«Je ne veux pas faire partie des gens qui ont peur de défendre leurs principes»

Le courage civil et un véritable esprit démocratique sont contagieux – l’exemple d’Edward Snowden, selon le livre de Glenn Greenwald

par Thomas Schaffner

«L’ère numérique inaugurera-t-elle la libération individuelle et les libertés politiques qu’Internet est le seul capable de déclencher? Ou engendrera-t-elle un système d’observation et de contrôle omniprésent, au-delà même des rêves des plus grands tyrans de la planète?» (Greenwald p. 20) C’est dans son livre sur Edward Snowden et la National Security Agency (NSA) intutilé: «Nulle part où se cacher. L’affaire Snowden, par celui qui l’a dévoilée au monde», que le juriste distingué par plusieurs prix, l’expert en droit constitutionnel et journaliste-investigateur, Glenn Greenwald, pose cette question. C’est un livre qui, dans les cent premières pages, nous encourage à préserver et à défendre les convictions fondamentales démocratiques. Dans les pages suivantes, le grand nombre des documents prouvant la pratique de surveillance et d’espionnage sans précédent par la NSA, peut aussi déclencher un certain découragement, c’est pourquoi il est conseillé de relire les cent premières pages – comme antidote contre tout sentiment d’impuissance. L’article suivant renonce, pour ces raisons, à présenter les systèmes de surveillance de la NSA portant de beaux noms comme Prism etc. Néanmoins, ce sont les travaux de Snowden, de Greenwald et autres qui vont être honorés pour que la flamme de ces hommes et femmes courageux se répande parmi le plus grand nombre de citoyens possibles et qu’elle renforce le sens citoyen déjà en action – quand ils sont confrontés, à cause de leur engagement pour la démocratie, à des campagnes de diffamation révoltantes, orchestrées par des cercles de pouvoir, exécutées par des journalistes achetés et volatils, des hommes politiques avides et ambitieux et d’autres agents dépourvus de colonne vertébrale morale. Mais ceux qui cherchent la vérité et les défenseurs des principes démocratiques fondamentaux ont un associé fort: c’est la nature humaine elle-même à laquelle la marche rampante a toujours été étrangère.

Selon Glenn Greenwald – l’un des 100 «global thinkers» de l’année 2013 selon le magazine américain Foreign Policy –, nous sommes, à l’heure actuelle, à la croisée historique des chemins. Le grand service qu'Edward Snowden, l’ancien analyste de la NSA, nous a rendu est de nous rendre conscients du moment historique, de l’ampleur et de la monstruosité du système global de surveillance installé par le gouvernement des Etats-Unis. Nous avons encore le choix de construire l’avenir des possibilités électroniques de communication: prendre le chemin de la liberté ou nous laisser glisser passivement en direction de la répression totalitaire. Seon Snowden, c'est aux citoyens de décider quelle voie prendre.
L’histoire n’a-t-elle pas toujours été faite par l’homme? Ou bien par une sorte de «Weltgeist» [esprit du monde] ou un déterminisme économiste, un destin inéluctable ou la main invisible? La Suisse par son système politique issu de l’esprit coopératif, sa structure de bas en haut et sa démocratie directe confirme tout particulièrement le point de départ de Greenwald: rien ne s'améliore dans le pays si le citoyen ne sort pas de chez lui pour observer ce qui se passe dans les environs. Voilà en substance les paroles du grand poète Gottfried Keller du XIXe siècle, le siècle de la fondation de l’Etat fédéral moderne, du développement des instruments de la démocratie directe au niveau fédéral, du référendum et de l’initiative. Selon Kant, les lâches et les paresseux ne voulant pas se servir de leur propre entendement ne sont pas à la hauteur de cette vision personnaliste de l’homme et de son rôle dans l’histoire. Il faut le courage civil de prendre en main le destin et de vivre ainsi la dignité de l’homme. Ou bien: «Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement», voici, selon Kant, la devise des Lumières – qui ne peut réussir pleinement que s’il y a un ancrage dans le principe coopératif tel que nous l’a présenté l’historien suisse, René Rocca, dans sa thèse d’habilitation.1

