L’Allemagne est de nouveau confrontée à la question sociale

Le prix élevé du désordre économique global

par Werner Voss, Wiehl, Allemagne

hd. Du regard posé par l’Allemagne sur les protestations des Gilets jaunes en France, il en ressort aussi cette réaction: «Ce genre de choses serait impossible chez nous en Allemagne. Nous avons une économie sociale de marché. L’Allemagne est un Etat social. Nous avons la sécurité sociale et la justice sociale. Nous avons des syndicats puissants et de bons salaires. Ici personne ne doit manifester comme en France.» Tout cela n’est pas tout à fait faux. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a véritablement édifié quelque chose qui lui a apporté une reconnaissance et un respect universels, avec des concepts tels que le capitalisme rhénan ou l’économie sociale de marché. Mais en Allemagne aussi, les temps ont changé. Et l’analyse suivante va le montrer. L’auteur est un citoyen engagé ayant collecté tous les points névralgiques de la problématique sociale actuelle en Allemagne. Pas parce que tout va si mal, mais parce qu’il est grand temps d’énoncer les problèmes réels et d’amorcer des décisions. Il est évident que le problème crucial ne réside pas dans les dépenses insuffisantes en faveur des programmes sociaux de l’Etat ou dans les assurances sociales. Bien au contraire, les dépenses sociales annuelles ont atteint des sommets considérables. En 2018, près d’un milliard d’euros a été déversé dans ce secteur et des millions de gens bénéficient du soutien de l’Etat. Le problème crucial est un désordre économique effréné et globalisé, connecté en outre à une politique sociale malencontreuse orientée vers les attitudes et les comportements individuels, et un sens du bien public défectueux. Ce problème empêche de nombreux individus d’accomplir leur travail de façon satisfaisante et d’en tirer des revenus raisonnables, et même de pouvoir bénéficier de régimes de prévoyance pour vivre dignement leur retraite.

File d’attente devant une banque alimentaire à Munich. (photo keystone)

«Le bien-être pour tous», c’était là le credo de Ludwig Erhard au pays du miracle économique allemand, cette vieille République fédérale de la fin des années cinquante et du début des années soixante au siècle dernier. La philosophie de l’économie sociale de marché, c’était: «Vivre et laisser vivre» ce qui ne désignait rien d’autre que la participation de vastes tranches de la population à la création de richesse macroéconomique de façon égalitaire. Erhard ne changea rien à l’inégalité dans la redistribution des richesses et dans la répartition des revenus, mais par la suite la croissance de l’économie se vit redistribuée à égalité entre les employeurs et les employés.
Mais qu’en est-il aujourd’hui, 60 ans après? Alors que le Produit intérieur brut (PIB) – c’est-à-dire la valeur annuelle ajoutée de toutes les marchandises et services produits dans un pays – a effectivement, dans les années 2005–2017, augmenté de plus de 40%, de 2,301 à 3,277 billions d’euros (exprimé en chiffres réels) (https://de.statista.com/statistik/daten/studie/1251/umfrage/entwicklung-des-bruttoinlandsprodukts-seit-dem-jahr-1991/), pendant la même période, la part de ceux vivants en dessous du seuil de pauvreté est passée de 14,7% à environ 17%. (Graphique «Armutsquote und BIP im Zeitvergleich» dans le Rapport 2018 sur la pauvreté de l’Association paritaire d’aide sociale, p. 13) C’est là un record depuis la réunification allemande.
On considère comme vivant en dessous du seuil de pauvreté ceux dont le revenu net mensuel est en dessous de 60% du revenu moyen. Pour le Panel socio-économique (SOEP) du Deutsches Institut für Wirt­schaftsforschung (DIW – Institut allemand pour la recherche économique) ce seuil est atteint avec un revenu individuel de 1086 euros net par mois.

