Schengen n’a pas créé plus de sécurité en Suisse

Entretien avec la conseillère nationale Barbara Keller-Inhelder

mw. La conseillère nationale Barbara Keller-Inhelder (UDC SG) est rapporteuse de la Commission de la politique de sécurité du Conseil national (CPS-CN) concernant les initiatives cantonales des Grisons et du Valais visant à renforcer le Corps des gardes-frontière.

Horizons et débats: Le 11 juin, votre Commission demandera au Conseil national de donner suite aux initiatives, bien que le Conseil des Etats estime que leurs préoccupations ont déjà été prises en compte. Pourquoi votre Commission adopte-t-elle une position différente?

Barbara Keller-Inhelder: Les problèmes à la frontière, tels que la criminalité des gangs, les passeurs criminels, l’immigration clandestine et illégale, la contrebande de drogues ou d’armes n’ont pas soudainement disparu, et certainement pas pour toujours. Le fait qu’il y ait eu, ces derniers temps, moins d’attentats terroristes en Europe est également dû principalement à l’excellent travail des services de renseignement internationaux, ayant pu intervenir en temps utile à plusieurs reprises. Il n’est pas du tout vrai qu’il n’y ait miraculeusement plus d’auteurs potentiels d’attentats. Nous ne pouvons pas non plus cacher que nous sommes confrontés à de réels cambriolages en série, entrepris depuis l’étranger et visant souvent des cantons frontaliers. Cela doit nous préoccuper, vu les tragédies que cela implique à chaque fois pour les personnes concernées.
Nous ferions donc bien de continuer à améliorer la protection de nos frontières et de veiller à ce que les mesures adoptées soient appliquées. La Commission de la politique de sécurité du Conseil national considère que la principale préoccupation des deux initiatives cantonales n’est toujours pas satisfaite et demande donc au Conseil national de ne pas les classer. Une minorité est d’avis que l’approbation de l’augmentation de 44 postes supplémentaires dans le Corps des gardes-frontière (CGFR) suffit pour remplir la demande des cantons.

Avant le vote de juillet 2005, l’accord de Schengen/Dublin a été recommandé aux citoyens comme étant avantageux pour la sécurité de la Suisse. La Suisse est-elle devenue plus sûre grâce à Schengen?

Globalement, la Suisse n’est pas devenue plus sûre. Le système d’information de Schengen enregistre bien les auteurs, les criminels ou les terroristes potentiels. En raison de la protection insuffisante des frontières extérieures de Schengen et de la suppression des contrôles à l’intérieur des pays, de nombreuses personnes franchissent nos frontières sans entrave. Et si des autorités telles que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) décident que des personnes très dangereuses détectées par le Service fédéral de renseignement peuvent rester en Suisse parce qu’elles pourraient être mal traitées dans leur pays d’origine, l’enregistrement dans ce système ne nous est d’aucune utilité. Tant que les terroristes traversent nos frontières sans entrave, tant que des habitants de notre pays sont victimes de malfaiteurs étrangers hautement criminels qui traversent nos frontières librement, il est nécessaire d’agir. Il nous faut donc urgemment un renforcement du Corps des gardes-frontière.

Parlons encore d’un autre sujet important de cette session d’été, l’accord institutionnel entre la Suisse et l’UE: les Commissions de l’économie et des redevances (CER) du Conseil national et du Conseil des Etats ont soumis à leurs Conseils respectifs une motion visant à obliger le Conseil fédéral à mener des négociations complémentaires avec l’UE. L’objectif des auteurs est l’intégration par la Suisse, des conditions et des réserves dans l’accord dans des domaines importants afin de pouvoir maintenir dans une certaine mesure sa souveraineté face au droit communautaire et à la Cour de justice des Communautés européennes. Cette demande est-elle réaliste?

A peine, malheureusement. Tant que la Suisse perdra, suite à cet accord, sa souveraineté dans les domaines de l’immigration, du partenariat social, du marché du travail, de la politique économique et commerciale, de la politique énergétique, de la fiscalité et devra s’exposer à la directive relative aux droits des citoyens de l’Union – perdant ainsi sa démocratie directe –, l’accord-cadre institutionnel avec l’UE reste inacceptable pour la Suisse. Malheureusement, j’ai du mal à imaginer que tout cela puisse être renégocié et amélioré.

Merci beaucoup pour cet entretien.