La connivence des «abolitionnistes de l’armée» et des atlantistes

Certains poids-lourds du PS, accompagnés du GSsA, veulent-ils rattacher la Suisse à l’OTAN?

«Le PS milite pour la suppression de l’armée. En attendant d’atteindre cet objectif, l’armée suisse doit être massivement réduite et transformée.»

Programme du parti, adopté au congrès du PSS à Lausanne, le 30 et 31/10/10, et à Lugano, le 8/9/12, p. 44

thk. L’opposition au remplacement partiel des Tiger, est formée avant tout par des membres du «Groupe pour une Suisse sans armée» (GSsA), du PSS et des Verts. Pour que le but principal – la suppression de l’armée et à long terme l’intégration du pays dans l’OTAN – ne soit pas l’objet du débat public, le GSsA a accepté de rester dans l’ombre et de laisser les relations publiques au PS. C’est grotesque, car le PS a également inclus dans le programme du parti la suppression de l’armée comme un de ses objectifs politiques. Malgré tout, le PS se nimbe d’être un parti critique face à l’armée, mais sans y être opposé.

Dans cette campagne de votation, Evi Allemann est une des représentantes principales de ce parti caméléon. Cette conseillère nationale, membre de la Commission de la politique de sécurité, est particulièrement courtisée par la radio et la télévision suisses. On la présente au public comme porte-parole des personnes opposées au Gripen tout en étant au fond en faveur de l’armée. Selon la radio suisse-alémanique SRF, elle aurait cependant, dans le domaine de la politique de sécurité, collaboré étroitement pendant 8 ans avec Jo Lang, fondateur du GSsA qui depuis une trentaine d’années est un des représentants les plus actifs des «abolitionnistes de l’armée».
Lors de l’émission de débat télévisé «Arena» du 21 décembre 2013 concernant l’acquisition du Gripen, Evi Allemann s’est trahie en plaidant pour une coopération militaire étroite avec nos pays voisins pour protéger l’espace aérien suisse. Tous les pays limitrophes sont membres et de l’UE et de l’OTAN. Seule exception est l’Autriche qui, ne possédant que 15 Eurofighter Typhoon, n’est même pas en mesure de protéger son propre territoire en cas de crise. En d’autres termes, Allemann a plaidé en faveur d’un rapprochement aux pays membres de l’OTAN. Celui qui a suivi de près les développements (géo)politiques des deux dernières décennies, peut imaginer le scénario: nous devrions nous rendre dépendants d’une alliance belliciste pour être avant tout un instrument des Etats-Unis qui imposent leurs intérêts hégémoniques en Europe et dans le monde. Outre cela, cette alliance n’a aucun scrupule à mener des guerres sans mandat de l’ONU et donc en violation du droit international: en République fédérale de Yougoslavie en 1999, en Afghanistan en 2001, en Irak en 2003 (non pas en tant qu’OTAN mais en tant que «coalition of the willing», dont les membres appartiennent tous à l’OTAN, à l’exception de l’Ukraine!), en Libye en 2011, où la résolution de l’ONU, qui permettait d’installer une zone d’exclusion aérienne au-dessus du pays, a été transgressée afin d’y mener une guerre d’agression brutale, guerre qui n’a pris fin qu’avec la chute de Mouammar Kadhafi. Actuellement, il y règne le chaos, la violence et la destruction. Certains pays de cette troupe belliciste seraient donc, selon Evi Allemann, les bienvenus pour défendre la liberté de la Suisse. Une telle exigence doit être clairement refusée.
Dans l’émission radiophonique «Echo der Zeit» du 25 avril, Evi Allemann continue de promouvoir une coopération internationale étroite pour mieux protéger notre espace aérien. Donc, il ne s’agit pas de faire des économies ou d’acquérir un meilleur avion, ce qui serait naturellement plus coûteux, mais de toute évidence, il s’agit d’intégrer la Suisse dans une alliance militaire internationale, soit dans l’OTAN, soit dans les forces d’intervention rapide de l’UE – but que poursuivait déjà l’initiative pour la suppression de l’armée de milice.
Le raisonnement du PS n’est pas le produit de débats sérieux – ceux qui appellent à la prudence dans leurs propres rangs ne sont pas entendus –, mais il émane des dires d’un expert allemand en sécurité, le politologue Lutz Unterseher, qui a livré, à la demande du PS, une expertise concernant l’acquisition d’un nouvel avion de combat pour la Suisse, et qui a été longuement présenté dans l’émission «Rundschau» de la Télévision suisse-alémanique le 16 avril 2014.
Les arguments qu’Evi Allemann présente au public sont tirés pour la plupart de ce rapport. Dans ce document, le rapprochement à l’OTAN est une option clairement décrite, au cas où la Suisse serait – contre toute attente et dans un lointain avenir – impliquée dans un sérieux conflit militaire. Unterseher est conscient qu’avec une telle proposition, il n’aura aucun succès auprès des personnes qui partent elles-mêmes d’un tel scénario. Donc, il faut minimiser la menace pour pouvoir ainsi se rapprocher du but de réduire la défense aérienne autant que possible. Ainsi, on pourrait à long terme intégrer le pays à l’OTAN – et Evi Allemann de jouer les soutiens occultes. Il s’agit d’un plan sinistre, d’affaiblir l’armée au point que d’autres pays pourront sans peine conquérir le pays, l’occuper ou le priver de sa souveraineté en le soumettant aux plus puissants. Voulons-nous un tel avenir pour notre pays? Par l’acquisition du Gripen, nous pouvons empêcher un tel scénario. •