La situation réelle du marché du travail

En Allemagne, le taux de chômage officiel était de 5,3% en février 2019, c’est-à-dire 2,37 millions de personnes (https: //de.statista.com/statistik/daten/studie/1239/umfrage/aktuelle-arbeitslosenquote-in-deutschland-monatsdurchschnittswerte/). Ces chiffres sont actuellement regardés comme un véritable succès. En 1982, après que la limite du million de chômeurs ait été dépassée dans la République fédérale, alors plus réduite, il y eut un énorme tollé et l’ancien gouvernement de coalition SPD/FDP du Chancelier Helmut Schmidt fut rejeté. Un nouveau gouvernement (CDU) fut mis en place avec le Chancelier Helmut Kohl.
Les chômeurs de longue durée âgés de plus de 58 ans n’ayant pas reçu d’offre d’emploi depuis plus d’un an ne sont pas inclus dans le décompte actuel des chiffres du chômage. Ces 162 600 individus sont globalement inclus dans un régime spécial et donc automatiquement exclus des statistiques (Zeit online du 11/3/17). L’âge de la retraite, cependant, a été fixé quelque 10 ans plus tard, à 67 ans. Sont également exclus des statistiques les personnes bénéficiant de mesures de l’agence pour l’emploi, ou encore les chômeurs en fin de droits aux allocations-chômage devant d’abord utiliser leurs propres avoirs avant de pouvoir accéder aux allocations-chômage II (Hartz IV). Alors, la misère du chômage trouve précisément ses prolongements par la multiplication de ceux percevant les allocations-chômage II, connus sous le nom de Hartz IV et qui sont actuellement plus de 4 millions de travailleurs potentiels. S’y ajoutent environ 2 millions d’autres personnes (par exemple, des enfants) dépendantes de cette compensation financière. (https://de.statista.com/statistik/daten/studie/1396/umfrage/leistungsempfaenger-von-arbeitslosengeld-ii-jahresdurchschnittswerte/)
D’après une étude de l’Allgemeine Ortskrankenkasse (AOK), l’état de santé de cette tranche de population est extrêmement mauvais, comparé à celui de ceux qui gagnent leur vie eux-mêmes. Parmi les travailleurs potentiels allocataires du Hartz-IV, 10,5% souffrent d’un rétrécissement des vaisseaux coronariens, alors que «seuls» 6,8% des actifs sont concernés par cette coronopathie («Oberbergische Volkszeitung» du 9 mars).
Malgré les images idylliques des médias, dont le discours est celui du boom du marché du travail ou du miracle de l’emploi, l’Allemagne, même en plein boom économique, reste un pays où plus de 6 millions de personnes sont touchées par le chômage de masse sans que ces chiffres officieux soient comptabilisés. D’autre part beaucoup d’entreprises déplorent un manque de travailleurs spécialisés qui doit être compensé par l’importation de travailleurs étrangers. Ne serait-il pas préférable de reconsidérer la formation professionnelle aujourd’hui dévastée par des décennies de réformes de l’enseignement et de la remettre sérieusement en état afin de requalifier les jeunes Allemands dans l’apprentissage des compétences de base telles la lecture, l’écriture et le calcul, puis de recommencer une formation dans les professions en demande pour ainsi pouvoir réussir?
Outre ces plus de 6 millions de chômeurs, on trouve 7,718 millions de personnes occupant des emplois précaires ou atypiques (https://de.statista.com/statistik/daten/studie/161608/umfrage/atypisch-beschaeftigte-in-deutschland-nach-erwerbsformen-seit-1999/). Cela représente 17% sur un total des 44,79 millions d’actifs. On parle, entre autres, d’emplois précaires lorsque les travailleurs ne peuvent vivre de leur revenu que mal ou même pas du tout (Secteur des bas salaires / Working poor). Cela inclut 1,09 millions de personnes soi-disant assistées, qui reçoivent des fonds supplémentaires de l’administration (ZDF, WISO du 28 janvier) pour assurer leur minimum vital (actuellement 424 euros après déduction du loyer charges comprises).
Un travail précaire signifie aussi un emploi non inscrit dans la durée. Cela inclut le travail intérimaire et le travail temporaire, le travail à temps partiel dû au chômage technique, les petits boulots ou les emplois subventionnés. Les travailleurs indépendants peuvent également occuper des emplois précaires, si ils dépendent, par exemple, d’un seul commanditaire en tant que travailleurs «fictifs» (https://www.dgb.de/++co++82df733a-28ca-11e2-b661-00188b4dc422/@@glossary.html).

