Le château d’eau du Valais est en danger

 

L’approvisionnement en électricité est un bien collectif – il faut en prendre soin (partie 1)

par Werner Wüthrich, docteur ès sciences politiques

L’eau et les droits d’eau ont toujours joué un rôle important en Valais. En se promenant en Valais, on rencontre immanquablement les bisses en de nombreux endroits. Ces canaux d’irrigation, construits avec beaucoup de soins, ont permis à la population d’habiter sur les terrasses surplombant les vallées, riches au rayonnement solaire mais pauvres en eau, et d’y mener des activités lucratives. Les bisses apportent l’eau de sources très éloignées le long de pentes abruptes. Ils disparaissent dans des tunnels et sont parfois suspendus à des parois verticales afin d’amener l’eau là où nécessaire. Naturellement l’agriculture est touchée par la sécheresse, du fait que les sommets élevés retiennent les nuages de pluie. Il pleut plus souvent dans les montagnes et les glaciers recueillent d’énormes quantités d’eau, alors que dans les vallées, il faut en user à bon escient et veiller à bien la répartir.
Les bisses s’étendent dans le paysage comme les veines dans le corps humain. Finalement, les «Rüüsä» mènent l’eau des bisses jusque dans les prairies. Les «schrapfjini» répartissent cette eau précieuse au travers de nombreux petits canaux sur les terres arables. Ce système d’irrigation, qui remonte à la nuit des temps, est toujours d’actualité et devrait même être protégé en tant que patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les bisses sont une œuvre commune de la population. Au printemps, il faut remettre en état les dégâts causés par l’hiver. Les habitants se rassemblent pour ce travail jadis souvent dangereux. Les droits d’eau sont définis dans les communes selon le modèle coopératif. Chacun sait combien d’eau il peut déverser sur ses terres et quand cela peut avoir lieu. Un tribunal arbitral se charge de régler les conflits. De nos jours, tout a été simplifié et sécurisé grâce aux nouveaux matériaux, aux conduites modernes et aux techniques actuelles. Nombreux sont les bisses anciens encore en activité, menant quotidiennement l’eau dans les champs et les pâturages. Elles furent et restent des poumons pour les villages de montagne du Valais.

L’énergie hydraulique rend la Suisse plus indépendante

Il y a environ un siècle, l’eau avait une importance particulière en Valais. La révolution industrielle avait fortement modifié l’aspect de la Suisse au XIXe siècle. Il fallait résoudre le problème de l’énergie. Les fabriques travaillaient essentiellement avec du charbon qu’il fallait importer à 100%. Au cours des Première et Seconde Guerres mondiales, on reconnut les risques d’une telle dépendance. L’électricité pouvait remplacer le charbon, et plus tard également, en partie, le pétrole. Elle était obtenue par des turbines activées par l’énergie hydraulique. Les chemins de fer utilisaient aussi le charbon et il était judicieux de passer à l’électricité. C’est ce que décidèrent les Chemins de fer fédéraux suisses en 1917. La ligne du Gothard fut la première à bénéficier de cette décision. En 1939, la Suisse présenta avec fierté, à l’Exposition nationale, la plus puissante locomotive électrique du monde, capable de tirer 11 wagons chargés malgré les montées et les virages du Gothard. De nombreuses entreprises industrielles adoptèrent l’électricité. Cette électrification des chemins de fer, de l’industrie et des ménages devint une tâche majeure nationale et fut le point de départ d’une industrialisation remarquable. Dès la fin du XIXe siècle les premières centrales hydroélectriques fluviales furent érigées. Puis suivirent les premiers barrages pour retenir l’eau des glaciers. Ce développement atteignit son apogée dans les années 1950 et 1960 avec la construction de plusieurs grands barrages.
Prenons la construction du barrage de la Grande Dixence comme exemple. Hans Wyer, ancien conseiller d’Etat du canton du Valais et président du PDC suisse, décédé récemment, a publié en 2008 un ouvrage important intitulé «Utilisation de la force hydraulique en Valais». Il y décrit en détail les événements de l’époque.

