«La ‹neutralité passive› et l’offre de bons offices – une garantie de succès»

Interview du conseiller national Roland Rino Büchel, membre de la Commission de politique extérieure du Conseil national (CPE-N), UDC Saint-Gall

Horizons et débats: Le Conseil fédéral a décidé fin mars de ne pas prendre de sanctions contre la Russie, donc de ne pas suivre l’Union européenne. Comment jugez-vous cette démarche?

Roland Büchel: Cela correspond à la position de la Commission de politique extérieure du Conseil national. Il n’y a jamais eu là une demande de sanction contre la Russie. Malgré tout: Les mesures que nous devons supporter dans le cadre de l’accord de Schengen ne sont pas simplement rien. On ne peut cependant pas qualifier ces interdictions d’entrée dans le pays de sanctions dures, c’est ainsi. Le fait que le Conseil fédéral n’en ait décidé aucune est réjouissant.

Le fait que nous devons assumer les sanctions de Schengen, est pourtant une restriction de la souveraineté?

Je le vois aussi comme ça. Nous devons y participer en raison de l’accord. C’est une perte de la souveraineté.

Comment jugez-vous la situation pour la Suisse?

Faisons une comparaison des prises de positions des partis. L’UDC interprète la notion de la neutralité de façon très conséquente. Plus vous allez à gauche, plus mollement elle est interprétée. Bien sûr cela se fait également remarquer au sein de la commission. Le vice-président de la Commission de politique extérieure du conseil des Etats et président du Parti socialiste (PS) Christian Levrat, s’est pas mal débattu récemment. Selon lui, la Suisse aurait dû prendre des sanctions si elle n’avait pas eu la direction de l’OSCE. Est-ce neutre pour vous? Pas pour moi.

Le fait qu’ils suivent dans le jugement en fin de compte ceux qui sont responsables du bouleversement en Ukraine est étonnant. Quel rôle devrait prendre la Suisse à cet égard?

Notre rôle doit vraiment être neutre au sens classique du terme. Il ne faut pas de forme de la neutralité qui s’appuie sur l’Union européenne. Il s’agit là de pouvoir et de propres intérêts. C’est légitime, mais ceci n’est pas neutre.

Dans le cas du Kosovo, la Suisse a reconnu relativement vite l’indépendance. En Crimée, on condamne ce processus. Pourquoi?

L’explication de la direction du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) est que le Kosovo avait préalablement débattu cette question pendant dix ans, tandis que dans le cas de la Crimée, cela s’est décidé en environ dix jours seulement. On argumente alors avec le facteur-temps comme justification.

Comment voyez-vous cela? Le temps, est-ce un facteur dans ce contexte-là?

Dix jours «visibles», c’est bien sûr un délai court pour une prise de décision. Les standards démocratiques de Suisse n’ont sûrement pas été valables. Pourtant: Ce que le peuple veut est décisif. Et celui-là s’est exprimé sans équivoque.

Comment voyez-vous le rôle de la Russie dans ce développement?

Les Jeux olympiques hivernaux ont bloqué la Russie et Poutine un certain temps. Pendant cette période-là, le côté européen a visiblement aidé pour que les choses «avancent» sur la place Maïdan de Kiev dans leur sens. Poutine par contre a résolument mis à profit ses possibilités après ‹Sotschi›. Avec une action très rapide, il a aidé à créer les faits que nous avons aujourd’hui.

Pour la Suisse, c’est clair que l’on continue à collaborer.

Pas pour tous dans le pays. Prenons comme petit exemple le timbre spécial de la poste pour marquer le bicentenaire des relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie. Différents conseillers nationaux ont déclaré publiquement qu’il ne fallait pas que l’on publie maintenant le timbre lancé depuis longtemps. Voyez-vous, on est déjà arrivé à une autre interprétation étrange du principe de la neutralité.

Comment voyez-vous cela?

Quand on collabore depuis si longtemps, il y a des moments meilleurs et des pires. La Suisse a maintenu les relations avec la Russie dans des jours qui étaient considérablement plus mauvais – quand les habitants y étaient considérablement moins libres qu’aujourd’hui.

Qu’en est-il de la neutralité en ce qui concerne le rôle de l’OSCE?

Cette présidence doit mener à davantage de neutralité et pas à moins. Non pas à la «neutralité active» tout le temps demandée par les gauchistes. Pour moi, une «neutralité passive» avec l’offre de bons offices est une garantie de succès – au lieu de donner des leçons de morale. En outre, nous ne devrions pas surestimer l’OSCE. N’attribuons alors pas trop d’importance à cette institution; ne lui donnons pas une signification qu’elle n’a plus depuis bien longtemps.

Quel est le rôle de l’envoyé spécial du Conseil fédéral Tim Guldimann?

Il a porté ces derniers temps à plusieurs reprises un jugement négatif sur notre pays, par exemple au Volkshaus à Zurich, le fief des socialistes. En outre, il est un ardent partisan de l’Union européenne. Même si l’ambassadeur Guldimann était aussi performant que les médias le font croire, il y a une question qui demeure: Peut-il et veut-il vraiment remplir son rôle de façon neutre? Si nos gens ne s’identifient pas avec la Suisse, et se positionnent en outre publiquement d’un côté, leur crédibilité est rapidement anéantie pour l’autre partie du conflit.
En résumé on peut donc dire que la Suisse doit assumer son rôle d’Etat neutre et qu’elle peut essayer à travers les bons offices d’offrir des négociations pour les différentes parties afin d’arriver à une solution pacifique.
Ce serait le comportement d’un Etat neutre qui prend en raison des circonstances une attitude convenable.

Monsieur le Conseiller national Büchel, merci beaucoup de cet entretien.     •

(Interview réalisée par Thomas Kaiser)