Le principe de transparence empêche les abus de pouvoir

L’histoire nous apprend par de multiples exemples qu’il faut du courage civil pour se sentir obligé à la vérité, qu’il faut de la pertinence et des liens avec ses semblables pour se manifester face à l’arrogance des puissants, à la perfidie des opportunistes et à l’imposture des mythomanes.
«Au lieu d’améliorer les choses, mon silence les aggrave.» (p. 27) Voici la clé du message d’une collègue journaliste de Greenwald – mais franchement, qui vit selon cette devise? N’avons-nous pas souvent peur en préférant nous taire face à l’injustice et d’éventuelles conséquences? «Faux», disent Greenwald et Laura Poitras, citée ci-dessus qui, à plusieurs reprises, fût intimidée aux Etats-Unis par la Homeland Security, s’étant engagée pour le respect de la Constitution des USA et des droits de l’homme. «Faux», nous dit aussi l’histoire: celui qui montre du courage civil et qui ne se tait pas face à l’injustice, vit non seulement mieux, parce qu’il peut se regarder en face sans avoir honte, il est aussi un modèle pour la marche debout et vit en harmonie avec la dignité innée de l’homme. En appelant les choses par leur nom et en les exposant au grand jour on peut endiguer l’abus du pouvoir. Greenwald: «Les responsables de la sécurité nationale américaine n’aiment pas la lumière. Ils ne commettent d’abus et ne se conduisent en brutes que lorsqu’ils se croient en sécurité, dans l’obscurité. Le secret est le ressort fondamental de l’abus de pouvoir et, nous venions de le découvrir, son catalyseur. La transparence est le seul véritable antidote.» (p. 27) L’histoire de la Suisse confirme cette expérience: c'était un devoir fondamental des pères fondateurs de notre Etat fédéral moderne de réaliser le principe de transparence afin que «les seigneurs» ne soient plus jamais capables de conspirer, dans des antichambres, contre la souveraineté du peuple.

Un rapport secret de l’armée américaine conseille: saper la crédibilité!

Revenons-en au XXIe  siècle: le citoyen des Etats-Unis, Snowden, s’adressant à Greenwald pour pouvoir divulguer les documents de la NSA qu’il avait copiés, a formulé son point de vue de la façon suivante: «Au bout du compte, il faut appliquer [sur Internet] un principe selon lequel les puissants eux-mêmes ne pourront jouir d’une vie privée que si ce principe s’applique aussi aux individus ordinaires: une vie privée imposée par les lois de la nature, et non par les politiques des hommes.» (cit. d’après Greenwald, p. 29)
Tout comme Snowden, Greenwald était sérieusement préoccupé par les possibilités des services américains de collecter des données. «Au cours des sept dernières années, j’avais été animé par la même conviction, en écrivant presque quotidiennement sur les tendances dangereuses, aux Etats-Unis, du secret d’Etat, de théories radicalisées du pouvoir exécutif, de la surveillance et de la détention abusives, du militarisme et de l’atteinte aux libertés civiles.» (p. 30)
Greenwald avait trouvé, antérieurement, un rapport secret de l’«US-Army», paru en 2008, où celle-ci avait déclaré WikiLeaks ennemi public. Il faut se rappeler les méthodes utilisées pour traiter ceux qu’on a secrètement déclarés «ennemis» afin de pouvoir, dans d’autres circonstances, reconnaître plus rapidement ce qui nous paraît douteux: «Le rapport (ironie du sort, WikiLeaks en eut connaissance grâce à une fuite) traitait de l’éventualité de lui transmettre des pièces frauduleuses. Si WikiLeaks les présentait comme authentiques, ce serait un coup sérieux porté à la crédibilité du collectif.» (p. 30)

