Qui est-elle en réalité cette UE exigeante?

La Suisse ne doit plus se soumettre au chantage

par Dieter Sprock

Lorsqu’on suit dans les médias suisses les débats au sujet de l’accord-cadre exigé par l’UE, on s’aperçoit avant tout qu’il est rarement question de savoir qui est véritablement cette UE. Les motifs pour cela abondent: depuis plusieurs années le budget de l’UE n’a pu être adopté suite aux milliards disparus dans les trous noirs de la bureaucratie. La bureaucratie et les réglementations ont atteint une envergure telle que plus personne n’a une vue d’ensemble. Les pays pauvres continuent de s’appauvrir et dans les pays riches le décalage entre les riches et les pauvres s’agrandit de plus en plus. Ainsi, l’Allemagne, pays économiquement le plus fort de l’UE, présente le taux le plus élevé des personnes pauvres devant vivre d’un salaire ou d’une rente en dessous du seuil de pauvreté. Les dysfonctionnements dans UE – notamment le déficit démocratique et le gaspillage insensé – sont un scandale. On ne peut plus les enjoliver.
De plus en plus de pays cherchent à se libérer de la tutelle de l’UE et de faire de nouveau une politique favorisant la population. Les gens commencent à comprendre que la liberté des capitaux n’est pas leur liberté et que l’appauvrissement croissant des pays est le résultat de la cupidité des personnes les plus fortunées. Dans tous les pays de l’UE, le taux des voix en faveur des partis euro-critiques augmente. De plus en plus de personnes ne veulent plus que Bruxelles impose sa politique à leur pays. De mauvaises langues prétendent entre temps que Bruxelles ressemble déjà fortement à un nouveau Moscou de l’époque communiste.

Les exigences et les menaces de l’UE

S’il fallait encore une preuve du caractère antidémocratique de l’UE, celle-ci est livrée en considérant les revendications exigées envers la Suisse: l’UE exige un mécanisme de reprise automatique du droit communautaire et avance la menace de sanctions. Si la Suisse n’obtempère pas, elle menace de lui retirer l’équivalence boursière – sans aucune raison, du point de vue technique. Elle menace de bloquer l’entrée sur le marché de l’électricité – bien que la Suisse fasse un excellent travail en sa qualité de plaque tournante européenne des échanges de courant électrique. Elle menace de ne pas reconduire les accords bilatéraux existants – sans aucune raison factuelle …
Un Etat souverain ne peut souscrire à de telles conditions-cadres. Il faut pouvoir négocier des contrats sans menaces et sans devoir s’attendre à des sanctions et on peut les dénoncer et les renégocier – sinon on est confronté à un dictat. La revendication de l’UE d’obtenir de la Suisse un mécanisme de reprise automatique du droit communautaire doit être rejetée sans sourciller.

L’avis des experts

Depuis que le Conseil fédéral a enfin mis en consultation la version négociée de l’accord-cadre, il ne se passe pas une journée sans que de nouveaux «experts» prennent la parole. Ils veulent, lit-on, «aider à trouver des solutions», appellent à mener une «discussion objective» et veulent proposer de «nouvelles démarches», car il s’agit d’un «sujet complexe» que le «citoyen lambda» n’arrive plus à comprendre depuis longtemps. D’autres rivalisent avec leurs mises en garde d’un «sérieux déclin de l’économie suisse». Si l’accord-cadre échoue, l’UE (!) pourra «dégrader la Suisse au niveau d’un pays tiers», écrit la «Neue Zürcher Zeitung» le 19 janvier sans aucune indignation. Et le quotidien de poursuivre que la démocratie est mal interprétée, si l’on n’y voit que le «règne de la majorité» et qu’on accepte cela de manière fataliste – puis suit un appel à gouverner sérieusement. D’autres proposent comme solution l’adhésion à l’EEE ou même directement à l’UE.
Quoi que ces experts «avisés» proposent, tout cela ne change pas l’essence même de l’UE. Elle ne représente pas les intérêts des peuples. Elle est au service de la haute finance qui, à l’aide du marché intérieur, s’est créé un espace, dans lequel elle peut déplacer des marchandises, des personnes et des capitaux de manière illimitée pour se procurer des gains maximaux – sans égard aucun pour les perdants.

Les citoyens auront le dernier mot

L’accord-cadre représente une prise en main de la Suisse. Il poursuit le but d’ouvrir le marché suisse au marché financier dans tous les domaines des services – dont les écoles, les universités ou les soins médicaux – et aussi les services publics, dont notamment l’approvisionnement en eau et en électricité.
Récemment le parti PDC du canton d’Argovie a exprimé sa préoccupation face au fait que les grandes entreprises suisses se trouvent de plus en plus souvent en possession d’investisseurs étrangers. Contrairement au passé, un grand nombre d’actionnaires ne se comportent plus comme des propriétaires responsables, mais sont, dans leur comportement, intéressé uniquement à leur propre profit («Neue Zürcher Zeitung», 10/1/19). Le PDC n’est pas seul avec de telles préoccupations.
La Suisse se trouve donc face au choix de sacrifier au vil argent également sa souveraineté et sa démocratie directe unique au monde, ou de se défendre par un «non» à l’accord-cadre.
L’industrie financière lutte concernant avec acharnement pour ses objectifs. Mais heureusement, les citoyens suisses auront toujours encore le dernier mot avec le référendum.    •