La Grande Dixence, le projet du siècle

Les travaux commencèrent en 1950 dans la Vallée des Dix. Le projet était audacieux et la conception avait une allure visionnaire, dépassant tant du point de vue de la grandeur que du coût tout ce qui s’était fait jusqu’alors. Le mur du barrage est d’une hauteur de 285 mètres – jusqu à peu, le plus haut barrage du monde – avec à sa base une épaisseur de 200 mètres. Le barrage récolte l’eau venant de 35 glaciers et de nombreux affluents. 80 recueils d’eau et 100 kilomètres de galeries recueillent l’eau venant de régions lointaines, comme par exemple de Zermatt, et la guident vers le lac artificiel. En 1960, après dix ans de travaux, le barrage était terminé. Il fallut encore cinq années pour que la production d’électricité puisse travailler à plein régime. L’ensemble fut rénové et agrandi au cours des dernières années ce qui permit de doubler la production d’électricité.
Environ 3000 personnes ont participé à ce projet, travaillant souvent dans des conditions très difficiles. Mais ce fut une grande aventure. Parfois il faisait froid et le temps était tempétueux. Les ouvriers et les ingénieurs souffraient également de l’altitude. Au début on travaillait presque dans des conditions de guerre. Toutefois les conditions de travail s’améliorèrent rapidement. A la fin des années cinquante, le temps de travail des équipes fut réduit à 8 heures et en fin de semaine on ne travaillait plus. Dans la vallée fut installé un village de baraques pour les collaborateurs avec un magasin, un restaurant, un kiosque, un cinéma et un terrain de sport pour des matchs de football contre les équipes des villages avoisinants. Pendant leurs temps libres, les ouvriers pouvaient profiter des sociétés de gymnastique ou de chant. Une filiale bancaire leur permettait de transférer leur salaire à leurs familles, notamment vers l’Italie. On veilla à ce que la vie de tous les jours se développe aussi bien que possible, ce qui fut le cas selon les récits de témoins de l’époque.
Voici deux extraits de l’ouvrage de Hans Wyer mentionné plus haut:
•    «Le besoin de gagner décide les petits paysans montagnards et des ouvriers venus de tous les horizons à vivre des années dans le monde étrange et hostile des déserts alpins pour fouiller la roche, creuser des tunnels, des puits blindés, des cavernes qui seront des usines. Ils risquent leur santé, quelquefois leur vie – les tragédies mortelles sont, hélas! nombreuses.» (p. 127)
•    «Les petits paysans de la montagne considèrent comme une aubaine la venue de ces grands qui mettent à leur portée les occasions de gains inespérées. Ils s’y pressent puisqu’ils peuvent le faire sans déserter leur village et abandonner leur train de campagne. L’étau de pauvreté qui a jusque-là conditionné leur existence se desserre.» (p. 127)
Ces descriptions correspondent à ce qui se passait dans de nombreux chantiers dans les Alpes réalisant des projets semblables. On construisit alors de nombreux barrages, car la Suisse s’efforçait de renoncer le plus vite possible au charbon comme fournisseur d’énergie, notamment du fait que pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’était trouvée dans une dépendance dangereuse de l’Allemagne nazie. Mais la Grande Dixence resta de loin le projet le plus grand. Le 30 août 1965 fut une journée catastrophique pour la Suisse. Plusieurs centaines d’ouvriers travaillaient dans la vallée de Saas au barrage de Mattmark – pas loin de la Grande Dixence – quand tout à coup une avalanche (de glace,) venant du glacier de l’Allalin, ensevelit 88 ouvriers sous un demi-million de mètres cubes de glace. Un mémorial rappelle ce qui fut la pire catastrophe lors de travaux consacrés aux tunnels et aux centrales électriques dans les Alpes.
Aujourd’hui, on s’efforce de plus en plus de traiter la nature avec soin. En Valais, les représentants des associations écologiques, du département cantonal de l’Energie et les sociétés de production d’électricité se retrouvent autour d’une table pour trouver ensemble des solutions au problème des eaux résiduelles. Les cours d’eau asséchés ou n’ayant plus que peu d’eau feront bientôt partie du passé. (Walliser Bote du 6/6/13). Il y quelques temps, la Société d’électricité du canton du Valais a fait savoir que le cours supérieur du Rhône devait être doté d’une centrale électrique au fil de l’eau. Selon le projet, l’eau doit provenir en partie du cours d’eau près de Gletsch en-dessous du glacier du Rhône et être dirigée par une chute de 280 mètres vers Oberwald. Les conduites, les turbines et la centrale seront toutes construites sous terre. Cet ouvrage produira de l’électricité pour 9000 ménages, ce qui représente un dixième de la production de la Grande Dixence. – Mais ce n’est qu’un aspect. Car dans un même temps le Rhône, encore fortement aménagé, sera renaturé. Il s’agit de lui redonner dans la grande zone alluviale protégée entre Gletsch et Ober­wald la possibilité de s’écouler librement en méandres, ce qui revaloriserait cette région. (Walliser Bote du 23/5/13)