Sun Tsu et la Stasi – maîtres de la diffamation

Ce modèle, selon lequel l’«ennemi» désigné doit être discrédité en créant de la transparence qu’on établit avec des documents incontestables, n’est pas nouveau. Bien qu’on le trouve déjà chez le penseur stratégique chinois, Sun Tsu, du VIe siècle avant notre ère, il est toujours efficace: qui veut croire quelqu’un qui lui-même ne paraît pas trop convainquant? Qui s’instruit de contenus, questions et arguments si le porteur des nouvelles, souvent dérangeantes, ne semble pas être entièrement «casher», lui-même? Après la chute du mur, on a divulgué ces méthodes de la Stasi décrites dans la directive no 1/76, de réputation tristement célèbre. (cf. encadré p. 5) Néanmoins, elles sont toujours et encore un moyen efficace des services secrets. Greenwald souligne que les services secrets des «bons» Etats n’y font pas exception. Le fait que ces méthodes aient du succès auprès de nombreux contemporains est la conséquence de la mise en œuvre et de la diffusion empressées de mensonges, de déformations des faits, de diffamations par les médias. Les membres de la coopérative «Zeit-Fragen» qui étaient précédemment membres du VPM, association professionnelle pour la connaissance psychologique de l’homme, connaissent ces procédés, car ils ont eux-mêmes été témoins et victimes d’une campagne médiatique sans précédent en Suisse.
Mais qu’en est-il du respect de la sphère privée qu’exigent Snowden, Greenwald et ses collègues à l'époque d'Internet? Jusqu’à présent, beaucoup de ces histoires mensongères sont toujours dans le Net et il faut un effort énorme pour tenter de les reléguer à la place qui devrait être la leur: la poubelle de l’histoire. Le jugement au sujet de Google concernant le droit à l’oubli déclenchera enfin un développement salutaire – si le citoyen s’active.

Quand demandera-t-on des comptes aux détracteurs?

Snowden savait aussi qu’il devait, suite à son engagement, s’attendre à des conséquences graves pour sa vie privée. Néanmoins, il ne pouvait pas faire autrement que de divulguer la vérité à tout le monde. «Je veux déclencher un débat planétaire sur la protection de la vie privée, la liberté sur Internet et les dangers de la surveillance étatique. Je n’ai pas peur de ce qui va m’arriver. Je me suis fait à l’idée que mon initiative va mettre vraisemblablement un terme à la vie que j'ai menée jusqu'à présent. Et je prends la chose avec sérénité. Je sais que c’est juste d’agir ainsi.» (cit. d’après Greenwald p. 36) Il est honorable que Greenwald n’ait pas eu la conscience tranquille en sachant qu’un homme qui s’investit pour les valeurs démocratiques fondamentales est exposé à des poursuites par une démocratie occidentale, la démocratie en question par contre doit être honnie. Nous autres, nous avons le devoir de nous engager à ce que les porteurs de mauvaises nouvelles ne soient pas décapités – mais que, contrairement, ceux qui, au nom de la liberté et de la sécurité des citoyens, sont en train d’abolir exactement ces principes soient forcés de rendre des comptes.

Des êtres tout à fait ordinaires sont capables de vaincre l’adversaire le plus redoutable

