En finir avec les affrontements avant qu’il ne soit trop tard!

S’engager pour la paix est le meilleur des actes humains

par Karl Müller

L’affrontement entre les Etats-Unis, l’0TAN et l’UE d’un côté, et la Russie de l’autre s’amplifie. Il est vrai que ce ne sont pas les deux parties qui cherchent à renforcer cet affrontement. En consultant les documents officiels accessibles, on constate que c’est la partie «occidentale» qui cherche l’affrontement, alors que le gouvernement russe s’efforce toujours d’obtenir une entente. Ceci n’est pas une affirmation de «propagande pro-russe», mais une simple vérité qui ressort des documents accessibles, à condition de les consulter sans a priori.
Il n’est donc pas étonnant que l’actuel gouvernement ukrainien veuille résoudre ce conflit par les armes, soutenu qu’il est par les dirigeants de l’UE. En font partie non seulement l’ultimatum adressé au gouvernement russe qui dure depuis deux semaines, mais également les sanctions renforcées contre la Russie. On peut y ajouter des écrits arrogants, ignorant la réalité, tel celui du ministre des Affaires étrangères suédois, Carl Bildt, paru dans la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 8 juillet ou la note du président par intérim du groupe parlementaire de la CDU/CSU, Andreas Schockenhoff, ainsi que du président du groupe parlementaire germano-ukrainien au Bundestag, Karl-Georg Wellmann, intitulé «Pour une révision des relations avec la Russie», du 1er juillet.
Le fait que la «Frankfurter Allegemeine Zeitung» ait publié le 10 juillet une photo du président ukrainien, Petro Poroschenko, en uniforme militaire, entouré de soldats ukrainiens, cela en page une avec comme déclaration «le combat continue» montre où on en est. Par contraste, il faut lire le discours du président russe Vladimir Poutine, tenu le 1er juillet devant le corps diplomatique de son pays, ou bien les nombreuses prises de position du ministère russe des Affaires étrangères, histoire d’établir une comparaison.
La pensée officielle en Europe est mesquine et ses actions sont devenues dangereuses. L’Europe subit depuis des années un démantèlement de ses valeurs fondamentales au profit d’une idéologie prétendument bienveillante, mais qui en vérité ne recherche que la prise de pouvoir pour assurer le «pouvoir du plus fort». Les cercles qui s’y adonnent se servent, selon les règles de la programmation neuro-linguistique (PNL), d’un langage trompeur et vide de sens. En vérité, ceux qui veulent réellement préserver les valeurs perdent de plus en plus pied en Europe, à tel point qu’une personnalité tel le philosophe, éthicien et conseiller du Pape, Robert Spaemann, exprime sa crainte de revoir le totalitarisme en Europe, ce qu’il n’aurait certes pas envisagé il y a 25 ans.
Un journaliste aussi connu que Peter Scholl-Latour, fêté il y a encore quelques années par les médias comme une personnalité importante, se voit contraint de remettre ses réflexions à la «Voix de la Russie» pour avoir une chance de diffusion. Sa réponse à la question de savoir comment l’Europe doit réagir aux événements en Ukraine interpelle: «L’Europe n’a pas de politique étrangère. Actuellement, elle se contente de se soumettre aux Etats-Unis, ce qui ne se serait pas passé sous Helmut Kohl, et encore moins sous Schröder.»
Des journaux, tel le polonais «Rzeczpopolita», suivent la ligne politique américaine. Ce dernier écrivait le 5 juillet: «Pour obtenir la paix, il s’agit moins de la bonne volonté des parties ennemies qu’une attaque militaire décisive. Il est de l’intérêt de l’Occident, de la Pologne et de l’Ukraine que ce coup soit porté par l’Ukraine elle-même. Nous devons donc apporter notre aide à l’Ukraine. Car une guerre de basse intensité peut durer encore des années – c’est ce qu’a démontré le conflit en Bosnie et en Croatie au début des années 1990. Tous les efforts déployés par la communauté internationale, les observateurs, les trêves, les efforts diplomatiques de l’Europe et des Etats-Unis ne portèrent pas de fruits. Le problème ne trouva de solution que du fait que la Croatie et la Bosnie, soutenues par l’Occident, prirent stratégiquement le dessus. Il en va de même aujourd’hui en Ukraine. Les appels à la paix ont une résonnance positive dans les médias, mais ne mettent pas fin au cauchemar. La guerre est mauvaise, mais il est encore plus mauvais de guerroyer sans fin.»
Est-ce cela les valeurs de l’Europe? Fermer les yeux face aux souffrances des populations de l’Ukraine orientale, les meurtres quotidiens, et vouloir s’engager dans une guerre? Qui se souvient des queues infinies des populations devant les locaux de vote quand on se prononça pour l’indépendance de la région? Qui a oublié les déclarations fermes et décidées des personnes interrogées à ce moment-là? Ces voix ne furent pas pris au sérieux et c’est sous le slogan «combattons les séparatistes» que les soldats s’en prirent à ces populations.
Les déclarations répétées de «plans de paix» apparaissent comme une dérision. Et cela apparaît également aux yeux des Européens. On trouve aussi d’autres déclarations, telle celle du journal bulgare «Duma», le même jour que le journal polonais, écrivant dans un sens tout différent: «Les populations de l’Ukraine orientale ne sont pas intéressées par des accords qui de toute façon n’apportent rien, cela est apparu plusieurs fois dès le début de la crise. Ils veulent pouvoir jouir du droit de décider eux-mêmes dans quelle direction aller – soit vers l’Europe, soit vers la Russie. Ils ne veulent pas qu’on décide pour eux et qu’on leur impose la direction à prendre. Les populations de l’Ukraine orientale sont les victimes d’intérêts géopolitiques. Il semble bien que le gouvernement de Kiev n’a aucun intérêt à les entendre. C’est pourquoi il veut débarrasser la région de ceux qu’il traite de ‹séparatistes›. Seulement voilà: y aura-t-il une solution à la crise quand les opposants auront été écrasés?»
Aussi, on peut se demander si le journal russe «Iswestija» n’avait pas raison d’écrire ce même jour: «Kiev sent le soutien de l’Occident. Le gouvernement n’est donc pas pressé à faire cesser le bain de sang dans cette région du pays. Il est vrai que les gouvernements occidentaux en appellent à Kiev pour faire cesser les combats. Mais si le président Porochenko le voulait vraiment, il l’aurait déjà réalisé. Le gouvernement ukrainien a déjà signé la partie politique de l’Accord d’association avec l’Union européenne. De ce fait l’UE a en mains la possibilité de faire cesser ce bain de sang dans l’Est de l’Ukraine. Mais les gouvernements occidentaux n’y voient pas non plus d’intérêt. Ils veulent maintenir à bas niveaux tous les concurrents pour le pouvoir en Ukraine et renforcer le gouvernement à Kiev, car il n’est pas vraiment stable.
Nombreux sont ceux qui reconnaissent que la soumission de la politique européenne à la volonté des Etats-Unis peut mener vers la catastrophe. A la suite d’un sondage récent, Spiegel Online du 6 juillet publia le titre suivant: «Les Allemands veulent prendre leurs distances par rapport aux Etats-Unis». Et plus loin: «La confiance dans ce partenaire allié a baissé, nombreux sont ceux souhaitant un contact plus étroit avec la Russie.»
Comment prendre au sérieux l’indignation de la politique allemande officielle et des médias quant au fait que deux Allemands ont espionné contre leur pays sur ordre des services secrets américains. Est-ce réellement le début d’une plus grande indépendance des Etats-Unis? Ou bien est-ce une façon de détourner l’attention des questions politiques essentielles? Par exemple de la politique par rapport à la Russie ou bien des négociations concernant le «Traité de libre-échange transatlantique» TTIP?
Une chose est certaine: si la politique européenne continue à s’aventurer sur le chemin de l’arrogance, du mensonge et de l’affrontement, cela finira dans une catastrophe, parce que relevant d’une attitude ne tenant pas compte de la réalité et de l’histoire. Il est encore temps de changer de cap. Il y a partout des gens qui réalisent que nous prenons la fausse voie, des gens qui ne sont pas d’accord. C’est maintenant le moment de s’y opposer, d’élever nos voix jusqu’à ce qu’elles soient entendues.    •