A qui appartient la Grande Dixence?

La Grande Dixence SA, avec siège à Sion, est actuellement propriétaire du plus grand barrage suisse. Elle est en tête du marché du courant électrique d’origine hydraulique tant en Europe qu’en Suisse. La Grande Dixence SA appartient à 60% à la firme Alpiq, créée en 2008 par la fusion d’Atel (Aare-Tessin AG) et EOS (Energie de l’ouest suisse). Les entreprises Axpo (auparavant Nordostschweizerische Kraftwerke NOK), BKW (Berner Kraftwerke), IWB (Industrielle Werke Basel) en détiennent chacune 13 1/3%. 17 cantons y participent directement ou indirectement. Toutefois le Valais n’y participe guère. Depuis deux ans, c’est quelqu’un du Haut-Valais qui dirige pour la première fois cette entreprise. Alpiq et BKW sont des sociétés par actions cotées en bourse. Elles sont cependant tenues à plus de 80% par les pouvoirs publics. Axpo est détenue à 100% par les cantons de la Suisse du Nord-Est. La Grande Dixence appartient donc presque entièrement à quelques cantons et grandes villes situées essentiellement en Suisse alémanique et en Suisse romande.
Mais la Grande Dixence n’est qu’une des nombreuses centrales hydrauliques. Rien qu’en Valais, il y a une cinquantaine de grandes centrales, dont trois des quatre plus grands lacs de rétention de Suisse. Elles couvrent un tiers du besoin en électricité du pays. Toutefois, 80% de la force hydraulique valaisanne est majoritairement en mains «étrangères». Selon des rapports d’experts, les caisses publiques du Valais n’en profitent qu’à hauteur d’environ 170 millions de francs.

