Les «gentils», les «méchants» et la guerre

Petite synthèse des élections législatives européennes

par Karl Müller

L’Union européenne est en effet profondément divisée. Du moins si l’on se base sur les jugements des médias et des politiciens de grands publics germanophones. Car ceux-ci divisent les forces politiques de Union européenne en «gentilles» et «méchantes». Les «gentils» veulent donner encore davantage de pouvoir politique aux institutions de l’UE éloignées de la démocratie, les «méchants» sont ceux qui ne le veulent pas.
Selon cette analyse, les «gentils» ont remporté les élections au Parlement européen en Allemagne. Ce sont avant tout les Verts. En termes de pourcentage, ils se trouvent toujours derrière la CDU/CSU, mais celle-ci a beaucoup perdu. 20,5 % des électeurs ont voté pour les Verts. En fait, cela ne représente pas autant de votes. Mais les premières réactions, le soir des élections, ont été comme si tous les «gentils» partis devaient maintenant adopter le programme des Verts, dont notamment la protection du climat (du moins la conception affichée par les Verts), le plus rapidement possible pour retrouver davantage d’électeurs (c’est-à-dire atteindre 20 % des voix?). Par ailleurs, plus les électeurs sont jeunes, plus ils votent vert: chez les 18–24 ans, ce chiffre est déjà de 34 %1, c’est-à-dire relativement le plus élevé. … Et ils luttent tous pour la «jeunesse».
Mais pourquoi tant de jeunes ont-ils voté pour les Verts? Cela doit être examiné de plus près. Pester contre la jeunesse ou se moquer d’elle n’améliore rien. Certes, les productions médiatiques des derniers mois (le battage médiatique effréné concernant les «Fridays for Future» etc.) et la vidéo Youtube de Rezo (mis en avant par les médias) peu avant la date des élections y ont leur part.
Mais n’oublions pas ceci: seuls 17 % des Allemands interrogés pensent que les Verts ont les meilleures réponses aux questions de l’avenir. Cependant, il y a un leader, nommé deux fois plus souvent que tous les partis politique: 37 % des personnes interrogées s’y sont joints. Ne l’oublions pas: bien que le taux de participation aux élections ait augmenté de manière significative, près de 40 % des électeurs n’y ont pas participé.
Pour en revenir au thème de la «protection du climat»: les Verts ne sont-ils pas l’avant-garde politique d’un programme décidé depuis longtemps par les parties intéressées pour lesquelles la question «écologique» constitue un support d’exercice de pressions culpabilisantes?2 N’avons-nous pas vécu la même chose avec le slogan «Plus jamais Auschwitz» de Joschka Fischer utilisé pour lancer la guerre contre la Yougoslavie, en violation flagrante du droit international? Fischer et les Verts allemands ont fourni la couverture moralisatrice pour le meurtre de plusieurs milliers de personnes et la destruction d’un pays. Et depuis 1999, l’une après l’autre, les guerres USA/OTAN se sont succédées contre les «méchants» dans le monde – avec des millions de victimes – et depuis 1999, toujours et encore, avec la participation de l’Allemagne.
A propos des Verts: seuls 8 % des Allemands interrogés font confiance aux Verts pour représenter leurs intérêts au sein de l’UE.
Les «méchants» de l’UE actuelle ont remporté les élections en Hongrie, en Pologne, en Italie, en France (et en Grande-Bretagne) avec la majorité relative (ou même absolue) des voix. 52,3 % en Hongrie, 45,6 % en Pologne, 34,3 % en Italie, 23,3 % en France (et 31,7 % au Royaume-Uni). Même en Allemagne, il y a des Länder, où les «méchants» ont obtenu le plus de voix selon le mode de la majorité relative: en Saxe avec 25,3 % et dans le Brandebourg avec 19,9 % …
Si les choses n’étaient pas si graves, ces événements s’inscriraient bien dans une satire. Mais il ne faut pas sous-estimer les conséquences de cette division manichéenne entre le bon et le méchant. C’est l’esprit belliciste qu’on a fait sortir de la bouteille: la guerre à l’intérieur du pays et la guerre contre les ennemis supposés («méchants») dans d’autres pays. Cet esprit de guerre est également dirigé contre la Russie (et contre les forces politiques de l’UE s’efforçant d’établir des relations «normales» avec la Russie), mais le résultat sera également le durcissement des fronts dans toute l’Europe. Cui bono?
Le cadre des relations internationales est et reste le droit international contraignant. Quiconque ne veut plus accepter que divers peuples et Etats puissent vouloir choisir des voies différentes et puissent aussi approuver des politiques très diverses, et quiconque ne veut plus accepter que les forces politiques ont avantages à respecter les résultats électoraux et à traiter tous les électeurs et tous les élus sur un pied d’égalité, n’a toujours pas tiré les enseignements de l’histoire.
L’impérialisme globaliste croit toujours et encore pouvoir se répandre dans le monde et l’oppresser à sa guise. L’UE doit être son vassal. Tel est le défi auquel l’Europe et ses citoyens sont confrontés aujourd’hui.     •

