La mère nourricière de Luzi est morte

Elle a élevé au zoo de Bâle un ours nourrisson, 44 ans avant Knut de Berlin

par Heini Hofmann*

hh. Autrefois les mignons animaux bébé élevés au biberon et par conséquent apprivoisés étaient les atouts des relations publiques et les attractions des jardins zoologiques. Certains ont gagné un degré de notoriété mondial, telle la femelle gorille Goma de Bâle, première-née en Europe et élevée au biberon. Aujourd’hui l’optique est différente. Car de tels animaux élevés au biberon se laissent difficilement ou pas du tout intégrer dans le groupe. C’est pourquoi aujourd’hui dans les zoos, on laisse dans la plupart des cas la nature décider qui doit survivre. Les exceptions – chez les espèces menacées ou difficiles à tenir comme les ours polaires – confirment la règle.
Toutefois chez les animaux bébé élevés au biberon tels que l’ours polaire Knut de Berlin, Flocke de Nuremberg et Siku du Danemark se montre dans une mesure presque effrayante à quel point nous les hommes, quand la nature est dénaturée, répondons à l’effet du ravissement et au schéma de l’animal petit, ce qu’un tel petit nounours blanc comme Knut représentait tout particulièrement.
La presse mondiale se dépassait en superlatifs, les chiffres d’entrée au zoo de Berlin ont explosé et le marketing parasitaire a prospéré. Finalement Knut est même devenu le produit phare dans le combat contre le changement climatique. Parfois la fin justifie les moyens. L’élevage au biberon au jardin zoologique est ambivalent; la sentimentalité et le marketing se disputent les lauriers. En Suisse, ce n’est plus un sujet parce que les zoos de Bâle et de Zurich ont renoncé depuis longtemps à tenir des ours polaires.

On se souvient du brouhaha médiatique de 2007 au sujet de Knut, le petit ours blanc élevé au biberon au zoo de Berlin. Pourtant déjà 44 ans auparavant, le jardin zoologique de Bâle a eu sa première en élevant l’ours polaire Luzi! Maintenant, sa mère nourricière est décédée à l’âge de 91 ans.

Lorsque le gardien des ours, Hans Schenk, a constaté en novembre 1963 qu’après plusieurs élevages naturels échoués l’ours polaire bâlois Dadiana avait de nouveau mis au monde deux petits qu’elle n’acceptait pas, on s’est décidé pour l’élevage nourricier. Tandis que la petite femelle est morte après peu de jours, son frère a survécu – et devait devenir en tant que Luzi chouchou du zoo et star médiatique.

Du boulot 24 heures sur 24

Le directeur technique du jardin zoologique de Bâle de l’époque, Paul Steinemann, et son épouse Zita ont assumé, soutenus (dans le rôle de camarade de jeu) par leur bouledogue française Bichette, la tâche exigeante de parents nourriciers – du boulot 24 heures sur 24! Luzi avait deux jours, la taille d’un cochon d’Indes et pesait seulement 67 grammes – un vermisseau en comparaison avec sa mère de 300 kilos. En outre, il était aveugle, sourd et sans dents. On ne disposait guère d’expériences, jusqu’alors seulement trois élevages nourriciers avaient réussi, en 1942 à Prague, en 1955 à Francfort et en 1960 à Vienne-Schönbrunn. Un an après l’élevage artificiel à Bâle, on a aussi réussi à élever une jeune femelle au zoo de Zurich.
Les Steinemann de Bâle ont mené un journal détaillé sur l’élevage fatigant (ce qui a été par la suite utile pour le zoo de Berlin), car le petit blanc avait besoin du biberon toutes les deux heures le jour et toutes les trois heures la nuit. Après s’être déplacé en rampant, le 40e jour il a réussi à se mettre debout, et le 82e jour il a s’est dressé sur les pattes de derrière à la manière des ours. Désormais il a développé les allures de carnassiers, les dents et les griffes ont laissé des traces aux mains et aux meubles et l’ameublement des Steinemann a passé des temps difficiles …

