humanitaire. Nous ne voyons pas de solution, nous ne voyons pas de signes à l’horizon indiquant une issue.

Outre l’aide humanitaire, n’y a-t-il pas de possibilités pour la Suisse d’agir en faveur d’une solution négociée du conflit, comme cela s’est fait à plusieurs reprises dans le conflit en Ukraine?

Oui, c’est tout à fait juste. L’Aide humanitaire soulage les souffrances, mais n’offre pas de solutions politiques. Il n’y a pas de solutions humanitaires pour les problèmes politiques. C’est-à-dire qu’il faut trouver une solution à l’aide de moyens politiques. Nous sommes en contact avec la Syrie. Nous menons un dialogue trilatéral entre la Suisse, la Syrie et l’Iran. Il s’agit avant tout de négocier les conditions de travail pour l’Aide humanitaire, mais aussi de calmer la situation. Aussi longtemps que les parties ne sont pas prêtes à voir les avantages de s’asseoir à la table de négociation, il est impossible de trouver une solution politique. Malheureusement, il semble que certaines parties au conflit croient pouvoir atteindre leurs objectifs par la voie militaire et ne veulent ainsi pas accepter de compromis ou au moins participer à des négociations.

A quel niveau politique se déroulent ces négociations trilatérales?

Comme déjà mentionné, il s’agit d’un dialogue humanitaire. Je représente la Suisse, du côté iranien et syrien, ce sont les vice-ministres des Affaires étrangères. Nous nous sommes déjà rencontrés à quatre reprises. Les entretiens se concentrent avant tout sur les conditions de travail des acteurs humanitaires, qui tentent d’améliorer la situation des personnes concernées par cette situation.

Monsieur l’Ambassadeur, je vous remercie pour cet entretien.     •

(Interview réalisée par Thomas Kaiser)