Conséquences de l’Agenda Schröder 2010

Ce développement est le résultat d’une politique de marché radicale, la politique de promotion de la globalisation en Allemagne; car avec le début du XXIe siècle, les normes sociales (Réformes Hartz-IV) se sont vues significativement rétrogradées. Ces réformes n’ont eu et continuent de n’avoir – malgré les prises de position officielles – aucun effet positif sur l’emploi. Le nombre de demandeurs d’emploi percevant les allocations-chômage n’a baissé que suite à une modification des méthodes statistiques de comptage. De plus, cela a favorisé la multiplication des emplois précaires.
Entre 1992 et 2012, les salaires réels ont baissé d’environ 1,6%. En 2016, et pour la première fois depuis 1992, il y a eu une augmentation d’environ 2,6% du salaire réel. Donc 24 ans après, les actifs n’avaient qu’un petit excédent net dans leur porte-monnaie (Hofbauer, Hannes. Kritik der Migration, p. 189). Il faut noter que pendant cette période, sur dix tranches de revenus, c’est justement pour les deux tranches inférieures que les salaires réels étaient plus bas en 2016 qu’il y a 25 ans (1991) (Rapport sur la pauvreté 2018 de l’Association d’aide sociale paritaire, p. 13). Par contre, dans le même temps le produit intérieur brut a presque doublé (1991–2016) donc, exprimé en chiffres réels, de 1,7 billions d’euros à 3,3 billions d’euros (https://www.statistik-bw.de/VGRdL/tbls/tab.jsp).

Marché du travail et libre circulation des travailleurs de l’UE

En 2004, suite à l’extension vers l’Est de l’UE, le marché du travail s’est retrouvé soumis à une forte pression consécutive à la libre circulation des travailleurs, avant tout par l’adhésion de la Pologne, de la Hongrie et d’autres pays, puis plus tard en 2007, par l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie. Dans ces pays, le niveau salarial est bien inférieur au nôtre. En Bulgarie, par exemple, les salaires sont environ un huitième de ce qu’ils sont en Allemagne (Hofbauer, p. 185). Cela a logiquement déclenché un fort effet d’appel en direction du marché du travail allemand et d’autres pays d’Europe centrale.
L’important afflux d’une main-d’œuvre disponible et meilleur marché a exercé une forte pression sur les salaires tout en réduisant les droits des travailleurs et leurs standards sociaux. Fin 2015, il y avait en Europe de l’Ouest environ 2 millions de travailleurs en provenance principalement d’Europe de l’Est (Hofbauer, p. 200). On estime que 15 à 20% de la population roumaine apte au travail gagnent leur vie à l’étranger (Hofbauer, p. 201).
Le conflit désordonné entre des économies totalement différentes mène non seulement à un phénomène de rejet chez nous en Allemagne, mais également à une hémorragie de main-d’œuvre dans les pays d’origine, et de cette façon, bloque le progrès économique dont ces pays ont un urgent besoin. A titre de mesure de rétorsion, le FMI a exigé des autorités roumaines qu’elles libéralisent le marché du travail roumain et importent de leur côté des travailleurs encore meilleur marché d’Extrême-Orient ou d’Ukraine dans leur propre pays. De nombreuses entreprises suivirent les conseils de l’organisation financière internationale. En 2007, après l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne, sur les 1200 employés de l’atelier de couture roumain «Mondostar» de Sibiu, il n’en restait plus que 350. Une agence philippine fut alors pressentie, et très rapidement des employées philippines vinrent accomplir des semaines de 60 heures pour un salaire mensuel de 235 dollars (Hofbauer, p. 203).
Depuis 2015, la situation décrite plus haut s’aggrave à cause de l’immigration en très forte augmentation à partir des pays musulmans vers l’Europe centrale, en particulier en Allemagne. En plus du dumping salarial et de la fragilisation des standards sociaux, ce mouvement migratoire nous a coûté, depuis 2015, 47 milliards d’euros par an, selon les calculs de l’économiste Conrad Schuler (coûts de structure et frais directs). Cela correspond à 15% de l’actuel budget fédéral (Hofbauer, p. 171).