Droit de retour en perspective

C’est le canton qui détient les droits concernant le Rhône. En revanche, ce sont les communes qui sont responsables des affluents du fleuve. Cette répartition octroie aux vallées adjacentes une forte position, du fait que presque toutes les usines hydroélectriques se trouvent sur leur territoire. A quelles conditions les communes ont-elles jadis cédé leurs concessions d’eau?
Les grandes sociétés électriques suisses utilisent l’énergie hydraulique indigène contre le paiement d’un droit d’eau annuel. Toutefois, les Valaisans étaient intelligents. Ils ont soumis dans la première moitié du XXe siècle l’utilisation de l’énergie hydraulique à une clause importante. Au bout de la durée de la concession du droit d’eau, dans la plupart des cas de 80 ans, il y a le «droit de retour», c’est-à-dire qu’une grande partie des installations hydrauliques (environ 80%) revient à la commune qui a accordé la concession. Cela signifie concrètement que la collectivité, dans la plupart des cas quelques communes de montagne, peut reprendre gratuitement la partie des installations dites «mouillée», c’est-à-dire le barrage, les conduites d’amenée et forcée ainsi que les turbines. Parallèlement, les communes peuvent acquérir à bon prix la partie dite «sèche», c’est-à-dire les installations électrotechniques. C’est ainsi que des installations valant plusieurs milliards de francs peuvent changer de mains. Les médias valaisans parlent de fortunes atteignant 20 milliards de francs. Les petites communes de montagne dans les vallées adjacentes du Rhône en profiteront le plus, ce qui crée de vives discussions dans un grand nombre de communes.
Les contrats du droit d’eau conclus par les communes et le canton du Valais avec les grandes entreprises d’électricité de Suisse sont similaires. Ils prévoient eux aussi que les installations doivent «retourner» aux communes à la fin de la durée de la concession.
L’utilisation de la force hydraulique avec de grands lacs d’accumulation fut dans la première moitié du XXe siècle une nouveauté comparable aux grands parcs éoliens d’aujourd’hui. Personne ne pouvait réellement prédire si les énormes efforts consentis seraient «rentables» et si l’utilisation serait durable. Personne ne savait si l’industrie et les chemins de fer suisses pourraient être approvisionnés en électricité de façon efficiente et bon marché. Personne ne savait si les installations coûteuses ne se retrouveraient pas un beau jour abandonnées dans la nature. – Le «droit de retour» prévu dans les contrats des communes valaisannes était une espèce d’assurance pour un futur incertain. Pour les générations actuelles, ce «droit de retour» est une bénédiction. Elles profitent de la prudence et prévoyance de leurs grands-parents et arrières grands-parents – cela d’autant plus qu’actuellement l’énergie hydraulique gagne en importance au vu des débats en cours.

Comment continuer?

Dans les médias valaisans, on mentionne souvent les communes Eisten et Zwischbergen comme exemple extrême. Lors du droit de retour des centrales hydrauliques Mattmark et Ackersand I, ils recevraient des valeurs en capitaux d’environ 1,5 millions de francs par habitant. Un exemple actuel existe déjà: les CFF ont rachetés récemment le droit de retour de six communes de la vallée du Trient et ils ont payés pour le renouvellement de la concession de la centrale hydraulique Barberine 343 millions de francs. La commune de Finhaut avec 367 habitants en a obtenu 112 millions. Bien que le Conseil communal ait voulu réaliser avec cet argent des plans touristiques onéreux, les citoyens ont une fois de plus montré leur sagesse, qui est à l’ordre du jour dans les communes suisses organisées selon le principe de la démocratie directe: ils ont refusé le projet lors de l’assemblée communale.
Il y a encore un autre exemple: en 1945, la commune de Bagnes a renoncé volontairement au droit de retour dans sa concession pour la Dranse de Bagnes.
Si dans un futur proche le droit de retour est exercé intégralement selon les contrats, les grands concessionnaires des centrales hydrauliques suisses ne vont pas seulement perdre la propriété des installations mais aussi la jouissance de l’eau, avec laquelle elle produit l’électricité. Dès 2030, les grandes centrales hydrauliques – dont la Grande Dixence – vont retourner aux communes. Environ 80% des centrales vont passer sans indemnisation dans la propriété des communes. En réalité, cela devra être réglé beaucoup plus tôt. Les concessionnaires actuels ont déclaré – et c’est bien compréhensible – qu’ils n’investiraient et renouvèleraient les centrales que s’ils ont la certitude de pouvoir participer à l’avenir à la production d’électricité en Valais.
Jürg Aeberhard, chef de la production hydraulique chez Alpiq, a déclaré, lors d’une visite au Valais il y a quelques années, à la manière pas très empathique que seul un habitant de la plaine peut avoir: «Les communes sont les joyeux gagnants du droit de retour.» bien qu’ils ne remplissent pas les conditions préalables pour pouvoir exploiter une grande centrale hydraulique avec succès. Ils devraient aussi être capable financièrement de réagir à des perturbations de toutes sortes, des accidents de travail et des investissements de remplacement courant, et ils devraient aussi avoir accès au marché d’électricité européen. Aeber­hard a proposé de trouver un prétendu «compromis bien confédéré». Les concessionnaires actuels et les communes pourraient faire «moitié – moitié». (Walliser Bote du 26/3/11) Il va de soi que cette proposition n’a pas trouvé beaucoup d’écho positif au Valais. Le journaliste bien connu Luzius Theler a écrit dans le Walliser Bote du 29/3/11: «Alpiq exige la moitié des valeurs du droit de retour pour les concessionnaires des centrales hydrauliques. Cela est soit naïf soit bien hardi – ou bien les deux».
Le Conseil d’Etat Jean-Michel Cina, membre du gouvernement valaisan, n’a pas non plus laissé valoir l’argumentation d’Aeber­hard: «Ce que les cantons du Plateau suisse savent faire est aussi possible pour le Valais: Pourquoi ne serions-nous pas capable de créer une entreprise d’électricité?» a-t-il demandé. Zurich et Genève sont les centres financiers, Bienne le centre de compétence de l’industrie horlogère. Le Valais pourrait devenir un centre de compétence pour la force hydro-électrique. Les premiers pas sont déjà faits. Des postes de travail qualifiés vont être créés. Jusqu’en 2015, l’EPFL veut établir à Sion, le chef-lieu du canton du Valais, un institut avec onze chaires. Sept s’occuperont du domaine de l’énergie.
Et Cina de continuer: il est faux de contester la capacité de gérer des centrales hydrauliques aux cantons de montagne. En outre, il n’est pas prévu de «détrôner entièrement les anciens concessionnaires.» Les droits de retour offrent la possibilité d’assumer la coresponsabilité et de réaliser d’autres revenus outre les redevances hydrauliques. «Serons-nous bientôt des cheiks de l’eau?», demande Jean-Michel Cina. «Je n’aurais rien contre, si le canton du Valais était si riche pour céder quelque chose à d’autres cantons dans le cadre de la péréquation financière. Aujourd’hui, c’est encore le contraire.» (www.1815.ch/wallis/aktuell/sind-wir-schon-bald-wasser-scheichs-49820.html)