L’attitude de Snowden de se défendre contre les injustices et d’informer ses contemporains de ce qui se passe à leur insu est digne d’imitation. Lui-même, dans une conversation avec Greenwald, lors de leur première rencontre dans un hôtel à Hong Kong, a exprimé les vérités fondamentales suivantes, émanant d’une vision personnaliste de l’homme, basée sur l’anthropologie: «La vraie valeur d’un individu ne se mesure pas aux convictions qu’il met en avant mais à ce qu’il est prêt à faire pour les défendre. Si vous n’agissez pas selon vos convictions, c’est que ce n’en sont pas vraiment.» (cit. d’après Greenwald p. 72) Ce sont des paroles exprimant le droit fondamental de l’homme à la libre expression de ses opinions.
Lors de son enfance et jeunesse, il avait appris que «c’est nous qui insufflons du sens à la vie à travers nos actes et les histoires que nous créons avec elles.» Ce sont les actes qui font l’homme. «Je n’ai pas envie d’être un individu qui a peur d’agir pour défendre ses principes.» (cit. d’après Greenwald p. 73) «Et l’histoire montre aussi que des êtres apparemment ordinaires, quand ils sont suffisamment résolus de s'opposer à l'injustice, peuvent triompher des adversaires les plus redoutables.» (cit. d’après Greenwald p. 73) Et de continuer: «Ce qui maintient une personne dans la passivité et l’obéissance, c’est la crainte des répercussions, mais une fois que vous avez renoncé à votre attachement, à des choses qui ne comptent guère – l’argent, la carrière, la sécurité – rien ne vous empêche de surmonter cette peur.» (cit. d’après Greenwald p. 74) Il s’agit là d’un déroulement rendu éternel en littérature par Henrik Ibsen. Dans sa pièce de théâtre intitulée «Un ennemi du peuple», un médecin est confronté au fait que son engagement pour la vérité et le bien commun est un obstacle à la cupidité de l’argent, du pouvoir et de l’influence d’une petite clique dominant les médias et possédant de gros  moyens financiers. Et là aussi: lorsque la vérité est mise au grand jour et que rien ne peut la faire disparaître, le porteur de la vérité est attaqué. Et cela au niveau de la personne, par diffamation etc. (cf. ci-dessus).

Ce sont les citoyens eux-mêmes qui décident où l’on va

Snowden souligne qu’il n’avait pas l’intention de détruire les systèmes de la NSA, mais de permettre à l’opinion publique de décider si cela doit continuer ou non.» (cit. d’après Greenwald p. 75) Greenwald demande à Snowden ce qui arrivera lorsqu’il se fera connaître comme lanceur d’alerte. On l’inculpera d’une infraction contre la loi sur l’espionnage de 1917 pour le soupçonner d’avoir aidé les ennemis des USA et de compromettre la sécurité nationale. «Je suis sûr qu’ils s’empareront des moindres incidents qu’ils découvriront en fouillant dans mon passé, en les grossissant ou même en en fabriquant certains, pour me diaboliser autant que possible.» (p. 80)
S’il doit aller en prison … il s’est résolu de supporter tout ce qu’ils lui feront. «La seule chose qui me serait insupportable, ce serait de savoir que je n’ai rien fait.» (cit. d’après Greenwald, p. 80) En voilà une attitude qui, en défendant la démocratie directe est digne d’un prix Courage – mais aussi une attitude sans laquelle la démocratie, particulièrement la démocratie directe, ne réussira jamais.

Ne pas se laisser intimider ou décourager par des menaces

Greenwald et Lauras Poitras se sont retrouvés inspirés et motivés par le courage de Snowden. C’est au départ du projet du livre de Greenwald qu’il défend de la façon suivante: «Je me sentais le devoir de rapporter cette affaire dans l’esprit initial de Snowden: une intrépidité enracinée dans la conviction de faire ce qu’on croit juste, et un refus de se laisser intimider ou décourager par des menaces dénuées de fondement émanant de responsables malveillants désireux de dissimuler leurs agissements.» (p. 80) A côté des responsables, on compte aussi d’autres serviteurs du pouvoir tels que les journalistes achetés menant des campagnes médiatiques de «bas étage», comme ils l’ont fait en Suisse lors de la campagne médiatique susmentionnée. Ou bien des hommes politiques à l’instar de l’indicible Joseph Fouché, qui sont prêts à tout trahir pour arriver à leurs fins de carrière. Leur propre passé, leur dignité, même leurs propres enfants sont trahis si cela peut servir à faire semblant qu’on ait les mains propres. Qu’il faut offrir une résistance résolue aux auxiliaires d’exécution de tous bords nommés par Snowden et Greenwald est évident pour chaque citoyen qui ne se contente pas de seulement parler le cœur franc de la marche debout, de l’engagement pour le Bonum commune, mais de les vivre au quotidien.