Ce qu’un «crescendo» peut provoquer

km. Le 12 novembre 2001, juste après le début de la guerre contre l’Afghanistan, le stratège américain Zbigniev Brzezinski déclara dans une interview accordée au Spiegel concernant la durée que tiendrait l’alliance de guerre, notamment avec le Pakistan:

«Plus longtemps que la plupart des gens pensent. Si les Etats-Unis agissent avec détermination, les élites pakistanaises, notamment l’armée, seront capables de garder le contrôle de la situation. Le Pakistan est dépendant des Etats-Unis, il n’a pas d’autres amis. Cependant, si l’engagement américain continue à se réduire à des bombardements, si le nombre des victimes au sein de la population civile continue à augmenter, s’il y a un «crescendo» de critiques internationales, alors la situation au Pakistan sera dangereuse.»

Brzezinski était très conscient de ce qu’un «crescendo de critiques internationales» pouvait provoquer.

Combien de temps encore?

«L’été passé – sans que le public puisse réellement en prendre connaissance – il y eut l’aveu d’un membre des services secrets allemands. ‹Nous sommes, dit-il avant de faire une pause, … l’Allemagne est pour les Etats-Unis d’Amérique un immense porte-avions: géographiquement très bien situé, utile et totalement dépendant.›» (Deuschlandfunk du 12/7/14)
Combien de temps encore?