Précarité des personnes âgées, dépendance aux soins, crise du logement et banques alimentaires [«Tafeln»]1

Depuis 2003, le nombre des retraités recevant le revenu minimum de base a doublé pour atteindre 500 000 personnes. Cela correspond à 3% des retraités. En 2036, ils seront 20% et c’est ainsi 4,8 millions de retraités qui seront concernés (https://www.ndr.de/themenwoche/gerechtigkeit/Ueber-500000-Rentner-beziehen-Grundsicherungsleistungen,altersarmut268.html). Même actuellement, 48% des retraités perçoivent une retraite de moins de 800 euros par mois. Sur un total de 18 millions de retraités, cela concerne 8,6 millions de personnes (https://www.tagesschau.de/inland/altersrente-103.html).
Selon une étude de l’AOK les retraités percevant moins de 800 euros mensuels nécessitent un encadrement de soins dès l’âge de 74 ans en moyenne. Dans la tranche allant de 800 à 1600 euros, à partir de 77 ans seulement. Ceux qui perçoivent plus de 1600 euros de retraite mensuelle ne deviennent dépendants aux soins qu’à l’âge de 81 ans («Oberbergische Volkszeitung» du 9 mars).
Il faut noter qu’entre 2003 et 2017, selon l’Agence fédérale, la proportion des retraités exerçant de petits boulots a presque doublé, passant de 587 046 à 1 074 689 personnes. Les plus de 65 ans représentent le plus gros contingent de ceux qui exercent des petits boulots.
Il n’est pas non plus très correct qu’une commission indépendante (Pensions Board) composée d’experts sélectionnés veuille encore repousser l’âge de retraite sous prétexte de l’allongement de la longévité. Le résultat d’une analyse des données collectées demandée par Sabine Zimmermann, députée du Bundestag (Die Linke, Nouvelle gauche), a montré qu’un retraité sur cinq n’atteignait pas sa 70e année de vie. En Allemagne, ce sont déjà 135 000 personnes qui, chaque année, meurent avant leurs 66 ans. Et chaque année, plus de 185 000 personnes (soit 22%) n’atteignent pas leur 71e année. Il ressort de la réponse du Gouvernement fédéral à la demande de Mme Zimmermann qu’entre 2005 et 2014, environ 1,4 millions de personnes (16%) sont décédées avant d’avoir atteint 65 ans.
Pourtant, il faut se rappeler que dans les prochaines années la génération du baby-boom, donc la génération née au siècle dernier entre la fin des années cinquante et le début des années soixante, va partir en retraite et ainsi accroître le nombre total des retraités probablement jusqu’à 24 millions en 2040.
Depuis 2000, la dépendance aux soins des personnes âgées a augmenté, passant de 1,9 millions à 3,3 millions de personnes aujourd’hui, et en 2045, cela concernera 5 millions de personnes. Les coûts passeront de 38,5 milliards (aujourd’hui) à 145 milliards d’euros en 2045 (https://wize.life/themen/Gesundheit /92875/aktuelle-studie-5-millionen-pflegebeduerftigbis2045-altenpflege-drohen-enorme-kosten).
La moitié des 592 000 bénéficiaires de l’allocation logement a aujourd’hui plus de 65 ans («Oberbergische Volkszeitung» du 15 janvier). En 1987, l’ancienne République fédérale comptait encore 3,9 millions d’HLM. En 2015, après la réunification, il n’y en avait plus que 1,4 millions (Hofbauer, p. 171). Or, on en arrive, comme l’indique le plus récent développement, à une augmentation des loyers au-dessus de la moyenne justement dans les centres urbains. Cela pourrait poser problème pour ceux issus des années à forte natalité et qui vont bientôt partir en retraite parce que toute une génération va tomber sur des coûts de logement élevés, mais avec des retraites en diminution. Un autre aspect à considérer est celui de la rénovation des appartements pour les adapter aux besoins des personnes âgées. Pour nombre d’entre eux et de plus en plus, ce sera difficilement abordable. D’après les informations de Matthias Günther (Institut Pestel, Hanovre) ce sont 3 millions d’appartements supplémentaires, adaptés à l’âge qui devraient être construits d’ici 2030. Cela coûtera 50 milliards d’euros, mais devrait cependant être réalisé pour un coût de seulement 6 milliards d’euros, compte tenu des subventions de l’Etat, selon Günther («Oberbergische Volkszeitung» du 15 janvier).
Le nombre croissant d’immigrés et le manque de logements décents a transformé ce besoin humain fondamental en produit de luxe. Seule l’augmentation du nombre des sans-abri dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en hausse constante de 15 à 30% par an depuis 2015 et qui atteint aujourd’hui le chiffre de 32 000 personnes, peut expliquer cette misère («Oberbergische Volkszeitung» du 7 février). Au niveau national, le nombre des sans-abri a augmenté de près de 25% entre 2014 et 2016. En chiffres absolus, cela signifie de 335 000 à 420 000. N’y sont pas inclus les quelque 440 000 réfugiés qui vivent dans des foyers (Zeit online du 14/11/17).
«Au travers des plus de 940 banques alimentaires se dessine une sombre image de l’Etat social», a dit Jochen Brühl, président de l’Association des banques alimentaires à l’occasion de la Journée mondiale de la justice sociale le 20 février. Le nombre des personnes démunies fréquentant les «Tafeln» a doublé au cours des 10 dernières années. En 2005, ces banques alimentaires portaient assistance de façon régulière à 500 000 personnes. En 2007, elles étaient 700 000. Depuis 2014, leur nombre annuel a atteint 1,5 millions de personnes. Et la demande continue d’augmenter, selon Brühl («Oberbergische Volkszeitung» du 21 février).

