Le résultat de la votation sur les soins médicaux de base confirme avant tout une chose: les citoyens veulent avoir de bons médecins de famille – ce qui est planifié, c’est le contraire

La votation sur l’Arrêté fédéral concernant les soins médicaux de base soulève – une fois de plus – des questions politico-démocratiques fondamentales. Les informations directement accessibles, c’est-à-dire soumises aux citoyens ne disent pas ce qui est réellement prévu avec cet article constitutionnel. En lisant les explications de la brochure officielle, le citoyen, déjà sceptique suite aux expériences faites antérieurement, a pu, dans le meilleur des cas, reconnaître entre les lignes que quelque chose clochait dans ces informations. La réalité est qu’uniquement l’analyse soigneuse des documents stratégiques de fond (publiés en partie par l’OFSP mais également les Messages du Conseil fédéral concernant diverses lois en élaboration ainsi que d’autres textes) permet de reconnaître ce qui est réellement prévu de faire sur la base de cet article constitutionnel. C’est alors seulement qu’on réalise que ce que la grande majorité des partisans de ce projet voulait soutenir – c’est-à-dire des bons soins médicaux par son propre médecin de famille, un meilleur accès aux soins médicaux dispensés par un médecin de famille et davantage de médecins de famille bien formés – n’est justement pas prévu avec cette disposition constitutionnelle. Malheureusement ce n’est pas la première fois que les textes explicatifs officiels concernant des votations sont formulés à la manière d’un texte de relations publiques afin de susciter chez les citoyennes et citoyens un capital de sympathie pour le résultat souhaité.
Le même reproche peut être fait aux médias, notamment aux émetteurs et chaînes de la Radio Télévision Suisse (RTS/SRF) – dont la mission est ancrée dans la Constitution fédérale –, et à l’agence nationale d’information ats/sda. Dans ses lignes directrices, celle-ci stipule que «le service de base garantit aux médias suisses une source d’information indépendante» avec lequel «l’ats remplit également une tâche politique dans la mesure où il [le service de base] contribue à la formation démocratique de l’opinion publique». Les arguments des opposants à cet objet de votation n’ont cependant en réalité jamais été présentés. Pourquoi un journaliste de la sda fait-il une interview de 10 minutes avec une représentante du comité d’opposition en lui promettant la publication de quelques phrases qu’il lui soumettrait auparavant – puis plus aucune réaction? Cela n’a rien à voir avec une presse libre et une libre formation de l’opinion.
L’auteure de ces lignes s’était déjà exprimée en octobre 2013 dans un commentaire concernant la votation sur la révision de la Loi sur les épidémies: «Au plus tard maintenant, il faut redévelopper ce que nous avons de plus en plus perdu au cours des vingt dernières années: sincérité et honnêteté comme base de toute action étatique. Celui qui veut diriger les citoyens au moyen d’‹informations› préparées par des spécialistes de relations publiques, abuse du principe de la bonne foi indispensable dans les relations humaines, et tout spécialement des autorités face au souverain. La dignité de l’homme signifie aussi ne pas être dégradé au rang d’un objet utilisé par autrui – ni dans la discussion intellectuelle, ni par l’éveil ciblé d’émotions sans livrer en même temps les informations nécessaires. Un débat sincère exige une évaluation objective du pour et du contre. Si nous ne voulons pas en arriver là où un auteur américain a situé son pays en publiant un livre intitulé ‹The Best Democracy Money Can Buy›, il est urgent de relancer ce débat.»

Erika Vögeli