Berlin a recherché des conseils auprès d’elle

Quand Luzi est devenu trop vigoureux et les promenades sur le terrain du zoo sont devenues trop dangereuses, il a dû déménager entièrement dans la maison des carnassiers. Et puisqu’on ne peut que difficilement réintégrer un animal élevé au biberon et fixé sur l’homme dans un groupe (surtout pas avec son propre père) – raison pour laquelle on renonce pratiquement à l’élevage au biberon dans les zoos modernes – Luzi a dû changer de place à l’âge d’un an (et pesant environ 80 kilos); il est arrivé dans un zoo privé français où il est malheureusement mort après l’échec un traitement contre la vermine.
Zita Steinemann, la mère nourricière de Luzi, qui après la retraite a vécu dans le bâtiment administratif du zoo de Bâle et les dernières années dans une maison de retraite, s’intéressait jusqu’au grand âge aux événements du zoo. Le remue-ménage autour de Knut à Berlin a éveillé chez elle beaucoup de souvenirs et d’émotions de l’époque passée avec Luzi, et par sympathie elle a envoyé un petit cadeau au gardien des ours de Berlin Thomas Dörflein. Celui-là lui a téléphoné par la suite pour lui demander des conseils. Zita Steinemann était modeste et ne fut jamais sous les feux des projecteurs bien qu’elle ait écrit une page d’histoire zoologique.    •

*L’auteur est ancien vétérinaire du zoo de Bâle.

Effet de ravissement et le schéma de l’animal petit

hh. Autrefois les mignons animaux bébé élevés au biberon et par conséquent apprivoisés étaient les atouts des relations publiques et les attractions des jardins zoologiques. Certains ont gagné un degré de notoriété mondial, telle la femelle gorille Goma de Bâle, première-née en Europe et élevée au biberon. Aujourd’hui l’optique est différente. Car de tels animaux élevés au biberon se laissent difficilement ou pas du tout intégrer dans le groupe. C’est pourquoi aujourd’hui dans les zoos, on laisse dans la plupart des cas la nature décider qui doit survivre. Les exceptions – chez les espèces menacées ou difficiles à tenir comme les ours polaires – confirment la règle.
Toutefois chez les animaux bébé élevés au biberon tels que l’ours polaire Knut de Berlin, Flocke de Nuremberg et Siku du Danemark se montre dans une mesure presque effrayante à quel point nous les hommes, quand la nature est dénaturée, répondons à l’effet du ravissement et au schéma de l’animal petit, ce qu’un tel petit nounours blanc comme Knut représentait tout particulièrement.
La presse mondiale se dépassait en superlatifs, les chiffres d’entrée au zoo de Berlin ont explosé et le marketing parasitaire a prospéré. Finalement Knut est même devenu le produit phare dans le combat contre le changement climatique. Parfois la fin justifie les moyens. L’élevage au biberon au jardin zoologique est ambivalent; la sentimentalité et le marketing se disputent les lauriers. En Suisse, ce n’est plus un sujet parce que les zoos de Bâle et de Zurich ont renoncé depuis longtemps à tenir des ours polaires.

Inséparables: le chien et l’ours

hh. Depuis que Luzi a vécu dans l’appartement des Steinemann, Bichette, la bouledogue française était hors d’elle d’excitation. Mais au début, elle n’a pu observer le petit Luzi qu’à distance; pourtant elle aurait aimé le dorloter. Lorsque Luzi couinait Bichette était si inquiète qu’elle se mette à gémir. Même l’agréable fredonnement, typique des ours polaires, elle interprétait comme gémissement, ce qui la portait presque au désespoir.
C’est seulement à partir du 50e jour de Luzi que la chienne a pu contribuer aux soins de manière active. Après le biberon elle lui léchait la gueule avec beaucoup de zèle, l’accompagnait dans ses promenades de reconnaissance à travers l’appartement et veillait à côté de lui quand il se reposait. Bichette l’avait tellement entouré de soins qu’elle faisait une grossesse nerveuse. Elle voulait allaiter le petit ours en le plaçant sans cesse sous son corps pour lui offrir à téter. Il fallut y mettre un terme pour qu’elle ne produise pas de «lait sauvage».
Pourtant, avec le temps, Bichette a biendû remarquer que son enfant nourricier dorloté n’était pas un bébé chien mais un carnassier grandissant. A chaque occasion Luzi la mordait dans les jambes. Visiblement déçue par une telle ingratitude, elle s’est retirée de plus en plus de son copain devenu grossier et l’a surveillé seulement à partir d’une distance sûre. Cela signifiait la fin peu romantique d’une amitié entre animaux inégaux. Considéré de manière sentimentale: un moment triste. Jugé de manière réaliste: une évolution logique.