Contribution aux questions d’éducation

par Elisabeth Nussbaumer et Sonja van Biezen, psychologues diplômées

On ne parle presque plus de l’éducation des enfants, constate Dieter Sprock dans Horizons et débats no 25/26 du 14/11/16. En plus l’auteur décrit que beaucoup de parents renversent l’ordre donné par la nature, s’efforcent de satisfaire leurs enfants et de répondre à tous leurs désirs. Pourtant, vu la complexité du monde dans lequel nos enfants grandissent et les influences multiples auxquelles ils sont exposés, il serait d’autant plus important que les parents et les éducateurs discutent sérieusement des questions d’éducation. C’est un fait, que chaque adolescent a besoin pour le développement de sa personnalité de parents capables de lui donner le soutien émotionnel et l’orientation nécessaire pour grandir dans une communauté humaine. Les théories affirmant que les enfants doivent découvrir eux-mêmes ce qui est important et bon pour leur vie, mènent facilement à une instabilité et un vide intérieur.
Voici quelques exemples tirés de la vie quotidienne illustrant cette brève introduction.

Quand les enfants dictent aux adultes ce qu’ils ont à faire

Exemple 1

Nous nous promenons en fin de journée. Sur le trottoir, une petite fille d’environ 5 ans roule assez rapidement à vélo dans notre direction. Nous nous demandons encore à qui c’est d’esquiver la collision. Elle s’arrête brusquement juste devant nous et nous défie du regard. Mon compagnon demande: «Et maintenant?» Elle réfléchit et nous répond: «Vous pouvez passer!», en nous montrant du doigt comment la contourner (en passant sur la chaussée). Il ne lui vient pas à l’idée de se mettre de côté pour laisser passer les adultes. Sa mère, avec le petit frère sur son vélo, regarde à distance ce qui se passe.

Il est évident que personne n’a appris à cette enfant comment se comporter. Cet exemple laisse aussi supposer que les parents ne donnent pas l’orientation nécessaire à cette enfant pour résoudre de façon adéquate les petits et les grands problèmes de la vie. Mais l’adulte doit servir de modèle par ses actes et commentaires pour assurer un comportement adapté et un sain développement psychique des enfants et des adolescents. C’est la seule façon de les rendre aptes à faire leurs propres expériences et à sentir le soutien de leurs proches. Il est très probable que l’enfant dont il est question ici a déjà trouvé ses propres solutions, suite à de nombreuses expériences faites sans l’aide de ses parents. Nous devons également assumer que cette «autonomie» de l’enfant s’est développée suite à une théorie erronée largement répandue sur le développement de l’enfant, dont les parents sont eux-mêmes victimes. Nombreux sont les parents étant d’avis qu’il est juste de laisser le choix du comportement et des activités à l’enfant.
Etant donné que tous les enfants et adolescents ont besoin de l’orientation et l’instruction des adultes, il faut conseiller à de tels parents de ne pas renverser l’ordre de l’autorité naturelle, car ce sont eux qui ont les expériences de vie dont un enfant ne dispose pas d’emblée.
Parents et enseignants, exigez que vos enfants acceptent de vous une orientation conforme à leur âge. N’hésitez pas à leur montrer comment résoudre ensemble les petits et grands problèmes quotidiens.

Exemple 2

Achats au supermarché. On ne peut ignorer une mère avec un garçon d’environ trois ans qui crie sans cesse. Il donne des coups de pieds et frappe sa mère. Le petit garçon est hors de lui et crie pendant près d’une demi-heure. La mère elle-même énervée, tente de le calmer et lui propose un yogourt, une glace et un bâton au chocolat. Cela ne sert à rien. Le garçon continue à crier. Quand je passe près du chariot, la mère me dit totalement impuissante: «Il doit être fatigué.»

De nombreuses mères vivent de telles situations au quotidien, en vivant avec la peur de ne pas pouvoir calmer leur enfant. Quelques fois des sentiments de honte provoquent une distance dans la relation avec l’enfant. Peut-être que l’enfant a déjà appris un comportement inadéquat. Par exemple qu’il doit crier suffisamment longtemps pour obtenir ce qu’il veut. Tout comportement de l’enfant est appris dès le premier âge. Au cours des premiers jours et semaines, les pleurs du bébé peuvent irriter profondément sa mère et la rendre nerveuse. De fausses théories sont inculquées aux mères dès la naissance du nourrisson, par exemple, que les besoins du bébé doivent être satisfaits à tous moments. Cela fait naître l’idée que le bébé et plus tard l’enfant grandissant doivent à tout moment être contents. De telles théories font croire aux parents qu’il faut constamment créer l’harmonie entre les besoins des enfants et les exigences des parents. Cette orientation des parents peut susciter un comportement comme par exemple crier ou aussi se refuser à toute exigence, si l’enfant fait l’expérience que ses contestations sont couronnées de succès et qu’il peut ainsi, à tout moment, attirer l’attention de la mère ou du père. Il serait très utile que les parents sachent interpréter les hurlements de l’enfant correctement pour provoquer un changement de comportement. Les enfants ont besoin d’être dirigés dans leurs relations avec les parents. Cela leur donne le soutien et l’orientation nécessaires. Dans notre exemple, il est important que cet enfant n’entraîne pas son «pouvoir par les hurlements». Dans une telle situation de nombreux parents songent à s’adresser à un psychologue.

Quand les enfants ont appris à régler leurs conflits sans dispute

Exemple 3

Cinq garçons jouent joyeusement près d’une rivière avec leur déguisement de Halloween. Ils ont environ 10 ans. Quatre des cinq garçons portent des capes noires et des masques en carton. L’atmosphère est tout à fait amicale. Quand des piétons passent, ils enlèvent leurs masques hideux pour ne pas les effrayer. Le cinquième garçon ne participe pas aux jeux. Au contraire, il dérange la joyeuse ambiance, en crachant depuis le pont sur les enfants jouant en-dessous. Il fait attention à ce que les autres ne le voient pas. Je lui demande à voix basse pourquoi il agit ainsi. Il ne me donne pas de réponse. Tout d’un coup un garçon monte de la rivière, se plante calmement devant le gamin crachant et lui demande d’arrêter de cracher. Le perturbateur ne montre pas de réaction. Alors, le garçon répète de façon très déterminée et sérieuse: «Arrête de cracher!» Il ne dit pas plus et retourne jouer avec ses trois camarades. Le gamin sur le pont arrête de cracher. Apparemment, il a pris à cœur ce qu’on lui a dit. Il s’en va et laisse les autres jouer en paix.

Pourquoi avons-nous noté cet exemple? Parce qu’il nous a impressionné et nous a réjouis. On parle et lit souvent à propos de relations violentes entre enfants et adolescents. Le fait de constater qu’il y a des jeunes capables d’un autre comportement est un fait réjouissant. Le garçon qui est monté sur le pont pour parler avec son camarade s’est avéré être si calme et sûr de lui que cela nous a, en tant que psychologues, donné matière à réflexion. D’où a-t-il cette attitude calme et sûre de lui? Il semble avoir appris dans sa famille comment il est possible de résoudre les conflits avec calme et sans violence. Il est très important que – particulièrement de nos jours, où la violence et le harcèlement déterminent la vie quotidienne des enfants sur les terrains de jeu et à l’école – les enfants reçoivent à la maison et à l’école une orientation et une instruction sur la capacité à gérer les conflits de manière pacifique.     •