Qui gouvernera à l’avenir le château d’eau?

On favorise les solutions suivantes:
1.    Les communes se font payer et renoncent à reprendre les centrales hydrauliques et à les exploiter elles-mêmes. Elles octroient de nouvelles concessions aux concessionnaires actuels Alpiq, Axpo ou BKW.
2.    La collectivité, c’est-à-dire les communes concernées et le canton, créent avec les centrales électriques, retournées en leur propriété, une nouvelle société. Les concessionnaires actuels contribueraient à leur tour les parties «sèches» (équipements électrotechniques), leurs savoirs, leurs connaissances techniques et leurs relations commerciales du monde de l’électricité européen. Les deux parties – le Valais ainsi qu’Alpiq, BKW et Axpo – exploiteraient les grandes installations à l’avenir dans une société commune.
Reste à savoir dans quelle mesure la collectivité participera à la société future. Aujourd’hui, les grandes sociétés telles que Alpiq, BKW et Axpo contrôlent la production électrique à 80%. Cela doit changer. A l’avenir, le Valais veut une participation directe de 60% après le droit de retour – actuellement ce ne sont que 20%. «Le Valais doit de nouveau être aux commandes», déclare le conseiller d’Etat Jean-Michel Cina. La production de courant doit être une activité commune, permettant aux habitants de prendre le rôle de «maître de maison».
Cela ne résout cependant pas tous les problèmes. Le Valais doit élaborer une solution équitable au sein du canton et également intégrer les intérêts de toute la Suisse. La richesse qui va revenir aux petites communes de montagne éveille des convoitises. Ce ne sont qu’un tiers des communes du Valais qui en profiteront. Le Haut-Valais, où ne vit qu’environ un quart de la population, détient plus de la moitié de l’énergie hydraulique. Une compensation existe déjà aujourd’hui: le canton prélève un impôt sur la force hydraulique de 60% des redevances hydrauliques qu’obtiennent les communes et transfère cet argent dans le budget cantonal. Le droit de retour et les concessions pour l’utilisation de la force hydraulique doivent être réorganisés. L’ancien conseiller aux Etats Rolf Escher propose que les communes concédantes profitent de la moitié du droit de retour et le canton et les autres communes chacun d’un quart.
Le 17 janvier 2013, les communes du Haut-Valais ont informé qu’ils avaient décidé avec une majorité écrasante qu’ils désiraient travailler avec un partenaire fort du secteur de l’électricité qui tiendrait 40% d’une société commune. Les communes concédantes tiendraient 30%, l’Etat du Valais et les communes non concédantes 15% chacun. La gauche politique préférerait que toutes les centrales hydrauliques soient gérées de manière centralisée par une seule société cantonale. (Walliser Bote du 19/1/13)
Entre les cantons, concernant l’énergie hydraulique, il reste encore des questions devant être résolues de manière fédéraliste. Actuellement, les cantons alpins négocient avec certains cantons du Plateau, où se trouvent les sièges des grandes sociétés d’énergie hydraulique. Les bénéfices que ces sociétés font avec leur eau, doivent être davantage imposés là d’où ils proviennent. Aujourd’hui, les grandes sociétés d’énergie hydraulique réalisent leurs bénéfices avec l’eau des cantons alpins, en étant imposés en grande partie à leur siège principal dans le Plateau. Le canton de Soleure (siège d’Alpiq) a interrompu les négociations parce que les points de vues n’étaient pas compatibles. Ce sera au Tribunal fédéral de décider. (NZZ du 25/9/13)

