L’importance du droit naturel pour l’éthique et la coopération pacifique dans la communauté mondiale

Présentation du livre de Maria Raphaela Hölscher
«Das Naturrecht bei Joseph Ratzinger/Papst Benedikt XVI.»

par Urs Knoblauch, journaliste dans le domaine culturel, Fruthwilen TG

Le droit naturel forme la base éthique valable pour tous les êtres humains et tous les peuples, indépendamment de leur vision du monde, de leur religion ou de leur culture. Durant son pontificat, le pape émérite Benoit XVI a toujours ciblé l’attention sur l’importance significative du droit naturel pour l’avenir de la communauté mondiale. Ci-dessous, nous présentons quelques idées principales de l’ouvrage de Maria Raphaela Hölscher «Le droit naturel dans la pensée de Joseph Ratzinger/Pape Benoit XVI – L’importance du droit naturel au passé et au présent» paru en 2014.

L’auteur de ce livre a terminé ses études de doctorat à l’«Ateneo Pontifico Regina Apostolorum» à Rome avec une thèse sur le droit naturel dans la pensée de Benoit XVI. Après ses études en travail social et pédagogie de la religion, elle a travaillé dans de nombreux établissements caritatifs en Allemagne et en Albanie. Actuellement, elle enseigne la religion à Vienne. Elle est membre de la «Communauté de la nouvelle voie de Saint François d’Assise». Récemment, elle a été élue présidente de l’«Association Johannes Messner» à Vienne.
Dans son livre, Maria Raphaela Hölscher se réfère aux œuvres de Joseph Ratzinger/Pape Benoit XVI, à des sources et aux travaux scientifiques sur le droit naturel, notamment de Johannes Messner (1891–1984) et de Rudolf Weiler (*1928).
Comme son prédécesseur Jean-Paul II, Joseph Ratzinger/Pape Benoit XVI a ciblé, dans de nombreux messages et écrits, l’attention sur l’importance du droit naturel pour la coopération pacifique de la communauté mondiale. («Die Weltfriedensbotschaften Papst Johannes Paul II. 1933–2000 – Beiträge zur katholischen Soziallehre», Berlin 2001. [Les messages pour la paix mondiale de Jean-Paul II 1933–2000 – Contributions à la doctrine sociale catholique]). Joseph Ratzinger/Pape Benoit XVI a surtout mis l’accent sur les dangers représentés par le relativisme: dissolution du droit, de la réalité et de la vérité. Dès le 22 septembre 2011, lors du discours de Benoit XVI devant le Bundestag, (www.bundestag.de/parlament/geschichte/gastredner/benedikt/rede/250244) le droit naturel classique conforme à la nature humaine et à une culture universelle du droit, est davantage réapparu dans les discussions interpersonnelles et dans les débats politiques.
Vu le danger de la séparation du pouvoir et du droit en politique, le pape a cité Saint Augustin: «Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’Etat d’une grosse bande de brigands?» Ainsi, il faisait référence à la terrible injustice et le mépris de l’humanité dans l’histoire récente et a ainsi incité plusieurs de ses nombreux critiques à la réflexion et à continuer de chercher le dialogue.
Le droit, dans la pensée du droit naturel, n’est pas créé par l’homme, mais il est «inscrit dans le cœur de l’être humain» comme l’a décrit Wolfgang Waldstein dans son livre (Waldstein, Wolfgang. Ins Herz geschrieben – Das Naturrecht als Fundament einer menschlichen Gesellschaft, Augsburg 2010) auquel s’est référé le pape dans son discours devant le Bundestag . Dans sa préface, Hölscher explique que le discours du pape cité ci-dessus était un événement «d’importance historique» . En effet, ce discours et le livre cité de Waldstein l’avaient encouragée à choisir la thématique de son livre. Pour l’auteur, il s’agit de montrer comment la pensée sur le droit naturel de Joseph Ratzinger/Pape Benoit XVI «relie des idées théologiques, philosophiques et scientifiques.» (p. 15)