Le financement

Qui finance tout cela? Toutes les recettes fiscales (de l’Etat, du Land, des communes) sont générées en premier lieu par l’impôt sur le revenu et sur les salaires (45%) ainsi que par l’impôt sur le chiffre d’affaires (30,8%). A partir du facteur de production qu’est le travail, on déduit, en plus du prélèvement fiscal, l’assurance-chômage, les retraites (après le procédé de répartition), les assurances sociales et les caisses maladie.
A côté de la pression salariale décrite plus haut menant à des pertes de revenus fiscaux et de taxations sociales, il ne faut pas non plus oublier qu’une création de valeur toujours plus grande résulte d’une automatisation et d’une numérisation croissantes à l’avenir, entraînant une baisse de la main-d’œuvre également croissante. Ainsi se pose la question de savoir jusqu’à quel point on doit continuer dans ce processus de destruction du travail devant générer une augmentation supplémentaire de la productivité, et si cela est vraiment dans l’intérêt du bien commun.
Il a été suggéré d’adopter une imposition qui s’appliquerait directement à la création de valeur, c’est-à-dire sur les systèmes numériques et d’automatisation. Un impôt sur l’investissement appliqué dès la mise en services de techniques destructrices d’emploi, telles l’intelligence artificielle/l’automatisation (robots), la numérisation, l’industrie 4.0 serait aussi une possibilité.
Le taux d’imposition légal est de 30% pour les multinationales, mais là-dessus seuls 20% sont réellement versés («Oberbergische Volkszeitung» du 23 janvier). Les entreprises actives au niveau international ont, au travers de comptabilité financière inter-sociétés ainsi que du transfert des bénéfices à l’étranger, plus de possibilités d’échapper à leurs obligations fiscales – au contraire des petites et moyennes entreprises et de leurs employés.
A l’aide d’un nouvel outil de recherche, le «Country-by-Country-Reporting», relié à la collecte d’informations par la banque de données Orbis – recherche et analyse de données financières – et d’autres données (chiffre d’affaires, bénéfice, impôts) d’entreprises actives au niveau international, ventilés par pays, les impôts selon la loi seraient faciles à identifier. Cependant les multinationales s’y opposent et ont trouvé, de façon inexplicable, un allié en la personne d’Olaf Scholz (SPD, ministre fédéral des Finances). Son prédécesseur Wolfgang Schäuble (CDU) n’avait lui non plus rien voulu savoir de cet outil («Oberbergische Volkszeitung» du 23 janvier).
L’année dernière, les milliardaires allemands ont vu augmenter leur fortune d’environ 20%. Le 1% des plus riches Allemands possèdent autant que 87% de la population allemande («Oberbergische Volkszeitung» du 21 janvier).