La centrale hydroélectrique à accumulation par pompage est une stratégie éprouvée

La Grande Dixence SA et sa partenaire, les Forces motrices valaisannes, ont informé qu’elles désiraient transformer la Grande Dixence en une centrale hydroélectrique à accumulation par pompage. Actuellement, Nant-de-Dranse, également une centrale de pompage-turbinage, est déjà en construction dans la région. Le projet RhoDix aura une capacité de 2000 mégawatts et sera donc encore bien plus grand que l’immense centrale de Linthal 2015, en construction dans le canton de Glaris. L’eau serait prélevée du Rhône et pompée en deux étapes de 500 à 2240 mètres d’altitude dans le lac de Dix. Pour cela on prévoit de construire deux immenses cavernes de pompages capables de pomper 40?000 litres d’eau par seconde. Au premier abord, cela apparaît être une affaire déficitaire, parce qu’il faut davantage d’électricité pour le pompage de l’eau que ce qui résulte par la suite du «turbinage». Mais cela est néanmoins rentable. On pompe l’eau quand il y a du courant en abondance sur le marché et que les prix sont bas. Plus tard, on produit l’électricité exactement au moment où la demande est grande et les prix élevés. Une centrale de pompage-turbinage peut produire en deux minutes du courant «sur mesure» et le transmettre au réseau. Les coûts de la transformation sont estimés à 800 millions de francs. Alpiq, Axpo, BKW et les Services techniques de Bâle, qui sont propriétaires de la Grande Dixence SA, ne lanceront le projet que quand les conséquences du droit de retour seront clarifiées. (Walliser Bote du 9/2/13)
Vraisemblablement, il y aura au cours des prochaines années de nombreuses centrales de pompage-turbinage qui seront construites en Europe – surtout dans les pays alpins tels la Suisse, l’Autriche, l’Espagne et la Norvège. La raison principale est évidente. La part des énergies renouvelables augmente continuellement. Les fluctuations obligatoires dans la production du courant produit par les parcs éoliens et la photovoltaïque peuvent être égalées avec de telles centrales. Mais – cela fonctionnera-t-il vraiment?

