100 ans après Versailles – ce que nous aurions pu apprendre

par Karl Müller

100 ans après Versailles, le bilan est plutôt mitigé. De nombreuses personnes responsables, notamment les hommes politiques occidentaux, étaient et demeurent toujours prêts à mener une guerre permanente, dans laquelle les soi-disant accords de paix ne sont que des étapes sur la voie de la réalisation de leurs objectifs de guerre. Il ne peut y avoir de paix véritable, également en Europe, sans vérité et sans justice. On en était et en est encore très éloigné.

Le soir du 20 juin, selon nos médias, le monde était à quelques minutes d’une guerre entre les Etats-Unis et l’Iran et d’une conflagration au Moyen-Orient. Ce qui a incité le président américain à annuler l’attaque contre l’Iran est une question importante. Le président américain a tweeté que la mort de 150 personnes dans l’attaque prévue – bilan probable selon les dires des militaires responsables – n’aurait, à son avis, pas été une réponse «proportionnée» à la destruction d’un drone sans pilote abattu par l’Iran ... Prendre en considération les vies humaines semble être un mobile honorable.

Les Etats-Unis et l’Iran …

Intéressant de prendre en compte ce que l’ancien secrétaire d’Etat allemand Willy Wimmer a dit dans une interview du 21 juin (https://politik.der-privatinvestor.de/der-amerikanische-tiefe-staat-ist-auch-bei-uns-zugange): «La prochaine guerre [des Etats-Unis], même si elle satisfera les donateurs de la campagne présidentielle, pourrait être la dernière guerre selon ce que nous entendons par les Etats-Unis. Dans la coalition anti-iranienne […] sous la houlette du président Trump, les intérêts de ces Etats vis-à-vis de l’Iran ne peuvent être servis que si les Etats-Unis se mettent eux-mêmes à disposition. Nous l’avons déjà vu en Corée du Nord et au Venezuela. Les Etats-Unis sont mis à l’épreuve, et parmi les rivaux potentiels ou réels des Etats-Unis, je ne vois personne qui serait prêt à sacrifier l’Iran.»
Et personne ne parle du nombre de vies humaines que la spirale des sanctions contre l’Iran, lancée par les Etats-Unis et s’accélérant continuellement a déjà coûté et coûtera encore. Dans un entretien avec Idriss Jazairy – Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur les effets des mesures coercitives unilatérales sur les droits de l’homme de la population du pays touché (https://www.nachdenkseiten.de/?p=52541 du 15 juin) –, Karin Leukefeld a de nouveau attiré l’attention sur cette injustice largement dissimulée, en prenant en compte également la Syrie.
Cet exemple tiré de la politique mondiale actuelle n’est qu’un exemple parmi d’autres pour étayer la thèse selon laquelle il est difficile de faire confiance aux déclarations publiques de nos politiciens et de nos médias en ces temps de tension internationale, les objectifs et les liens réels de la politique restant souvent cachés. A cet égard, il n’y a guère eu de changement au cours du siècle écoulé depuis Versailles. Quelles en sont les conséquences?

… et le Traité de Versailles

Le 28 juin a marqué le 100e anniversaire de la signature allemande du Traité de Versailles. Il y a énormément de littérature concernant ce traité. Voici une brève citation de Wikipédia: «La délégation allemande n’a pas été autorisée à participer aux négociations [sur le traité], et n’a pu obtenir que quelques améliorations du contenu du traité à la fin suite à quelques demandes écrites. Le traité stipulait que l’Allemagne et ses alliés étaient seuls responsables du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et l’obligeait à abandonner des territoires, à désarmer et à verser des réparations aux puissances victorieuses. A la dernière demande, l’Allemagne signa le traité avec protestation dans la galerie des Glaces de Versailles, le 28 juin 1919. Après la ratification et l’échange de documents, il entra en vigueur le 10 janvier 1920. En raison de ses conditions spécialement dures et de la manière dont il a été élaboré, la majorité des Allemands estimait que ce traité était un diktat illégitime et humiliant.»
Aujourd’hui, de nombreux experts pensent que le Traité de Versailles fut un affaiblissement considérable des forces démocratiques de la jeune République allemande de Weimar et qu’il n’a pas mis fin aux hostilités entre les Etats ennemis de la Première Guerre mondiale, bien au contraire. Le fait que la propagande hitlérienne et les nouvelles préparations de guerre n’aient pas été remises en question par une partie importante des Allemands est également à mettre sur le compte du Traité de Versailles.

Propagande et intérêts

La propagande des puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale semblait bien différente après 1918. Déjà pendant la guerre, on disait, d’abord en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis, que la guerre des Alliés contre l’Allemagne était «la guerre pour mettre fin à la guerre» ou «la guerre pour mettre fin à toutes les guerres», et enfin la guerre, «pour garantir au monde la démocratie». Si le «militarisme allemand» était vaincu une fois pour toutes, plus rien ne ferait obstacle à la paix et à la démocratie dans le monde.
Aujourd’hui, nous savons que les intérêts des grandes banques américaines au remboursement des énormes prêts de guerre accordés à la France, à la Grande-Bretagne et à la Russie ont également joué un rôle certain – ce qui aurait été très peu probable si ces puissances avaient été vaincues. Il existait aussi un intérêt britannique à affaiblir de manière décisive le désagréable concurrent qui, avant 1914, s’était fortement développé sur le continent. Puis, il y avait aussi un intérêt français de maintenir durablement sous contrôle l’«ennemi juré» d’outre-Rhin. La liste pourrait être allongée.

Les intérêts de qui?

Mais de quels «intérêts» s’agit-il, si le prix à payer – d’abord au cours de la Première, puis de la Seconde Guerre mondiale – étaient des dizaines de millions de morts et de mutilés et la destruction de pays? Ce n’était certes pas dans l’intérêt des peuples. De même, le Traité de Versailles n’était nullement un traité de paix, mais une continuation de la guerre par d’autres moyens. Après 1945, une des leçons à tirer de Versailles et de ses suites aurait pu être: pas de paix sans justice. Jusqu’à ce jour, le monde n’y est toujours pas parvenu. Certaines parties de la Charte des Nations Unies en constituent une tentative honnête et sérieuse – mais là encore, la conception du Conseil de sécurité et des puissances victorieuses avec leur droit de veto constitue une violation fondamentale de l’égalité juridique.
La justice inclut la vérité dans la mesure où elle est connue et acceptée. La vérité après une guerre ne doit pas s’accompagner d’une posture de victoire et de mépris envers les vaincus – elle ne convient à la justice que si elle rend réellement (objectivement) justice à tous, sans que les uns soient positionnés au-dessus des autres. Le but n’est pas de (subjectivement) «faire plaisir» à tous. Les désirs de vengeance suite à de l’injustice subie ne correspond pas à la justice, ni de la part des vainqueurs, ni de la part des vaincus. La vérité n’est pas non plus une vérité réelle, si elle entrave la voie de la réconciliation. Celle-ci aussi doit rendre justice à tout le monde. … Et bien d’autres choses s’y ajoutent. Réaliser tout cela est très exigeant et demande de la volonté et de l’endurance de toutes les personnes impliquées. Nous en sommes encore loin – et les efforts ont manifestement diminué.
Aujourd’hui encore, on ment aux peuples quand il s’agit de guerre et de paix. Le Traité de Versailles et ses conséquences auraient pu apprendre à l’humanité que ce n’était pas la bonne voie. – Les tâches à résoudre pour l’humanité sont encore énormes.    •