Le traité entre Trump et Juncker est un grand bluff

par Eberhard Hamer, professeur de sciences économiques

Donald Trump est toujours encore plus commerçant que politicien. Il perçoit donc les problèmes à sa manière et différemment des politiciens. Il l’a prouvé déjà à trois reprises:
De manière euphorique, il a fait monter le conflit avec la Corée du Nord jusqu’au risque de guerre, pour finalement pouvoir apparaître dans un entretien personnel avec Kim Jong-un comme un vecteur de paix.
Selon le même schéma, il a également cherché la détente avec la Russie dans un entretien avec Vladimir Poutine.

«Les négociateurs européens ont à nouveau, comme lors du TTIP, agit envers M. Trump de manière incapable et au détriment de l’Europe; ou alors M. Juncker, ayant dû être soutenu par le président américain, avait une fois de plus pris quelques verres de trop. En tout cas, M. Trump a à nouveau atteint ses objectifs et s’est révélé être le plus fort.»

Après avoir déclenché une guerre commerciale avec l’UE, il y a mis fin en toute tranquillité dans un entretien avec Jean-Claude Juncker; les deux se sont même fait fêter aux Etats-Unis et en Europe.
L’«accord» du 26 juillet entre M. Trump et M. Juncker n’était pas une convention, mais plutôt un diktat en faveur des Etats-Unis et au détriment de l’Europe:
L’Europe s’engage à acheter à l’avenir davantage de gaz liquéfié américain et à cette fin à construire des terminaux pétroliers en Europe.
Les partenaires démantèlent toutes les entraves au commerce sur les produits et les normes mutuels.
L’Europe adhère à une coalition de guerre commerciale américaine contre la Chine.
Les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre le vol de technologies par la Chine seront réexaminées.
Pour M. Trump, il était apparemment très important de réduire l’alimentation en gaz russe du marché européen (Nord Stream 2) et d’exporter en échange de grandes quantités du gaz liquéfié américain vers l’Europe. Suite à cet accord débile, les consommateurs européens subiraient à l’avenir une hausse des coûts du gaz de 30%. Le gaz russe est disponible au prix de 180 dollars par 1000 m3, le prix du gaz liquéfié américain s’élève à au moins 240 dollars.
Il en va de même pour l’accord, mis en valeur de manière exagérée, sur la réduction de toutes les entraves commerciales. Il portait surtout sur les produits agricoles, en poursuivant avant tout le but de soutenir les agriculteurs américains assis sur leur soja invendable d’une valeur de 12,3 milliards de dollars suite aux sanctions économiques de la Chine dans la guerre commerciale avec les Etats-Unis. Naturellement, les agriculteurs, qui devraient à nouveau voter pour Trump aux élections en automne, sont en colère. Ce que nous Européens allons faire de ces immenses quantités de soja, personne ne le sait.
En outre, l’Europe devrait accepter de grandes quantités de viande américaine aux hormones à prix cassés et accepter toute la série de substances toxiques et de produits pharmaceutiques non approuvés pour de bonnes raisons en Europe. Il s’agit donc de saper par la porte dérobée le traité de libre-échange TTIP au profit des Etats-Unis, un accord combattu par les citoyens européens avec acharnement.
M. Trump peut en tout cas prétendre avoir lutté, et gagné, pour le compte des agriculteurs et des groupes chimiques américains. S’il s’avère par contre que l’Europe n’accepte pas le diktat de Washington, M. Trump aurait, après les élections de mi-mandat du 4 novembre, une bonne raison pour renforcer les sanctions contre l’UE.
Il en est de même pour l’entente d’une coalition de l’UE avec les Etats-Unis dans la guerre économique contre la Chine. Récemment, les Européens se sont alliés à la Chine contre les sanctions des Américains, maintenant l’UE promet (par M. Juncker) un partenariat européen contre la Chine. Si les Américains se retournent contre l’Europe après les élections de mi-mandat du 4 novembre, nous perdrions la Chine comme partenaire et serions à nouveau seuls.
Les commentaires élogieux exagérés, faits en particulier par les courtisans allemands alignés sur les Etats-Unis, au sujet du «deal» entre M. Trump et M. Juncker, étaient donc un abrutissement politique sans connaître le sujet (Exemples: Peter Altmaier: «L’UE a brillamment négocié, sauvé des millions d’emplois.» Heiko Maas: «L’action unie de l’Europe a amené le succès.» Angela Merkel: «Excellent résultat».) Les spécialistes de l’économie allemande voient la situation de façon totalement différente, ils observent notamment que l’accord ne repose sur rien et ils reprochent à M. Juncker de s’être laissé avoir par les Etats-Unis de manière unilatérale (Ilona Lange, IHK: «Les droits de douane sur les voitures ne sont pas supprimés», «Les dangers en coulisse sont toujours présents.» Mittelstandsinstitut Hannover: «Aucun problème de résolu, les consommateurs européens sont trahis et la victoire fictive des Etats-Unis pour le 4 novembre est préparée»).
Les négociateurs européens ont à nouveau, comme lors du TTIP, agit envers M. Trump de manière incapable et au détriment de l’Europe; ou alors M. Juncker, ayant dû être soutenu par le président américain, avait une fois de plus pris quelques verres de trop. En tout cas, M. Trump a à nouveau atteint ses objectifs et s’est révélé être le plus fort.    •
(Traduction Horizons et débats)