Focalisation unilatérale sur l’énergie solaire et éolienne provoque l’effondrement des prix de courant

Depuis peu cependant, le scepticisme règne face à la construction de centrales de pompage-turbinage. Les Berner Kraftwerke BKW ont repoussé le projet Grimsel 3 parce qu’actuellement il ne serait pas rentable. «Les centrales de pompage-turbinage sont-elles déjà obsolètes?» se soucie Luzius Theler dans son article paru dans le Walliser Bote du 30/3/13. Les grandes centrales telles Linth-2015 (2 milliards de francs) dans le canton de Glaris et Nantes-de-Drance-2017 au Valais (1,84 milliards de francs) sont en construction et produiront à l’avenir autant de courant qu’une centrale nucléaire. Qu’est-ce qui a amené la BKW à retarder son projet, chose qui va à l’encontre de la Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral?
Actuellement, il y a une offre excédentaire massive d’énergie électrique sur le marché européen et les prix ont fortement baissés. Avant tout l’Allemagne subventionne massivement les parcs éoliens et le photovoltaïque et a construit d’immenses capacités en mer et à terre. Les budgets allemands paient tout de même un prix élevé pour le courant parce qu’ils doivent payer un supplément massif de plus de la moitié pour couvrir les frais élevés et les subventions de la transition énergétique. Actuellement c’est énorme, un ménage paie en moyenne 35 centimes par kilowattheure, ce qui représente le plus haut prix pour le courant de toute l’Europe. Il est prévu de l’augmenter à 40 centimes jusqu’en 2020. Le ministre fédéral allemand Altmeier a même déclaré récemment que les contribuables et les consommateurs devront payer la transition énergétique à hauteur de 1000 milliards d’euros jusqu’en 2040. Aujourd’hui déjà, l’Allemagne débourse chaque année 20 milliards d’euros de rétributions garanties du courant injecté, suite à quoi les installations d’énergie solaire et éolienne sont un commerce profitable aussi pour les petits producteurs. De plus en plus de voix critiques se font entendre blâmant certains développements qui vont dans la fausse direction, sont trop rapides et sans conception globale.
Le problème principal tient au fait que les centrales nucléaires et à charbon ne peuvent pas être arrêtées malgré les excédents qu’elles produisent parce qu’il y a des jours sans soleil et sans vent. Lors de jours ensoleillés et venteux – ainsi qu’avec les centrales nucléaires et au charbon – on produit beaucoup trop de courant, si bien qu’on parle de «courant jetable» dont le prix baisse par moments en dessous de zéro. Ce courant est alors conduit, grâce au marché libre de la bourse européenne de l’électricité, dans les pays voisins et y provoque une baisse des prix. Cela a pour conséquence que la Suisse ne peut plus couvrir les frais de son énergie hydraulique en tant qu’«ancienne» énergie renouvelable. A la bourse européenne de l’électricité, le courant est négocié en moyenne à 4 ou 5 centimes. Ce prix se trouve en dessous du prix de revient de 7 centimes des centrales hydrauliques suisses actuelles. Ces frais s’élèvent à 14 centimes dans les installations neuves ou modernisées, selon une étude de l’Office fédéral de l’Energie (NZZ du 13/12/13). Autrement dit: les installations existantes ne peuvent pas couvrir leurs frais et les nouvelles installations ne sont pas non plus rentables parce que l’importation est en Suisse actuellement bien meilleur marché que la propre production – un développement dangereux pour le pays.
Récemment, le directeur des Central­schweizerische Kraftwerke CKW s’est exprimé de la façon suivante: «L’injection subventionnée d’énergie solaire et éolienne déforme les prix de marché à hauteur de 30 à 40%.» La BKW abandonnera de manière anticipée la centrale nucléaire de Mühleberg – pour des raisons d’ordre commercial, parce qu’ici aussi, la production n’est plus rentable. La dépendance de l’étranger augmentera – qu’il s’agisse de centrales à énergie fossile ou de centrales nucléaires. Les BKW sont associés à la centrale à charbon allemande de Wilhelmshaven qui sera opérative prochainement. La part des BKW correspond à deux tiers de la capacité de Mühleberg.

