Onze ans de continuel «sauvetage des banques»

Comment se préparer pour l’avenir

Quiconque a suivi les rapports et les commentaires du secteur financier au cours des dernières années aura réalisé que, derrière le rideau des continuels rapports positifs concernant les marchés boursiers, de plus en plus de voix critiques livrent des analyses plus sérieuses et plus poussées.

rt. Christine Lagarde (ancienne ministre française, ancienne présidente du FMI), toujours très active, a été nommée présidente de la BCE [Banque centrale européenne] par détour, succédant à Mario Draghi, un ancien manager de Goldman Sachs, dans ses fonctions. Tous deux font partie de la réserve de personnel de la haute finance (cf. Horizons et débats no 16 du 23/7/19) et défendent la politique monétaire dite expansive. Cela signifie que l’argent est dépensé sans contrepartie et que les intérêts d’épargne sont réduits à zéro.

La prévoyance vieillesse a été détruite

Cette politique financière, lancée pour «sauver» les grandes banques tombées en difficulté en 2008/2009, n’est pas sans conséquences:

  1. La capacité d’épargne et la prévoyance vieillesse sont réduites par la politique du taux d’intérêt zéro.
  2. Epargner de l’argent pour les mauvaises périodes n’en vaut plus la peine. L’argent est investi dans l’immobilier, les actions et les obligations pour maintenir la valeur.
  3. Cela alimente la bulle spéculative à la Bourse et sur le marché immobilier. Les prix ne reflètent plus la réalité.
  4. Les entreprises non rentables ne survivent que grâce à des prêts bon marché. Leur faillite sera imminente lorsque la politique de bas taux d’intérêt prendra fin. De même, il y aura des problèmes majeurs sur le marché hypothécaire dès que les taux d’intérêt augmenteront et que la valeur des propriétés diminuera.

Diminution de la masse monétaire

La raison d’être initiale de cette politique monétaire expansionniste, consistant à sauver les banques «d’importance systémique» afin d’éviter une crise économique mondiale comme dans les années 1930, a été réalisée. Mais le problème discuté en 2009, comment les énormes sommes d’argent pouvaient ensuite être retirées du marché pour prévenir une inflation, n’a pas été résolu.
Après que les banques aient été sauvées avec encore plus d’argent, on a dit qu’il fallait stimuler l’économie avec beaucoup d’argent pour ne pas tomber dans une récession. Puis, la plus récente raison de l’augmentation constante de la masse monétaire par l’achat d’obligations et d’actions repose sur l’argumentation d’une inflation de 2% nécessaire pour prévenir la déflation.

Les problèmes n’ont pas été réglés

Il s’avère clairement que les gouvernements et les banques centrales responsables n’ont pas fait leurs devoirs. Même la séparation obligatoire entre les banques d’affaires et les banques d’investissements n’a pas été appliquée. Il est intéressant de noter qu’au cours des dernières années, certains Etats, notamment la Russie et la Chine, se sont de plus en plus tournés vers la couverture de leurs devises par des achats massifs d’or.

L’effondrement

Suite au retardement du changement de politique monétaire de onze longues années dont on constate toujours la continuation, la dette grimpe vers des sommes de plus en plus astronomiques. Aujourd’hui, personne n’ose prétendre que cet argent sera remboursé un jour. Le crash est inévitable. Mais cela réduit aussi les possibilités d’une «sortie» de cette mauvaise gestion:

  1. Une crise économique mondiale avec stagnation économique, chômage, déflation, appauvrissement suivi de l’inflation (dévaluation de la monnaie) ou expropriation par une réforme monétaire.
  2. La transition vers une économie gérée par l’Etat avec diktat des salaires, prélèvements obligatoires, répartition d’emplois imposés est fluide. Cela comprend également l’abolition de l’argent comptant, soutenue par Christine Lagarde.
  3. Un tel développement a souvent été légitimé par un état d’urgence, par exemple à l’aide d’une guerre avec une économie dirigée par l’Etat et des bons pour les denrées alimentaires.

Nous ne savons pas si de tels scénarios sont envisagés dans les organismes gouvernementaux ou à l’échelle internationale, ni qui s’en occupe, ni si des préparatifs sensés sont en cours.

Que faire?

On peut naturellement continuer à espérer que ce qui a fonctionné pendant onze ans continuera de fonctionner au cours des prochaines années. On peut aussi avoir le sentiment que de telles considérations sont pesantes et qu’il faut espérer une «solution» venant de quelqu’un d’autre. Une autre possibilité, nous correspondant mieux en tant qu’individus aptes à anticiper et planifier, est de réfléchir à l’avenir.

Coopération

Comme dans le cas des catastrophes naturelles, dont on ne sait pas si et quand elles se produiront, chaque individu, chaque famille ou chaque grand groupe peut prendre des précautions.
Etant donné que la vie en temps de crise exige une coopération accrue dans un environnement plus large, il est important d’en tenir compte avant qu’une situation d’urgence ne se produise. La coopération dans le quartier, dans la commune ou en association avec d’autres communes sera très utile. Les contacts personnels jouent un rôle important à cet égard. Certaines existent déjà, ils peuvent être étendus ou de nouvelles relations peuvent être établies. Les malentendus et les conflits humains doivent être clarifiés ou mis de côté.
Pour la coopération, les zones rurales sont souvent avantagées, car les gens y ont plus souvent appris à travailler ensemble étroitement. Diverses crises monétaires, comme celle de 2001 à Buenos Aires en Argentine, nous ont appris que cela peut également se développer rapidement dans les villes.

Enjeux économiques

Les systèmes de paiements alternatifs (par exemple Wörgl 1934 ou le Chiemgauer) existent depuis un certain temps déjà. Il pourrait éventuellement s’avérer utile de s’y référer. Vous trouverez également d’autres exemples actuels.
Les réflexions concernant l’autosuffisance avec certaines denrées alimentaires sont importantes et ne devraient jamais être perdues de vue (jardinage urbain, jardins familiaux). Ici aussi, une coopération à grande échelle est nécessaire. Il est possible de s’appuyer sur des expériences historiques sans vouloir les copier en détail (par exemple le «Plan Wahlen» ou la «bataille des champs»).
Outre la situation de ravitaillement et d’une monnaie d’urgence, il convient d’envisager des formes de coopération économique volontaire praticables permettant une «réinitialisation» rapide. Des coopératives affectées à un usage précis avec de nombreux membres offrent une approche pour gérer des projets de grande envergure. Ils jouissent déjà d’une popularité croissante.
La richesse de l’expérience, par exemple dans le domaine de la protection civile, de la souveraineté alimentaire, mais aussi de l’entraide dans le pays, doit être consciemment renforcée. La question de savoir comment, par exemple, protéger les malades et les personnes âgées devrait également être examinée à une plus grande échelle.

Démocratie directe

Si l’autodétermination (souveraineté) des citoyennes et citoyens est menacée suite à de la négligence ou des crises créées délibérément, il sera urgent de faire respecter les droits démocratiques fondamentaux et de les garantir pour l’avenir.
Les erreurs politiques et économiques actuelles, à constater dans de nombreux domaines, sont souvent dues à un recul de la démocratie directe face au pouvoir et à la manipulation. De plus en plus souvent, les décisions ne sont plus prises là où les conséquences se font sentir (par exemple, politique financière, politique de l’immigration ou du marché de l’électricité), mais à des niveaux «intermédiaires» ou «supérieurs».
C’est précisément à ces niveaux que de mauvaises décisions sont prises, par exemple dans le secteur financier et affectent en fin de compte des millions de destins individuels sans que personne n’ait été interrogé à leur sujet.     •