La propagande s’amplifie

par Christian Fischer, Allemagne

Depuis quelque temps déjà, on constate que le parti Bündnis 90/Die Grünen [Les Verts] est nettement plus apprécié par les médias que tous les autres partis. Pour la CDU, on parle d’un crépuscule de Merkel – bien que la chancelière n’ait pas changé grand-chose à son action. La CSU est souvent dépeinte comme un bloc de pouvoir imprévisible, voir incapable de discernement. Le SPD n’a pas besoin d’être davantage disséqué par les médias – il le fait lui-même. Le FDP est principalement trop petit pour faire l’objet d’éloges ou de critiques. Die Linke [la Gauche] est également plutôt ignorée, parfois commentée de manière positive ou négative, selon la manière dont ses déclarations s’inscrivent dans le courant dominant. L’AfD est le bienvenu «prince des démons», contre lequel la raison démocratique doit se dresser avec indignation.
A l’heure actuelle, les Verts sont clairement devenus la deuxième force en Bavière, mais ils n’assumeront probablement pas, comme dans le Bade-Wurtemberg, la responsabilité du gouvernement, car il existe une autre force conservatrice propre à la Bavière: les Freie Wähler [électeurs libres]. Vous n’avez pas besoin d’être un grand prophète pour prédire qu’ils n’auront pas bonne presse à l’avenir.
Car le courant dominant s’avère de plus en plus être de couleur verte. Sous prétexte que nous trouvons ici le personnel politique frais et crédible pouvant indiquer au citoyen la seule voie acceptable de sortir de son passé fasciste menant à une Union européenne exempte de toute frontière. Les autres partis devront progressivement se rassembler derrière cette bannière s’ils veulent survivre. Les troupes auxiliaires extra-parlementaires avancent déjà dans cette direction.
Dans de nombreuses villes, des manifestations «contre la droite» sont organisées pour montrer qu’il y a encore de «bons Allemands». A Chemnitz, ces bons Allemands se révoltent contre les «chasses à l’homme de la droite» qui, selon les rapports de police, n’ont jamais eu lieu – et gardent le silence sur l’homicide commis par un étranger devant être expulsé depuis longtemps. Le Parlement allemand est largement mis au pas par des contributions «antifascistes» et les indignations du gouvernement à l’égard de l’opposition – tout au plus on critique le manque de rapidité du gouvernement à démolir toutes les règles (et donc tout ce qui définit l’Etat de droit). D’autre part, une pétition très critique adressée au Bundestag allemand, la «Déclaration 2018»,1 lancée par Vera Lengsfeld, traitant des violations de la loi commises par le gouvernement lors de l’ouverture de la frontière en 2015 à plus d’un million de migrants, n’a obtenu aucun écho dans les médias – bien que 165 000 signataires aient soutenu cette pétition en peu de temps et malgré toutes sortes de harcèlements.
Le 13 octobre 2018 s’est tenu à Berlin une manifestation réunissant environ 200 000 participants sous le thème «Pour une société ouverte – la solidarité au lieu de l’exclusion». On y exigeait explicitement de la solidarité avec les victimes de la «violence de la droite». Des articles de journaux2 ont rapporté en même temps que la CDU ne faisait pas partie des organisateurs. En voici la raison: un des organisateurs soutient les criminels d’extrême gauche et plusieurs représentants d’organisations douteuses se trouvent parmi les organisateurs. Et voici le message transmis par les médias: la CDU s’exclut de la marche des bons Allemands.
A la même heure, il y eut également des manifestations similaires à Karlsruhe, Francfort, Cologne, etc., où les célébrités de la télévision, de la culture et de la comédie de Ranga Yogeshwar à Jan Böhmermann ne pouvaient manquer.3 Il est intéressant que des organisations comme Pulse of Europe, Mehr Demokratie e.V. et des groupes d’activistes peu connus (à ce jour) sous les noms We are Europe, Start with a friend, Demokratie in Bewegung, Volt Europa, Junge Europäische Föderalisten soient actives. A l’avenir, il serait judicieux de les avoir à l’œil.
Le fil rouge du «récit» actuel est la propagande contre tout ce qui est national – parfois même explicitement contre l’Etat de droit national (soupçonné de fascisme) – et pour une Union européenne forte, au nom de la démocratie! Quelle moquerie. Personne ne prétendra sérieusement que l’UE est une organisation plus démocratique que l’Etat de droit allemand, certains propagandistes confirment même honteusement un «déficit démocratique» au sein de l’UE. Lequel de ces antifascistes s’en soucie? Qui ignore encore que la souveraineté du peuple n’est point définie par des manifestations dans la rue et le chant des bonnes chansons? Ne l’avons-nous pas déjà expérimenté plusieurs fois au cours du XXe siècle?
Nous devons cependant prendre note du fait que suite à ce «récit», les éléments du paysage des partis politiques sont transformés: l’UE ou le fascisme. L’année dernière, la France a servi de modèle; l’Allemagne l’imite avec toute sa rigueur. Nous devons suivre cela de près et défendre notre démocratie institutionnelle restante contre cette propagande. Heureusement, les contre-mouvements et les contre-publics existent, même si l’on leur met constamment des bâtons dans les roues. A l’avenir, être démocrate signifiera probablement être l’enfant qui, dans le conte d’Hans Christian Andersen, s’est exclamé: «Mais il n’a pas d’habits du tout!» – quand l’empereur est passé dans ses vêtements neufs et invisibles. – «Mais l’UE n’a rien de démocratique du tout!»    •
(Traduction Horizons et débats)

1    https://www.youtube.com/watch?v=QeOINHgQ7o4&feature=youtu.be 
2    «Kölner Stadt-Anzeiger» du 15/10/18
3    ibid.