Avenir incertain de l’énergie hydraulique

Dans le Walliser Bote du 6/7/13, Luzius Theler se montre profondément préoccupé par les perspectives d’avenir des centrales hydrauliques locales: «Celles-ci se trouvent le dos au mur. Vu les nouvelles énergies renouvelables hautement subventionnées et leur développement très rapide, elles sont confrontées à des faits désagréables. Le courant hautement subventionné, venant notamment de l’Allemagne, submerge le marché à des prix qui se trouvent en dessous des prix de revient des centrales électriques suisses et même des centrales hydrauliques. Même les centrales très profitables jusqu’à présent voient leurs marges fortement réduites. En outre, l’estimation de l’avenir du développement dans le secteur énergétique est absolument imprévisible. Plus personne ne sait où l’on va – ni à court terme ni à long terme.» La baisse des prix entraînera aussi une nouvelle évaluation de la valeur des droits de retour. Luzius Theler en déduit qu’actuellement, l’énergie hydraulique traverse l’une des phases les plus difficiles de son histoire.
Le concept éprouvé durant de longues années de livrer aux heures de pointe du courant à prix élevé ne fonctionne plus de la même manière. Au cours des dernières décennies, le courant des centrales de pompage-turbinage était sollicité pendant les heures de midi, donc quand partout en Europe les cuisinières étaient mises en marche en même temps, et on pouvait livrer en quelques minutes beaucoup de courant supplémentaire. Depuis peu, les centrales de pompage-turbinage ressentent la concurrence des centrales photovoltaïques qui produisent le plus de courant à midi (quand le soleil brille). Les centrales de pompage-turbinage doivent maintenant s’habituer à réagir comme une «batterie» qui stocke le courant pour niveler les fortes fluctuations de la force de vent et du soleil qui surviennent obligatoirement. En Allemagne, le vent et le soleil produisent du courant pendant moins d’un quart de 8760 heures annuelles (FAZ du 19/10/13). Les capacités existantes des centrales de pompage-turbinage ne suffisent de loin pas à contrecarrer les grands trous dans l’approvisionnement. De nombreuses centrales à charbon prennent en charge cette tâche. Et on en construit encore davantage. Elles provoquent avec les centrales nucléaires restantes des excédents massifs de courant – avant tout, quand le vent souffle et le soleil brille en même temps.
Bilan: Il est temps qu’en Suisse les centrales hydroélectriques obtiennent de nouveau la reconnaissance qu’elles méritent auprès de la politique et de l’économie. La conservation et la promotion de la production agricole est d’énorme importance pour notre souveraineté alimentaire et il en est de même pour l’énergie hydraulique qui doit avoir une place prioritaire dans nos régions alpines et jurassiennes afin de garantir autant que possible notre autosuffisance en courant électrique. Outre les petites centrales hydroélectriques, il faut permettre aussi aux grandes centrales telles que la Grand Dixence ou Linth-2015 de vendre leur courant à un prix équitable.

La 2e partie de cet article mettra encore plus l’accent sur les questions de l’alimentation électrique au sein de l’UE, et soumettra à la discussion divers aspects d’une politique énergétique suisse aussi indépendante que possible.    •

Alertswiss – informations pratiques pour réaliser son propre plan d’urgence

hd. Début février 2015, l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) a lancé le système Alertswiss en collaboration avec diverses organisations partenaires. Dès aujourd’hui, les nouveaux canaux de communication sont accessibles par le biais du site web (alertswiss.ch), de l’application gratuite «Alertswiss» et du compte Twitter (@alertswiss) pour informer toute personne intéressée sur la protection en cas de catastrophe ou de situation d’urgence. La principale mesure consiste à réaliser soi-même un plan d’urgence pour son propre ménage. On peut, par exemple, y noter les lieux de rendez-vous pour les membres de la famille, des informations importantes ou une liste des provisions. «En situation d’urgence, il est décisif que les autorités et la population sachent réagir correctement et rapidement», a déclaré Benno Bühlmann, le directeur de l’Office fédéral de la protection de la population.