Les bases anthropologiques, historiques et philosophiques du droit naturel

Dans sa préface, Maximilian Heim OCist, abbé de la Zisterzienserabtei Stift Heiligenkreuz im Wienerwald et Magnus Cancellarius de la Haute Ecole de philosophie et théologie Benoit XVI de Heilgenkreuz, souligne le fait que le droit naturel «n’est pas seulement décisif pour le présent mais aussi pour l’avenir de la compréhension du droit», en matière d’éthique et de responsabilité morale des hommes. L’abbé renvoie à l’universalité du droit naturel et souligne: «Il ne s’agit pas d’une instrumentalisation catholique du droit naturel, mais de la reconnaissance de fondements raisonnables, inscrits a priori dans la nature humaine. Le droit naturel est relié à l’anthropologie, à la nature de l’être humain et à l’histoire de la philosophie. Cette tradition se réfère à Aristote et à la philosophie grecque – notamment la Stoa – qui parlait de la voix de la raison et de la loi de la nature de l’homme.» (p. 9)
Cicéron et Saint Thomas d’Aquin ont réalisé d’importantes contributions à l’enseignement catholique pour mieux comprendre la nature humaine et le droit naturel. Maria Raphaela Hölscher souligne que «dans ce débat de deux millénaires et demi» il s’agissait toujours «de trouver la mesure pour des lois morales et juridiques.» (p. 14) La tâche centrale est d’éclaircir les termes de la «nature humaine», du «droit naturel», de la «nature», et de la conception de l’homme. Nature renvoie au mot latin «natura» (nasci – naître, se développer) au mot grec «physis» et au «ius naturale» des Romains. Ainsi, on désigne par le terme nature «tout ce qui existe organiquement et anorganiquement ou qui se développe sans contribution de l’homme.» (p 16)
Concernant la doctrine sociale de l’église catholique, «Benoit XVI disait, qu’elle se fonde sur la raison et le droit naturel, c’est-à-dire sur ce qui est propre au genre humain.» (p. 38) L’homme a une nature sociale, il est doué de raison et forme une unité physique, émotionnelle et psychique avec la capacité à la transcendance.
L’ouvrage de Hölscher éclaircit les rapports historiques et actuels du droit naturel par une étude fondamentale des sources. Elle écrit: «Dans une rétrospective historique, Ratzinger renvoyait à la découverte et au développement du droit naturel jusqu’à la naissance du «ius gentium». Des siècles plus tard, au temps de la Réforme, où les positions théologiques étaient partiellement très opposées, il a fallu développer un droit commun ou au moins un minimum de droit.» (p. 35). Les fondements devaient «plus se trouver dans la foi, mais dans la nature, dans la raison de l’être humain.» (p. 35) Hölscher se réfère à Ratzinger en expliquant «que l’idée du droit naturel comme droit de la raison reconnaissant – en transgressant toutes les frontières religieuses – la raison comme organe du développement commun du droit avait été développée par Hugo Grotius (1583–1645) et Samuel von Pufendorf (1632–1694)». (p. 35)

Le droit naturel, fondement des droits de l’homme, du droit international et de la paix

Les liens actuels avec la situation de la culture politique de notre temps sont très précieux. Selon Ratzinger, «le droit naturel est resté, notamment dans l’église catholique, la figure d’argumentation avec laquelle elle fait appel à la raison commune dans le dialogue avec les autres communautés religieuses et la société laïque. A l’aide du droit naturel on cherche la base de la communication sur les principes éthiques du droit dans une société laïque et pluraliste.» (p. 35)
Actuellement, le droit naturel est contesté par des courants de pensée inscrits dans l’esprit du temps tels que l’antihumanisme, le relativisme, le déconstructivisme, le nihilisme ainsi que par la recherche de profit et de pouvoir; il est bafoué par des guerres violant le droit international et il n’est plus guère enseigné. «En tant que dernier élément du droit naturel, déclare Hölscher, il y a encore les droits de l’homme.» (p. 36) Selon Ratzinger dans son dialogue avec Jürgen Habermas, ceux-ci «sont incompréhensibles sans la notion d’appartenance de l’homme à l’espèce humaine, celui-ci est sujet de droits, son être est porteur de valeurs et de normes qu’il faut trouver mais non les inventer.» (p. 36)

Contre le relativisme éthique, le déconstructivisme, l’antihumanisme et la guerre

