Il est urgent de trouver une alternative crédible à l’UE

par Dieter Sprock

Indépendamment de ce qu’on pense du vote aux Pays-Bas sur l’Accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, le résultat est clair: ce fut un vote de défiance envers l’UE! Ainsi, la population néerlandaise a profité, après le Non au Traité instituant une Constitution européenne de 2005, de sa deuxième opportunité de s’exprimer sur un projet et de manifester son mécontentement face à la politique de l’UE.
Rappel: en 2005, près de 62% des Néerlandais ont rejeté le Traité constitutionnel européen avec une participation de 63%, en France ils étaient à l’époque 56% à s’y opposer. Cette prétendue Constitution européenne, n’ayant jamais acquis force de loi suite à ces référendums à succès, a été rééditée sous le nom de Traité de Lisbonne en 2009.
Les voix critiques envers l’UE ne se limitent pas aux Pays-Bas et à la France. En Grande-Bretagne, un vote sur la sortie de l’Angleterre de l’UE est imminent et l’issue est ouverte. Dans de nombreux pays européens, les partis eurosceptiques gagnent en popularité. Dans certains, ils forment même le gouvernement démocratiquement élu. Les pays du dit Groupe de Visegrad – comprenant la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie – résistent aux diktats de l’UE concernant la politique d’immigration.
Les dirigeants de l’UE et les partis établis se limitent jusqu’à présent à fixer des étiquettes négatives sur toute personne critique et promettent en guise de solution des problèmes une meilleure communication – donc davantage de propagande – au sein de l’UE. Mais, de tels actes de séduction n’ont plus guère d’impact sur les populations. Celles-ci ont perdu l’illusion d’un espoir d’une vie meilleure.
Même le quotidien de l’économie libérale «Neue Zürcher Zeitung» présente des titres tels «Cultiver des tomates pour une bouchée de pain» (15/10/15) ou «Salaire de famine dans les fabriques d’habits d’Europe de l’Est» (3/3/16) et décrit le travail et les conditions de vie misérables des moissonneurs en Italie, escroqués de leur salaire et harcelés au travail et cela pas seulement dans des cas individuels.
Lorsque des entreprises de mode européennes renommées se font produire leurs articles exclusifs et coûteux, à bas salaires en Bulgarie et en Roumanie – pays se situant loin au-dessous du seuil de pauvreté – et que ces sociétés font encore pression sur les gouvernements pour faire valoir leurs intérêts, alors, il ne s’agit pas de mieux expliquer l’UE à ces personnes, mais de transformer sérieusement le système produisant de tels abus.
L’échelle des salaires minimums varie dans l’UE de 1,06 euros à 11,12 euros. Le taux de chômage des jeunes varie «normalement» entre 15 et 25%, selon Gyogy Dalos dans la «Neue Zürcher Zeitung» du 29/2/16. Cependant, en Grèce, ce taux s’élève à 48,6%, en Espagne à 46% et en Croatie à 44%.
Si l’on ne parvient pas rapidement à offrir aux citoyens de ces pays une alternative crédible au système de l’UE, l’Europe va traverser une période difficile.
Le Conseil fédéral suisse et la majorité parlementaire doivent bien y réfléchir s’ils veulent continuer de se faire mettre sous pression par l’UE comme récemment, avant d’accepter l’élargissement de la libre circulation des personnes à la Croatie, afin que la Suisse puisse continuer à participer à des projets européens de recherche. Avec de telles courbettes, nos autorités ne pourront certainement pas compter sur le consentement du peuple.    •