Courrier des lecteurs

La question sociale concerne l’Allemagne tout autant que la France des «Gilets jaunes»

Il y a quelques semaines, la grande coalition des partis gouvernementaux allemands a ardemment débattu sur l’avenir des retraites garanties par la pension légale pour les travailleurs et les employés en Allemagne soumis à l’obligation de s’assurer. Notamment Hubertus Heil, ministre fédéral du Travail et des Affaires sociales, a tenté de marquer des points pour son parti, les sociaux-démocrates allemands (SPD). Les citoyens ont cependant été trompés et les faits réels élucidés.
M. Heil a dit vouloir stabiliser le niveau des retraites à hauteur de 48% du salaire moyen jusqu’à 2025 ou même jusqu’à 2040. Pourtant, ceci est une coquille vide puisque ce taux ne se réfère pas au montant versé mais à la somme brute. Ainsi, il ne prend pas en compte les déductions pour l’assurance maladie et de soins de santé s’élevant actuellement à 11%. A cela s’ajoute une partie croissante de l’imposition des rentes s’élevant aujourd’hui déjà à 76% avec une augmentation annuelle de 1% ou 2% – pour atteindre 100% en 2040.
En clair, cela signifie qu’aujourd’hui déjà les rentes bruts de 1200 euros par mois sont imposées après la déduction de divers forfais. Cela est un «cadeau» du gouvernement rose-vert Schröder/Fischer ayant adopté cette loi sur les revenus des personnes âgées en 2005 [«Alterseinkünftegesetz»]. Le taux d’imposition était alors à 50%. Si l’on prend en compte la hausse lente et constante des prix et l’adaptation des rentes qui ne suit pas, on est face à une inflation insidieuse, c’est-à-dire une taxe secrète supplémentaire.
Le fait que le système de retraite soit toujours et encore couplé au facteur de la «main-d’œuvre» et ainsi à l’évolution démographique et non pas à la productivité de notre économie nationale est un anachronisme. Au cours des 25 dernières années, notre performance économique (Produit intérieur brut PIB) en Allemagne a presque doublé en termes réels (épurée des variations de prix), à savoir d’environ 1,7 billions d’euros en 1992 à environ 3,3 billions d’euros en 2017. Ainsi je me demande, où a passé ce revenu supplémentaire étonnamment élevé. En aucun cas, il est parvenu à la population active, ou bien aux anciens travailleurs (retraités) ayant travaillé pendant des décennies. Le produit intérieur brut est souvent appelé «revenu national». De nos jours, ce terme n’a plus rien à voir avec la réalité.
Au cours des dernières décennies, on a donc produit toujours plus de biens et de services avec toujours moins de travailleurs. Cette tendance se poursuivra suite à l’évolution continue de l’automatisation et de la numérisation (industrie 4.0). Les fruits du progrès technique – stimulés par l’esprit de recherche et d’innovation de la population active, de génération en génération – devraient revenir aux personnes au cours de leur vie active et pendant leurs années de retraite. Nous sommes manifestement confrontés à une mauvaise répartition. Ce sont, de ma part, des pistes de réflexion pour attaquer la question autrement. J’en ai assez de ces histoires concernant l’évolution démographique et la retraite à 70 ans. […]
Pour terminer, voici encore une dernière information: selon l’Agence fédérale de l’emploi, le nombre des rentiers exerçant un mini-emploi est passé entre 2003 et 2017 de 587 046 à 1 074 689 personnes. Il a donc presque doublé. Les personnes de plus de 65 ans représentent la majorité des salariés avec un mini-emploi.

Werner Voss, Wiehl, Allemagne

(Traduction Horizons et débats)