Conséquences d’un rejet du Gripen: nous perdrons la capacité de défense de la Suisse!

par Konrad Alder, ancien rédacteur du «Schweizer Soldat» pour la rubrique aviation militaire

«No gouvernement can long function when the enemy operates freely above it.» (John A. Warden III. in: «The Air Campaign»)

Un rejet de l’achat du Gripen, aurait des conséquences radicalement négatives non seulement pour nos forces aériennes, notre «Réseau national de sécurité pour la protection, le secours et la défense» mais aussi pour notre pays en tant qu’Etat souverain. Celles-ci ne se manifesteraient pas tout de suite. D’abord elle ne se feraient remarquer qu’insidieusement, mais lors d’un conflit militaire en Europe, de nouveau imaginable après les événements en Ukraine, même pour le président du parti socialiste (!)1, cela nous toucherait existentiellement. En vue de notre avenir les effets suivants sont tout particulièrement graves:
Nous abîmons avec un effet rapide notre bonne réputation mondiale comme pays sûr et stable avec une ferme volonté d’indépendance et d’autodéfense!
Aujourd’hui, aucune nation qui se respecte, n’abandonne volontairement ses forces aériennes. Elles savent toutes que sans défense aérienne efficace, la sécurité de leurs territoires et par conséquent du développement de leur politique, leur économie et leur société ne peut pas être garanti. Un rejet du Gripen transmet, à l’intérieur et à l’extérieur, un signe dévastateur de faiblesse et d’auto-sacrifice. Une telle démarche aurait de graves impacts sur notre modèle à succès suisse. Le grand public suisse, ayant peu de contacts à l’étranger, ne se rend pas compte combien d’acteurs différents dans le monde entier suivent et analysent les événements dans notre pays pour en tirer des conclusions et prendre des décisions que nous sentirons tôt ou tard. Cela est aussi bien valable pour un touriste que pour un investisseur. Le dernier renonce par exemple à créer des emplois en Suisse, étant donné que celle-ci n’accomplit plus ses devoirs en politique de la sécurité et néglige ses obligations respectives. Par conséquent ces emplois nous manquerons, notre performance économique s’affaiblira aussi bien que l’Etat-providence qui est alimenté par celle-ci.
Nous perdrons, dès 2025, nos forces aériennes et par là même la capacité de contrôler notre espace aérien et de défendre notre souveraineté!
Un emploi plus intensif du F/A-18, surtout après l’introduction d’une organisation d’alerte 24 heures sur 24 (Quick reaction alert, QRA) aura pour conséquence qu’à partir de 2025 nous n’aurions plus de moyens d’interventions aptes à contrôler notre espace aérien. Nous serions totalement privé de défense aérienne. Une fois abandonnée, une reconstruction devient illusoire pour la petite Suisse, vu la complexité et la durée nécessaire pour un tel projet. Ceci est le cas même si l’on effectue rapidement une prochaine évaluation, ce qui est politiquement plutôt invraisemblable. S’y ajoute, que très probablement, le choix du même type de décision en résulterait.
Nous perdrons notre capacité de défense!
Si l’on ferme le «robinet d’oxygène de renouvellement» à nos forces aériennes, on procède indirectement à la prochaine étape à savoir au démontage de notre armée. Car sans forces aériennes performantes, il n’y aura pas d’intervention efficace de l’armée de terre, tous les conflits militaires de l’histoire récente le prouvent. Notre «Réseau national de sécurité pour la protection, le secours et la défense» composé d’éléments civils et militaires et ayant fait ses preuves depuis des générations, toucherait à sa fin et les partisans du PS, du «Groupe pour une Suisse sans Armée» (GSsA) et des Verts qui veulent démanteler l’armée, auraient atteint leur objectif de priver notre pays de toute protection et de toutes capacités de défense.
Pour tout citoyen se sentant responsable de la sécurité et de l’avenir de la Suisse, il n’y a aucune raison valable de refuser à nos forces aériennes le renouvellement qui s’impose depuis longtemps. En outre, lors de ce vote, il ne s’agit pas d’être pour ou contre des politiciens ou des partis politiques, car ceux-ci – si nécessaire ou désiré – peuvent être renvoyés lors des prochaines élections. Il s’agit de l’achat de 22 Gripen-E et par conséquent de la simple question de savoir si nous voulons vivre dans une Suisse sûre et apte à se défendre, ou bien si nous acceptons désormais l’insécurité en abolissant indirectement nous-mêmes notre armée.
N’oublions pas qu’il est bien connu que les Suisses ont l’habitude de tenir conseil après coup. Pourtant il n’est pas sensé de commander le camion des pompiers quand la «maison Suisse» est déjà en feu!    •
(Traduction Horizons et débats)

1    Citation originale de Levrat: «Imaginez: pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, nous sommes face à un réel danger de guerre entre l’est et l’ouest. L’OSCE, avec à sa tête le conseiller fédéral Didier Burkhalter, tente d’œuvrer pour la paix.» in: NZZ am Sonntag du 23/3/14