La Suisse en dialogue avec la Russie

Des députés de la Douma en visite à Berne

par Eva-Maria Föllmer-Müller

Les 18 et 19 février 2018, le président de la Douma d’Etat russe Viatcheslav Volodine, en compagnie d’une délégation de hauts représentants de la Douma et de différentes régions, a rendu visite à leurs homologues parlementaires suisses à Berne.

Le président du Conseil national suisse Dominique de Buman reçut la délégation au Palais fédéral, accompagné par Marina Carobbio-Guscetti, première vice-présidente du Conseil national, Elisabeth Schneider-Schneiter, présidente de la Commission des Affaires étrangères (CAE) du Conseil national, Filippo Lombardi, président de la CAE du Conseil des Etats et président à la Délégation du Conseil de l’Europe et Margret Kiener-Nellen, conseillère nationale et présidente de la délégation suisse auprès de l’OSCE. En mai 2017 déjà, le président du Conseil national suisse d’alors Jürg Stahl avait déjà entrepris, avec une délégation du Conseil national suisse composée de représentants de tous les groupes politiques, un voyage officiel d’une semaine à Moscou et à Saint-Pétersbourg (cf. Horizons et débats no 12 du 29  mai 2017). Ce fut la première visite officielle de la part de la Confédération suisse en Russie depuis le début de la crise ukrainienne au printemps 2014.
Par cette visite des représentants russes, la voie autonome de la Suisse en tant qu’Etat neutre trouve son suivi. En octobre 2016 déjà, la présidente du Conseil de la Fédération de Russie, Valentina Matvienko, fut l’invitée de Berne (cf. Horizons et débats no 25/26 du 14 novembre 2016).
A l’annonce de l’actuelle visite officielle russe, on a à nouveau été confronté à des remarques concernant d’éventuels buts propagandistes. Les représentants gouvernementaux suisses ont précisé qu’il s’agissait entre autre de faire avancer le dialogue interrompu au sujet du conflit ukrainien. Viatcheslav Volodine, président de la Douma d’Etat, est victime de sanctions prises par les Etats-Unis et l’UE. Il n’a plus le droit de voyager dans les pays membres de l’UE et ses avoirs déposés dans des banques européennes ont été gelés. De 2011 à 2016, Volodine a été le premier vice-président de l’Etat major de Poutine.
Filippo Lombardi, président du groupe interparlementaire Suisse-Russie, a précisé – selon la RTS – que la Suisse tenait «son rôle neutre» traditionnel. «Nous avons réussi à réduire les facteurs de conflit et à atténuer les litiges». Et Lombardi de continuer: «Je pense que c’est précisément le rôle que doit jouer la Suisse, et le Parlement fédéral devrait faire de même à son niveau.»
Le président du Conseil national Dominique de Buman a mis l’accent sur l’indépendance de la politique économique suisse qui ne se réduit pas à simplement reprendre les sanctions de l’UE envers la Russie. Selon M. Volodine, les sanctions économiques n’ont pas eu d’effets négatifs sur la Suisse, tout au contraire: au cours des derniers douze mois, le volume des échanges entre la Suisse et la Russie a augmenté de 20% (ats du 19 février 2018).
M. Volodine a loué l’attitude plus flexible de la Suisse comparé à celle de l’UE et a ajouté dans l’interview de la RTS: «La période de ces sanctions va bientôt se terminer […]. Les sanctions sont une stratégie sans issue, une stratégie que nous ne soutenons pas, et je pense que la Suisse partage notre appréciation.» Volodine a clairement critiqué les sanctions de l’UE et la campagne anti-Russie des Etats-Unis.
Quant à la crise ukrainienne, Dominique de Buman a souligné que la Suisse ne voulait pas s’immiscer, mais qu’elle offrait ses Bons offices pour contribuer à la médiation – la devise de son pays étant l’ouverture et la paix.
Selon l’agence de presse russe TASS, Elisabeth Schneider-Schneiter a déclaré: «Je pense qu’il faut tout faire pour que les droits de la Russie au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe soient restitués.» En tant que membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, elle a toujours été opposée à la privation des droits de la Russie. C’est une tradition suisse que tout un chacun doit avoir la possibilité de s’exprimer et d’être écouté. «C’était une idée fondamentale du Conseil de l’Europe que toutes les parties se retrouvent autour de la table et qu’aucune d’entre elles ne soit exclue.» Dominique de Buman avait précédemment assuré que la Suisse tenterait de résoudre le problème au sein du Conseil de l’Europe. En avril 2014, les 18  députés russes avaient été privés de leur droit de vote au sein de cette institution. En outre, on les avait provisoirement exclus de toutes leurs fonctions dans les comités de l’Assemblée, en avançant comme justification la crise ukrainienne. La Russie fut également exclue des missions d’observation du Conseil de l’Europe pour la durée des sanctions. La délégation russe avait alors réagi à ces sanctions en suspendant sa participation aux réunions.
Selon une annonce aux médias de la part de MM. de Buman et Volodine, la Suisse déléguera deux membres parlementaires en tant qu’observateurs aux élections présidentielles russes du 18 mars.
En clôture de la visite, le président de la Douma M. Volodine a rendu une visite de courtoisie au Conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du Département fédéral des Affaires étrangères.    •