1    Tous les chiffres sont tirés des résultats du sondage infratest-dimap du 26 mai, publié sur www.tagesschau.de du 27 mai 2019
2    A qui les Verts font-ils allégeance? – Cf. livre de Jutta Ditfurth: Krieg, Atom, Armut. Was sie reden, was sie tun: Die Grünen, Berlin 2011; notamment le chapitre «In Stahlgewittern», pp. 135s.)

La culture politique en Allemagne subit de graves pressions

km. La liberté d’expression, c’est-à-dire le droit d’exprimer publiquement son opinion par la parole, l’écrit et l’image, est une composante essentielle d’une culture politique libre et démocratique. Elle est également garantie par la Loi fondamentale allemande. L’esprit de guerre détruit cependant ce droit fondamental et humain.
L’Institut de démoscopie d’Allensbach, un institut de sondage allemand renommé, a clairement indiqué dans son rapport mensuel de mai 2019 (publié dans la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 23 mai) qu’en Allemagne ce droit fondamental est vidé de son sens. Comment peut-on sinon comprendre que les deux tiers des personnes interrogées sont convaincus qu’il faut, à l’heure actuelle, «être très prudent concernant les sujets et les contenus sur lesquels on s’exprime»? Car il existe de nombreuses lois non écrites, définissant les opinions acceptables et permises.
Le «patriotisme» et l’«amour du pays» ne sont qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. 41 % des personnes interrogées déclarent qu’avouer son patriotisme est un domaine tabou de nos jours. Il y a 20 ans, seulement 16 % des répondants étaient de cet avis. Aujourd’hui, de nombreuses personnes interrogées craignent d’être considérées «d’extrême droite» si elles avouent leur patriotisme. Un tiers des personnes interrogées estime qu’«un politicien doit veiller à ne pas exprimer sa fierté nationale s’il ne veut pas s’exposer à des attaques violentes». Autre exemple: 71 % des personnes interrogées déclarent qu’à l’heure actuelle, il faut être très prudent en s’exprimant sur la question des réfugiés. Le rapport mensuel d’Allensbach ajoute – presque 4 ans après l’été 2015: «Il reste l’impression que les élites ne prennent pas suffisamment au sérieux les préoccupations de la population et les placent même sous suspicion.»
Dans leurs cercles d’amis, la plupart des répondants n’ont aucune difficulté à exprimer ouvertement leurs opinions. La situation est bien différente en public, c’est-à-dire dans les lieux d’importance pour la liberté d’expression. Seuls 18 % des personnes interrogées y voient une liberté comparable comme entre amis. La principale raison est la crainte d’un litige pouvant devenir violent.
Le rapport mensuel d’Allensbach souligne l’impression de nombreuses personnes «que le contrôle social augmente en public et que toutes expressions d’opinion et comportements individuels sont de plus en plus observés». Puis, il est dit que «les espaces de liberté dans la sphère publique se réduisent» et qu’il existe une «rigueur avec laquelle certaines réglementations linguistiques sont requises».
A la fin de l’article, on peut lire: «Actuellement, on parle souvent de respect dans le débat politique […]. Pour de nombreux citoyens, il y a un manque de respect manifeste concernant la prise en considération sérieuse de leurs préoccupations et leurs points de vue. Ils s’attendent à ce que les développements essentiels fassent l’objet de discussions ouvertes et qu’ils soient épargnés de toute tentative d’endoctrinement.»