La situation actuelle des écoles en Suède nécessite plus de personnel de sécurité

par Inger Enkvist*

hd. Le professeur Inger Enkvist publie régulièrement dans divers médias des articles sur la situation actuelle des écoles suédoises. Sa «chronique» parue dans «Svenska Dagbladet» contient un exemple expliquant pourquoi l’économie suédoise a toujours plus de difficultés à trouver du personnel qualifié et cela malgré de grands investissements dans le système scolaire et malgré la concurrence en public des politiciens pour trouver le meilleur type de réformes scolaires.

Le 12 avril 2018, le quotidien «Dagens samhälle» a publié une édition sur le thème de l’école. La grande nouvelle réside dans le fait suivant: toujours plus d’école ont besoin de personnel de sécurité parce que la violence sévit. L’article énumère des écoles suédoises du toutes les parties du pays, dans lesquelles on ferme les portes à clé, on fixe des plaquettes d’identité sur les habits et on entoure la cour de récréation de murs, afin qu’aucune personnes étrangère ne puisse accéder à l’école. Etant donné que les problèmes concrets ne sont pas réglés par la société, l’école doit protéger son fonctionnement et ses locaux. L’investissement financier prévu est réservé aux installations mises en place et au personnel de surveillance.
Si l’on considère la relation entre l’école et la violence, il faut distinguer deux aspects différents: l’un est celui qui vient d’être décrit, c’est-à-dire de tenter d’empêcher toute personne étrangère de pénétrer dans l’école, de la menacer ou de la dévaster.
L’autre aspect est la violence à l’intérieur de l’école, car à l’heure actuelle, elle applique un principe pédagogique – appelé «intégration» – qui entraîne des effets sérieux. La conséquence en est que le droit de chaque élève de fréquenter une classe ordinaire prime sur le droit des autres élèves d’obtenir un enseignement efficace. Petit à petit, on a aboli les classes spéciales et on a intégré des élèves présentant toutes sortes de problèmes dans des classes ordinaires sans tenir compte des conséquences.
Le quotidien «Nacka-Värmdö-Posten» du 9 avril cite l’exemple d’un élève du premier cycle exigeant l’attention de plusieurs adultes, qui se relaient, uniquement pour empêcher qu’il agresse d’autres élèves. Les autorités de l’environnement du travail ont décidé que les adultes travaillant avec cet élève doivent avoir à disposition deux «voies de retrait» et qu’aucun objet dangereux avec lequel on pourrait frapper quelqu’un, ne devait se trouver dans les environs de l’élève. En outre, il faut garantir du personnel de sécurité joignable à tout moment. A qui cela sert-il d’intégrer un tel enfant dans une classe? Comment les élèves, les parents et les professeurs peuvent-ils faire confiance à une école fonctionnant de la sorte? C’est un cas exceptionnel, d’accord, mais il y a d’autres exemples.
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Par hasard le «Svenska Dagbladet» du 13 avril a publié dans sa rubrique économique un article décrivant que les entreprises industrielles n’étaient plus seules à quitter la Suède, mais également les entreprises prestataires de services. Anna-Karin Hatt, vice-présidente d’Almega [la principale organisation des prestataires de services] qualifie la situation de très sérieuse et confirme le départ silencieux d’entreprises qualifiées de services. La raison est qu’elles ne trouvent pas de personnel qualifié. Comment les élèves suédois peuvent-ils acquérir des connaissances qualifiées, s’ils doivent apprendre dans un environnement désordonné et violent?
Comment maintenir la qualité, si l’argent à disposition des écoles, est utilisé pour réduire la violence et le vandalisme? La Suède est aujourd’hui un modèle concernant son secteur de formation bien financé et pouvant malgré cet avantage ne pas garantir que le pays ait accès a suffisamment d’employés bien formés. Dans l’article du «Svenska Dagbladet», on souligne que la concurrence globale est brutale. Les entreprises internationales ne peuvent survivre dans un pays où il n’y a pas assez de travailleurs compétents. Pouvons-nous nous mettre d’accord pour admettre la nécessité de changements radicaux?    •

*    Inger Enkvist est une dame, professeur d’espagnol à l’Université de Lund, située au sud de la Suède. Elle a publié en espagnol et en suédois de nombreux livres sur la littérature et la culture espagnoles et sur les questions de la formation et de l’enseignement. Dans son livre, elle exprime très clairement ses vues critiques envers les réformes scolaires suédoises (De svenska skolreformerna 1962–1985 och personerna bakom dem, 2016, ISBN 978-91-7844-954-5). Depuis de longues années, elle exige une meilleure qualité de l’enseignement scolaire en Suède. Inger Enkvist analyse les situations de l’enseignement dans divers pays et les compare avec la situation suédoise.

Source: «Utflyttning i det tysta vittmar om en akut situation.» In: «Svenska Dagbladet» édition électronique du 15/4/18

(Traduction Horizons et débats)