Réflexions vues de Suisse concernant la décision du Brexit

par Dieter Sprock

On peut ou on ne peut pas approuver le Brexit, mais les réactions de l’UE à la décision démocratique du peuple britannique soulignent une fois de plus la nature antidémocratique de cette Union européenne.
Pour rappel: après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe, à la recherche d’un ordre d’après-guerre, avait le choix entre une union libre des Etats-nations – comme l’avait prévu à l’époque l’AELE avec un accord de libre-échange – et les Etats unis d’Europe, la solution favorisée par les Etats-Unis, étant déjà l’objectif lors de la création de la Communauté économique européenne, la CEE. Les Etats-Unis ont mis leur veto contre une zone de libre échange européenne laissant l’autonomie politique aux Etats. La voie vers l’UE était la voie de la centralisation du pouvoir à Bruxelles.
L’UE au service de l’industrie financière
Les «ondes de choc» qui ont secoué les marchés financiers et les bourses le lendemain du référendum et qui ont déclenché une «chute historique» de la livre britannique, ne sont pas un phénomène naturel. Elles sont l’expression de luttes de pouvoir entre des acteurs mondiaux puissants – avec des gagnants et des perdants –, dont personne ne peut encore prévoir le résultat.
Malgré tout ce bruit, n’oublions pas la nature de l’UE. Il n’est certainement pas question de savoir si la cuisine française ou italienne est préférable à Londres ou si les étudiants anglais peuvent étudier ailleurs en Europe et vice versa.
Le cœur de l’union politique est le dit «marché intérieur», un marché de 500 millions de consommateurs créé par et pour l’industrie financière, dans lequel le grand capital peut circuler librement et définir la politique. Les pays souhaitant participer au marché intérieur doivent abandonner en grande partie leur indépendance politique et accepter la législation de la centrale bruxelloise: le droit de l’UE prime sur le droit national!
Après avoir dit non à l’EEE en 2012, la Suisse s’est assurée la participation au marché intérieur de l’UE par des accords bilatéraux et est, elle aussi, de plus en plus exposée aux tentatives de chantage de l’UE. Depuis belle lurette, l’Union européenne tente d’imposer à la Suisse un «accord-cadre institutionnel» l’obligeant à adopter automatiquement le droit de l’UE. Elle tente également de lier la conclusion d’autres accords avec la Suisse au consentement de cet accord-cadre.
Des spéculations circulent déjà sur l’adhésion de l’Angleterre à l’AELE – et, attention!, à une AELE liée à l’EEE. La Suisse est le seul membre de l’AELE qui n’a pas adhéré à l’EEE. Et cela à juste titre!
On ne peut donc que saluer le fait que le président de la Confédération Johann Schneider Ammann assure dans la «Neue Zürcher Zeitung» du 28 juin: «La Suisse n’a pas l’intention de remettre en question son opposition à l’adhésion à l’EEE suite au Brexit.» Nous le prendrons au mot.
Il est également bon de constater qu’il y a de plus en plus de voix encourageant le Conseil fédéral à mettre en œuvre unilatéralement le résultat de la décision populaire contre l’immigration de masse et à ne plus accepter de chantage de la part de l’UE.    •

L’Europe a besoin davantage de démocratie directe

«Le chaos dû au Brexit n’a pas été déclenché à cause de trop de démocratie directe, mais à cause du manque antérieur de démocratie directe. Le Brexit est une rébellion démocratique, peut-être même une sorte de légitime défense démocratique des oubliés.» […]
«‹Davantage de proximité avec le citoyen›, voilà un autre slogan souvent entendu ces jours-ci, et à Bruxelles, tous veulent mieux informer. Là contre, il n’y a rien à redire. Mais préférable serait davantage de démocratie et plus souvent des référendums – à tous les niveaux. La démocratie directe ne crée automatiquement ni miracles ni prospérité. Elle est une machine à compromis très lente, mais durable. Couplé avec un fédéralisme fort, elle forme un système d’alerte politique rapide pouvant éviter des ruptures de barrage tel un Brexit. Et elle assure un meilleur ancrage des dirigeants.»

Source: Martin Beglinger, «Nach dem Brexit: Mehr Demokratie, jetzt!», Neue Zürcher Zeitung du 30/6/16