«Je sais que les médias ramènent tout au plan personnel …»

Snowden connaissait aussi la manière de procéder de la plupart des médias et leurs attaques ad personam soit autoguidées soit sur ordre extérieur, lorsqu’il s’agissait de garder des faits fâcheux sous le boisseau. Ainsi il a confié à Greenwald: «Je sais que les médias ramènent tout au plan personnel et le gouvernement voudra braquer le projecteur sur moi, s’attaquer au porteur du message.» (cit. d’après Greenwald, p. 81)
Le courage de Snowden est contagieux ce qui s’exprime par les paroles suivantes de Greenwald: «De telles attaques ne nous dissuaderaient pas d’informer, de publier de nombreux autres articles à partir de ces documents [de la NSA rendus publics par Snowden], en dépit des campagnes de peur et des menaces, en accomplissant notre devoir de journalistes. Je voulais être très clair: ces manœuvres habituelles d’intimidation et de diabolisation seraient vaines. Rien ne nous empêcherait d’informer.» (p. 116) Cette éthique journalistique et citoyenne est à conseiller à tous, surtout aux «embedded» journalistes impliqués d’une façon ou d’autre. Ainsi la caricature d’un écrivassier acheté peut évoluer en être humain.

La nature humaine est du côté de ceux qui recherchent la vérité

Ce qui était important pour Greenwald et Laura Poitras, c’était que le monde puisse apprendre la vérité de la bouche de Snowden en personne avant que les calomnies ne circulent: «Nous étions déterminés à ce que le monde entende pour la première fois parler de lui, de ses actes et de ses motifs, par la bouche de Snowden en personne, et non à travers une campagne orchestrée par le gouvernement américain alors qu’il se cachait ou qu’il était en garde à vue et incapable de s’exprimer en son nom.» (p. 118) Certes, ce déroulement est souhaitable à tout le monde de se faire entendre auprès du public sans préjugés. Car si l’on a réussi à créer des liens et une base de confiance, la propagande, la calomnie et la haine peineront à embrouiller l’esprit et les cœurs des gens. Même si la chasse aux sorcières prend le devant avec une puissance de feu maximale, les citoyens sachant qu’à long terme la vérité se fera toujours connaître ne jetteront pas l’éponge mais prendront leurs responsabilités. Certes, il faut souvent les capacités d’un coureur de marathon, surtout lorsque l’adversaire dispose d’une grande énergie criminelle. Mais au bout du compte, la nature sociale de l’être humain comme constante anthropologique infaillible sera du côté de toute personne calomniée. Il ne surprend donc pas que les cercles d’élites au pouvoir susmentionnés fassent sans cesse feu contre cette vision personnaliste de l’homme comme être social, capable de faire du bien et de se lier avec ses semblables.

Il faut que toutes les forces démocratiques fassent alliance

Comment Snowden entrera-t-il dans l’histoire? Le combat est en cours. Il y en a un qui s’y connaît quand il s’agit de révéler des agissements non-démocratiques aux USA. Il s’agit de Daniel Ellsberg, le révélateur des documents du Pentagon. (cf. p. 6) Il a élevé sa voix et a donné la priorité dans les manuels d’histoire à Snowden: «Il n’y a pas eu dans l’histoire américaine de fuites plus importantes que la publication par Edward Snowden de documents de la NSA – y compris celle des Pentagon Papers il y a de cela quarante ans.» (cit. d’après Greenwald p. 124) Une reconnaissance de source sûre qu’on ne peut guère refuser de reconnaître. Pourtant la question de savoir quelle sera la position de Snowden dans l’histoire ne se laisse pas séparer du rôle de Greenwald, de Laura Poitras, et, last but not least, de tout citoyen. Des slogans de la gauche tels que «Toutes les roues s’immobiliseront si ton bras fort le souhaite», «Qui ne se défend pas fait fausse route» ou «Là où la justice se transforme en injustice, la résistance est un devoir» se marient très bien avec des idées de démocratie directe ou citoyennes telles que «Que nous puissions saisir le positif du passé et créer du neuf sur ces anciennes fondations à chaque heure». Car seulement une alliance de toutes les forces démocratiques de la gauche à la droite sera capable de faire front au délire du pouvoir et aux sirènes de la faisabilité visant la surveillance totale. Dans ce contexte il ne s’agit plus seulement de savoir comment juger l’action de Snowden mais comment chaque citoyen, nous tous voulons entrer dans l’histoire: Le dos droit protégeant la dignité humaine ou paresseux, lâche et rampant? En se pliant au pouvoir ou en vivant ce que nos ancêtres ont formulé sans pareil dans la déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU? L’article premier stipule: «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.»
Il faut faire progresser le respect de ce bien juridique précieux!    •

