Des paroles à Helsinki, attendues depuis longtemps

par Willy Wimmer, Allemagne

Parfois, il est presque nécessaire de dire directement ce qui doit être dit. La conférence de presse des deux présidents Vladimir Poutine et Donald Trump du 16 juillet, après un entretien de plusieurs heures, a offert une telle occasion. Il s’agissait de la simple mention de la «sécurité d’Israël». Peut-être que dans un avenir prévisible, le monde découvrira les quelques améliorations liées aux deux personnalités ayant jusque-là conduit le monde au bord d’un abîme. Dans leurs déclarations, les deux présidents ont souligné la situation du Proche- et Moyen-Orient et les dangers en découlant pour le monde entier. Cependant, il était évident qu’en particulier les présidents Trump et Poutine ont offert au monde une opportunité intéressante.
Dans les semaines et les mois précédant cet événement mémorable d’Helsinki, le déplacement de deux personnalités de la région d’Armageddon à Moscou, l’une après l’autre, fut remarquable. Le président Abbas pour la Palestine et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou étaient presque en permanence présents à Moscou. Des conseillers de haut rang de Téhéran s’y rendirent par la suite. Suite à la participation – dans le plein respect des règles actuelles du droit international – de la Russie aux côtés du gouvernement syrien dans le conflit initié de l’extérieur en Syrie, la Fédération de Russie et son président, M. Poutine, ont atteint une excellente position dans la situation du Proche- et Moyen-Orient dans le domaine de la pacification réelle de cette région. Depuis la Première Guerre mondiale, le sort de presque toute la planète fut déterminé par cette région et ses défis.
Le président russe a trouvé en son homologue américain un partenaire presque sympathique au sujet de cette question. Tout ce qui a été entendu ou lu jusqu’à présent sur les raisons de l’avènement du candidat Trump aux Etats-Unis puis du président Trump était et demeure lié à cette question. Le président Trump l’a clairement fait comprendre jusque dans sa propre famille et suite à des décisions très controversées dans le monde entier concernant la présence des Etats-Unis en Israël.
Ce n’est certainement pas un hasard si, lors de cette conférence de presse, le nom de George Soros, en tant qu’antipode de l’action étatique rationnelle des deux puissances, fut mentionné. C’est plutôt un défi. Il est possible que si les deux présidents réussissent, le monde devra assumer davantage qu’une invitation à Oslo.
On a pu observer l’émergence d’une sorte de bonne relation commerciale entre les deux Etats. En effet, en prenant en compte les antécédents médiatiques et les profonds conflits au sein des Etats-Unis, c’était un message très spécial adressé au monde, lors de la prise de parole du président russe, à la fin de sa déclaration d’ouverture soigneusement rédigée, très gentiment et amicalement de «Donald» en s’adressant au président américain.
L’Europe a ainsi reçu une leçon de fair-play. La Crimée, l’Ukraine et l’approvisionnement énergétique européen ont servi cet objectif. Le président Trump a son idée concernant la Crimée et la Russie a la sienne, elle considère donc l’affaire comme terminée. Même l’Ukraine devrait, dans certaines circonstances, être exempte de préoccupations importantes concernant le transit du gaz et du pétrole, même si elle est susceptible d’être plus fortement encouragée à prendre le processus de Minsk au sérieux que par le passé. Oui, les deux pays sont des concurrents en Europe occidentale pour le marché du gaz naturel et du pétrole, et le président américain le dit clairement, tout en soulignant la proximité du marché russe. Cela élimine l’exagération de cette question, durant depuis des décennies, chez les va-t’en-guerre de l’OTAN. Les affaires sont les affaires, même si la lutte est acharnée.
D’autres rencontres sont prévues, ce qui revient à marginaliser toute personne n’ayant pas compris le théorème du président Trump: la diplomatie c’est bon, l’ignorance c’est nul. On a eu l’impression qu’avec le président Trump, on est à nouveau confronté à un chef d’Etat américain en train de gagner honnêtement le titre de «Président» et de ne pas être considéré comme une poupée librement manipulée par les néocons. Heiko Maas, en tant que modèle de la diplomatie allemande, déplorera Helsinki – probablement tout autant que M. Soros – comme la disparition d’une «communauté de valeurs occidentales» qu’il est encore le seul à identifier. On entend dire que les membres du gouvernement américain se rendent régulièrement dans les abris lorsqu’il émet ses propos concernant la situation mondiale.
Helsinki fut un événement comparable à la Ligue des Champions.    •

(Traduction Horizons et débats)