Conclusion

Au travers des faits décrits plus haut, la politique, malgré la dernière tentative du SPD pour un «renouvellement de l’Etat social» n’a généré jusqu’ici aucun début de solution.
C’est une honte de devoir être témoins de ce que, malgré l’énorme augmentation du produit national dans les dernières décennies et malgré les recettes fiscales jusqu’à présent effervescentes en Allemagne, de larges tranches de la population tombent littéralement dans la pauvreté. Selon le souhait d’Ursula von der Leyen, le budget de la Bundeswehr, actuellement de 38,5 milliards d’euros devrait, d’ici à 2025 être porté à 1,5% du PIB, soit en chiffres absolus à plus de 60 milliards d’euros. Cela contribuera à encore plus de guerres, tuant les gens ou les poussant à s’enfuir chez nous. Les réfugiés sont privés de leur pays natal, exploités dans les pays de destination de l’hémisphère nord et leurs pays d’origine se dépeuplent et dépérissent dans l’«arène» des fantasmes de quelques superpuissances.
Les fonds publics ont alimenté le sauvetage de banques. Le MSE (Mécanisme de stabilité européen) signifie la prise en charge de la garantie de budgets d’Etats étrangers avec nos recettes fiscales. Les balances de Target-2 débouchent sur les créances irrécouvrables d’autres Etats qui resteront à la charge de nous citoyens. De l’argent supplémentaire est absorbé par l’EU en direction de Bruxelles et de Strasbourg.
Dans l’article 20, paragraphe 1 de la Loi fondamentale, il est dit: «La République fédérale d’Allemagne est un Etat fédéral démocratique et social.» [Souligné par l’auteur].
Dans l’article 28, paragraphe 1, phrase 1 de la Loi fondamentale, il est dit: «L’ordre constitutionnel des Länder doit être conforme aux principes d’un Etat de droit républicain, démocratique et social, au sens de la présente Loi fondamentale.» [Souligné par l’auteur].
Il faut comprendre l’Etat social comme un Etat de droit démocratique, dont le but est la justice sociale et la sécurité de ses citoyens selon la Constitution. Il réalise cet objectif à l’aide de mesures législatives correspondantes ainsi qu’avec des mesures de soutien matérielles.
Il faut exiger ces principes constitutionnels au nom de tous les citoyens.    •

(Traduction Horizons et débats)

1    Les «Tafeln» sont des banques alimentaires, l’équivalent allemand des Restos du Cœur français.

wv. En Allemagne, l’allocation de chômage I est versée parce que tous les ouvriers et les employés cotisent à l’assurance obligatoire sur une base mensuelle, avec un taux de cotisation d’actuellement 2,5% du salaire. Ces 2,5% sont payés à 50% par l’employé et par l’employeur. Si vous perdez votre emploi et si vous avez été employé pendant au moins 12 mois au cours des deux dernières années, vous avez droit aux prestations généralement pour une durée maximale d’un an. La durée maximale de deux ans est atteinte pour les personnes âgées de plus de 58 ans. Le montant des prestations est de 60% du dernier revenu net pour les bénéficiaires sans enfants, et de 66% pour les bénéficiaires ayant au moins un enfant.
L’allocation de chômage II ou «Hartz IV» [en Allemagne, l’allocation d’aide aux chômeurs de longue durée] n’est pas une prestation sociale, mais une prestation servant à l’intégration au marché du travail. Elle est versée lors de l’expiration de l’allocation de chômage I et quand tous les biens de la personne concernée sont consommés, à l’exception d’un petit patrimoine épargné (150 euros par année de vie ou à partir de 50 ans 7500 euros), et donc que la condition légale du besoin est remplie. Le montant est actuellement de 424 euros par mois pour une personne vivant seule après déduction du loyer chauffage inclus, électricité et téléphone exclus. Cette prestation est financée par les recettes fiscales.
La couverture de base est une prestation sociale de vieillesse, quand la pension est insuffisante ou inexistante, pour couvrir le minimum vital. (Le minimum vital est actuellement de 424 euros par mois pour une personne vivant seule après déduction du loyer chauffage inclus, électricité et téléphone exclus). Elle est financée par les recettes fiscales.
La pension légale est un droit. Elle est financée au cours de la vie active des ouvriers et des employés par une assurance obligatoire légale avec un taux de cotisation actuel de 18,6% sur le salaire, dont le salarié et l’employeur supportent chacun la moitié. Elle est versée directement aux retraités actuels selon le système de répartition. L’âge requis de la retraite est passé progressivement de 65 à 67 ans.