Glenn Greenwald. Nulle part où se cacher. L’Affaire Snowden par celui qui l’a dévoilée au monde.
JC Lattès. 2014, ISBN: 978-2-7096-4615-4.

1    Roca, René. Wenn die Volkssouveränität wirklich eine Wahrheit werden soll … Die schweizerische direkte Demokratie in Theorie und Praxis – Das Beispiel des Kantons Luzern. Schriften zur Demokratieforschung, Band 6. Herausgegeben durch das Zentrum für Demokratie Aarau. Zürich 2012.
ISBN 978-3-7255-6694-5.

FISA – en rappel du «Procès» de Franz Kafka

ts. En 1978, le Congrès américain créa une cour fédérale secrète pour superviser les demandes de mandats selon la loi instituant le Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA). Celui-ci autorise la surveillance des services de renseignements étrangers à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Selon Greenwald, on voulait – avec la création d’une cour fédérale – poser sur une base légale les activités illégales exercées précédemment pendant de longues années. «Je n’avais encore jamais vu d’arrêt de la cour FISA. Personne ou presque n’en avait jamais vu. Cette cour est l’une des institutions les plus secrètes de l’Etat fédéral. Toutes ses décisions sont automatiquement classées ultraconfidentielles et seule une petite poignée d’individus est autorisée à y accéder.» (p. 48)

Pro memoria: Le Tribunal fédéral a stoppé la campagne de dénigrement contre le VPM

ts. Au cours des années 1990, les médias ont publiés des milliers d’articles de dénigrement, selon les méthodes de la Stasi et de l’armée américaine, notamment contre la psychologue et historienne Annemarie Buchholz-Kaiser, directrice de l’association VPM et initiatrice du journal Zeit-Fragen/Horizons et débats. Vous vous demandez pourquoi? Parce qu’elle et d’autres personnes «dérangeaient» dans les questions touchant à la drogue, aux réformes scolaires et à la prévention du VIH. Au lieu que la politique et les médias examinent de manière approfondie et honnête les questions spécifiques – comme cela est d’usage dans une démocratie, et de surcroît dans une démocratie directe –, on se contenta de diffamer. Les positions du VPM d’il y a deux décennies sont aujourd’hui largement reconnues de tous. Les instigateurs de cette campagne et leurs suiveurs n’ont toujours pas eu la grandeur de s’excuser publiquement et la réhabilitation appropriée des personnes discréditées à tort n’a pas encore eu lieu. Les articles et la campagne de dénigrement ont pu être stoppés, suite à d’énormes efforts juridiques des personnes concernées, à l’aide des tribunaux compétents d’abord au niveau cantonal, puis par le Tribunal fédéral, la plus haute juridiction suisse.

Le système des «Five Eyes»

Edward Snowden: «Ma seule et unique motivation est d’informer le public de ce qui se fait en son nom, et contre lui. Le gouvernement américain, dans le cadre d’une conspiration avec des Etats qui lui sont inféodés, et surtout les ‹Five Eyes› – le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande –, a imposé au monde un système de secret, une surveillance omniprésente contre laquelle il n’y a aucun refuge.» (cf. Greenwald, p. 43)
Sauf que les citoyens s’y opposent!