Joseph Ratzinger, le cardinal préfet d’alors, a en 2005, peu avant d’être élu pape, «regretté que l’actuelle dictature du relativisme ne voulait rien reconnaître comme définitif» ou comme vérité. Précisément dans le domaine des valeurs fondamentales humaines tel que l’honnêteté, le droit, la fidélité, le pacifisme ou la sollicitude, il n’y a pas de relativisme, pas de subjectivisme, pas d’arbitraire ou d’adaptation à quelque esprit du temps. Il ne faut pas accepter «l’assombrissement et l’incertitude dans les preuves indéniables de valeurs tel que l’égalité des êtres humains, la dignité égale des genres et l’inviolabilité de la vie humaine.» (p. 190) On relativise même «la foi selon le Credo de l’église» en la dénigrant comme «intégrisme». («La dictature du relativisme», Heiligenkreuz 2014, p. 6) Avec une prétendue «nouvelle anthropologie», la technicisation radicale, le «gender-main­streaming» avec une «nouvelle philosophie du sexe» et des interventions dans la substance humaine (la sélection des embryons par exemple), on viole des bases fondamentales du droit naturel et de la dignité humaine. (p. 169) Ainsi, dans le contexte du «gender-mainstreaming» propagé officiellement dans l’idéologie politique, on relativise aussi le mariage authentique et l’«union conjugale entre homme et femme» et la déclare au niveau légal comme «union entre deux personnes». (p. 198)
C’est ainsi qu’on détruit la base traditionnelle et conforme à la nature «du mariage et on transforme la nature de la société en tout autre chose.» (p. 198) Ces développements représentent une «révolution culturelle» de la communauté de valeurs du vivre-ensemble humain avec de lourdes conséquences. (p. 178) Le fait que le Bundestag allemand ait accepté le 30 juin 2017, après une courte discussion à grande majorité le projet de loi du Bundesrat sur l’introduction du «mariage pour tous», représente l’expression alarmante de cette révolution culturelle. A l’avenir, on lira dans le Code civil allemand: «Le mariage à vie est conclu par deux personnes de sexe différent ou du même sexe.» (www.bundestag.de/dokumente/textarchiv/2017/kw26-de-ehe-fuer-alle/513682)
De nombreux exemples historiques prouvent que le positivisme juridique sans rapport avec le droit naturel et l’éthique ainsi que le relativisme ou les méthodes de manipulation et de propagande, agissant au mépris de la dignité humaine, peuvent entraîner de dangereux développements. Ainsi Ratzinger souligne dans sa publication «Vers une nouvelle Europe?» (1992) «Après l’immense abus du positivisme juridique dans le «droit» du Troisième Reich, dans lequel l’injustice devint loi et l’Etat, dégradé en une bande de brigands, on s’était au fond rendu compte, que toute législation devait être fondée sur des valeurs pouvant échapper à la manipulation.» (p. 211)
Lors de son discours devant le Bundestag allemand mentionné ci-dessus, Benoit XVI renvoya, dans le contexte du Dieu créateur à «l’idée des droits de l’homme, l’idée de l’égalité de tous les êtres humains devant la loi, de la reconnaissance de l’inviolabilité de la dignité humaine dans chaque personne et la conscience de la responsabilité des êtres humains pour leurs actes.» (p. 10) Cette reconnaissance de la raison «forme notre mémoire culturelle. L’ignorer ou la comprendre comme un simple passé, serait une amputation de notre culture toute entière et la priverait de sa globalité.» (p. 10) Pour le pape, ce fut une préoccupation centrale, «de soumettre le pouvoir à la mesure du droit, afin que ne règne pas le droit du plus fort mais la force du droit.» (p. 35)
En rapport avec le droit naturel et la nature humaine, il soulignait très souvent que la «loi morale naturelle» et les «fondements de l’éthique universelle» appartenaient pour tous les êtres humains, les cultures et les traditions de sagesses au «grand patrimoine de la sagesse humaine.» (p. 41) Dans ce contexte, le pape rendit souvent attentif au danger que «lorsque la raison positiviste croit être la seule culture suffisante, elle minimise l’homme, voire menace même l’humanité». (p. 51) Justement face au droit fixé par l’homme et aux lois décidées par des votations à majorité démocratique avec leurs droits et leurs devoirs, qui peuvent également être injustes, «il faut qu’il y ait un droit qui suive la nature, l’être même de l’homme. Il faut trouver ce droit-là qui formera par la suite un correctif face au droit positif.» (p. 35)

L’objectif essentiel de l’éducation et de la formation: «Un monde plus humain pour tous»

