La Suisse n’expulse pas de diplomates russes

rt. La Suisse n’expulse pas l’ambassadeur russe. La pression exercée sur le Conseil fédéral pour se joindre aux mesures du gouvernement britannique a dû être forte. L’«Aargauer Zeitung» du 30 mars cite une personne de l’entourage du Conseil fédéral: «La pression, surtout de la part des Britanniques, mais également des Américains, est énorme.» Les Anglais ont exhorté la Suisse, par la voie diplomatique et indirectement par des déclarations publiques, à se joindre aux mesures prises à l’encontre de la Russie. Des procédures similaires sont également connues à l’égard de l’Autriche (cf. «Kleine Zeitung» du 6 avril).
«Le Conseil fédéral, qui a discuté de l’attaque de Salisbury lors de sa réunion du mercredi, condamne fermement cette attaque perpétrée à l’aide d’un agent neurotoxique de la classe Novitchok», a noté Ursula Eggenberger, chef de l’information de la Chancellerie fédérale, après une réunion du Conseil fédéral à Saint-Gall. «La Suisse souligne une fois de plus que toute utilisation d’armes chimiques est contraire au droit international et est interdite en toutes circonstances. Le Conseil fédéral exige une enquête approfondie sur cette affaire.» («Aargauer Zeitung» du 30/3/18)
Le Conseil fédéral déclare: «L’enquête des autorités britanniques, avec la participation de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), sur les dessous de ce crime et l’origine de cet agent toxique de combat est d’une importance capitale. Les responsables doivent être traduits en justice.»

Source: Aargauer Zeitung du 30/3/18

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Il est évident que certains Etats, en vertu des directives du Royaume-Uni et des Etats-Unis, ont complètement ignoré les procédures juridiques et celles habituelles en droit international en expulsant de leur pays des ambassadeurs russes sur la base d’allégations non prouvées. Ces mesures doivent être considérées comme prématurées et exagérées.
Mais il est également un fait que très peu de pays dans le monde ont participé à ces mesures. La plupart d’entre eux ont exprimé leurs fortes préoccupations face à l’«attaque au poison» sur la personne de l’agent double Skripal et sa fille et ont souligné qu’ils attendraient les enquêtes officielles. Le Conseil fédéral suisse a également fait envers Londres une déclaration similaire le 26 mars.
Il est également clair que plus d’un tiers des pays de l’UE n’ont pas expulsé d’ambassadeurs russes. On souligne vouloir attendre les résultats des enquêtes et maintenir ouvertes les voies de négociations avec Moscou.
Le ministre russe des Affaires étrangères a raison de noter que l’escalade des relations avec la Fédération de Russie – que le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la France et la République fédérale d’Allemagne font avancer – doit être une action planifiée de longue date, car un processus diplomatique d’une telle ampleur ne peut généralement guère se dérouler à cette vitesse. Les cercles gouvernementaux de divers pays ont appris que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis exercent de fortes pressions pour qu’ils se joignent aux mesures sévères prises à l’encontre de la Russie.
Les retards procéduraux, les ambiguïtés et les dissimulations dans les enquêtes scientifiques de la Causa Skripal ne font pas honneur au gouvernement londonien. Pourquoi ne pas répondre aux propositions factuelles et correspondantes au droit international de Moscou en matière de recherche scientifique ou au moins répondre aux questions officielles du gouvernement russe, alors que tout semble si clair?
Les dommages politiques causés par ce processus d’escalade sont énormes. La base la plus précieuse de la paix mondiale – la confiance mutuelle – a été délibérément (!) et massivement perturbée. Pourquoi ne pas impliquer l’OSCE? Il faut espérer qu’à l’avenir, la communauté internationale des Etats s’insurgera clairement contre de tels procédés.
Pour les petits Etats – et encore plus pour les Etats neutres – la situation entre les blocs de pouvoir devient de plus en plus difficile. Il faudra de la force, du courage et de la prévoyance pour rester neutre au regard du droit international, malgré la menace de sanctions de la part de divers «amis».    •