Attaque ad personam

Snowden disait: «Je sais que les médias ramènent tout au plan personnel et le gouvernement voudra braquer le projecteur sur moi, s’attaquer au porteur du message.» (cf. Greenwald, p. 81)

Documents du Pentagone et vérité historique …

ts. En 1967, le secrétaire à la Défense Robert McNamara commanda une étude. Elle était intitulée «United States – Vietnam Relations, 1945–1967: A Study Prepared by the Department of Defense». Dans cette analyse de plus de 7000 pages, publiée dans son intégralité par le gouvernement américain en 2011, on obtient un aperçu des antécédents de la guerre du Vietnam et des décisions prises par Washington.
Explosif: la guerre avait été préparée de longue date et n’a pas été menée en raison de considérations géostratégiques, mais pour éviter une éventuelle perte d’hégémonie des Etats-Unis. Quatre présidents américains avaient trompé le public et le Parlement. Indigné par ces faits, Daniel Ellsberg, ancien collaborateur de l’ambassade américaine au Vietnam et membre du think-tank «Rand Corporation», ayant accès aux documents, fit publier en 1971, une partie de ces documents sous le nom de «Pentagon Papers» dans le «New York Times».
Selon George Friedman du think-tank américain «STRATFOR», les guerres américaines eurent également, depuis la Seconde Guerre mondiale, encore un autre arrière-plan: de nombreuses guerres n’ont pas été gagnées, non pas en raison de l’incapacité de le faire, mais parce que l’objectif n’était est pas la victoire. A l’aide de ces guerres, il s’agissait plutôt d’empêcher quelque chose – à savoir, que les adversaires puissent devenir une menace pour les USA: «Les Etats-Unis ne doivent pas gagner de guerres. Il suffit de déséquilibrer l’adversaire et de l’empêcher à devenir une puissance pouvant constituer un danger.» Et si l’on considère la façon dont les Etats-Unis ont mené leurs guerres, leur plan a réussi: les guerres ont durement touché les pays et les populations, il leur a fallu des années, voire des décennies, pour plus ou moins s’en remettre.

Sources: www.zeit.de/wissen/geschichte/2011-06/pentagon-papiere   
www.spiegel.de/politik/ausland/pentagon-papers-washington-beichtet-letzte-vietnam-luegen-a-767493.html    
George Friedman. Die nächsten hundert Jahre. Die Weltordnung der Zukunft.
Frankfurt 2009, ISBN 978-3-593-38930-1. p. 15 ?(Version originale:
The Next 100 Years: A Forecast for the 21st Century. 2009.
ISBN 0-385-51705-X)

Au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Suisse s’engage en faveur de la protection de la sphère privée

ts. Les droits humains sont tout autant valables hors ligne qu’en ligne: voilà ce qu’affirme une résolution de l’Assemblée plénière de l’ONU ayant été votée en décembre dernier à la demande de l’Allemagne et du Brésil. Les deux pays ont réagi de la sorte suite aux pratiques d’écoute de la NSA contre leurs gouvernements, faits révélés par Edward Snowden. Dernièrement, un groupe d’autres pays s’est formé autour de ces deux Etats. En font partie l’Autriche, le Liechtenstein, le Mexique, la Norvège et la Suisse. Ces pays ont déposé auprès du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève une déclaration concernant le droit à la sphère privée. Toute restriction du droit à la sphère privée devra à l’avenir être réglée par la loi et surveillée de manière indépendante. Les droits humains sont universels et doivent être respectés partout. «La surveillance généralisée de citoyens étrangers et la surveillance extraterritoriale n’ont donc pas lieu dans un espace hors la loi», dit ce document. Il est également prévu de créer le poste de rapporteur sur la protection du droit à la sphère privée. En septembre, on fixera des directives qui comprendront également le contrôle des services de renseignements faisant de la surveillance généralisée.

Sources: The Right to Privacy in the Digital Age,
www.ohchr.org/EN/Issues/DigitalAge/Pages/DigitalAgeIndex.aspx,
«Neue Zürcher Zeitung» du 24/6/14, p. 10