«Children Accuse – Children-Victims of Nato Aggression against FR Yugoslavia»

par Barbara Hug

La guerre de l’OTAN contre un petit pays des Balkans connaîtra bientôt son vingtième anniversaire. A la fin des années 1990, à l’époque où la Yougoslavie était déjà morcelée, la Serbie et le Kosovo-et-Métochie ont subi une «guerre-éclair» comme Hitler ne l’aurait pas mieux faite: Novi Sad, Belgrade, la Serbie du Sud et le Kosovo ont été couverts d’un tapis de bombes à fragmentation et de mini-nukes, laissant dans leur sillage, jusqu’à nos jours, des traces atroces de destructions, de maladie et de mort.
La Commission de la République fédérale de Yougoslavie pour la détermination des crimes contre l’humanité et contre le droit international présente dans une publication le sort des enfants impitoyablement soumis à d’énormes souffrances et à la mort. L’auteur est Margit Savovic, à l’époque ministre pour les Droits de l’homme du gouvernement yougoslave. A peine quelques centaines d’exemplaires furent imprimés, bien qu’ils contiennent des informations majeures pour la compréhension de l’ampleur des attaques perpétrées contre la population civile d’avril et mai 1999.
Dans les champs, lors des récoltes ou lors du travail avec le bétail, en jouant dans la grange, en voyageant en autobus, à l’école ou lors de la visite dominicale chez des proches, la mort fut impitoyable. Les enfants, les parents ou les grands-parents furent tous des victimes civiles.
Des armes de précision ont frappé le tracteur, sur lequel était souvent assise toute une famille. Les cratères prouvent la puissance des bombes. Qui donc connaît les villages et les contrées ou tout cela s’est produit. Cela mérite de l’attention et de prendre en mains une carte géographique pour localiser les emplacements.
Les témoignages récoltés par la police régionale illustrent les circonstances des drames mortels, la nature des lésions; nous voyons des corps avec des têtes arrachées, des corps carbonisés, documentés dans les hôpitaux, il y a les rapports d’autopsie, la destruction des immeubles d’habitation; les photographies complètent les témoignages des survivants.

Branislava Pavlovics de Ralja, ayant perdu mari et enfants, a fait la déposition suivante (traduite en français):
«Avant l’attaque de l’OTAN, je vivais à Belgrade avec mon mari et mes deux enfants mineurs au 241 rue de Jurija-Gagarina. J’étais employée dans une fabrique ITM, plus précisément dans le département de production pour la préparation technique en tant qu’ingénieur en mécanique. Mon mari et moi avions une résidence d’été à Ralja, un terrain de 70 ares hérité de son père par mon mari.
Dès le début des bombardements de l’OTAN, nous avons dû nous cacher au sous-sol, notre immeuble n’avait pas d’abri. Les souterrains étaient humides, l’ambiance tendue, les sirènes qui nous avertissaient du danger retentissaient trop souvent. Nous allions donc souvent à Ralja pour faire une pause. Là-bas, il n’y avait pas de sirènes, l’atmosphère était détendue. Mon mari et moi pensions qu’il serait beaucoup mieux pour les enfants d’être là-bas au lieu d’être en ville. Entre le début des attaques de l’OTAN et les bombardements de Ralja, nous avons fait trois fois le trajet. Nous allions le vendredi à notre résidence d’été et rentrerions le lundi.
Je ne me rappelle plus du bombardement, je ne me souviens plus de ce qui s’est passé ce jour-là. Même lorsque je me suis réveillée à l’hôpital, je ne savais pas pourquoi j’étais là. Personne, ni les autres membres de la famille ni les médecins n’étaient suffisamment forts pour me parler de ce qui s’était passé. Plus tard, j’ai tenté de me rappeler de ce qui s’était passé ce jour-là. J’arrivais à me souvenir que chaque fois que nous allions à Ralja, nous soupions ensemble, puis je baignais les enfants, et nous allions tous ensemble au lit. Nous nous nous couchions tous ensemble dans le même lit. Ainsi nous nous sentions plus en sécurité, et je pensais que c’était la meilleure chose pour les enfants. C’est tout ce dont je me souviens en lien avec ce bombardement.
Plus tard j’appris de ma famille, que les raids ont eu lieu dans la nuit du 26 au 27 mai 1999, à environ 23:30 heures et que notre maison d’été avait été atteinte par une bombe. Il n’y avait très certainement pas de soldats dans notre maison. Les autres membres de la famille m’ont raconté que mes deux enfants Stefan, sept ans, et Dajana, cinq ans, avaient été tués et que mon mari et moi avaient été extraits des décombres. On l’avait emmené à l’hôpital puis il est mort sept jours après le bombardement.»
Le comité yougoslave d’UNICEF a rassemblé ces documents – mais ils ne devaient pas être publiés. Les 500 exemplaires imprimés disparurent, et c’est uniquement grâce à Margit Savovic qu’une copie de ces documents est à notre disposition. La mort d’un enfant détruit aussi la vie des parents et de toute la famille. Chaque moment, les parents vivent avec leurs enfants et pour leurs enfants. Les liens psychiques sont si étroits et uniques que les parents meurent pour ainsi dire avec leurs enfants. Qui peut concevoir cette souffrance et cette injustice engendrées par la «guerre éclair»?
Entre-temps, le taux de cancer augmente continuellement en Serbie et au Kosovo, suite aux munitions utilisées. La guerre de 1999 était également une phase d’essais pour de nouvelles armes. Personne ne se sent responsable, personne ne veut en assumer la responsabilité. Mais, nous tous sommes appelés à en prendre connaissance.    •

Table des matières du livre

Savovic, Margit. Children Accuse – Children-Victims of Nato Aggression against FR Yugoslavia. Editeurs:
Yugoslav Commission for the cooperation with Unicef, (version anglaise) Belgrade 2002, 490 p., ISBN 86-7552-013-1

On peut se procurer cette publication sous forme de fichier numérique, en moyennant une contribution aux frais, auprès de b.hug(at)thurweb.ch.

(Traduction Horizons et débats)