Peter Scholl-Latour: «L’Europe mène une politique de soumission envers les Etats-Unis»

km. Lors d’une interview accordée à la radio «La voix de la Russie» (par écrit sur «Ria Novosti» le 4 juillet), le journaliste réputé Peter Scholl-Latour s’est exprimé sur la situation actuelle en Europe et en Asie ainsi que sur le conflit qui oppose les Etats-Unis, l’OTAN et l’UE à la Russie.

Selon Peter Scholl-Latour, le président russe Vladimir Poutine est «un politicien très intelligent et habile qui bénéficie du soutien de 80% de la population, ce qu’on ne peut négliger. Il est très populaire et dans la mesure où on lui reproche d’avoir servi dans le KGB, c’est lui attribuer une qualité le rendant capable d’affronter les incroyables intrigues actuelles, les oligarques etc. Il n’y a aucun contrôle des oligarques en Ukraine, ils restent les maîtres du pays et l’un d’eux est actuellement président. Personne ne va me convaincre qu’il a gagné ses milliards uniquement avec du chocolat de qualité médiocre.»
Peter Scholl-Latour connaît bien la situation en Ukraine. «J’étais à Lemberg, ou Lviv, ou Lvov, quel que soit son nom. Je m’y suis entretenu avec le patriarche de l’église grecque-catholique, un homme très raisonnable – mais il y a aussi, là-bas, des groupes extrémistes, qui viennent de la Seconde Guerre mondiale lorsque Stepan Bandera collaborait avec les Allemands. Il s’agit d’une société refermée sur elle-même qui s’adapte difficilement à l’Ukraine. Et puis, l’Ukraine orientale, le Donbass, est habitée par une population entièrement russe. Lors de l’industrialisation, on y installa des paysans des régions pauvres, des Russes de Voronej, par exemple, de ce fait la population est essentiellement russe. Une solution fédéraliste est le minimum de ce qu’on devrait leur offrir.»
Et Scholl-Latour de continuer: «L’OTAN affiche dans l’Est de l’Europe une présence beaucoup trop ostentatoire. Il avait été convenu que cette dernière ne s’étendrait pas plus loin que l’Allemagne de l’Est. En ce temps-là, il était exclu que l’OTAN intègre les anciens Etats du bloc oriental, soit la Pologne, les Etats baltes, la Roumanie.»
Selon Scholl-Latour, «l’Europe, n’a pas de politique étrangère, elle mène actuellement une politique de soumission envers les Etats-Unis, ce que Helmut Kohl n’aurait jamais accepté et Schröder encore moins. Je ne sais pas quelles sont les visées de Madame Merkel, qui ne cesse de prêcher la démocratie et la liberté. Les Allemands ne doivent pas oublier qu’ils ont commis les pires crimes de l’histoire européenne, alors même qu’il s’agit d’un peuple hautement civilisé. La moindre des choses serait de se taire.»
L’UE devrait comprendre «que cette Union eurasiatique, que Poutine désire créer, n’est pas dirigée contre l’Europe occidentale, mais constitue une consolidation de la Russie en Asie centrale. Car, dans la mesure où on se retire de l’Afghanistan et qu’il s’y développe un chaos islamique ou un Etat théocratique ou quelque chose de la sorte, cela aura des répercussions sur les pays voisins. Notamment sur l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, les Ouzbek étant déjà largement représentés dans les camps de résistance au Pakistan. Mais il y a aussi le Kazakhstan. On veut se protéger, c’est en réalité une organisation défensive. On n’a pas encore compris, qu’il s’agit de cette dimension asiatique. Pour la Russie, l’Ukraine aurait donc été un partenaire précieux en tant que contrepoids européen. Mais ce n’est plus possible. Il ne reste donc plus que la Russie et la Biélorussie, ce qui ne donne que 140 millions d’habitants, dont, ce qu’il faut également prendre en compte, 20 à 25 millions de musulmans qui ne sont pas tous inoffensifs.
La dernière fois que je me suis rendu à Kazan, l’imam principal, auparavant un brave Tatare, était soudainement un jeune homme, formé à Medina, en Arabie saoudite. Le ton avait nettement changé. Lorsque je m’étais trouvé, à l’époque, auprès des insurgés tchétchènes, j’avais eu affaire à des gens fort compréhensifs dans les communautés islamiques, appelées Tarîqa. Puis vinrent de jeunes prédicateurs, instruits en Arabie saoudite, et du coup un mur se dressa et je n’arrivait plus à entrer en contact avec eux.»
Scholl-Latour s’oppose aux sanctions économiques contre la Russie: «Ayant vécu les résultats des sanctions contre l’Irak entre 1991 et 2003, je vis à quel point c’est horrible. Il n’était plus possible de purifier l’eau ou de cultiver les terres. C’était terrible. La mortalité infantile était épouvantable. Les Allemands devraient le savoir, ayant subi eux-mêmes un blocage pendant la Première Guerre mondiale qui avait presque totalement affamé la population. Les sanctions sont un moyen immoral de la politique étrangère.»

Source: http://de.ria.ru/opinion/20140704/268926478.html