Les réflexions et contenus décrits du livre de Maria Raphaela Hölscher comprennent aussi le devoir éducatif et la responsabilité concernant la formation, la culture et la politique. La psychologie, par exemple, nous montre qu’il faut soigner, promouvoir et renforcer avec précaution, dès la première enfance, par le modèle et l’orientation, les merveilleuses capacités humaines innées à la nature sociale de l’être humain afin qu’elles prennent place dans la vie émotionnelle et dans la conscience de l’homme. Ce n’est pas la numérisation, mais l’éthique et l’humanité qu’il faut mettre au premier plan. De telles personnalités sont capables de résoudre des conflits sans violence et de mener un dialogue sincère et constructif.
Dans ce contexte, Hölscher se réfère également à la soirée historique, où le cardinal Ratzinger et Jürgen Habermas ont débattu le 19 janvier 2004 à l’Académie catholique de Munich des sujets «Ce qui tient ensemble le monde» et les bases «d’un Etat libéral.» (Habermas, Jürgen; Ratzinger, Joseph. – Dialektik der Säkularisierung – Über Vernunft und Religion, 2001) Pour Ratzinger, «le droit naturel est une réalité pouvant être reconnue par l’intuition fondamentale de l’homme sur le caractère morale de l’être. Il y a un lien, commun à toutes les grandes cultures, entre l’être humain et la nature.» (p. 29) Dans l’entretien, «Ratzinger a demandé comment le droit se forme et quelle qualité il doit avoir pour correspondre à la justice et pour ne pas devenir le privilège de ceux ayant le pouvoir pour créer des lois. Puis, Ratzinger a expliqué qu’une condition fondamentale pour le droit est la justice, le unicuique suum, de donner ‹à chacun son dû›. De par la nature de l’homme, il existe des droits. Partant de telles pensées, l’idée des droits de l’homme a évolue sous la forme d’une Magna Charta du mouvement moderne pour la liberté.» (p. 82)
Le pape a toujours renvoyé «à l’enracinement profond dans le droit naturel de tout système de droit national ou international, ‹dans le message éthique inscrit dans l’être humain lui-même›». (p. 82) Hölscher précise «que le droit naturel est reconnaissable au sens classique du terme, qu’il est globalement valable et inchangeable et qu’il perdure les changements historiques. Puisque le droit naturel est propre à la nature humaine égale pour tous les être humains, il engage tout un chacun.» (p. 91)
Dans les précieuses encycliques «Fides et ratio» [Foi et raison] de Jean-Paul II de 1998 et «Caritas in veritate» [L’amour dans la vérité] de Benoit XVI de 2009, la raison, l’esprit et les capacités humaines de la réflexion rationnelle et métaphysique sont regroupées pour prendre connaissance de la vérité. La question décisive est posée: «Y a-t-il un lien entre l’être et le devoir, y a-t-il donc dans l’être lui-même une exigence éthique et légale?» (p. 33) Joseph Ratzinger y répond par l’affirmative et explique que la justification se trouve «dans la conception de la nature en tant que porteuse de l’esprit, de l’éthos et de la dignité étant inhérents à la nature. Le message éthique, contenu dans l’être, est reconnaissable. Dans le droit naturel classique, il existe un fondement métaphysique. Suite à une conception erronée de la nature, celle-ci n’étant aujourd’hui plus vu comme métaphysique, mais avant tout comme empirique, il est presque impossible pour l’être humain de reconnaître ce message éthique.» (p. 81)
Ainsi, le message fondamental du droit naturel classique, «Fais le bien et évite le mal» (p. 231), peut toujours, dans notre vie quotidienne, être le principe directeur dans l’éducation, la formation, la science et la politique. Dans ce sens, la loi morale universelle et le droit naturel sont «la base solide de tout dialogue culturel, religieux et politique. Il permet au pluralisme diversifié des différentes cultures, de ne pas s’éloigner de la recherche commune du Vrai et du Bon.» (p. 220) C’est ainsi que «la quête du bien commun» et celle de «la construction de la paix» pourront réussir. «Pour être vrai, déclare Benoit XVI, le dialogue doit être clair en évitant le relativisme et le syncrétisme. Mais il doit être animé par le respect sincère de l’autre et de l’esprit de la réconciliation et de la fraternité.» (p. 220)
C’est pourquoi il faut réaffirmer les acquis des Nations Unies et se soucier de leur mise en pratique au niveau international, comme le pape l’a souligné dans son discours de 2008 devant l’Assemblée générale de l’ONU. (Benoit XVI, Eine menschlichere Welt für alle, 2008) [Un monde meilleur pour tous]. Pour cela, le droit naturel joue un rôle crucial, car il n’est pas lié à une confession religieuse. Grâce à la loi morale naturelle, il est accessible pour tout être humain et permet donc la collaboration pacifique dont la communauté mondiale a un urgent besoin.    •